XII PRÉFACE
tiens ma direction; car, en définitive, c'est à ce port -là que je veux aborder. > On l'a nommé rhcsame du devoir : ce devoir, il Ta pratiqué hautement, coûte que coûte, à la face du ciel, sans regarder si le devoir était le sacrifice; et l'héroïsme lui- môme n'en a été pour lui que le fruit naturel et la conséquence toute simple. Comme il observe le devoir, il le fait observer aux autres. La discipline, la probité, la moralité, l'honneur sont choses qu'il a sous sa garde. On Va appelé le juste, il est aussi le justicier, et ce n'est pas en vain qu'il porte le glaive, lui aussi, comme s'exprime l'Apôtre. Ainsi nous apparaît-il comme un homme d'un autre âge , un chevalier d'une autre France; et à le voir, de l'aveu de tous, si noble et si constant de principes et de conduite, on se rappelle saint Louis enlevant l'admiration des infidèles eux-mêmes, et les forçant à le tenir pour c le plus fier crestien que on peust treuver >.
De plus , cet homme de caractère est un homme de cœur. C'est un époux , un père , un frère , un ami d'une profonde tendresse. Rien ne lui est étranger, de ce qui est aimable : les beaux lieux , les beaux livres, les beaux arts, les belles actions, les belles âmes surtout. Il a aimé les âmes d'une ardeur conquérante, et toutes celles que la main de Dieu a placées sur sa route, il n'a pas eu de repos qu'il ne les ait enrôlées^ ramenées, selon
PRÉFACE XIlî
son pouvoir, sous le drapeau de son Maître. Il a admé les jeunes gens, dont il était le père plus encore que le chef; et lui-même a gardé jusqu'à la fin de sa vie, dans la candeur du sentiment et la Qamme de l'enthousiasme, la perpétuelle jeunesse des amis de Dieu. Il a aimé tout ce qui souffre, les pauvres, les opprimés, les vaincus, les petits. Il a aimé Tannée, à laquelle il a donné quarante ans de sa vie, toutes ses forces, tous ses fils, et à laquelle il eût voulu procurer toutes les gloires avec toutes les vertus. La patrie n'a pas eu de cœur plus dévoué que le sien, dévoué dans ses jours de revers plus encore que dans ses jours de succès, dévoué à son honneur plus encore qu'à sa fortune. Il a aimé l'Église comme on aime une mère; et, dans l'Église, toute sa foi, toutes ses lois, son culte, son indépendance, ses ministres, ses institutions, ses ordres religieux, surtout son Pontife suprême, pour la défense duquel il eût désiré mourir. Il a eu pour la Mère de Dieu, la Vierge immaculée, celte piété filiale qui marque d'un signe de grâce la race des élus. Elle lui a été plus mère qu'à nul autre; il lui a été plus fils que personne; et, dans Ja nuit de sa sanglante agonie de Loigny, il y eut entre elle et lui, sous le ciel entr'ouvert, des heures d'ineffable et étemel souvenir.
Mais l'amour qui, chez lui, inspire et dépasse tout amour^ c'est l'amour de Celui auquel, dès