ALIE SEPTENTRIONALE
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Prieur el Dubois
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votre gloire sera la mienne. Tout est dit, je vous nomme général en chef de l'année de réserve (i). »
Un arrêté du 2 avril attribua ce titre à Bertbier, qui fut, le même jour, remplacé au ministère de la guerre par Carnot. « Dans le fait, dit Napoléon dans ses Mémoires, le Premier Consul commanda l'année de réserve, et Berthier, son major général, eut le titre de général en chef. »
Dès le ier mars, le Premier Consul avait indiqué au ministre de la guerre les principaux officiers généraux destinés à l'armée de réserve, et pendant que les troupes s'acheminaient sur Dijon, il complétait l'organisation du haut commandement. Sur la demande de Berthier, il fit choix du général Dupont, dont il avait pu apprécier la grande valeur, pour les fonctions si importantes de chef de l'état-major général de l'armée de réserve, et le ministre de la guerre lui fit expédier ses lettres de service le Ier avril.
Le 6 avril, le général Dupont fut prévenu d'avoir à donner des ordres pour que tous les généraux et adjudants généraux faisant partie de l'armée de réserve fussent rendus à Dijon pour le 10 du même mois.
Par lettre du 9 avril, le ministre de la guerre Carnot transmit au général Berthier l'ordre des Consuls de se rendre au quartier général de l'armée du Bhin, afin de s'entendre avec le général Moreau au sujet des mouvements combinés des deux armées. Berthier et Dupont partirent immédiatement pour Bàle, où Moreau avait son quartier général. « C'était, écrit le général Dupont, la première fois que je voyais le général Moreau à la tête de son armée. Je n'avais point eu de relations particulières avec lui. Dépositaire de ses lettres et de ses rapports au Directoire, j'avais eu un nouveau moyen de l'apprécier. Son caractère se montrait dans le récit de ses opérations comme ses talents militaires dans leur résultat, et sa présence confirma pour moi l'idée que je m'en étais faite. La fierté du commandement lui était entièrement étrangère ; il se montrait à ses soldats sous les plus simples dehors, mais cette simplicité lui était permise, et elle avait même sa noblesse à leurs yeux, lorsqu'ils se rappelaient sa belle et martiale attitude, devant l'ennemi (2). »
Le général Berthier quitta Bàle le 16 avril ; il arriva à Dijon le 18, et, le lendemain, il fit savoir par un Ordre du jour, qu'il prenait le commandement de l'armée, avec le général Dupont pour chef de l'état-major général. L'armée réunie aux environs de Dijon reçut alors une première organisation ; elle forma quatre divisions d'infanterie sous les ordres des généraux Loison, Watrin, Boudet et Chambarlhac, et une division de cavalerie sous le commandement de Murât. Un ordre du jour du général Dupont, en date du 20 avril, (3o germinal), fit connaître les détails de cette première formation. Étaient omises la division Chabran composée de neuf bataillons de l'armée d'Orient, et la légion italique.
Bonaparte n'était pas encore fixé sur le point où il traverserait les Alpes. Le passage pouvait se faire par le Saint-Gothard, par le Simplon, ou par le Saint-Bernard ; ces trois opérations offraient des obstacles qu'on ne connaissait qu'imparfaitement. De Dijon, le 25 avril, Berthier écrivait au Premier Consul : « J'espère, le 18 ou le 19 (floréal) avoir à Genève les principaux objets nécessaires à mon mouvement, et, suivant les circonstances,
(1) Mémoires inédits du général Dupont, (a) Mémoires inédits du général Dupont.
je me mettrai en marche pour pénétrer en Italie, soil par le Saint-Bernard, soit par le Simplon, soit par le Golhard. Je me déciderai, suivant les circonstances, au moment même. Le Simplon est impraticable pour les traîneaux ; le Saint-Bernard et le Gothard sont des débouchés préférables. »
Après avoir hésité pendant quelque temps entre le Simplon et le Saint-Bernard, le Premier Consul se prononce définitivement, par lettre du 27 avril, où il écrit à Berthier : « C'est donc par le Saint-Bernard que je désire que hou passe. Arrivé à Aoste, on sera à même de se porter sur le lac Majeur et sur Milan en peu de marches et dans un pays abondant et tel qu'il nous le faut... » Le général Marescot fut envoyé au Saint-Bernard (1), et le général Dupont prit immédiatement les dispositions nécessaires pour mettre l'armée en marche sur Genève, hâter le passage des \lpes et alléger la marche des différents corps (2). — Bonaparte arriva à Genève le 9 mai. Un Ordre du jour du général Dupont prévint immédiatement l'armée de l'arrivée du Premier Consul au quartier général.
Comme nous n'écrivons pas l'histoire de la campagne de 1800, nous nous bornerons à esquisser la physionomie générale des événements et à donner les pièces importantes et inédites que nous avons trouvées dans les papiers du général Dupont, et qui, faisant défaut aux Archives de la guerre, doivent être retenues par l'histoire, telles que la correspondance du général Gobert devant le fort de Bard, et le rapport de l'adjudant général Dalton, chef d'état-major de la division Boudet, sur le rôle de celle division dans la bataille de Marengo, rapport du plus grand intérêt.
Le 10 mai, l'armée reçut une nouvelle organisation, savoir :
Le général Lannes commanda l'avant-garde, composée de la brigade Mainoni (28e demibrigade de bataille et 3 bataillons), de la division Watrin (6° demi-brigade légère, 22e de bataille et /40e de bataille), de la brigade de cavalerie Rivaud (12e régiment de hussards et 21e de chasseurs), et d'une artillerie comprenant deux pièces de 8, quatre pièces de !\, deux obusiers et quatre pièces de !\ genevoises.
Le général Duhesme eut le commandement de la division Loison (i3e demi brigade légère, 58" de ligne, 60e de ligne, un escadron du i5e de chasseurs, quatre pièces de 8, deux pièces de !\ et deux obusiers), et de la division Boudet (9e légère, 3oe de bataille, bge de bataille, un escadron du 10e de chasseurs, /( pièces de 8, 2 pièces de 4 et 2 obusiers).
Le général Victor eut sous ses ordres la division Chambarlhac (24e légère, 43e de bataille, 96e de bataille, 1 Ie régiment de hussards, !\ pièces de 8, 2 pièces de 4 et 2 obusiers), et la division Chabran formée des bataillons d'Orient, d'un escadron du 7e de chasseurs, et 2 pièces de [\-
Le général Lechi commanda la division italique.
(1) Il en revint le 7 mai et rallia l'armée à Genève, apportant une excellente reconnaissance du Saint- Bernard, faite avec le général Watrin, sur les ordres du général Dupont.
(2) Pour se rendre compte de l'importance des fonctions du général Dupont à l'armée de réserve, de son activité extrême et du rôle de premier ordre qu'il a joué dans celte campagne, lire les deux gros volumes publiés par le capitaine de Cugnac, de la section historique de l'état-major de l'armée, sur la campagne de l'armée de réserve en 1800. On y trouve réunis les lettres, rapports, ordres du jour, toute la correspondance du général Dupont avec le ministre de la guerre, le général en chef, les généraux et chefs des difl'érents services de l'armée.
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Le général Mural eut le commandement de toute la cavalerie, comprenant alors une brigade de cavalerie (2e, 3° et 20" de cavalerie) une brigade de dragons (8e, 9e de dragons), et une brigade de cavalerie légère (2e de chasseurs, 1 1° de hussards). Les Ier de hussards, Ier et 5° de cavalerie, et 5e de dragons seraient embrigadés quand ils arriveraient à l'armée.
Le général de brigade Marmonl commandait l'artillerie de l'armée.
Le général de division Marescot commandait le génie.
Le Premier Consul partit de Genève dans la matinée du 12 mai ; il passa en revue, à Lausanne, dans la plaine de Sainl-Sulpicc, les divisions Chambarlhac et Loison, et leur annonça les succès de l'armée du Rhin. Le jour même, le général Dupont, dans un Ordre du jour adressé à l'armée, témoigne la satisfaction du général en chef « pour la conduite qu'elle a tenue soit pendant la roule, soit dans les cantonnements ; il a partout recueilli des éloges sur la discipline militaire que les troupes ont observée ». — A celte époque, les officiers d'infanterie devaient être encore armés de fusils, et le général Berthicr écrit au général Dupont : « Vous mettrez à l'ordre que les officiers et sous-officiers de toutes les demi-brigades doivent être armés de fusils, ainsi que les lieutenants et sous-lieulcnants des demi-brigades d'infanterie légère. Ces fusils seront donnés en passant à Villeneuve. »
Le ï!\ mai, la cavalerie fut définitivement organisée en quatre brigades :
iro, 2e, 3e, et 20e de cavalerie, aux ordres du général Kellermann ;
5e, 7% 8° et 9e de dragons, aux ordres du général Duvignau ;
2e et i5e de chasseurs, aux ordres du chef de brigade Champeaux, nommé général de brigade le 10 mai ;
12° de hussards et 21e de chasseurs, aux ordres du général Rivaud.
Le général de division Harville était affecté particulièrement au commandement de la cavalerie (1) et des dragons, et, conformément aux instructions du général Berthier, le général Mural, qui se trouvait commander supérieurement toute l'arme de la cavalerie, devait donner plus particulièrement des ordres aux deux brigades de cavalerie légère, Rivaud et Champeaux.
L'avant-garde de l'armée, commandée par le général Lannes et conduite par le général Y\ atrin, franchit le Grand-Saint-Bernard le 24 floréal (i/j mai 1800). Les soldats français trouvèrent à l'hospice des vivres abondants, disposés sur des tables préparées par les religieux ; chaque homme reçut deux verres de vin et un morceau de pain de seigle avec du fromage. Après quelques heures de repos, la brigade Malher descendit sur le versant italien, dans la vallée d'Aosle, par des chemins 1res difficiles. Il y eut des engagements successifs à Saint-Rémy, à Élroubles, à Aoste et à Châtillon.
D'Aoste, le 28 floréal (18 mai), le général Berthier prescrit au général Dupont les dispositions suivantes :
Je pars demain à 5 heures du matin pour établir mon quartier général devant Bard. Toutes les administrations resteront à Aoste ; vous y laisserez un adjudant général pour y
(1) A cette époque, l'arme rie la cavalerie comprenait encore la cavalerie proprement dite, les dragons et la cavalerie légère (chasseurs et hussards). Les régiments dits de cavalerie formèrent, quelques années plus tard, les cuirassiers.
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remplir les fonctions de sous-chef d'état-major. Il fera bivouaquer les divisions et les corps de cavalerie à mesure qu'ils arriveront. Aussitôt qu'il arrivera des pièces d'artillerie et munitions appartenant aux divisions, il les leur enverra de suite.
Quant à tout ce qui tient au parc de l'armée et aux; cartouches pour les divisions, il faut en faire un dépôt à Aoste ; il me paraît que, pour le moment, il y en a assez à l'avant-garde.
Ordonnez au général Lannes de faire ses dispositions de manière à être maître des hauteurs qui dominent Bard demain de très bonne heure dans la matinée. Il a Gooo hommes avec lesquels il peut culbuter vivement toutes les forces que l'ennemi peut lui présenter. Prévenez-le que la 28e demi-brigade part demain pour le rejoindre.
Faites sentir au général Lannes que le sort de l'Italie et peut-être de la République, lient à la prise du château de Bard. Prévenez-le de l'artillerie qui part dans la nuit.
Envoyez cet ordre par un officier d'état-major qui sera escorté de (i hommes de troupes à cheval. Il devra partir dans une heure au plus tard.
Signé : Alex. Bertiïier.
Le général Lannes culbuta l'ennemi, qu'il trouva retranché sur les hauteurs de Châtillon. Il rendit compte de ce combat an général en chef, par la lettre suivante, du 28 floréal an VIII :
Lannes, Général de Division, Commandant l'Avant-Garde, Au Général en Chef.
Je suis arrivé, citoyen général, une heure avant la nuit devant Châtillon, J'ai trouvé l'ennemi sur toutes les hauteurs qui l'environnent. J'ai cherché à l'amuser parce que je croyais que le général Malhcr arriverait assez à temps pour le tourner. Mais il a trouvé des obstacles cpii ont nécessairement retardé sa marche. Ne le voyant juas arriver je me suis décidé à une attaque vive. Les grenadiers de la 22e ont enlevé le village à la bayonnelte. L'ennemi avant pris la fuite, j'ai ordonné à cent hommes du 12e régiment d'hussards de charger. Ils avaient à leur tète le chef de brigade Fournier dont la rare intrépidité mérite les plus grands éloges. Les généraux Watrin, Maynoni et tous les officiers de l'Etat-Major ont aussi chargé l'ennemi dans le même temps. Nous avons fait trois cents prisonniers, tué ou blessé cent hommes, pris deux pièces de 4 et quatre caissons chargés de munitions. Parmi les prisonniers que nous avons faits se trouvent cinq officiers dont deux blessés. La journée nous a encore valu une douzaine de chevaux pris sur l'ennemi.
Nous n'avons eu que cinq hommes légèrement blessés ; de leur nombre est le brave adjudant général Noguès, qui a sabré à lui seul trois ou quatre Autrichiens. L'adjudant général Hulin s'est aussi particulièrement distingué. Un de ses adjoints a été blessé et a eu un cheval tué sous lui. Je vous donnerai demain le nom de cet officier.
Le général Marescot, ainsi que tous les officiers du génie brûlaient de charger avec les braves qui sont tombés sur les Autrichiens. Le Sous-Inspecteur Garrau était mêlé et combattait avec les hussards. Les grenadiers delà Aoe les ont suivis à la course, à plus de deux lieues.
Le général Watrin est avec une partie de l'avant-garde à moitié chemin de Châtillon au fort de Bard. Je partirai demain avec ce qui me reste de troupes, au point du jour. J'espère que l'ennemi ne nous opposera dans le fort que très peu de résistance. Sa déroute de ce jour l'aura sans doute intimidé (1).
Salut et respect,
Signé : Lannes.
Après le combat de Châtillon, ce qui restait de forces ennemies disséminées dans la
(1) Archives Dupont.