ORDRE DU JOUR DU 28 VENDÉMIAIRE AN XIV
L'Empereur témoigne sa satisfaction au corps d'armée du prince Murât, à ceux de MM. les maréchaux Ney, Lannes et Soult, ainsi qu'à celui du général Marinont et à la Garde Impériale.
Memmingen a capitulé entre les mains de M. le maréchal Soult...
Ulm a capitulé, ce qui a valu 25 000 prisonniers...
Le passage audacieux du pont d'Elchingcn par le corps du maréchal Ney, la prise de celte formidable position a valu 3 000 prisonniers dont un général et plusieurs pièces de canon.
Les combats de Langenau, de Ncresheim et la capitulation de Nordlingcn, par le prince Murât, ont valu 5 ou 6 000 prisonniers...
Au combat d'Elchingen, le 76e, le Go/ de ligne et le 18e de dragons se sont successivement distingués.
Au combat d'Albeck, le 9e d'infanterie légère, le 32e et le 96° se sont couverts de gloire.
Aujourd'hui à 3 heures après midi, la partie de l'armée autrichienne prisonnière dans Ulm, avant à sa tôte son général en chef, défile sur les glacis d'Ulm, devant l'Empereur...
L'Empereur fait connaître qu'il est content de son armée.
On ne saurait trop faire remarquer, à propos de cet Ordre du jour, que Albeck est à deux lieues de Haslach, que les combats d'Albeck sont du 28 et du 24 vendémiaire, tandis que la bataille de Haslach est du 19, et que l'affaire du i!\ s'étant passée principalement en avant d'Albeck, le nom de deuxième combat d'Albeck, sous lequel elle est désignée dans le Journal des Opérations de la division Dupont, lui convient mieux quo celui de Langenau, point qui n'a été le théâtre d'aucune action de guerre. De Haslach, fait capital des opérations autour d'Llm, l'Ordre du jour de l'Empereur ne fait pas mention.
Si l'on examine les Bulletins de la Grande Armée, ont fait les constatations suivantes :
Le 3e bulletin donne de nombreux détails sur le combat de Wertingen ; il couvre d'éloges les colonels Arrigbi, Beaumont, Maupetit, le chef d'escadron Exelmans.
Le 4° bulletin parle du combat de Giinzburg, livré par la division Malher, de la prise du pont, de la mort du colonel Lacuée.
Le 5e bulletin (bis'), daté d'Elchingen, le i5 octobre, s'exprime ainsi :
Aux combats de Wertingen et de Giinzburg, ont succédé des faits d'une aussi haute importance, les combats d'Albeck, d'Elchingen, les prises d'Llm et de Memmingen... D'un nuire côté, le 19, l'ennemi fit une sortie du côté d'Ulm et attaqua la division Dupont qui occupait la position d'Albeck. Le combat fut des plus opiniâtres. Cernés par 25 000 hommes, ces 6 000 braves firent face à tout et firent 1 5oo prisonniers. Ces corps ne devaient s'étonner de rien ; c'étaient les (f léger, 32', 69e et 70'' de ligne... Au combat d'Elchingen, qui est un des plus beaux faits
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militaires qu'on puisse citer, se sont distingués le [8e régiment de dragons et son colonel Lefèvre, le colonel du 10° de chasseurs, Golbert, (jui a eu son cheval tué sous lui, le colonel Laionquière, du 76e, cl un grand nombre d'autres officiers.
Il est incontestable que ce Bulletin altère grandement la vérité historique. Dans l'afTaire du 19 vendémiaire, la division Dupont n'occupait pas la position d'Albeck, mais celle de Eïaslach, qui en est à deux lieues, et l'Empereur le savait bien. La division Dupont ne fit pas i 5oo prisonniers, mais t\ 000 ; c'est ce dernier chiffre qui est cité dans les rapports, et il a son importance par ce fait que l'effectif de la division victorieuse ne dépassait guère 5 000 hommes (1). Enfin, Napoléon, dans la liste des régiments qui ont combattu, le 19, le corps sorti d'Ulm, omet le 96" et son vaillant colonel Barrois, et y introduit les 690 et 76e de la division Loison, qui n'ont pris aucune part à celte affaire. Et l'on ne saurait voir dans cette omission et cette confusion le résultat d'une erreur, l'Empereur connaissant admirablement la position et les mouvements de tous ses régiments, et ayant d'ailleurs, dans de nombreux rapports, à la date du i5 octobre, tous les éléments de la vérité. Parlant du 5e bulletin, le général Barrois disait, plus tard : « Ce fut une gasconnade pour couvrir d'un voile nos opérations. » Ce Bulletin remet en mémoire celui qui fut inséré au Moniteur sous la signature de Brune, que ce dernier affirma n'avoir pas été écrit par lui, et qui confond la bataille de Pozzolo avec l'action beaucoup moins importante du lendemain, de façon à reporter sur Brune, contrairement aux faits, tout l'honneur du passage du Mincio.
Le 6e Bulletin, du 18 octobre, présente les opérations sous un jour aussi inexact. Bappelant les événements antérieurs, il dit que Mêlas fut fait prisonnier dans Alexandrie; or, Mêlas, que des incidents fortuits empêchèrent seuls d'être victorieux à Marengo, emmena à Mantoue toute son armée, qui, à la rupture de l'armistice, défendit le Mincio contre les Français. — Du rôle de Dupont à Haslach, des services qu'il a rendus dans la poursuite de l'archiduc Ferdinand où ses admirables fantassins ont lutté de vitesse avec les cavaliers de Murât, le 6e Bulletin ne fait pas mention. — Nous venons de dire crue le combat du i!\ vendémiaire n'eut pas lieu à Langenau mais en avant d'Albeck, et ce fut le général Dupont qui délogea les Autrichiens des bois où ils s'étaient retranchés ; dans ce second combat d'Albeck, comme dans la poursuite de l'archiduc, la division Dupont formait les deux tiers de l'effectif total du corps d'armée du prince Murât.
Bésumant les succès obtenus dans cette courte et glorieuse campagne, le 6e Bulletin dit : « Et pour arriver à ces grands résultats, il n'avait fallu que des marches et des manœuvres. » C'est inexact. Il avait fallu l'extraordinaire bataille de Haslach, passée sous silence par Napoléon, et sans laquelle toute l'armée autrichienne s'échappait d'Llm, en enlevant les parcs, les bagages, les dépôts, le trésor de la Grande Armée. Tous les
(1) Dans ses Mémoires, le général Dupont raconte le fait suivant, qui s'est passé après la bataille de Montebello : <c .T'écrivais, dit-il, les détails de l'action pour le ministre de la guerre, dans la maison où se trouvait le Premier Consul. Il s'approche, et, lisant mon rapport à mesure que je le traçais, il me dit tout à coup : « Vous mettez quinze cents prisonniers, ce n'est pas assez ; portez-les à trois mille » ; et se reprenant aussitôt, « non, mettez six mille. Gasteggio sonne mal, le nom de combat est trop faible ; il faut frapper l'opinion, mettez bataille de Montebello, cela fera plus d'effet à Paris ». — Pour une raison tout opposée, Napoléon, au sujet de Haslach, réduisait le chiffre des prisonniers de 4 000 à 1 5oo.
TIAST.ACH, ALBECK 2cS3
historiens conviennent de la grosse erreur commise par l'Empereur dans les opérations autour d'Ulm, mais ils en rejettent la faute sur Murât, et c'est à tort, comme nous l'avons démontré. — Dans ses Mémoires, le général de Ségur parle de la faute que Murât « a fait ou laissé commettre » à l'Empereur ; il n'a qu'une vague idée de la bataille du 1 1 octobre et ne fait pas mention de Haslach, il ne connaît qu'Albeck. — Par contre, le maréchal Ney, qui n'avait jamais confondu Haslach avec Albeck, n'avait pas manqué de renseigner très exactement l'Empereur sur l'importance de l'affaire du 1 1 octobre, si glorieuse pour le général Dupont ; si, dans sa correspondance, le major général resta muet sur la belle journée de Haslach, ce ne fut pas par ignorance des faits, mais par ordre. Parlant des succès remportés par ses divisions, le maréchal Ney écrit : « Le 6° corps les avait battus (les Autrichiens) dans six rencontres consécutives. Il les avait défaits à Gûnzbourg, à Haslach, à Elchingen, à Albeck, au Michelsberg ; il leur avait fait quatorze mille prisonniers, enlevé une artillerie nombreuse, pris des drapeaux. Le combat de Wertingen, la capitulation de Memmingen étaient les seules actions dont il ne pût revendiquer la gloire (i)-»
Nous avons dit que la division de dragons à pied du général Baraguay-d'Hilliers, qui devait appuyer le général Dupont dans sa marche sur Ulm, le n octobre, n'avait pas paru sur le champ de bataille. L'Empereur ayant ordonné une enquête sur ce fait, le maréchal Ney fit appel aux souvenirs du général Dupont, qui lui adressa la réponse suivante :
Chabanais, le 6 mai 180C.
Monsieur le Maréchal,
Je viens de recevoir la lettre où vous me demandez de nouveaux détails sur la journée du 19 vendémiaire, relativement à la division de dragons à pied, commandée par le général Baraguayd'Hilliers. Voici ce qui a eu lieu. Aussitôt la réception de votre ordre pour marcher sur Ulm, ma division se met en mouvement et elle arrive à Haslach à midi. Etant prévenu par vos instructions que la division de dragons doit se former en seconde ligne derrière la mienne et l'appuyer au besoin, je fais évacuer entièrement Albeck, et j'en retire tous les bagages de ma division, afin de laisser ce point lihre, de prévenir toute confusion et que rien ne put gêner le mouvement de la division de dragons. Vous savez, monsieur le maréchal, qu'à peine arrivé à Haslach, j'ai reconnu toute l'armée autrichienne, qui était préparée au combat, et que lua division s'est trouvée aux prises avec elle. Dans une circonstance aussi critique, et dont il y a peu d'exemples, j'ai envoyé ordonnances sur ordonnances au général Baraguay pour le prévenir de ma position et l'engager à hâter sa marche, mais j'ignore si ces ordonnances lui sont parvenues ; aucun secours n'a paru.
Quant à l'heure où vos ordres ont été reçus par ce général, je ne puis vous donner de renseignements précis à cet égard: je crois que l'officier de votre état-major, qui m'a apporté ceux qui me concernaient, était aussi chargé des siens, et il pourra vous en rendre un compte exact.
(1) Mémoires du maréchal Ney.
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J'ai toujours pense, monsieur le maréchal, que si vos dispositions avaient été exécutées et si votre corps d'armée avait pu donner, c'en étail fait de l'armée autrichienne dans cette journée. Le succès cpie ma division a obtenu et qu'elle doit au courage vraiment extraordinaire dont elle était animée, ne me laisse qu'un regret, celui de n'avoir pas combattu sous vos veux et sous ceux de l'Empereur.
Agréez, monsieur le maréchal...
Le général de division (i),
Signé : Dupont.
Les ordres de mouvement, pour la journée du 19 vendémiaire, avaient été expédiés à une heure et demie du matin. Le général Baraguay-d'Hilliers ne reçut qu'à dix heures ceux qui le concernaient, sa position de Nicdcr-Stotzingen étant à environ six lieues d'Albcck. Il arriva de sa personne sur ce point, à trois heures, avec 5o dragons à pied et 60 hussards, et chercha vainement à communiquer avec le général Dupont ; sa brigade de droite ne déboucha à Albeck qu'à sept heures du soir, pendant que celle de gauche atteignait Langenau. A son arrivée à Albeck, le général Baraguay avait reçu du général Dupont le court billet suivant :
Albeck, le 19 vendémiaire an xiv.
Le général Dupont au général Baraguay-d'Hilliers.
La Division que je commande, mon cher général, marche sur Ulm. Arrivé à Ilaslach, je vous préviendrai de ma position. M. le maréchal Ney me marque que vous suivez mon mouvement. Ayez la complaisance de m' avertir de votre arrivée à Albeck.
Mille amitiés.
Signé : Dupont.
En envoyant, le 2 juin 1806, au ministre de la guerre, diverses pièces relatives à celte affaire, le maréchal Ney écrivait ce qui suit :
... Le maréchal commandant en chef le G1' corps d'armée avait reçu l'ordre de s'emparer des ponts du Danube, et de tenir les deux rives de ce fleuve.
Tous les rapports annonçant qu'il était resté des forces assez imposantes à Ulm, il se décida à faire bloquer la place, afin de paralyser une partie de ces forces en les empêchant de déboucher.
Il donna en conséquence l'ordre de mouvement général.
D'après cet ordre, les divisions Dupont et Baraguay-d'Hilliers, soutenues par deux régiments de dragons, devaient opérer de concert sur la rive gauche, tandis que, par un mouvement combiné, les divisions Loison, Malhcr et Bourcier auraient balayé la rive droite et soutenu au besoin les deux divisions par les ponts de Leipheim, d'Elchingen ou de Thalfmgen.
Toute cette partie du mouvement sur la rive droite n'eut pas lieu, d'après des ordres supérieurs qu'il est inutile de rappeler ici.
Cependant le général Dupont, ayant reçu l'ordre de mouvement pour le 19, s'était mis en marche et s'était engagé avec l'ennemi, dans la persuasion qu'il allait être soutenu par les dragons à pied, comme cet ordre le portait expressément. Sa division eut à combattre vingt cinq mille hommes, depuis une heure après midi jusqu'à six ; elle ne fut point secondée, et néanmoins le résultat de cette lutte fut très glorieux pour les armes de sa Majesté...
(1) Mémoires du maréchal Ney, publiés par sa famille.