RHIN ET MOSELLE
74" DcBi-Brigade d'infailerid
Victor - Claude - Alexandre Faoneau de La Horie, né à Javron, district de Lanay, département de la Mayenne, le o janvier 1766.
Enrôlé volontairement, pour faire partie du contingent de son département dans la levée des 300.000 hommes, le 5 mars 1793.
Sous-lieutenant au 2' bataillon du 37* régiment d'infanterie, le 1" juillet 1793.
Actuellement lieutenant au 3' bataillon de la 74* demibrigade dont fait partie le 2* bataillon du 37* régiment.
A été constamment et sans interruption détaché de, son corps comme adjoint à TEtatmajor de l'armée du Rhin et Moselle.
ÉTAT des services du citoyen Victor Panneau Lahorie (1), lieutenant à VEtat-major général de Varmée du Rhin et Moselle.
Les membres du conseil d'administration de la soixante-quatorzième demi-brigade d'infanterie soussignés, certifient l'état de services ci-contre du citoyen Victor Fanneau Lahorie, conforme au registre du contrôle des officiers de la demibrigade.
A Landau, le 11 nivôse, an 4* de la République française.
Signé :
ROCOT.
Gattet.
Simonin .
vouillaume.
Lainé.
Desouche, etc
* (1) C'est ainsi que nous retrouvons écrit le nom de de La Horie dans toutes les pièces officielles : c'est ainsi également qu'il signe : il lui arrive môme quelquefois de simplifier davantage encore et d'écrire V. Lahorie. Mais le nom véritable de sa famille était bien Fanneau de La Horie, et lui-môme a pris soie de le rétablir dans son interrogatoire en 1812.
Plus loin est écrit :
Je certifie que le citoyen Victor Panneau Lahorie, lieutenant à la suite de la 109* demi-brigade d'infanterie, ci-devant 74% dont l'état de services est d'autre part, remplit les fonctions d'adjoint à TEtatmajor de cette armée depuis le 10 mars 1793, jusqu'à ce jour sans aucune interruption.
Au quartier général, à Gonstadt, le 8 thermidor an 4' de la République française.
Pour l'absence da Général de Brigade, chef de l'Etat-major général,
Uadjudant général^
Signé : Fririon.
Pendant cette même année an IV de la République, de La Horie fut promu chef de bataillon. Nous retrouvons à ce sujet une pièce intéressante.
C'est une lettre de service se trouvant dans le dossier du général au Ministère de la guerre et écrite à Paris à la date du 18 thermidor an IV par :
fa.*-
« Le commandant BOUDON, adjoint au chef des bureaux du cabinet historique et topographiqu^ militaire du Directoire Exécutifs au citoyen DA VERTONf chef des bureaux du personnel militaire au département de la guerre (1).
» Le général Clarke me charge, citoyen, de vous transmettre les quatre pièces que vous trouverez ci-incluses, concernant le commandant Victor-Claude-Alexandre Panneau Lahorie, ex-lieutenant adjoint à l'armée du Rhin et Moselle.
» Cet ex-adjoint écrit au général Clarke, pour le prier de lui faire expédier le brevet de chef de bataillon auquel ce citoyen vient d'être promu, ainsi que ses commissions d'adjoint.
» L'intérêt particulier que prend le général Clarke à cet officier distingué, et qu'il a
(1) Archives du ministère de la guerre.
ir
recommandé sous ce titre au Ministre de la guerre, m'est un sûr garant que vous ne négligerez rien, citoyen, pour faire faire l'expédition de ce brevet avec toute la célérité que je suis également chargé par le général Clarke de vous inviter à mettre personnellement.
» Les pièces ci-dessus citées sont :
» 1*^ L'acte de naissance du commandant Panneau La Horie ;
» 2° Copie de ses lettres d'adjoint aux adjudants généraux de l'armée du Rhin et Moselle pendant l'an II de la République française ;
» 3® Autre copie de lettre d'idem pendant Pan III et l'an IV ;
» 4® L'état de ses services attestés par les membres dû Conseil d'administration de la 7^me demi-brigade d'infanterie, daté de Landau, le 11 nivôse an IV*
» Je VOUS prie, citoyen, d*en accuser la réception au général Clarke, et de Tinformer de suite de l'époque où ces expéditions pourront être délivrées.
» Salut et fraternité
» Signé : Houdon, » Adjoint au chef des bureaux du cabinet , etc, »
Effectivement, de La Horie fut promu par arrêté du Directoire exécutif en date du 22 thermidor an IV.
Mais dès cette époque, paratt il, il y avait lieu de se plaindre des bureaux et de leurs lenteurs. Malgré la lettre pressante du commandant Houdon et l'appui du général Clarke, le brevet de nomination se fit attendre.
Aussi, le 13 brumaire an V, de La Horie, perdant sans doute patience, écrit-il pour réclamer :
a Du quartier général de Schittighenn (1).
» Le 13 brumaire an V, Lahorîe, chef de bataillon adjoint aux adjudants généraux, écrit au Ministre de la Guerre à Paris pour lui dire que, promu au grade de chef de bataillon le 22 thermidor, il n'a pas encore reçu son brevet. Il en fait la demande et adresse de nouveau l'état de ses services avec copie de l'acte civil de sa naissance. »
Nous avons déjà reproduit les autres pièces qui se trouvaient annexées à la lettre du commandant Houdon : nous donnerons seulement copie de l'acte de naissance à cause de son intérêt documentaire, car il a été dit souvent que de LaHorie était né à Gavron. C'est une erreur: le général a vu le jour à Javron (Mayenne) .
(1) Archives du ministère de la guerre.
EXTRAIT du registre de naissances, mariages et décès de la communs de Javron, chef-lieu de canton, département de la Mayenne, pour Vanr née mil sept cent soixante-six (vieux style).
(( Le 6 janvier 1766 (vieux style), a été baptisé par nous, curé soussigné, Victor- Claude-Alexandre, né d'hier, issu du légi tiijie mariage du sieur Charles-Julien Panneau, sieur de La Horie, natif de la paroisse d'Antoigny, et de demoiselle Marie Jeanne- Renée Le Meunier, native de cette paroisse.
A été parrain Charles-Marie- Julien Fanneau, son frère, et marraine, demoiselle Marie Barbeau, veuve Joseph Le Meunier, sa grand*mère.
» Le registre est signé
» M. Barbeau. Panneau de La Horie, » J.-A. GuiLLOREAux, curé, avec paraphes.
- » Je, secrétaire, greflBer de la municipalité de Javron, soussigné, certifie le présent extrait sincère et véritable, tiré mot à mot de l'original, sans avoir ajouté ni diminué ; en foy de quoy, j'ai signé :
» Javron, le 16 fructidor. Van IV de la République » française. Une et indivisible ;
(trois lettres en interlignes approuvées.) » Signé : Levrot du Bourg.
Au-dessous est écrit :
» Nous, maires (sic) et oflBciers municipaux de la commune de Javron, certifions la signature en l'autre part, Levrot du Bourg, pour être véritablement celle du greflBer de notre commune, et que foi doit y être ajoutée.
)) Javron, 18 fructidor, an IV de la République française .
» Signé : FLÉcmN, maire.
Hann, de Lahaye, oflBciers.
» Vu par radministration centrale du département de la Mayenne, pour la légalisation des signatures ci dessus.
» A Laval j le 21 fructidor an IV de la République française Une et indivisible,
)) Signé : Lemétayer, Dravon, président.
» Par r administration f
» Signé : Chevallier. »
C'est vers cette époque que fut écrite la lettre suivante que nous avons retrouvée dans les archives du Ministère de la Guerre.
Elle n'est pas datée malheureusement, mais les événements auxquels elle fait allusion, permettent de la classer, sans erreur possible, en suite de celle envoyée au Ministre par de La Horie, dans le courant de l'an V de la Ré publique, et ci-dessus reproduite. Il en sera encore question dans un des mémoires justificatifs de de La Horie.
(( Le Ministre de la guerre au citoyen LAHORIE, chef de bataillon adjoint aux officiers géni^ raux (1).
)) Les préparatifs d'une campagne prochaine, citoyen, donnant une grande extension à mes rapports avec les généraux des armées actives, il est nécessaire que j'appelle près de moi quelques oflBciers capables de me seconder. Les preuves que vous avez données de vos talents militaires, vos travaux à Tétat-major général de Tarmée du Rhin et l'expérience que vous avez acquise
en tous [sic) ce qui est relatif aux opérations
de guerre, que vous avez suivies pendant les campagnes précédentes et auxquelles vous avez eu part dans bien des circonstances, tous ces motifs m'ont déterminé à faire
(1) Archives du ministère de la guerre.
'ir
choix de vous pour travailler près deV moi momentanément. Vous seriez principalement occupé à suivre une partie des rapports que j'aurai plus particulièrement et plus essentiellement, avec les généraux des armées actives.
» Je préviens Tadjudant-général Fririon que vous êtes détaché près de moi, et que vous conservez votre activité.
» Salut et Fraternité, » (Signature illisible). »
De la Horie était dans la période heureuse de sa courte carrière. Tout lui réussissait, son courage, ses talents militaires étaient connus et appréciés ; il avait su, grâce à ses qualités, se créer de bonnes et solides amitiés ; il n'avait pas encore d'ennemis. Il accepta donc l'offre faite en termes si flatteurs, et vint à Paris.
Ce poste de confiance fut rempli avec zèle et discrétion. On fut content de lui en haut lieu, et lorsqu'il fut question de préparer une expédition en Angleterre, il fut désigné des premiers pour être attaché à Tétat-major de l'armée d'invasion.
Toutefois, il'an VU de la République fut marqué pour lui par un deuil cruel. Il perdit son père qu'il aimait tendrement. Nous trouvons la trace de cet événement dans une lettre écrite, le 26 frimaire an VII, aux adjudants généraux, et dans laquelle
« Il demande un congé d'une décade pour se rendre dans le département de la Mayenne ; il vient de recevoir la nouvelle de la mort de son père, et sa présence chez lui est indispensable pour régler des affaires de familles (1). »
Peu après ce malheur, de La Horie fut
(1) Archives du ministère de la guerre.
nommé adjudant-général : il avait été trois ans chef de la bataillon : c'est le 28 pluviôse an VII (1), que :
(( Le Ministre de la guerre prévient le citoyen Lahorie, que le Directoire exécutif, par arrêté du 17 pluviôse, Ta promu au grade d'adjudant-général, et qu'il est destiné à servir en ce grade à l'armée d'Italie. Il lui est enjoint de se rendre au quartier général établi à Milan. »
De la Horie rejoignit son poste immédiatement.
C'est à cette époque et à l'armée d'Italie que le nouvel adjudant-général fit U connaissance de rhomme remarquable, auquel il devait vouer une amitié profonde, mais qui devait devenir la cause de tous ses malheurs.
Nous voulons parler du général Moreau,
(1) Archives du ministère de la guerre.
alors dans tout Téclat de ses glorieuses victoires.
Il ne saurait être question, dans cette courte étude, de tracer un portrait de ce grand général, ni de raconter sa carrière militaire. Il faudrait reprendre l'histoire des plus glosieuses luttes de la République, citer trop de victoires. Rappelons seulement qu'au moment où de La Horie le rejoignit, Moreau allait se couvrir d'une nouvelle gloire* C'est à lui en effet qu'était réservé l'honneur de sauver l'armée française, compromise par les fautes de Schérer. De La Horie, fut associé à ses travaux et eut sa part de ses succès.
Dès son arrivée au camp, Moreau, bon connaisseur en hommes, l'avait attaché à son état-major particulier.
Ces deux hommes apprirent à s'estimer et à s'aimer, sur les champs de bataille, en partageant les mêmes luttes. Et on doit le
constater à leur honneur, tous deux surent rester fidèles à leur amitié.
< Aussi, quand Moreau, la campagne finie, quitta l'armée et revint en France, emmenait-il avec lui Tofficier dont les services lui étaient devenus indispensables, et quand, le 19 frimaire an VIII, il fut nommé au commandement en chef deTarmée du Rhin, son premier soin fut-il encore de nommer de la Horie, chef d'état-major.
En arrivant au camp, de La Horie éprouva une grande joie. Il retrouva un ami, le capitaine adjudant-major Hugo, l'un des hommes pour lesquels il eut le plus d'estime dans sa vie, et l'un de ceux d'ailleurs qui lui gardèrent leur amitié jusqu'au dernier moment.
La façon dont ces deux compagnons d'armes se retrouvèrent, est ainsi relaté dans l'ouvrage « Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie ».
« Joseph-Léopold-Sigisbert Hugo, le père du grand poète, avait connu Lahorie simple soldat en 1793, étant déjà lui-même capitaine-adjudant-major et il avait pu lui rendre service. Lahorie, devenu adjudant-général et surpris de le retrouver au même point, voulut acquitter sa dette, et lui conseilla de le rejoindre à Bâle, où il allait lui-même comme chef d'état-major de Moreau.
)) Le major demanda leur consentement à son adjudant-général qui le céda à regret, à sa jeune femme qui dit oui en pleurant (le capitaine Hugo, alors en Bretagne, venait de se marier), à son nouveau né qui ne dit pas non, et partit. Lorsqu'il arriva à Bâle, Lahorie était en tournée : ne connaissant que lui de tout l'état-major, il l'attendait en se pro menant devant l'hôtel du général en chef ; un passant en redingote et la pipe à la bou^
che^ lui demanda s'il ne venait pas d'entendre tirer.
» — Non, monsieur.
» A ce mot, « monsieur», le passant le regarda. Son habit de major fit qu'il lui de manda où il avait servi ;'là conversation s'engagea ; Hugo parla des campagnes contre les Vendéens et contre les Chouans d'une manière qui sembla frapper son interlocuteur ; puis l'homme à la pipe le quitta et rentra dans l'hôtel.
)) Un moment après un adjudant vint dire au promeneur que le général en chef allait se mettre à table et l'attendait. Il répondit qu'il y avait sans doute méprise, et qu'il n'avait pas l'honneur d'être connu du général.
» — Comment, il ne vous connaît pas 1 vous venez de causer avec lui près d'une heure, et il est ravi de vous ?
» L'homme à la pipe était Moreau. Laho-
h^ GÉNÉRAL DÇ JsK fiORIE 23
rie n'eut pas de peine à placer son ami dans r Etat-major, et Moreau l'attacha spécialement à sa personne ».
Le major Hugo fit honneur à son répondant, et ses brillants états de service, s'ils ne font pas oublier ceux, plus méritoires encore de de La Horie, montrent tout au moins que les deux amis étaient réciproquement dignes de l'estime qu'ils avaient l'un pour l'autre.
Pendant cette campagne de l'an VHI, de la Horie put déployer à son aise ses qualités d'hommes de guerre. Toujours aux côtés de Moreau, il reçut de lui les preuves d'estime les plus flatteuses et,' comme toujours, il sut se montrer digne de la confiance que ses chefs avaient en lui. .
Aussi, dès les premiers succès, Moreau écrivait-il au Premier Consul la lettre suivante ;
24 LE GÉNÊRilL DE LA HORÏE
Quartier général de Closter Valdt,
17 floréal an VIII (1).
Le Général en chef,
Au Premier Consul de la République,
(( Je vous prie, Citoyen Consul, d'accorder le grade de général de brigade à 1 adjudant-général Lahorie. Cet officier distingué par de vrais talents a été employé près de moi à l'armée d'Italie, il l'est encore actuellement à celle du Rhin ; aux deux il a rendu les plus grands services à la République, et je profite aujourd'hui des premiers succès auxquels il a beaucoup contribué, pour vous faire cette demande.
» Salut et respect.
» Signé : Moreau . »
(1) Archives du ministère de la guerre.
En marge est écrit:
« Accordé, renvoyé au Ministre de la guerre.
» Genève, le 21 floréal an VIII.
» Le Premier Consul,
)) Signé : Bonaparte. »
Puis au-dessous :
» Du 24 floréal, an VIII.
)) Le commandant Combes préparera sur le champ l'arrêté et les ordres nécessaires ; il présentera dans la matinée de demain une lettre à la signature du Ministre pour informer le général Moreau de la décision, ainsi que le général Lahorie.
» Par ordre : le Commandant général.
)) Signé : Aug. Collignon .»
Comme conséquence de ces ordres, le 24 floréal an VIII, le ministre de la guerre (i annonçait avec plaisir à Lahorie, que le Premier Consul, sur le compte avantageux qui lui a été rendu par le général Moreau de ses talents et de ses services, Ta nommé général de brigade le 21 du mois » (1).
De La Horie eut à cœur de justifier le nouvel avancement pendant les deux campagnes de Fan VIII et de Tan IX ; il fut chargé de nombreuses missions, il [les remplit toutes avec bonheur. Il ne se ménageait pas d'ailleurs, et nous savons, par exemple, par une note de service du 8 frimaire an VIII (2), qu'il vient d'avoir encore un cheval tué sous lui .
Il semble avoir été, à cette époque, le confident de Moreau et même celui du Pre-
fl) Archives du ministère de la guerre, (2) Id.
mier Consul, c'est ce qui résulte tout au moins de ce post scriptum d'une lettre adressée le 27 novembre 1800 par Moreau à Bonaparte :
« Lahorie, à son retour de l'armée, m'a fait part de ce que vous lui aviez dit à mon sujet ; je vous en écrirai par un des premiers courriers. »
Mais si Ton est réduit aux hypothèses en ce qui a trait aux rapports de confiance ayant pu exister entre Bonaparte et de La Horie(l), on est absolument fixé sur l'étendue de l'estime témoignée par Moreau.
Chef d'Etat major général, il prépara avec lui toute la campagne, et ne le quitta pas un instant ; puis, après la victoire, lorsqu'il
(1) Dans une des lettres que nous aurons l'occasion de reproduire plus loin, le général parle de ces bons rapports qui existàieut à cette époque entre Bonaparte et loi : il cite les expressions confiantes du Premier Consul à son égard.
fallut discuter les conditions de paix, Moreau lui confia le soin de conduire les négociations qui amenèrent la signature de l'armistice de Pasdorf ; de La Horie sut, dans ces circonstances nouvelles pour lui, se montrer aussi bon diplomate qu'il avait été vaillant soldat. Ce traité mettait en notre possession toutes les villes fortes situées sur le Rhin et sur le Danube, et un grand nombre de places et de points stratégiques de la Suisse.
Moreau fut satisfait des services de La Horie, et apprécia vivement les qualités dont son chef d'état-major avait fait preuve dans l'exercice de ses nouvelles et délicates fonctions.
Aussi, lorsqu'après la victoire de Hohenlinden qui couronna glorieusement la campagne de ces deux années, il fallut discuter les bases définitives sur lesquelles on devait traiter ; ce fut encore de La-Horiè qui
fut désigné par le général en chef pour représenter la France victorieuse. Comme on le sait, ces pourparlers aboutirent au traité de Steyer, signé par de La Horie, au nom de la France. Ses clauses glorieuses pour nos armes furent définitivement confirmées par celui de Lunéville.
Tant de services journellement rendus méritaient une récompense. Moreau, qui avait eu assez de confiance dans son chef d'état-major pour lui confier à Salzbourg la direction intérimaire du district à un moment où il était lui-même obligé d'aller à Paris, avait nommé de La Horie général de division sur le champ de bataille même de Hohenlinden.
Voici comment débutait le rapport adressé par Moreau à Bonaparte (1).
(1) Archives de la guerre.^
« Le général en chef Moreau demande le grade de général de division pour les généraux de brigade ci-après nommés :
)) 1^ Lahorie (Victor Panneau) :
» Cet officier, entré au service en 1793, a obtenu son avancement par son mérite, ses connaissances et les grands talents qu'il a développés ; les preuves multiples qu'il en a données, pendant la dernière campagne, où il a négocié, réglé et conclu les deux armistices, Tout fait connaître d'une manière trop avantageuse pour qu'il soit nécessaire d'en faire un éloge plus étendu. »
... (Suivent d'autres propositions).
Ainsi proposé, de La Horie aurait dû, semble-t-il, voir sa nomination immédiatement ratifiée.
11 n'en fut rien.
De tous les officiers proposés par Moreau
pour avoir de ravancement, un seul ne fut pas maintenu. Ce fut de La Horie qui figurait le premier sur la liste, et dont les services étaient indéniables.
La minute de Tarrêté lui conférant le grade de général de division existe, elle n'a jamais été signée par le Premier Consul.
Le fait peut paraître inexplicable à première vue ; mais le motif de cette injustice dont les conséquences furent lourdes à sup* porter pour deux hommes et pour la France elle-même, est cependant facile à trouver.
Il n'est pas dans notre intention de vouloir amoindrir la grande figure de Napoléon.
Mais tout en rendant hommage à son génie, il nous sera permis, après bien d'autres, de faire remarquer combien étaient tenaces les rancunes du « Corse aux cheveux plats »•
Lorsqu'il avait ou croyait avoir un motif de haine ou un grief contre quelqu'un, il ne pardonnait pas.
Il le fit durement sentir à tous ceux qui lui portèrent ombrage, refusèrent de plier devant lui, ou simplement lui déplurent.
Jamais Napoléon parvenu à l'apogée de la gloire et de la toute-puissance, ne pardonna les offenses faites à Bonaparte, et malheu-
reusement il était facile d'encourir sa colère. Il n'était même pas besoin de s'en prendre à lui personnellement ; il suffisait de froisser un des siens, un de ses familiers,
De La Horie avait eu ce malheur.
Quand Victor de La Horie avait reçu un ordre, il l'exécutait. Soldat, il savait obéir, et, personnellement respectueux de la discipline, il n'admettait pas qu'elle put être enfreinte par d'autres.
Or, un jour, à l'armée du Rhin, alors que de La Horie, ainsi que nous venons de le voir, était chef d'état-major, l'ordre avait été donné à toutes les divisions de prendre position sur l'Eiser à jour fixe. Et toutes les divisions avaient obéi, excepté celle du général Leclerc, beau-frère du Premier Consul.
Leclerc avait reçu l'ordre de s'emparer de Freisingen, mais estimant la place trop for-
tement occupée, il avait jugé prudent de De pas se hasarder jusque-là. Il avait envoyé son adjudant-général prévenir Moreau, qui travaillait avec de La Horie. Le chef d'étatmajor, dès les premiers mots, avait interrompu l'adjudant, disant que la division avait eu tort de ne pas exécuter l'ordre donné, et qu'il fallait que Freisingen fut occupé le soir même. Moreau avait naturellement approuvé de La Horie, et l'adjudant était parti rapporter l'ordre à Leclerc qui avait alors attaqué et pris Freisingen.
Mais, mécontent d'avoir été blâmé tout haut par le chef d'état-major, il était venu le lendemain demander un congé à Moreau.
" ' li-ci avait refusé.
iclerc était le beau-frère de Bonaparte ; [ue le général en chef de l'armée du Q avait refusé, le Premier Consul l'avait
accordé directement, et Leclerc était parti pour Paris.
Il y desservit de La Horie de tout son pouvoir et obtint de son beau-frère la promesse que jamais son adversaire ne passerait général de division.
Et Bonaparte tint sa parole. Sans vouloir écouter Moreau, sans entendre ses explications, il refusa de ratifier la promesse faite par le général en chef de l'armée du Rhin sur le champ de bataille de Hohenlinden De La Horie ne fut jamais divisionnaire.
Moreau ne pardonna pas au Premier Consul cette injustice. Il considéra comme une insulte personnelle ce manquement à la parole donnée par lui. Cette faute de Bonaparte fut Torigine première, ou tout au moins Tune des causes déterminantes de la lutte qui éclata entre lui et lancien commandant en chef de l'armée du Rhin. On
sait les 'tristes conséquences de cette rivalité pour la France et pour Moreau.
Quant à de La Horie, les torts n'étaient pas de son côté. Sa conscience ne lui reprochait rien ; étonné de ne pas recevoir la récompense sur laquelle il était en droit de compter, il fut bien plus surpris encore, lorsque, la paix étant signée, il reçut l'ordre de quitter l'armée et de revenir à Paris.
Une fois dans la capitale, il eut avec Moreau et ses anciens compagnons d'armes, de meilleurs relations qu'avec le Premier Consul et ses familiers. Faut-il s'en étonner? et ne doit-on pas être surpris plutôt du singulier état d'esprit des historiens qui ont trouvé extraordinaire de voir de La Horie, mis à l'index et repoussé par le parti de Bonaparte, entretenir de cordiales relations avec Moreau, son protecteur.
Le Premier Consul, d'ailleurs, fit prendre
lE QËNÉBAL &E LA HORIE
en temps voulu toutes le& mesures nécessaires pour prouver à de La Horie qu'il était inutile d'espérer uo rapprochement.
Après avoir retenu le général dans l'inaction à Paris, on le mit d'office à ta retraite. Voici comment fut fixée sa solde (1) :
SOLDE DE RETRAITE Détail des Services
Du 5 mars 1793 au
Le minimum
8 fructidor, an 11,