DU CHATEAU DE BARD
Prieur el Dubois !■! C'«
IÏE 17S/1 A MARENGO ^5
vallée cTAostc, courut se renfermer dans le fort de Bard. Le Premier Consul était encore à Martigny ; il en partit dans la nuit du 19 au 20 mai, accompagné de deux religieux, fit une halte de deux heures au Saint-Bernard et arriva à Ktroubles, le 20, à 9. heures du soir.
La forteresse de Bard, située à un point où la Dora-Baltea est resserrée entre des rochers escarpés, commande absolument le défilé et la grande route d'Aoste à Turin. Elle occupe, par deux rangs de batteries blindées, un monticule qui se dresse sur la gauche de la rivière, entre Arnaz et Donnas, à onze lieues d'Aoste et à quatre lieues au-dessus d'Ivrée; au pied du fort est la ville de Bard, construite dans le défilé même et traversée par la grande route. Sur la gauche, le défilé est dominé par les hauteurs d'Albard.
L'avant-garde de l'armée arriva devant Bard le 19 mai (29 floréal), suivie par la division Boudet et la division Loison. Le général Marcscot fit immédiatement construire une batterie sur la hauteur d'Albard, et le lendemain, 3o floréal, il en rendait compte au général Dupont, par le billet suivant, écrit au crayon :
Le 3o floréal, l'an VIII.
Le Général Marescot, Au Général Dupont.
Je vous préviens, Citoven Général, que j'ai construit une batterie sur la hauteur d'Allebardo, pour trois bouches à feu. Je l'ai placée de manière à prendre en rouage les principales batteries du fort et à détruire les blindages. J'en espère un bon cllct.
Comme je ne connais pas quel est. l'officier d'artillerie chargé pour sa partie de l'attaque du fort, je vous prie de vouloir bien le prévenir qu'il peut l'aire ses dispositions pour armer cette batterie.
Salut et fraternité.
Signe : Marescot.
Le fort de Bard était un obstacle très sérieux, surtout pour l'artillerie, qui ne pouvait passer que par la grande route. De Verres, le 3o floréal (20 mai), le général Bcrthicr écrit au Premier Consul :
« Le château de Bard est un obstacle plus conséquent que nous ne le croyions, puisqu'il est impossible de faire passer l'artillerie tant que l'on n'en sera pas maître. Quant à l'infanterie et à la cavalerie, elles peuvent tourner le château en prenant un chemin de mulets qui va d' Arnaz à Perloz...
« Si je n'étais pas maître du château de Bard le 3, je me trouverais fort embarrassé, n'ayant, à la rigueur, de subsistances que jusqu'au l\--
« Demain, je porterai toute la division Lannes sur Saint-Martin et celle de Boudet sur les hauteurs, entre Arnaz et Donnas, qui dominent Bard ; la division Loison sera à Arnaz, devant Bard... »
Le même jour, seconde lettre de Berlhier au Premier Consul :
« Le château de Bard, par sa position et par lui-même, est hors de toute attaque de vive force.
« Il faut du canon pour culbuter ses batteries et pour se faire un passage. J'ai fait placer deux pièces de 8, qui ont canonné toute la matinée, mais sans effets réels.
76 LE GÉNÉRAL IHPON'T
« J'ai fait sommer deux fois le commandant, qui m'a paru décide à défendre sa place jusqu'à la dernière extrémité...
« J'ai pensé, comme vous, qu'il était nécessaire de faire passer une partie de l'armée en avant. J'avais déjà donné l'ordre au général Lanncs de se mettre en mouvement. Il est à Saint-Martin cl le général Boudct sera à Donnas...
« Le chemin par lequel je tourne le château de Bard est très difficile, même pour l'infanterie. Cependant, je risque d'y faire passer les deux régiments de troupes à cheval de l'avant- garde.
« Depuis hier, on est occupé à y traîner à bras trois pièces de 4, destinées à battre le fort, mais elles sont encore à moitié chemin de la montagne.
« Vous ne pouvez pas vous faire une idée des difficultés de tout genre que nous rencontrons... »
L'avanl-garde et la division Boudet dépassèrent le fort de Bard, et la division Loison prit position devant cette forteresse. Le Ier prairial, des troupes de cette division, sous les ordres du général de brigade Gobcrt, et dirigées par le général Dupont, emportèrent, malgré un feu violent, la ville de Bard, protégée du côté d'Aoste et du côté d'Ivrée par plusieurs pont-levis. Le général Dupont y fit preuve de la plus grande bravoure (1), et le général Gobert reçut une balle morte, en pleine poitrine.
Le lendemain, 22 mai, le général en chef donne au général Dupont des instructions où l'on remarque les prescriptions suivantes :
« Donnez l'ordre que l'on fasse des gabions à la batterie d'Albard, et que, dans la nuit, cette batterie soit réparée de manière à ce que le canon de l'ennemi ne l'entame pas comme il a fait ce matin...
« A dix heures du soir, il faudra commencera faire passer, s'il est possible, deux pièces de l\ et un obusicr pour l'avant-garde ; les chevaux passeraient après les pièces ; on garnira les roues de foin ou de paille mouillée, de manière à ce qu'elles ne fassent pas de bruit.
a Chaque pièce sera traînée par 25 soldats, qui la conduiront jusque hors de la portée de fusil du fort, du côté d'Ivrée, où les chevaux prendront la pièce pour la mener à Saint - Martin.
« Il sera nécessaire de faire également passer le plus de cartouches possible au général Lannes, en employant autant de soldats qu'il y a de caisses pour les porter jusqu'aux postes de la division du général Boudet, qui les fera passer à la division Lannes.
« Tous ces hommes devront être choisis parmi les braves et recevront un écu... »
(1) Une relation officielle, existant au Dépôt de la guerre, dit : « A minuit toutes les colonnes marchent en silence sur des quartiers de roches épars, atteignent les premières palissades, les escaladent et les brisent au milieu d'une pluie de balles. Poussant toujours en avant avec la même audace et sans attendre le résultat de l'attaque de gauche, 8 sapeurs de la 58° de la division Loison s'approchent d'un second retranchement ; mais ils sont bientôt arrêtés, faute d'outils, pour scier les flèches d'un pont-levis, quand, au même instant, il tombe abattu par quelques sapeurs de la division Boudet. Les grenadiers, ayant à leur tète le général Dupont, chef de l'état-major, se précipitent aussitôt, s'emparent de la haute et basse ville... La garnison se retire en désordre dans le château d'où elle l'ait sur les assaillants une décharge meurtrière de mitraille et fait rouler du parapet des obus et des grenades... »
DE 178/1 A MAREVGO ~-j
Les lettres suivantes, du général Gobert, font assister aux diverses péripéties du siège de Bard :