‹ Le général Dupont (volume 2)Chapitre 76 sur 97 · II A I ,LE · texte numérisé non relu

II A I ,LE

Dienn

&Hr

Prieur et Dubois et Cu.

muraille était double, et l'on ne pouvait entrer dans la place qu'en traversant deux ponts couverts.

Ne voulant point laisser au duc de Wurtemberg le temps de se fortifier à Halle et d'y recevoir des renforts, le maréchal Bernadotte ordonna au général Dupont d'emporter la position. Le général, suivi de ses aides de camp, s'avança immédiatement pour reconnaître le terrain.

L'opération présentait des difficultés qui pouvaient d'abord paraître insurmontables. Il fallait s'emparer, sous le feu de l'artillerie et de la mousqueterie, d'une digue longue de 5oo toises, défendue par 3 000 hommes, pénétrer dans la ville de Halle, en déloger l'ennemi, la traverser, puis en déboucher, gravir sous les projectiles les hauteurs qui la dominent, et aborder une armée de 20 000 hommes de troupes fraîches, parfaitement outillée. L'entrée du pont était fermée par une barrière, et les Prussiens y avaient placé un gros détachement qui occupait, avec une batterie, les abords du pont, à droite et à gauche. La digue et les murailles de Halle étaient couvertes de monde.

Le général Dupont, dont l'inlrépédité et le sang-froid ne s'étonnaient de rien à la guerre, n'eut pas un instant d'hésitation. Il se dit qu'une extrême audace lui donnerait le plus de chances de succès, et résolut de brusquer l'attaque en lançant ses bataillons, tête baissée, à la baïonnette, sur l'ennemi. Il retourna sur-le-champ à sa division, qu'il avait laissée à deux portées de canon en arrière, dans un petit bois, et fut tout étonné de ne plus la retrouver. « Je cours, écrit le général, et je fais courir pour la retrouver et la ramener. J'apprends alors que le maréchal ayant eu connaissance de quelques partis ennemis, avait dispersé mes bataillons en les dirigeant contre eux; ils ne méritaient aucune attention, et j'envoie l'ordre à tous mes chefs de corps de se reporter immédiatement devant la place. Ils s'y rendent avec empressement ; ma division se réunit, moins un bataillon du 9 e léger que je n'ai pu rallier de la journée à son drapeau, mais ce contre-temps m'a fait perdre deux à trois heures dont l'ennemi a profilé pour ajouter à ses dispositions ; il place en avant du pont un corps considérable et une batterie destinée à le couvrir. La ville se trouve ainsi protégée par trois lignes de feux qui en défendent les approches (1). »

Le général Dupont prit alors ses dispositions d'attaque. Il plaça le 9e léger en colonne par section sur la roule, et disposa de même le 32e, sur sa droite; les colonels Meunier et Darricau étaient à la tète de leurs braves régiments ; le 960' fut placé en réserve avec le 4e de hussards, derrière le village de Passendorf. Ces préparatifs se firent rapidement et dans le plus grand ordre ; l'artillerie ennemie tirait à mitraille et l'on ne pouvait répondre que faiblement, les deux tiers des pièces du 1 " corps étant encore en arrière par suite des difficultés qu'avait présentées le passage du défilé de Dornburg ; le général Eblé fit établir en avant de Passendorf, à droite et à gauche, les 12 pièces dont on disposait.

Sûr de ses troupes, et donnant l'exemple, comme toujours, le général Dupont s'est placé en tête de ses soldats, l'épée à la main. Sur son ordre, transmis par le capitaine Barbarin, les bataillons s'élancent à la charge, dans un furieux élan, sans tirer un coup de fusil; ils abordent, sous une grêle de balles et de mitraille, avec une impétuosité irrésis-

(1) Mémoires inédits du général Dupont.

tible, les défenseurs du premier poni, les massacrent, brisenl la barrière, et continuant leur course sur la digue, culbutent les Prussiens épouvantés, les poussent la baïonnette dans les reins, s'emparent des canons, traversent les ponts sans s'arrêter el entrent dans la ville pêle-mêle avec les fuyards. L'action a été si rapide, que les pertes sont peu importantes ; sur la digue, tout a élé tué ou pris, malgré les efforts désespérés du généra] Hinrichs. — Dans l'intérieur de Halle, le combat est furieux; on poursuit l'ennemi de rue en rue, de place en place, sans répit, et bientôt il est rejeté hors de la ville, dont on barricade les portes, en attendant les renforts qui permettront de déboucher,

A ce moment arrive, au pas de course, le 96e régiment, avec son vaillant colonel Barrois et le général Legendre, qui s'était tant illustré à Marengo et à Pozzolo, à la tète de la 4oe demi-brigade. — Le général Dupont se dispose à sortir de la ville, pour attaquer l'armée qui occupe les collines voisines. Mais le duc de Wurtemberg a fait établir des batteries qui battent les portes de Halle par ou doivent sortir les Français; tout ce qui tente de dépasser l'enceinte est écrasé sous la mitraille et la mousqueterie, el forcé de rentrer dans la place. Le général Dupont fait alors pratiquer dans la muraille, à droite et à gauche des portes, des issues qui permettront des attaques de flanc et détourneront l'attention de l'ennemi ; puis, à son signal, tous les bataillons de la division font soudainement irruption en dehors de l'enceinte et se précipitent à l'assaut des hauteurs, sous un feu épouvantable parlant des maisons du faubourg, des jardins el des positions mêmes de l'ennemi. Le colonel Darricau a deux chevaux tués sous lui; le général Rouyer a son cheval frappé à mort, et le général Legendre reçoit quatre coups de feu dans ses habits. Le colonel Meunier et le colonel Barrois se couvrent de gloire ; les troupes montrent un élan extraordinaire auquel rien ne peut résister. Il est alors trois heures et la bataille est complètement gagnée.

Le ior bataillon du 9e léger, resté sur la rive gauche de la Saale pour s'opposer à un mouvement de la cavalerie prussienne, le 2e et le 4e de bussards, puis les régiments de la division Rivaud arrivent successivement pour prendre part à la lutte et confirmer le succès du général Dupont. Culbuté sur tous les points, débusqué de Diemilz, de Peissen et de Rabatz, où il est sabré par nos bussards, le prince de Wurtemberg se meten retraite vers l'Elbe, dans la direction de Dessau, laissant entre nos mains 5 000 prisonniers, une trentaine de bouches à feu, et 4 drapeaux. — On le poursuivit jusqu'au delà de Landsberg, à plus de quatre lieues de Halle.

Le corps ennemi détaché sur la rive gauche fut attaqué et détruit par le général Drouet, qui lui prit 1 800 hommes et l\ pièces de canon.

Le maréchal Rernadotte vint féliciter sa ire division de son beau succès, et il ne ménagea pas les éloges à ses braves soldats et à leur chef. « Je ne me suis pas cru nécessaire pendant l'action, dit-il au général Dupont ; vous étiez là pour la diriger. Ce beau fait d'armes est tout à vous. »

La nuit approchant, et les troupes étant épuisées par une longue marche et par un combat qui durait depuis neuf heures du matin, le maréchal ordonna d'établir les bivouacs en avant de la ville, sur les hauteurs. « La division du général Dupont el tout le corps du prince de Ponle-Corvo bivouaquèrent à une lieue environ de la ville, sur le champ de

HALLE 3q3

bataille. On avait laissé à Halle un régiment do la division du général Rivaud pour y maintenir l'ordre. Elle fut pillée néanmoins, tant par ce régiment que par les traînards de l'attaque de la ville. Le prince de Ponte-Corvo fit battre la générale pour arrêter le désordre. On y parvint difficilement (i). »

Les troupes se reposèrent sur leurs positions dans la journée du 18. « Je t'annonce, ma chère amie, écrit le général Dupont, la bataille et la victoire de Halle. C'est ma division qui s'est encore signalée; cette journée vaut celle d'Haslacb. — J'ai pris ce matin la tète du corps d'armée. Nous avons levé notre camp de Querfurl à deux heures du matin et nous nous sommes portés sur Halle. Le prince de Wurtemberg l'occupait avec une armée de trente mille hommes. Avec trois bataillons, le pont, défendu par plusieurs mille hommes, est emporté de vive force. Il n'y a jamais eu d'action plus audacieuse. Pendant cinq heures j'ai eu toutes les forces ennemies à combattre avec ma division seule, et elles ont été complètement battues. Une autre division est ensuite arrivée, mais la victoire était à nous. Il y a 5 à 6 mille prisonniers de guerre et 3o canons pour gages du triomphe. — Le maréchal Bernadotte m'a témoigné tout ce que ce succès pouvait lui inspirer en ma laveur. J'ai demandé le grade de général de brigade pour mes trois colonels. Meunier a été légèrement blessé. — J'ai été très content de M. Barbarin... J'ai monté, toute la journée, mon beau cheval limousin, qui s'en est bien tiré. Je suis un peu fatigué, mais je suis dans l'ivresse... Pour l'honneur de ma division je suis bien jaloux qu'on sache qu'elle seule a obtenu la victoire. Je viens de voir le général Suchet qui arrive ici. Il paraît, par ce qu'il m'a dit, que notre affaire du 17 est grandement connue et appréciée dans l'armée (2). »

Le Journal des marches et cantonnements de (a division Dupont fait, de ces événements, le récit suivant :

Le matin du 17, à 2 heures, la Division était déjà partie de son bivouac, marchant à travers champs ou des chemins de terre; elle atteignit au gros village de Teutschenthal la route de Querfurt à Halle. A deux lieues environ de cette dernière ville, on eut connaissance que l'ennemi ne pouvait être loin. En effet, il occupait la ville de Halle. On envoya sur-le-champ des tirailleurs en avant, et la cavalerie se mit en bataille, à droite et à gauche de la route, à une très petite distance de la ville, en attendant l'arrivée de l'infanterie, qui eut lieu quelques instants après. Les dispositions d'attaque furent faites sur-le-champ, et le général Dupont, à la tète de 3 bataillons seulement, enleva en moins d'une demi-heure le pont de Halle, et poussa l'ennemi jusqu'aux portes opposées de la ville. Alors arrivèrent toutes les troupes faisant partie de la division Dupont ; la fusillade devint plus sérieuse, on déboucha de la ville, et l'ennemi, quoique supérieur en grand nombre, se vit forcé de battre en retraite. La nuit ne nous permit de le poursuivre que jusqu'à deux lieues de la ville.

Voici les détails du combat de Halle :

Le Général Dupont, à S. A. le Prince de Ponte-Corvo,

Commandant le Ier Corps d'armée.

La Division que je commande, ayant levé hier son camp près de Querfurl, à deux heures du matin, s'est portée sur Halle où elle est arrivée à 10 heures. Pendant sa marclie, ses éclaireurs

(1) Journal îles marches et oantonnements île lu division Dupont Arch. Dupont).

(2) Lettre ù Mme Dupont.

3o/l LE GÉNÉRAI DUPOHT

onl ramassé un certain nombre de soldats prussiens fugitifs et égares depuis la bataille d'Iéna. A une lieue de Halle, on a rencontré quelques partis de cavalerie ennemie qui se sont repliés à notre approche, mais qui bientôt ont été soutenus par plusieurs escadrons. L'avant-garde de ma Division s'est avancée vers la ville pour la reconnaître, et on a trouvé que le pont qui y conduit était occupé par l'ennemi. De nouvelles forces ont été aussitôt rassemblées, de manière cjue ce pont était défendu par deux mille hommes environ et plusieurs pièces de canon. Dans le même temps, onaiu tout à coup les hauteurs qui dominent la ville de Halle, sur la rive droite de la Saale, couvertes de troupes, et on a jugé que c'était l'armée aux ordres du prince de Wurtemberg. En effet, ce prince occupait depuis deux jours cette position importante, avec un corps d'environ 3o mille hommes.

D'après vos ordres, monsieur le Maréchal, j'ai fait mes dispositions d'attaque, pendant que l'ennemi faisait jouer sur nous son artillerie, à laquelle nous ne pouvions répondre que faiblement, attendu le petit nombre de nos bouches à feu. Le 3a1' régiment de ligne a été mis en bataille à la droite de la route, et un bataillon du <)' d'infanterie légère a été placé en colonne sur cette route. — L'enlèvement d'un pont est une des opérations les plus difficiles de la guerre ; celui de la Saale était chargé d'infanterie protégée par le canon, mais j'avais dans ces braves bataillons une confiance que l'événement a glorieusement justifiée.

L'ordre de la charge est donné (i). Ils s'avancent avec la plus étonnante intrépidité, et bravent une pluie de mitraille et de balles. Cette audace extraordinaire épouvante l'ennemi, malgré la position presque inexpugnable qu'il occupe. Le 32° régiment, conduit par le colonel Darricau, et le 2e bataillon du g', conduit par le colonel Meunier, se précipitent au même instant sur le pont, renversent la colonne ennemie, s'emparent de son artillerie et se font jour à la baïonnette jusqu'à la porte de la ville. Le terrain est couvert de morts et les Prussiens sont poursuivis de rue en rue jusqu'à la porte opposée de la place. Il n'y a jamais eu d'attaque plus impétueuse et de succès plus rapide. Ce pont, défendu par des Français, aurait été le tombeau d'une armée entière, mais attaqué par eux, il a été emporté de vive force dans une demiheure. Un grand nombre de prisonniers de guerre, parmi lesquels se trouvait un officier général et plusieurs officiers supérieurs, est resté entre nos mains.

Maîtres de la ville, de nouvelles difficultés se sont présentées à nous. Le prince de Wurtemberg avait fait dresser des batteries en face des portes par lesquelles il nous fallait passer et de nombreux bataillons ajoutaient à cet obstacle le feu le plus violent. Le terrain les favorisait, celui que nous occupions se trouvant commandé par les hauteurs qui touchent la ville et qui étaient couronnées de troupes. Pendant cjue cette action se passait et était soutenue avec beaucoup de chaleur des deux côtés, 1096e régiment, conduit par son colonel Barrois, arrive au pas de course, impatient de prendre part à un combat dont le début avait été aussi brillant. Le feu devient plus terrible; tout ce qui se présente pour tenter le passage des portes est accueilli par le canon tirant à mitraille et la mousqueterie. Cette position devenait à chaque instant plus meurtrière.

Pour vaincre cet obstacle, que la grande supériorité de l'ennemi semblait rendre insurmontable, nous nous sommes ouvert des issues à droite et à gauche des portes ; des colonnes ont été rapidement dirigées sur ces points où elles ont agi sur les flancs de l'ennemi. Par un élan audacieux, les colonnes principales cpii combattaient aux portes se sont jetées au dehors et ce choc simultané a dégagé l'enceinte de la ville. Les colonels Barrois et Darricau ont mérité dans cette occasion beaucoup d'éloges : le dernier a eu deux chevaux tués sous lui. Les chefs des bataillon Moulin, Loyard et Bouge se sont également conduits avec une grande valeur: le premier a été blessé. Le général de brigade Legendrc a reçu quatre coups de feu dans ses habits. Le général Rouyer a eu un cheval tué sous lui.

(1) Cet ordre a été porté par Barbarin, aide de camp du général Dupont; il est entré dans la ville avec la tète du 3ae qui ouvrait la marche

H AME 3q5

Le prince de Wurtemberg voyant ses troupes culbutées sur tous les points, a abandonné l'espoir de rentrer dans la ville, et notre succès a été assuré. La Division s'est déployée dans la plaine, et le Ie* bataillon du 9e régiment, qui était resté en position sur la rive gauche de la Saalc, est arrivé pour prendre sa place dans la ligne. L'ennemi, de son côté, s'est reformé devant nous, à une demi-licue de la ville, et il n'a pas été sans doute peu étonné de voir combien le corps par lequel il avait élé battu lui était inférieur en nombre. Il a fait quelques mouvements de cavalerie, mais l'admirable contenance de notre infanterie a déconcerté toutes ses tentatives, et il a continué sa retraite. Nos bataillons, alternativement formés en colonne et en ligne, l'ont suivi vivement, et ont chassé son arrière garde de tous les villages où elle prenait position pour protéger le gros de son armée en désordre. Il était alors trois heures et la bataille était complètement gagnée.

Les régiments qui composent la 2'' Division sont arrivés en ce moment et ont concouru avec nous à la poursuite de l'ennemi, qui s'est retiré du côté de Dessau. Le général Paclhod est arrivé avec sa brigade, avec beaucoup de vivacité, sur le champ de bataille. Le général de division Rivaud a paru peu de temps après ; mais c'est à ce général a vous rendre compte de ce qui concerne sa Division. Les 2e et 4e de hussards ont fourni plusieurs charges près du village de Zwebendorf ; ils ont été appuyés par le Ier bataillon du 96'' que le chef de bataillon Loyard a très bien conduit.

Nous avons fait f\ à 5 000 prisonniers de guerre et pris une trentaine de bouches à feu. Les Prussiens ont perdu en outre beaucoup de inonde tué ou blessé. Les prisonniers ont rapporté que des régiments ont été entièrement détruits. Notre perte en tués et blessés est de /j à 5oo hommes. Tous ces braves sont à regretter, mais c'est à l'impétuosité de nos attaques et à la vivacité de nos opérations que nous devons de n'avoir pas fait une plus grande perte. Tout est extraordinaire dans cette journée où j'ai appris à estimer encore davantage ma brave Division. Aucun soldat, blessé ou mourant, n'a témoigné de regrets. Plusieurs criaient encore Vive l'Empereur ! insensibles à leurs blessures. Le zèle des officiers de tous grades a constamment égalé leur bravoure. La plus noble émulation et le même désir de vaincre régnaient dans tous les rangs.

J'aurai l'honneur de vous adresser un rapport particulier pour motiver les demandes de grades et de récompenses que je vous prierai de présenter à l'Empereur, pour les officiers, sousofficiers et soldats qui se sont fait remarquer par des traits d'éclat (1).

Le Précis historique des Campagnes du 1" Corps décrit ainsi l'affaire du 17 octobre :

A son arrivée à Querfurt, le 1 G octobre, le Prince de Ponte-Corvo apprit qu'une armée de réserve sous les ordres du prince de Wurtemberg, était rassemblée à Halle. Ayant résolu d'aller la combattre, il se mit en marche, de Querfurt, le 17, à deux heures du matin, marchant sur une seule colonne.

A 8 heures, sans qu'on eût rencontré l'ennemi, la Division Dupont et le 2e de hussards arrivèrent sur les hauteurs de Zscherben, à une lieue environ de Halle. Ces hauteurs cjui se prolongent à gauche par Nietleben et à droite par Angersdorf et Passcndorf, bordent le bassin que forme le vallon de la Saalc en avant de Halle sur la rive gauche.

Cette ville est située sur le penchant de la rive droite; de ce côté son enceinte de murailles et ses quatre portes sont dominées par la crête du coteau, qui n'en est éloignée que de i5o toises au plus.

La ville est séparée de la rive gauche de la Saale par plusieurs bras de rivière et des marais

(1) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Dupont).

3()G 1 1: f.i'\i':it w. i>i PONT

sur lesquels on a construit une digue longue d'un quart de lieue cl flanquée à gauche par des

bosquets dans les marais, et à droite par des ilols. La ville est fermée de ce coté par deux vieilles enceintes cl en avant de chacune est un pont couvert.

On ne connaissait pas bien les forces des Prussiens. Le Ie de hussards fut poussé dans la plaine sur la gauche de la digue. Le général Maison le suivit pour reconnaître l'ennemi qui faisait des dispositions pour défendre le Iront de la \ille et les ponts, en même temps qu'il se formait en bataille sur les bailleurs qui la dominent en arrière; on le jugea fort de ao à aôooo hommes.

La position de Halle, du côté où le Ier corps arrivait, est formidable, et on peut dire qu'il v eut une sorte de témérité au Prince à y attaquer un corps qui n'avait point encore été entamé et qui était du double plus fort que lésion.

S. A. voulant profiter de l'incertitude et de l'étonnement que l'ennemi montra dans le premier moment, et pleine de confiance dans la valeur des troupes, se décida à commencer l'attaque avec celle du général Dupont et deux régiments de cavalerie légère.

Le général Dupont reçut donc l'ordre de se porter en avant du village de Passendorf avec les 9e régiment d'infanterie légère et 32e de ligne. Le 96e resta en réserve derrière le village avec le 4e de hussards. La division Rivaud.qui avait suivi le mouvement de la division Dupontct quin'élait point encore arrivée, reçut en même temps l'ordre de presser sa marche.

La division Drouet, avec le 5e de chasseurs, avait été portée près de Unter-Teutschenthal et vers le lac de Salzigcr-See, pour couvrir, pendant la marche, notre flanc gauche et nos derrières contre les corps ennemis battus à Iéna et qu'on disait venir d'Eisleben à Halle. Elle reçut également l'ordre de quitter cette position et de marcher sur Halle.

Le général Eblé fit établir de l'artillerie à droite et à gauche de la route en avant du village de Passendorf, pour répondre à celle de l'ennemi et battre les ponts. Cette artillerie fit fort bien.

Pendant qu'on faisait ces dispositions, l'ennemi profita d'un gué pour jeter de la cavalerie sur notre droite par Angersdorf ; un bataillon du 9e et un escadron de hussards y furent envoyés et cette cavalerie fut repoussée.

Cependant l'ennemi revenait de son étonnement et pressait ses moyens de défense aux ponts et aux portes et sur le front de la ville que nous menacions.

La tête de colonne de la division Rivaud commençait à paraître. Le général Dupont étant établi en avant de Passendorf, reçut l'ordre d'enlever sur-le-champ la ville; il forma un bataillon du 9"= et le 3ae en colonne d'attaque, se mit à leur tète et marcha droit au pont en suivant la digue ; il fit attaquer en même temps par ses tirailleurs l'infanterie ennemie qui avait débouché du pont et s'était déployée à droite et à gauche de cette digue.

En ébranlant cette colonne, le brave général Dupont dit : « Soldats! marchons, et que ces pièces ne tirent pas deux fois sur nous. » Il se précipite alors avec les trois bataillons d'infanterie sur les pièces, elles sont prises en effet avant d'avoir pu faire une seconde décharge, et les canonniers tués : l'infanterie ennemie placée sur les ponts, aux portes, et déployée à droite et à gauche de ce défilé le long de la rivière, est culbutée après un choc violent ; tout ce qui n'est pas tué ou pris se sauve à travers la ville. Des réserves placées dans les rues principales et sur les places veulent rétablir le combat, mais rien ne peut arrêter les braves 9e et 32e. Toutes les rues sont jonchées de cadavres et l'ennemi est forcé d'abandonner tout à l'ait Halle où on lui fait beaucoup de prisonniers.

Les colonels Meunier du ge et Darricau du 3ac se firent particulièrement remarquer par la vigueur avec laquelle ils conduisirent leurs régiments ; le premier fut blessé d'une balle à la poitrine.

Le 2e régiment de hussards reçut ordre d'entrer dans la ville et d'appuyer le général Dupont au débouché.

Nos troupes, encore trop faibles pour sortir et attaquer la position de l'armée ennemie en arrière de la ville, se barricadèrent aux portes en attendant le moment de déboucher.

Le prince de Ponte-Corvo voyant le général Dupont maître de Halle, et craignant que l'en-

Page 1