‹ Le General Dourakine;Chapitre 40 sur 41 · ELFY · texte numérisé non relu

ELFY

Soyez tranquille, général, tout est prêt, nous vous attendions pour servir. »

Le général entra et se mit à table ; le couvert était mis. Elfy engagea tout le monde à s'asseoir; il fallut l'ordre exprès du général pour que les Dérigny et les Moutier se missent à table.

Je ne pensais pas que vous eussiez si vite oublié nos bonnes habitudes, ma petite Elfy et mon grand Moutier! Nous étions si bons amis jadis!

MOUTIER

Et nous le sommes encore, mon général; pour vous le prouver, nous vous obéissons sansplus de résistance. Viens, Elfy; obéis comme jadis.

A la bonne heure! Ici, à ma droite, Elfy; Moutier, près de ma nièce Dabrovine ; Natasha, à la gauche de Moutier; Romane près de Natasha; Mme Dérigny, à ma gauche; Alexandre, Michel, Jacques et Paul, où vous voudrez; je ne me mêle pas de vous placer.

JACQUES

Moi, près de mon bon ami Moutier.

MOUTIER

La place est prise par les dames, mon ami ; va ailleurs.

Les quatre garçons se placèrent en groupe tous ensemble. Elfy prouva au général aue ni elle ni

sa sœur n avaient perdu leur talent pour la soupe aux choux, la fricassée de poulet, la matelote d'anguilles, le gigot à l'ail, la salade à la crème, les pommes de terre frites et les crêpes. Le général ne se lassait pas de redemander encore et encore de chaque plat.

Le vin était bon, le café excellent, l'eau-de-vie vieille et vrai cognac. Le prince Romane joignit ses éloges à ceux du général, et, quoique ses démonstrations fussent moins énergiques, il lui arriva deux fois de redemander des plats servis et accommodés par les deux sœurs.

Après le repas et après une promenade dans les domaines d'Elfy et de Moutier, on se dirigea vers l'auberge du Général Reconnaissant. Natasha, ses frères et leurs amis couraient en avant et admirèrent avec une gaieté bruyante l'effigie rubiconde du vieux général. Toute la société entra dans la maison de Dérigny, qui avait été préparée pour recevoir le général et sa famille; les domestiques et les femmes de chambre y étaient déjà et rangeaient les effets de leurs maîtres. L'auberge était grande; chacun eut une chambre spacieuse et confortable ; le général eut son salon ; Mme Dabrovine eut également le sien ; Natasha, Alexandre, Michel et même le prince Romane, virent avec grand plaisir un billard dans une pièce près de la salle à manger et du salon.

Dès le jour même, aidé d'Elfy et de Dérigny, le général s'installa avec les siens dans cette auberge si bien montée. Les Dérigny s'y transportèrent également. Le lendemain, le général, inquiet de ses repas, apprit avec une joie extrême que Dérigny avait déjà installé à la cuisine un excellent chef venu de Paris, et son garçon de cuisine, excellent pâtissier. Ce soin touchant de bien-être mit le comble à la reconnaissance du général; ses inquiétudes étaient finies, son bonheur devenait complet; dans sa joie, il pleura comme un enfant

Un jour, une lettre du prince Négrinski annonça au général la mort de sa nièce Papofski et les pénibles événements qui avaient amené cette fin prématurée. Cette nouvelle impressionna péniblement le général, sa famille et ses amis; mais ce sentiment s'effaça promptement par le bonheur dont ils jouissaient. Leur vie à tous était douce et gaie; Natasha allait tous les jours passer quelques heures chez son amie Elfy : elle l'aidait à faire sa cuisine, à laver son linge, à le raccommoder, à faire son ménage ; Alexandre et Michel passaient leurs récréations avec Jacques et Paul, à bêcher le jardin, à ratisser les allées, arroser les légumes, etc. ; le prince Romane et Moutier y mettaient aussi la main; Mme Dabrovine et le général venaient souvent se mêler à leurs occupations, rire de leurs jeux, s'amuser de leurs plaisirs. Le len-

Alexandre et Michel passaient leurs récréations avec' Jacques et Paul.

demain de son arrivée, le général et sa nièce allèrent voir le château à vendre; tout y était joli et magnifique; la terre était considérable ; les bois étaient superbes ; le prix en était peu élevé pour la beauté de la propriété : deux millions payés comptant rendirent le général possesseur de cette terre si bien placée pour leur agrément à tous. Ils s'y transportèrent quinze jours après leur arrivée à Loumigny, et ils y passèrent gaiement et agréablement l'automne, l'hiver et le printemps. Dérigny était resté près du général. Il était régisseur delà terre et de toute la fortune du général ; sa femme surveillait la linge et fut établie femme de charge. Mme Dabrovine reprenait petit à petit sa gaieté ; elle voyait souvent le bon curé, que le général aimait aussi beaucoup, et qui devint le confesseur et le directeur de toute la famille ; Natasha était heureuse; elle chantait et riait du matin au soir. Le prince Romane était devenu un membre indispensable de la famille. On voyait sans cesse les Moutier, soit chez eux, soit au château.

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