‹ Le général Dupont (volume 2)Chapitre 48 sur 97 · ORDRE DU JOUR · texte numérisé non relu

ORDRE DU JOUR

L'Empereur témoigne sa satisfaction aux divisions de dragons, au io1' régiment de hussards et aux autres troupes qui ont donné au combat de Wertingcn. 3 ooo prisonniers, 8 drapeaux, 7 pièces de canon et plus de 8o officiers de tout grade sont autant de trophées de gloire.

L'Empereur témoigne sa satisfaction aux troupes qui ont donné au combat de Gûnzburg, et spécialement au 5ql' régiment de ligne. La prise du pont et du poste important de Gûnzburg, que défendait l'armée autrichienne, celle d'un général-major et de i ooo prisonniers avec 6 pièces de canon attestent la bravoure des troupes de la division du général Malher.

Le maréchal Soult témoignera la satisfaction de l'Empereur au 26'' régiment de chasseurs, pour la belle charge qu'il a faite sous les ordres du général Margaron, où 120 cuirassiers d'Albert, dont un lieutenant-colonel, deux capitaines et deux pièces de canon sont restés en notre pouvoir : le reste n'ayant dû son salut qu'à sa fuite dans le bois.

Le 2'' régiment de chasseurs de l'avant-garde du maréchal Davout a fait une charge sur les Iloulans de Mccrfeld cl leur a fait 22 prisonniers près de Dachau.

L'avant-garde du maréchal Bcrnadotte a enlevé les bagages de plusieurs généraux ennemis et a fait prisonniers une vingtaine de hussards de Barco, dont un officier, près des portes de Munich.

L'armée ennemie qui était sur l'iller est cernée et tournée de tous côtés par les différents corps de la Grande Armée ; elle se trouve dans la même position que l'armée de M. de Mêlas à Marengo.

Signé : Napoléon.

Arrivé à PfalTenbofen le i3 octobre, l'Empereur, loin de donner raison au maréchal Ney contre Murât, comme l'a écrit M. ïhiers, le réprimande, au contraire, assez durement, pour n'avoir pas fait occuper fortement le pont d'Elchingen, comme il en avait reçu l'ordre du prince commandant l'aile droite. Il lui fait écrire par le major général Bertliier les deux lettres suivantes :

Pfaffenbofen, le 31 vendémiaire an XIV.

L'Empereur ordonne que vous vous empariez du pont d'Elchingen, que vous ordonniez au général Dupont de reprendre sa position d'Albeck, que vous portiez votre quartier général à

(1) La proclamation à la Grande Armée, datée du i3 octobre, était déjà rédigée, annonçant la grande bataille sur l'iller : <c Soldats, la journée de demain sera cent fois plus célèbre que celle de .Marengo ; j'ai placé l'ennemi dans la même position. » Il n'y avait pas d'ennemi derrière l'iller, et quant à Marengo, le Premier Consul n'y fut victorieux, comme le dit très bien le général Bonnal, que « contre toute vraisemblance ».

H/VSLACH, u.r.rnK 2Ô5

L'abbaye d'Elchingen avec toute voire cavalerie légère, que vous teniez voire 3e division au pont, que vous occupiez avec voire avaut-garde le village de Burlefingen, le débouché de Pfuhl, le grand chemin d'Augsbourg et le défilé du' pont de Thalfingen dont il sera à propos de s'emparer le plus loi possible. Du moment que vos troupes seront placées, l'Empereur viendra les voir.

Pfaffenhofen. 21 vendémiaire an \l\ .

Monsieur le maréchal, l'Empereur vous ordonne d'occuper le pont et la hauteur d'Elchingen. Vous n'avez fait ni l'un ni l'autre. Comment l'auriez-vous fait? Vous n'avez envoyé qu'un bataillon sous les ordres du général Marcognet ; l'ennemi en a amené trois, et par ces petites escarmouches on ne fait que relever le moral de l'ennemi. D'ailleurs, Monsieur le maréchal, vous ne rendez pas assez compte de la situation des choses.

L'Empereur a toujours pensé qu'une de vos divisions occupait Albeck ; cependant, il paraît que l'ennemi occupe Langenau, et vous n'en rendez pas compte à l'Empereur.

Sa Majesté, Monsieur le maréchal, me charge de vous recommander plus de détails, sur les positions de l'ennemi, que vous ne lui en donne/.

Sa Majesté a vu avec peine que vous avez ordonné l'attaque d'Ulm avec la seule division Dupont, ce qui a fait écraser deux régiments de dragons et l'artillerie, tel qu'ait été le courage des troupes.

Vous n'avez pas eu ordre d'attaquer Ulm et ce n'était pas avec une seule division que vous deviez faire celte tentative.

Les événements déconcertent les plans les mieux combinés, ce qui rend le moral à une armée qui n'en a plus.

Je ne peux que vous réitérer l'ordre de l'Empereur, de vous emparer des hauteurs d'Alheck, des hauteurs d'Elchingen, et du moment que M. le maréchal Lannes aura occupé la petite hauteur du village de Pfuhl, ce qui sera avant dix heures du matin, vous vous emparerez du pont de Thalfingen, où vous placerez votre division de réserve.

Enfin, le 22 vendémiaire (i4 octobre), dans la nuit, le major général écrit encore au maréchal Ney :

Pfafïenhofen, 22 vendémiaire an XIV, l\ heures du matin.

L'intention de l'Empereur est toujours que vous vous empariez des hauteurs d'Alheck ; si cela vous engagea une grande bataille vous serez soutenu fortement; tout ce qui portera l'ennemi à avoir une affaire au delà des retranchements d'Ulm ne peut que nous être très avantageux.

Il convient d'observer, qu'en écrivant au maréchal Ney qu'il n'avait pas eu ordre d'attaquer Ulm, et en lui reprochant de déconcerter « les plans les mieux combinés », Berthier commet, à l'instigation de l'Empereur, une grosse erreur et une injustice non moins manifeste. Il suffit, en effet, de se reporter aux lettres des 17 et 18 vendémiaire, pour voir que Berthier donne au maréchal Ney l'ordre positif de s'emparer d'Ulm, en observant que, « il est impossible que l'ennemi l'occupe en force ». Pour dégager la responsabilité de l'Empereur, Berthier n'hésite pas à incriminer le maréchal Ney.

Cependant, à Ulm, le général Mack, arrêté à Haslach par le général Dupont, dans sa tenlativejde s'échapper vers la Bohême, avait réuni ses généraux en conseil, de guerre,

pour discuter les événements qui venaient de s'accomplir et pour prendre des mesure-. Des avis très opposés se produisirent. « Dans les situations difficiles, dit M. Thiers, les subordonnés deviennent hardis et discoureurs ; ils blâment les chefs et ont des avis ». Les uns, s'appuyant sur la disparition de la division Dupont après la lutte de Haslach, soutenaient que la route de Bohème était libre et qu'il n'y avait pas de temps à perdre pour s'éloigner d'Ulm et éviter une catastrophe. Les autres pensaient qu'il fallait gagner en toute hâte le Tyrol, pour s'y rallier à l'archiduc Jean, puis à l'armée de l'archiduc Charles, afin de se diriger sur Vienne avec une masse de 200000 combattants. Enfin, après de longues discussions, il fut décidé que la retraite sur la Franconie serait reprise le i3 octobre. Le général Werneck, avec 16000 hommes, ouvrirait la marche, emmenant le grand parc ; le général Riesch couvrirait le mouvement de l'armée, du côté du Danube, avec 18000 hommes, en occupant Elchingen et les plateaux qui se prolongent vers Albeck et Langenau ; enfin les généraux Jellachich et Schwarlzenberg feraient une diversion vers l'Iller pour attirer les Français de ce côté et faciliter la marche de l'armée sur Heidenheim. Le général Jellachich devait remonter la rive gauche de l'Iller, détruire les ponts, et gagner ensuite le Tyrol.

Ces mouvements s'exécutèrent le i3. Le général Werneck passa à Albeck et arriva sans encombre à Herbrechtingen, sur la Brenz. Le général Riesch, marchant sur Elchingen, repoussa une reconnaissance du général Marcognet, et s'empara du couvent et du village ; en se retirant, le bataillon français mit le feu au pont d'Elchingen, dont il ne resta que les pilotis, sauvés de l'incendie par les eaux du fleuve.

A partir du 21 vendémiaire (i3 octobre), l'Empereur prend la direction des opérations et ordonne tous les mouvements. Ce jour-là, le général Dupont étant encore à Brenz et le quartier impérial ayant été transféré à Cïmzburg, quelques dragons fuyards répandirent le bruit de la défaite de la ire division du 6e corps. Irrité de cet échec supposé, et quoiqu'il eût reçu le rapport de Murât, daté de Giïnzburg le 20 vendémiaire, et lui annonçant le glorieux succès de la veille, Napoléon ordonna d'envoyer un de ses officiers, M. de Pire, au général Dupont, pour lui demander des détails sur cette malheureuse affaire. Le maréchal Bcrthier remit à l'aide de camp l'ordre suivant :

Giinzburg, le 21 vendémiaire an XIV.

Il est ordonné à M. de Pire de se rendre à Gundelfingen auprès du général Dupont, afin d'avoir de ses nouvelles et de connaître la position exacte de toutes ses troupes et savoir s'il occupe Albeck, et enfin qu'il m'envoie une relation exacte de sa dernière affaire.

Signé : Maréchal Bertiiiek.

Arrivé auprès du général Dupont, M. de Pire, s'acquittant de sa mission, lui demanda comment il avait pu ainsi s'exposer à être battu. « Comment, battu ! s'écria le général, avec élonnement. Quoi I monsieur, vous venez nous dire que nous sommes battus? — Et aussitôt, faisant appeler ses généraux et officiers : « Messieurs, leur dit-il, monsieur est envoyé pour nous dire que nous sommes battus 1 » A ces mots, une hilarité mêlée d'indignation fit explosion (i). »

(i) Mémoires inédits du général Dupont.

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