‹ Le général Dupont (volume 2)Chapitre 52 sur 97 · PREMIER COMBAT D'ALBECK · texte numérisé non relu

PREMIER COMBAT D'ALBECK

Le général Dupont ayant de nouveau reçu l'ordre de reprendre la position d'Albeck, la 1 lc division quitta Gundellingcn le i5 octobre, à six heures du matin, se dirigeant sur Langenau. Lc 9'' léger marchait en tête, éclairé par un escadron du ier régiment de hussards ; le 32° de ligne le suivait immédiatement; venait ensuite l'artillerie, escortée par un demi-bataillon. Le 96e fermait la marche avec le Ie'" régiment de hussards. 11 tombait une pluie incessante ; le temps était affreux et les chemins presque impraticables.

Au sortir du village de Langenau, les flanqueurs de droite de la division signalèrent une colonne ennemie venant de Neenstetten et marchant sur Albeck : c'était le corps du général Werneck, rappelé à Ulm par le général Mack(i) et se dirigeant sur cette place. Le chemin suivi par les Autrichiens et celui par lequel s'avançait la ire division, se rencontrent en avant d'Albeck ; il importait de devancer l'ennemi à cet embranchement. On fit force de marche, et bientôt le 9e et le 32e, dépassant la croisée des chemins de Neenstetten et de Langenau, prirent une position qui couvrait Albeck, où le parc de la division Loison était resté sans escorte ; une brigade de dragons venait d'y arriver cl mettait pied à terre sans se douter du voisinage de l'ennemi.

La division Dupont, réduite à l\ 5oo hommes par les pertes subies à Ilaslach le 19 vendémiaire, allait avoir à lutter contre des forces triples. Les éclaireurs de l'ennemi démasquèrent plusieurs bataillons et escadrons formant tête de colonne, et un feu violent d'artillerie et de mousqueterie ne tarda pas à assaillir les Français. Rapidement on rassembla des groupes de tirailleurs pour contenir les premiers pelotons des Autrichiens ; le 9e et le 32e se formèrent en bataille à gauche et à droite de la roule, et les équipages continuèrent à filer sur Albeck. Il n'y avait pas une minute à perdre, car l'ennemi s'avançait résolument et sa cavalerie menaçait de couper la colonne des équipages. D'autre part, des pluies battantes avaient mouillé les batteries des fusils, et il fallut les flamber à poudre pour les mettre en état de tirer. Les soldats réparèrent leurs armes, sous le feu, avec célérité et sans le moindre émoi, et le combat s'engagea aux dernières heures du jour.

L'artillerie avait été placée en batterie, une partie sur la route et quelques pièces sur

(1) Le 1 '1 octobre, le général Mack, dont l'irrésolution et l'inertie croissaient plutôt avec le danger, avait envoyé au général Werneck et aux autres commandants autrichiens déjà en route, l'ordre de revenir à Ulm, alléguant, dit-on, <ju'il s'él;iil passé en France des é\énemcnts gra\es, de nature à forcer Napoléon à Lattre immédiatement en retraite sur lc Rhin.

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la gauche afin de prendre en écharpe les colonnes ennemies. Pendant que le 32e, commandé par le colonel Darricau et dirigé par le général Marchand, faisait face aux Autrichiens et leur résistait victorieusement, avec l'appui du icr régiment de hussards, le ge léger, placé à sa gauche, faisait un changement de front à droite, de manière à se prolonger sur le liane droit de l'ennemi. Pris à revers par ce mouvement hardi, le général Werneck se hâta de replier son artillerie et de s'abriter derrière le bois auquel il appuyait sa droite.

A ce moment, le jour commençant à baisser, le 96e, qui sortait à peine de Langenau lorsque l'action s'était engagée, se présenta sur le champ de bataille. Assailli par la cavalerie ennemie, il se forma en carré, repoussa toutes les attaques, et vint se placer à la droite du 32e. Disposant de toutes ses forces, le général Dupont ordonna une attaque générale à la baïonnette ; rien ne put résister à l'impétuosité de ses soldats ; culbutés sur tous les points, sabrés par le Ier de hussards qui luttait d'audace avec l'infanterie, les Autrichiens battirent en retraite, nous laissant maîtres du terrain de la lutte. L'obscurité empêcha de les poursuivre. — La brigade de dragons n'avait pas eu l'occasion de donner.

La division reprit, sur les hauteurs en avant d'Albeck, le bivouac qu'elle avait précédemment occupé. « La bravoure et la gaieté de nos troupes, dit le général Dupont, surmontèrent en cette occasion toutes les misères de la guerre, la pluie, la grêle, la neige, la boue, la fatigue, je puis ajouter la faim car elles manquaient de vivres, l'ennemi ayant coupé la route de Gundelfingen et pris les convois que Je commissaire des guerres dirigeait sur nous ; mais les soldats de la Grande Armée ne se décourageaient pas pour si peu. Je ne dois pas quitter le récit de celte action sans faire remarquer les services ATaiment glorieux de mes régiments, à peine reposés de la journée d'Haslach. Ils franchissent au pas de course, on peut le dire, un long espace abîmé par les pluies de plusieurs jours, livrent spontanément et sans s'attendre mutuellement le combat le plus inégal, et obtiennent un succès dont l'influence est décisive (1). » — « Le soldat aurait succombé, écrit le chef d'escadron Morin, si le signal du combat ne lui avait fait oublier ses fatigues et rendu toute sa gaieté (2). »

DRUXIÈME COMBAT D'ALBECK

Lorsque la nouvelle du combat d'Albeck parvint au quartier général impérial elle y causa une grande surprise. Comme on pensait que le maréchal Ney avait eu affaire à Elchingen, avec ses deux divisions, à une véritable armée sortie d'Ulm, qu'il avait battue et rejetée dans cette place, on était persuadé que le général Dupont n'avait pu rencontrer, à Albeck, qu'une colonne perdue, peu importante, errant à l'aventure sur ces grands plateaux. Aussi l'Empereur lui fit-il donner l'ordre d'attaquer cette colonne et de la faire prisonnière. Le major général écrivit dans ce sens la lettre suivante :

(1) Mémoires inédits du général Dupont.

(2) Journal des opérations militaires de la division Dupont (Arch. Dupont).

HASLACH, W.nECK 97 I

Abbaye d'Elchingen le 2.\ vendémiaire an XIV (i(j octobre i8o5).

Au General Dupont.

J'ai ouvert, Général, la lettre que vous écrivez au maréchal Ncy. Les ennemis que vous avez abandonnés la nuit sur votre droite ne peuvent être qu'une colonne perdue, puisque nous sommes maîtres tl'L lin et que nous sommes à la poursuite des débris de l'armée, qui se sauvent en désordre sur Bibcrach, où le maréchal Soult les attend en tète avec son armée. Poursuivez vigoureusement la colonne ennemie dont vous pouvez avoir connaissance, vous l'aurez bientôt laite prisonnière. Je présume même que vous aurez déjà fait les dispositions nécessaires pour prévenir à cet égard les ordres de Sa Majesté.

Je vous salue avec une parfaite considération.

Le Major Général

Signé : Mal Berthier.

P. -S. — Vous savez que le M'1 Soult a pris 1 1 Bataillons autrichiens dans Memmingen. M. le Mal Ney est à Ulm.

Signé : Mal Berthier. A Monsieur le général Dupont au Bivouac devant Albeck.

L'ordre d'attaquer étant formel, le général Dupont fit immédiatement ses dispositions de combat. En ce moment, arriva le général Mouton, aide de camp de l'Empereur. « Il était envoyé, écrit le général Dupont, pour juger de la justesse de ma situation, et confirmer mon rapport ou le rectifier. — Napoléon avait sur le cœur l'ordre étonnant qu'il m'avait fait donner. Il dictait souvent à Berthier ses instructions avec une rapidité extrême, et en ce moment il commençait à être ébranlé dans son doute non moins surprenant sur l'exactitude de mes relations. — Le général Mouton colore obligeamment la défaveur qu'a éprouvée mon rapport et l'objet de sa mission ; mais je lui dis : « vous allez tout apprendre par vous-même ; » et je le conduis à la croisée d'une pièce du châtean d'Albeck, qui, de sa hauteur, dominait tous les environs. — « Vous voyez ce camp d'infanterie, ce bivouac de troupes à cheval, et ce parc d'artillerie. Quelle force offre à votre coup d'œil ce corps de toutes armes? » — « Plus de vingt mille hommes. » — « Mais quelle est cette troupe qui défile devant nous? » me demande-t-il. — « C'est ma division. » — « Que voulez-vous faire? » — « Attaquer le corps ennemi. » — « Comment! cela est impossible !» — « Lisez, lui dis-je alors, cette lettre du major général !» — « Mais l'Empereur est trompé!... je vous en conjure, n'attaquez pas. » — « Non, un tel ordre ne s'interprète pas ; il ne souffre pas de réflexion ; je vous quille et je vais me battre. »

Le général Mouton mit immédiatement l'Empereur au courant de la situation, par la lettre suivante :

Albeck, le 24 vendémiaire an XIV (16 octobre 1800). Sire,

Le général Dupont assure qu'il a devant lui un corps considérable sorti d'Ulm les 21 et 22 courant. Il va l'attaquer ainsi que le lui prescrit le Ministre de la guerre. Le général Klein appuiera son mouvement, et probablement le général Oudinot le secondera également de tous ses moyens.

(1) Archives Dupont.

LE t.l.M.UM. Iil l'OV I

Je resterai près du général Dupont jusqu'à ce que Votre Majesté m'ordonne d« rentrer, ou jusqu'au moment où je pourrai lui donner des nouvelles.

Cette Ici Ire sera remise à Voire Majesté par un olïieier attaché an \Ial Berthier. J'ay l'honneur d'être très respectueusement, de Votre Majesté,

Le très humble et très dévoué sujet.

Signé : Moi ton.

Au reçu de cette lettre, Napoléon ordonne au prince Murât de prendre la irc division de dragons, les chasseurs à cheval delà garde (i), cl les deux régiments de carabinier-, et de se porter au secours du général Dupont, puis de poursuivre le corps ennemi et de le détruire.

Lorsque le prince arriva à Albeck avec sa cavalerie, le combat, engagé vigoureusement par le général Dupont, était interrompu, le maréchal Ney ayant donné l'ordre d'envoyer un olïieier parlementaire au général ennemi pour lui apprendre la capitulation d'Ulm et le sommer de se rendre. Le chef d'escadron Morin, aide de camp, chargé de celte mission, revint, après avoir conféré avec le général Werneck, commandant en chef les troupes ennemies; ce général avait d'abord déclaré fièrement qu'il ferait sa réponse à coups de canon, puis, se ravisant, il avait demandé qu'on lui envoyât un officier autrichien sortant d'Ulm, après quoi il prendrait un parti.

Sur cette réponse, et les Autrichiens ayant profité du moment où l'on parlementait pour commencer leur mouvement de retraite, le prince Murât donna l'ordre de poursuivre le combat.

Les 32e et 96e étaient en bataille en avant d'Albeck, faisant face à Neenstetten, près de l'embranchement delà route de Langenau ; le 9" léger occupait une hauteur à gauche. Un régiment de dragons, soutenu par les chasseurs à cheval de la garde, éclairait le flanc droit de la division Dupont et devait au besoin la protéger contre la cavalerie ennemie. Les autres régiments de dragons du général Klein, ayant devant eux, en première ligne, le icr de hussards et les i3e et 21e régiments de chasseurs de la brigade Fauconnet (58 corps) s'étendaient dans la plaine de Langenau, à droite du 96e, menaçant la cavalerie autrichienne. — La division de grenadiers Oudinot, qui avait reçu du prince Murât l'ordre de se porter sur Langenau à l'appui de la division Dupont, s'était placée en réserve entre Gottingen et Langenau (2).

(1) Le général de Ségur raconte, dans ses Mémoires, que Napoléon détacha les chasseurs de sa garde avec la cavalerie de la ligne, pour les punir d'une sorte de mauvais esprit qui s'était emparé de ce beau régiment. « Je ne sais comment un esprit de faux orgueil s'était emparé de ce corps d'élite, dit le général de Sépnr. Devenus trop fiers, non seulement ils dédaignaient le service des avant-postes, mais, le soir de cette affaire (i5 octobre à Ulm) revenus à Elchingen, ils manquèrent d'égards pour la livrée impériale, la laissant dehors, et s'emparant, bon gré, mal gré, pour leurs chevaux, des meilleures places. La répression ne se fit point attendre. Napoléon, irrité, les envoya sur-le-champ à son beau-frère, où, deux jours après, joint sans distinction à sa cavalerie, ce corps entier répara la faute de quelques-uns, en contribuant à faire mettre bas les armes h vingt mille hommes. » (Tome II, p. 38o.)

(2) La division Oudinot reçut, avant 3 heures de l'après-midi, l'ordre de se remettre en marche sur Soflingen, pour rejoindre le maréchal Lannes, en laissant à la disposition de Murât la brigade des i3e et 21e chasseurs. Elle fut surprise par la nuit entre Soflingen et Albeck, bivouaqua et resta le 25 vendémiaire dans sa position.

HASLACH, A.LBECK 27J

L'infanterie ennemie occupait, à sa droite, les bois qui se trouvent à la gauche de la route d'Albeck à Heidenheim par Necnsletlen, Iïausen et Herbrechtingen ; le général >A erneck avait placé sa cavalerie à sa gauche, se prolongeant vers Langenau.

C'est dans celte disposition que le combat recommença. Murât, qui avait loué toutes les mesures prises par le général Dupont, s'était arrêté pour tracer au crayon, sur le revers de son chapeau, un court billet destiné à rassurer Napoléon. « Le groupe que nous formions, dit le général Dupont, avait attiré l'attention des corps ennemis les plus voisins, et le prince écrivait au milieu du sifflement des balles nombreuses. Ce billet achevé, je demande à Mural ses ordres, et il me dit avec une grâce et une confiance flatteuses : « loin de vous donner des ordres, je vous remets le commandement ; vous avez trop bien commencé pour ne pas achever (1). »

La ligne française s'élant mise en mouvement, les Autrichiens furent bienlôt débusqués du bois auquel s'appuyait leur droite. Ce recul força leur cavalerie à se rapprocher de la roule de Neenstctten, et le général Klein profita de ce moment pour faire charger ses régiments. Nos chasseurs et nos dragons enfoncèrent et culbutèrent tout ce qu'ils rencontrèrent, et le général Dupont ayant formé son infanterie en colonne par bataillon pour marcher plus rapidement à la poursuite de l'ennemi, la retraite des Autrichiens ne tarda pas à se changer en déroute. Des bataillons entiers posèrent les armes. Nos infatigables cavaliers chargèrent sans relâche, jusqu'à Herbrechtingen ; là ils durent s'arrêter, ce village étant occupé par de l'infanterie ennemie avec du canon, et leurs chevaux étant épuisés.

La division Dupont avait suivi la cavalerie avec une célérité extraordinaire; la route était jonchée d'hommes, de chevaux, de canons, de fusils, de voitures; à la hauteur de Iïausen, on avait déjà plus de 2 ooo prisonniers. A Herbrechtingen, le prince Murât, craignant que l'ennemi n'eût pris position sur ce point pour donner à son convoi le temps de filer, ordonna au 9" léger d'emporter le village. Le colonel Meunier se précipita avec son brave régiment dans les rues d'Herbrechtingen, en délogea les Autrichiens et les poursuivit jusqu'à la hauteur de Bolhcim, leur faisant 600 prisonniers. L'ennemi s'enfuit dans le plus grand désordre ; il était alors minuit et la fatigue de la troupe empêcha de pousser plus loin le succès. Les Autrichiens perdirent ce jour-là 3 000 prisonniers, parmi lesquels un officier général blessé grièvement, plusieurs caissons et un grand nombre de chevaux. « Notre cavalerie a fait des prodiges de valeur, dit le Journal de marche de la cavalerie de réserve ; l'infanterie s'est conduite à merveille. »

Le 9° léger et le Ier de hussards qui s'était particulièrement distingué par ses charges audacieuses et répétées, occupèrent Herbrechtingen ; le reste de la division et les carabiniers furent cantonnés à Bissingen. Les dragons s'établirent à Hurben, Bissingen et Hausen. Les chasseurs de la garde furent à Hausen, où le prince Mural établit son quartier général.

Murât chargea le chef de bataillon de Conchy, aide de camp du général Dupont, de conduire les prisonniers au quartier général impérial, et de faire connaître les succès de la journée. Clarkc en instruisit l'Empereur par la lettre suhanle :

(1) Mémoires inédits du général Du[juiU.

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