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Lettre de Carnot au général Dupont
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Paris, le 28 messidor ati Mil.
Le Ministre de la Guerre,
Au Général de Division Dupont, Ministre extraordinaire du Gouvernement français, à Turin.
Je vous remercie, mon cher Dupont, des détails que vous me donnez sur l'importante administration cpii vous est confiée. Vous obtenez déjà des résultats heureux de vos soins, et je ne doute pas que les choses ne s'améliorent très promptement entre vos mains.
Je suis parfaitement satisfait de votre bureau des mouvements ; il a conservé la bonne impulsion que vous lui aviez donnée. Il est, entièrement composé de gens dévoués et purs. Loinet et Gérard sont des hommes inappréciables. Votre frère avait deviné huit jours d'avance la bataille de Marengo (i).
Je vous embrasse.
Signe : Carnot.
Paris, le 7 thermidor an VIII.
Le Ministre de la Guerre,
Au Général de Division Dupont, Ministre extraordinaire du Gouvernement Français,
à Turin.
J'ai reçu, mon cher général, vos deux lettres du 3o messidor, relatives, l'une à la célébrai ion de la fête du i4 juillet, l'autre aux impositions du Piémont. Je vois que vous vous occupez sans relâche du soin de justifier la confiance du Gouvernement, dans un poste qui eût honoré beaucoup d'autres et que vous honorez vous-même. Il était digne, au reste, de. la nation française. de placer près d'une nation alliée un général ministre qui, après avoir l'ait respecter sa patrie par ses armes, la fait respecter maintenant par ses vertus.
Continuez, mon cher général, et en m' entretenant fréquemment de vos travaux, donnezmoi souvent l'occasion de louer en vous ce zèle qui surmonte les obstacles ou celle sagesse qui les prévient, double talent dont vous avez toujours fait preuve (2).
Je vous salue.
Signé : Caunot.
Paris, le 10 fructidor an VIII.
Le Ministre de la Guerre, Au Général Dupont.
J'ai reçu, mon cher général, votre lettre du 9 fructidor, par laquelle vous m'annoncez que le général Brune vous a désigné pour l'un de ses lieutenants. Vous voyez qu'en dépit de votre modestie, chacun s'empresse de payer à vos talents le tribut qui leur est dû : à peine avais-je demandé moi-même votre retour, pour vous rappeler dans un poste où vous avez déjà élé si utile, et où vous dîniez nie seconder, que le général Macdonald \ous a demandé lui-même pour commander à l'armée de réserve une de ses divisions: J'avais l'ail expédier les ordres en conséquence, et ils étaient près de partir, lorsque votre lettre m'est parvenue et m'a donné connaissance du choix du général Brune. C'est donc à vous, mon cher général, à opter entre le poste de lieutenant général à l'armée d'Italie et celui de général de division à l'armée de réserve. Il parait que l'empressement est égal de pari cl d'autre, et c'est à vous à décider auquel vous vous rendrez. Les ordres demeureront suspendus jusqu'à votre détermination (3).
Je vous salue et vous embrasse,
Signé : Carnot.
(ij Archives Dupont.
(a) .1 rchives Dupont.
(3) Archives Dupont .
I26 rE GENERAL DUPONT
Dès son installation à Turin le général Dupont s'étaii empressé d'écrire au général Masséna, pour solliciter un commandemeul à l'armée d'Italie, en cas de reprise des hostilités. Il reçut la réponse suivante :
An Quartier Général île Milan, le i4 thermidor an VIII.
Masséna, Général en chef,
Au Général Dupont, Ministre extraordinaire en Piémont. J'ai reçu, mon cher Dupont, \otre lettre du i r, qui m'a été remise par un de vos officiers ; je m'empresse de vous assurer que dans le cas où la nouvelle du Moniteur se réalise, et ov'i vous soyez remplacé dans vos fonctions de Ministre extraordinaire en Piémont, je m'empresse, dis-je, de vous assurer que je n'aurai rien de plus agréable que de vous avoir auprès de moi ; je vous emploierai de la manière la plus convenable, enfui je vous traiterai en camarade et en ami (i).
Je vous embrasse.
Signé : Masséna.
La réunion des troupes de Masséna et de Suchet à l'armée de réserve, avait constitué une des plus belles armées qu'ait jamais eues la France. Pendant les mois de messidor et de thermidor, le glorieux défenseur de Gênes mit tous ses soins à l'organiser et à la pourvoir d'une nombreuse artillerie. Le général Davout, rentrant d'Egypte, et nommé général de division par le Premier Consul, le i !\ messidor an VIII, vint prendre le commandement de la cavalerie de l'armée. — Tout promettait une campagne glorieuse. Ce fut avec le plus pénible étonnement que les troupes apprirent, le 4 fructidor, le remplacement du général Masséna par le général Brune, dans le commandement en chef de l'armée dTtalie. L'armée en fut attristée, dit le général Dupont, et Masséna eut peine à cacher sa surprise et son indignation.
Brune était un chef sans talent, sans caractère, et la campagne de 1 800-1801 allait démontrer à ce point sa médiocrité, qu'il ne fut plus possible, par la suite, de lui confier aucun commandement. « Le général Bonaparte s'en engoua, on ne sait pourquoi, écrit le duc de Baguse ; il céda sans doute pour celui-ci, comme pour Gardanne et pour tant d'autres mauvais officiers, à l'effet toujours produit sur lui par une grande taille... Il battit l'ennemi (en Hollande), ou plutôt ses troupes le battirent par miracle, car il fut étranger à leurs succès... La fortune l'a favorisé au delà de toute expression dans le cours de sa carrière; car sans talents, sans courage, sans aptitude et sans instruction militaire, il a attaché son nom à d'assez grands succès... Voilà le chef qui nous fut donné. Le général Oudinot était son chef d'état-major ; Davout commandait la cavalerie ; Chasseloup, le génie. Il s'établit une parfaite harmonie entre nous quatre. Dès ce moment, nous résolûmes de conduire l'armée et d'agir toujours dans le même sens sur l'esprit du général en chef, et, à cet effet, de ne le perdre jamais de vue. Mais malgré cet accord et nos soins, il nous échappait tout à coup, et après avoir tendu le ressort péniblement, la moindre circonstance le remettait au point de faiblesse et d'atonie dont nous l'avions tiré... Malgré l'incapacité de notre chef, il n'a tenu à rien que l'armée autrichienne ne fût détruite. Mais
(1) Archives Dupont.
POZZOLO I 2 -
le général français fui son sauveur, en se refusant à profiter des occasions favorables offertes par la fortune plusieurs fois pendant cette courte campagne (i). »
L'armistice étant sur le point d'expirer, le général Dupont songea à reprendre son ran°- dans l'armée ; il céda ses fonctions politiques au général Jourdan, et le fit reconnaître comme Minisire extraordinaire dans une séance solennelle de la Consulta, le 28 thermidor (io août 1800). Il se rendit ensuite à Milan, ou était le quartier général, et prit, le 11 fructidor (28 août), le commandement de l'aile droite de l'armée de l'Italie, avec le titre de lieutenant général (2). Cette aile droite avait alors la composition suivante :