‹ Le général de Sonis: le héros de PatayChapitre 13 sur 16 · PARIS ET LES DERNIERS JOURS. LE TOMBEAU DE LOIGNY · texte numérisé non relu

PARIS ET LES DERNIERS JOURS. LE TOMBEAU DE LOIGNY

ouR un homme de devoir et d'activité comme le générai de Sonis, une inspection de cavalerie n'était pas une sinécure.

Afin de se maintenir à la hauteur de ses fonctions, il se remit à lire toutes les brochures que Français et Allemands ont publiées sur la tactique de cavalerie. Puis, de la théorie passant à la pratique, il taisait des tournées d'inspection générale qui ne lui laissaient pas dans la journée une minute de loisirs. Avant même son installation à Limoges, on voit l'inspecteur gêné-

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rai à Paris, à Rennes, à Dinan, à Nantes, à Bordeaux, à Libourne, heureux après une journée commencée à quatre heures du matin, de se débarrasser le soir de sa jambe de bois pour prendre un repos nécessaire et mérité.

Sonis aimait et appréciait cette vie de fatigue. Il n'avait pas encore connu ces dégoûts du métier, des occupations quotidiennes, qui sont souvent un des côtés douloureux de la vie. Cette épreuve ne devait pas lui manquer. Un accident survenu vers la fin de Tannée 1881, réduisit le général à un certain état d'impuissance, qui ajouta les angoisses morales aux difficultés et aux souffrances physiques.

Au mois de septembre, de grandes manœuvres avaient eu lieu à Tantonville, en Lorraine. Le général y assista. Un cheval dont il se croyait sûr se cabra et fit de tels sauts qu'il lança le cavalier à terre en brisant sa jambe de bois. C^*te chute, qui aurait pu tuer Sonis, sembla d'abord moins malheureuse que toutes celles qu'il avait déjà faites. 11 put le lendemain remonter à cheval et assister à toutes les manœuvres ; mais désormais, il perdit la sécurité.

Cette sûreté, cette confiance avec laquelle le brillant cavalier montait les chevaux les plus ardents n'é-

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tait plus le partage du général. Sonis ne se sentait plus sûr de lui et il se dit dès lors que sa carrière était terminée. Cette idée d'une vie finie, d'une retraite prochaine ne le quitte plus. La mélancolie qui s'attache au calme et aux demi-teintes du crépuscule, va s'étendre comme un voile sur l'existence de cet homme que les peines ont vivement atteint, mais que V inexorable ennui que Ton porte en soi-même, selon Ténergique expression de Bossuet, n'avait pas encore touché.

Pour la première fois, le mot de découragement se trouve sous sa plume.

« S'il était permis de se laisser aller au découragement, écrit-il, ce serait certes bien mon cas. Je suis sous l'empire d'une grande tristesse que je réussis mal à secouer. »

Tout l'attriste. Ce qu'il voit dans le monde, autour de lui, et surtout ce qu'il porte en lui-même.

« Hélas I dit-il une autre fois, je ne suis plus de ceux qui ont le cœur ouvert aux prochaines espérances.

» J'ai pris mon état en dégoût. J'en suis fatigué de toutes manières. Cette vie de perpétuel mouvement pour un malheureux qui ne peut tenir debout, me

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paraît un contre-sens insupportable. Et ces voyages sans fin, suivis d'innombrables paperasses, me font une existence bien dure. De plus, je n'ai plus de confiance dans mes moyens de tenue à cheval. Il me semble à chaque instant que je vais être désarçonné -, aussi, cet exercice qui constituait pour moi une seconde nature, m'est devenu très pénible. »

Seulement, ce découragement parfois si profond, n'est jamais sans remède. Sonis sait où le chrétien doit chercher et trouver la force. Ses plaintes se terminent toujours en prières.

« Daigne Notre-Seigneur me donner un cœuf vaillant pour porter mon fardeau ! »

Ce fardeau, il éprouvait le besoin de le déposer, de faire une petite halte avant le grand voyage, le voyage éternel, afin de s'y mieux préparer :

« J'éprouve un immense besoin de bonnes et fortes lectures, de prières, de vie en Dieu. Une vie pauvre, dans un petit coin bien obscur, près d'une église. »

Tel est le rêve de ce héros.

Au mois de juillet 1882, il se vit contraint de le réaliser.

Obligé d'aller à Bordeaux pour inspecter sa brigade, le général de Sonis, faute de chevaux qu'il pût

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monter, dut renoncer à commander sa division aux grandes manœuvres de Biéré, dans l'Indre-et-Loire. C'était là un signal attendu et redouté. Sonis comprit qu'il devait renoncer à exercer désormais le noble métier de sa vie.

Il écrivit immédiatement à son général en chef :

« Mon général, je viens de rentrer à Limoges, après avoir terminé ma tournée d'inspection générale.

» Je demeure convaincu que je ne suis plus assez cavalier pour commander une inspection de cavalerie. Il me répugne de signaler mon impuissance devant une réunion aussi nombreuse d'officiers de mon arme et de terminer ma carrière d'une manière peu honorable.

» Je vous prie de me permettre d'adresser le dossier des manœuvres que j'ai entre les mains, au plus ancien général que vous désignerez.

» Je vous serai reconnaissant de provoquer ma mise en disponibilité, jusqu'au moment où, ayant rempli tous mes devoirs d'inspecteur général, j'adresserai au ministre ma demande de retraite. »

Il existait alors à Paris une commission mixte de travaux publics au ministère de la Guerre. Cette commission se réunissait tous les mois pendant une heure et demie. La situation était honorable ; elle

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laissait les plus complets loisirs. « On y met, expliquait Sonis, les personnages dont on se défie. » Cette place lui fut offerte et il l'accepta. La solde valait mieux que la pension de retraite et le général se montra satisfait de ce semblant d'activité qu'il appelait dans son expressive langue militaire « un enterrement de première classe. »

A Paris, l'infirme put réaliser son rêve. Il se logea à Passy, près du bois de Boulogne, dans un quartier tranquille, à proximité d'une chapelle privée et dans le voisinage des Pères Carmes qui avaient toute sa confiance.

Madame de Sonis était entrée aussi dans le Tiers- Ordre du Carmel. Le général éprouvait une douce satisfaction à réciter avec elle chaque jour le petit office de la Sainte Vierge en union avec les tertiaires. Il priait, lisait, méditait, s'occupait des études de François, son dernier-né, et préludait ainsi dans le recueillement, la retraite, la séparation du monde, à la grande séparation que l'aflaiblissement de sa santé ne laissait, hélas ! que trop prévoir.

Durant ces dernières années, les jours et les nuits du général de Sonis n'étaient plus qu'une alternative de souffrances et de mieux trompeurs.

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Au pied gelé à Loigny survint une douloureuse inflammation^ une extrême sensibilité nerveuse lui causait dans les muscles de pénibles tiraillements ; une chute faite sur le parquet de sa chambre le meurtrit et la continuité de ses souffrances lui permet de dire : « Je sens venir la mort ; mais je m^efiorce de penser que Dieu est un bon père et qu'après tout, une seule chose importe, c'est qu'il sôit aimé, glorifié et servi. »

Une dernière saison passée à Amélie-les-Bains sembla rendre au pauvre martyr un peu des forces qu'il avait perdues^ Ce n'était qu'un mieux factice. Dieu ne voulait pas enlever à son fidèle serviteur ce sceau de la souffrance qui est la marque de ses élus.

Le ministre de la Guerre fut l'instrument d'une nouvelle et dernière injustice qui enleva à M. de Sonis sa place à la commission mixte des travaux publics, dernier hommage rendu au généreux défenseur de la patrie.

Sur la remarque d'un homme de cœur qui eut le courage de dire au ministre que la révocation pure et simple de M. de Sonis ferait dans l'armée un déplorable effet, le gouvernement laissa une solde au vieux vétéran, comme on donne, disait Sonis lui-même, un

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morceau de pain à un pauvre pour s'en débarrasser. Il fut nommé membre adjoint du comité de cavalerie. C'était là un congé poli. Le mot a^/om/ signifiait qu'on se réservait de l'appeler quand on aurait besoin de lui.

Ce ne fut pas le ministre de la Guerre qui appela le général de Sonis -, ce fut le souverain Maître qui jugea que l'heure de la récompense avait sonné.

Aussi bien, l'oubli et l'ingratitude des hommes n'avaient servi qu'à faire monter plus vite et plus haut cette âme pour laquelle les liens terrestres se brisaient peu à peu.

Seules, les prières, les bonnes œuvres et les affections de famille la retenaient encore ici-bas. Sonis écrivait à sa fille religieuse au Sacré-Cœur de Kientzheim :

« Nous arrivons, chère Marie, au terme de la vie, étonnés de l'avoir parcourue si vite, nous croyant toujours jeunes, et ne pouvant nous faire à l'idée de plier bagage pour l'éternité. Il me semble cependant que si je n'avais la charge de si graves intérêts, que si, après moi, l'avenir des miens n'était si gros d'inquiétudes, je déménagerais bien volontiers. Mais il faut que tout se passe comme il plaira à Dieu, et nrier Iç bon Maître de tout arranger selon son bon plaisir.

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qui ne peut être que de nous réunir tous dans son ciel et dans son divin cœur. »

Ce détachement n'empêchait pas le général de s'occuper des œuvres de zèle et de contribuer, autant que son infirmité le lui permettait, à la prospérité des associations catholiques, la grande force de résistance au progrès du mal et de Timpiété moderne.

Il avait voulu entrer dans Tceuvrede la Fraternité du salut établie dans les quartiers ouvriers pour la régénération morale du peuple et le renouvellement de Tesprit de famille.

Les ouvriers ont une réunion mensuelle. Ils s'engagent d'honneur et devant Dieu à ne pas aller au cabaret, à assister à la messe du dimanche et à donner chaque semaine leur paye entière à leur femme pour les besoins du ménage. Le général assistait régulièrement aux réunions, entendait la messe, y communiait, à la grande édification des ouvriers catholiques qui l'entouraient.

Cette conduite extérieure n'était d'ailleurs que le pâle reflet des sentiments qui ranimaient. Ainsi qu'il le disait de sa sœur, la Mère Marie du Saint-Sacrement, lui aussi était arrivé sur ces sommets d'où il fait bon prendre son vol vers l'éternité.

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On a retrouvé dans ses papiers, après sa mort, la prière suivante :

» Mon Dieu, me voici devant vous, pauvre, petit, dénué de tout. Je ne suis rien, je n'ai rien, )e ne puis rien; je suis là à vos pieds, plongé dans mon néant. Je voudrais avoir quelque chose à vous oflErir, mais je ne suis que misère. Vous, vous êtes mon tout, vous êtes ma richesse.

• Mon Dieu, je vous remercie d'avoir voulu que je ne fusse rien devant vous. J'aime mon humiliation, mon néant. Je vous remercie d'avoir éloigné de mon esprit quelques satisfactions d'amour-propre, quelques consolations du cœur* Je vous remercie des déceptions^ des inquiétudes^ des humiliations. Je reconnais que j'en avais besoin, et que ces biens auraient pu me retenir loin de vous.

» O mon Dieu, soyez béni quand vous m'éprouvez. J'aime à être brisé, consumé, détruit par vous. Anéantissez-moi de plus en plus. Que je sois à l'édifice non comme la pierre travaillée et polie par la main de l'ouvrier, mais comme le grain de sable obscur, dérobé à la poussière du chemin.

» Mon Dieu, je vous remercie de m'avoir laissé entrevoir la douceur de vos consolations; je vous remer-

Madame de Sonis, à genoux près du lit, tenait la main du mourant et posait sur ses lèvres le crucifix. (Page 324.)

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cie de m'en avoir privé. Tout ce que vous faites est juste et bon. Je vous bénis dans mon indigence ; je ne regrette rien, sinon de ne pas vous avoir assez aimé.

» Je ne désire rien, sinon que votre volonté soit faite. Vous êtes mon Maître et je suis votre propriété. Tournez et retournez-moi; détruisez et travaillezmoi. Je veux être réduit à rien pour Tamour de vous. O Jésus, que votre main est bonne, même au plus fort de répreuve!

» Que je sois crucifié, mais crucifié par vous. »

On voit que la victime était prête. L'heure du sacrifice ne devait plus être loin.

Le second dimanche du mois d'août, le général de Sonis, qui avait un peu de fièvre depuis quelques jours, se leva comme à l'ordinaire. On lui apporta la sainte communion, qu'il reçut avec sa ferveur habituelle. Sa famille n'avait pas d'inquiétude, lorsque, le lendemain matin, une crise d'étouffement faillit l'emmener.

On prévint à la hâte le R. P. Albert, religieux carme, son confesseur.

Avec toute sa connaissance, le général reçut les derniers sacrements j puis, l'agonie commença. Elle

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dura plusieurs heures. Madame de Sonis, à genoux près du lit, tenait la main du mourant et posait sur ses lèvres le crucifix^ sur les pieds duquel ce vaillant ami de la croix exhala son dernier soupir.

Le général de Sonis avait dit aux deux pauvres mobiles qui étaient venus, sur le champ de bataille de Loigny, lui demander de leur apprendre à mourir :

« Sur le seuil des espérances éternelles, TEglise a placé Marie, afin d'inspirer confiance à ceux qui doivent le fi^anchir. »

La Vierge immaculée était venue chercher son enfant de prédilection le jour de son glorieux triomphe. Le général de Sonis est mort le i5 août, fête de l'Assomption de Tannée 1887.

Il habitait alors le n? 2 de la rue de Sontay, au coin de la place d'Eylau. Ce fut dans Téglise de Saint- Honoré d'Eylau que les obsèques eurent lieu.

Profondément blessé delà défense faite aux troupes de pénétrer dans le lieu saint, M. de Sonis avait témoigné, avant sa mort, sa volonté formelle de refuser pour sa dépouille mortelle les honneurs militaires. Il avait dit un jour à son fils Henri : « Je veux être enterré comme un pauvre. Sur ma tombe, une simple

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pierre avec ces mots : Miles Christi^ soldat du Christ. »

Cette tombe ne pouvait être placée ailleurs qu'à Loigny.

Lorsqu'après la guerre, M. de Sonis était retourné dans ce lieu cher à son souvenir, il avait été frappé de la pauvreté de cette église de village et en avait rêvé la restauration.

Aussi, quelle n'avait pas été sa joie lorsque M. Wagner, rédacteur du journal P Espérance j à Nancy, proposa à M. de Sonis de faire partie d'un comité de souscription pour cette œuvre née d'une pensée aussi patriotique que religieuse !

Sonis avait donc accepté, en demandant toutefois la présidence de la commission pour son ami le colonel de Charette.

En peu de temps la somme nécessaire fut recueillie, les travaux entrepris, menés à bonne fin. Charette s'était réservé un modeste caveau dans la crypte de la nouvelle église. On y avait célébré, au jour anniversaire de la bataille, un service solennel pour les victimes du 2 décembre. En apprenant la mort du général, le chef des Volontaires de l'Ouest s'empressa d'offrir à la famille de Sonis de partager avec son

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cher compagnon d'armes le lieu de sa sépulture.

La nouvelle église de Loigny était dédiée au Sacré-Cœur. Les volontaires de T Ouest étaient à plus d'un titre les soldats du Sacré-Cœur. Ils avaient combattu à l'ombre de son drapeau ; ils s'étaient consacrés solennellement à ce Cœur divin dans une imposante cérémonie célébrée dans la chapelle du séminaire de Rennes le jour de la Pentecôte, 28 mai 1871 . M. de Sonis en convalescence à Castres, encore trop faible pour entreprendre un si long voyage, leur avait envoyé une formule de consécration que Mgr Daniel, aumônier des zouaves, avait pieusement récitée devant le Saint-Sacrement solennellement exposé. Après lui, le baron de Charette, d'une voix claire et vibrante, avait confirmé les paroles sorties du cœur du pieux général en disant à ses soldats :

* A Tombre de ce drapeau teint du sang de nos plus nobles victimes, nioi, général baron de Charette, qui ai l'insigne honneur de vous commander, je consacre au divin Cœur de Jésus mes volontaires de l'Ouest, zouaves pontificaux : avec ma foi de soldat, de toute mon âme, je dis et vous demande de dire avec moi : Cœur de Jésus, sauvez la France ! »

Il était bien juste que le général de Sonis demeurât

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uni dans la mort à cette troupe d'élite dont il avait été en un jour mémorable le chef, l'exemple et l'honneur.

C'est pourquoi les obsèques célébrées à Saint- Honoré d'Eylau ne pouvaient être qu'un prélude de l'imposante cérémonie de Loigny.

A Paris, les amis du général, des prêtres, des religieux, des représentants des œuvres catholiques, un grand nombre d'officiers de cavalerie vinrent spontanément rendre hommage à ce vaillant.

Le général Lhotte, au nom du ministre de la Guerre, prononça quelques paroles émues devant la porte du temple. Puis, le corps fut déposé dans les caveaux de l'église en attendant l'inhumation, fixée au 22 septembre.

Nul jour ne pouvait être mieux choisi. On célébrait la fête d'une troupe de soldats martyrs : la fête de saint Maurice et de ses braves compagnons de la légion thébaine.

L'église de Loigny, tendue de deuil, était ornée de drapeaux retenus par un écusson aux armes de Sonis. Il rappelait les dates glorieuses de la vie du héros :

Solférino, iSSg! Maroc, 1860! Metlili, 1866! Aïn- Madhi, 1869! Loigny, 1870!

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3zB LE GÉNÉRAL DE SONIS

La foule se pressait émue et recueillie dans les nefs, ce jour-là trop étroites pour contenir plus de deux cent cinquante prêtres, parmi lesquels M. Tabbé Bastard, l'aumônier du i6® corps qui avait relevé Sonis sur le champ de bataille, et M. Tabbé Theuré, le généreux curé de Loigny qui Tavait recueilli et soigné sous son toit.

Les enfants du général, deux ûUes et six fils, dont quatre en uniforme, entouraient le catafalque.

Après l'absoute, le corps fut déposé dans la crypte. Une simple pierre recouvre le caveau. On y lit aujourd'hui cette épitaphe :

Dies XXII sept. iSS'j

In spem vitœ ~ hic depositus est — et requiescit —

Miles Christi.

Gaston de Sonis

général de division

né le 27 août 1825

décédé le i5 août 1887

Priez pour lui.

Ce fut Mgr Freppel, de célèbre et éloquente mémoire, qui prit la parole pour louer celui qui, dans son humilité, aimait tant Tobscurité et le silence, et dont

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les lèvres glacées par la mort ne pouvaient plus protester contre des éloges auxquels l'auditoire, sans le respect dû au lieu saint, aurait volontiers applaudi.

Mgr Tévêque d'Angers avait choisi comme texte de son discours ce verset de l'Ecriture :

* Il a aimé Dieu de tout son cœur et Dieu lui a donné la force en face de l'ennemi. »

Une péroraison éloquente suivit ces paroles qui résumaient, en efTety toute la vie du général. La gloire humaine, qu'il n'avait pas appelée, était venue le chercher. Mais cette gloire passe, s'efface et ne s'emporte pas dans l'autre monde. Gaston de Sonis s'était attaché surtout à ce qui est éternel. Il avait aimé Dieu de tout son cœur, et il continue, là-haut, dans une extase sans fin, l'exercice de cet amour si bien commencé ici-bas.

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