‹ Le général de Sonis d'après ses papiers et sa correspondanceChapitre 1 sur 62 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Lorsque , il y a près de trois ans , le général de Sonis rendit à Dieu sa grande âme, je reçus de sa famille et de ses amis la mission d'écrire sa vie, si on devait récrire. Je m'inclinai : il me sembla que l'honneur de Dieu et de la religion m'en faisait un devoir.

Il me fut doux de le remplir. Il est vrai qu'il m'a manqué pour un pareil travail les calmes loisirs nécessaires aux ouvrages d'esprit; et je n'ai guère pu lui consacrer que mes veilles. Mais il m'en a lui-môme payé le prix par avance; et, au soir des labeurs auxquels m'applique la grande œu\Te dont j'ai le gouvernement, je n'ai pas eu de meilleur repos d'intelligence et de cœur que l'habituelle et ravissante société de ce grand cœur. Ce me fut plus qu'un repos ; et cet ouvrage , tout consacré à l'édification et au service des âmes, a représenté pour moi une part considérable de ce ministère apostolique hors duquel

Vlll PRÉFACE

la vie du prêtre est frappée de stérilité , de tristesse et de mort.

D'ailleurs on me fut secourable; et je voudrais pouvoir en faire parvenir à tous ceux dont je suis l'obligé mes vives actions de grâces. Outre l'inestimable concours de la famille du général, qui a le premier droit à ma reconnaissance, des sources d'informations me furent ouvertes de toutes parts, et les documents affluèrent, ainsi que les souvenirs. Il m'en vint du foyer et du cloître, du sanctuaire et des camps. Non seulement chacune des garnisons de France où l'officier a laissé une trace de son passage, mais l'Algérie, le désert môme, ont porté témoignage de lui . c'était une résurrection glorieuse , et M. de Sonis m'apparut ainsi dans la pleine lumière de sa vie et de ses actes.

Je le vis donc sous ce ciel éclatant des Antilles, où se passa son enfance, et dont il nous a fait lui-même une si vive peinture. Je le vis en France, au collège, à l'École militaire, à Castres, à Paris, à Limoges, dans cette jeunesse chevaleresque où déjà le soldat, le chrétien et Tapôtre entrent d'un pas si résolu dans la carrière. Puis, c'est l'Afrique, Alger, Mustapha, Milianah, Blidah, la Kabylie, Orléansville , où Dieu le façonne et l'exerce au combat intérieur, bien autrement terrible que l'assaut livré aux crêtes hérissées do l'Atlas. La campagne dltalie est l'épisode héroïque

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qui révèle son nom à la France. Plusieurs de ses frères d'armes, ses frères de cœur aussi, qui a\'aienl marché, combattu, soulTert à ses côtés, en ont reconstitué tout le drame à mes yeux ; avec ce mélancolique épilogue du Maroc, où le guerrier se transforme en sœur de Charité, au chevet de nos mourants, pour le salut de Tâme et du corps des chefs et des soldats. Alors, l'Afrique Ta repris pour dix années encore; dix années remplies par le commandement supérieur des cercles de Tenez, de Saïda, et surtout de Laghouat , sur les frontières du Sahara , où son nom est demeuré , au bivouac de nos colonnes comme sous la tente des tribus, le synonyme de la justice, de l'intrépidité, de l'intégrité, de la victoire et de l'honneur. Les savants et brillants combats de Metlili et d'Ain -Madhi l'ont déjà mis en lumière pour de plus hauts commandements, ei même temps que d^ fécondes épreuves et des vertus sublimes l'ont fait grandir pour le sacrifice auquel le Maître absolu de son cœur l'a préparé de loin. C'est pour la France qu'il l'olTre sur le champ de bataille de Loigny, dans cette journée inénarrable, moins belle encore cependant que la nuit qui la suit. Il en sort mutilé, mais il en sort consacré. Dieu l'a promu à la dignité de victime, et il en exercera, devant Dieu et pour la France, l'auguste ministère pendant dix-sept ans de souffrances qui furent la consommation su-

OJBénl de Sonifc ^

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prême de l'holocauste. L'immolation fut complète, généreuse, joyeuse : il a tout livré à Dieu dans ces années obscures, tout sacrifié pour Dieu ; jusqu'à cette épée , sa seule richesse , qu'il remet au fourreau , plutôt que de paraître seulement la mettre une heure au service du sacrilège. Mais il la tient jusqu'à la fin au service d'une patrie qu'il aime davantage, à mesure qu'il la voit plus humiliée et déchirée au dedans, plus menacée au dehors.

Aussi bien, le ciel ne lui en parait que plus beau, et il n'en détache plus ses regards ardents , avides, depuis surtout qu'il y a vu monter ses deux saintes sœurs, son roi, ses premiers amis. Rennes, Saint -Ser\'an, Châteauroux, Limoges, Paris, sont autant d'étapes vers ce terme où il s'avance par le chemin royal de la croix. Il a combattu en héros, il a vécu en saint, il a souffert en martyr, il meurt en prédestiné. Son adieu à ceux qu'il a tant aimés en ce monde est un confiant rendez-vous dans le Cœur adoré du -Père de la grande famille. Il expire, et voici déjà que l'Église garde sa tombe; la parole des pontifes consacre sa mémoire ; les vœux des fidèles montent en secret vers lui , et tous les yeux voient là-haut reposer sur son front cette couronne militaire que notre divin Roi assure à quiconque aura soutenu le bon combat : Qui légitimé certes verit coronabitur.

PRÉFACB XI

Ce que ces souvenirs d'histoire ou ces souvenirs d'anus nous ont rappelé , c'est sa vie. Ses lettres le font mieux connaître encore, parce que ses lettres, c'est son âme. Elles en ont la franchise, rélan, le nerf militaire, la spontanéité, l'élévation religieuse, la passion éloquente et communicalive, avec l'abandon d'une plume qui va droit à la pensée, sans s'occuper du style, lequel ne s'en trouve que mieux. Très nombreuses, très variées, elles fournissent d'un bout à l'autre la trame du présent récit, qui non seulement leur emprunte son authenticité et son autorité, mais qui leur doit sa beauté propre et sa couleur vraie. Avionsnous mieux à faire que de les reproduire, en les encadrant, en les expliquant; et n'était-ce pas double profit que de faire taire notre voix pour laisser parler la sienne ?

Elle parlera, car cette vie est plus qu'un rare spectacle, c'est une grande leçon. J'entends dire sans cesse que ce qui nous manque le plus ce sont des caractères : M. de Sonis est un caractère; on en a peu vu de pareils, même en des âges meilleurs. Les profondes convictions qui , du premier jour au dernier, ont été le ûambeau de sa vie, ne l'ont pas vu dévier d'un pas dans ses démarches : Per vias rectas. Il est la droiture même, c Je mets toujours le cap de mon navire sur le bon Dieu, disait-il un jour; quels que soient les vents qui soufflent, favorables ou contraires, ie main-

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