‹ Le général Dupont (volume 2)Chapitre 77 sur 97 · BALLE · texte numérisé non relu

BALLE

Demi ([ui avait toutes ses forces sur les hauteurs en arrière, ne l'en chassât, lit avancer le 96" régiment, commandé par le colonel Barrois cl ayant à sa tête le général de brigade Legendre.

Le 96e, en arrivant sur une des places de la ville, trouva une tête de colonne ennemie qui y pénétrait après avoir repoussé nos troupes cpii défendaient la porte d'Ulrichs. Il attaqua sur-lechamp cette colonne et rejeta l'ennemi sur sa position.

Le général Maison, qui avait suivi les mouvements de la division Dupont et observé les dispositions que l'ennemi faisait pour reprendre l'offensive, prévint, le prince de Ponle-Corvo qu'il n'y avait pas un moment à perdre pour faire avancer de nouvelles troupes. En ce moment, le 8e régiment de ligne, avant à sa tête le général Pacthod, arrivait à Passendorf ; il reçut l'ordre d'entrer dans la ville. Le général Dupont réunit alors sa division et le 2P de hussards à la porte de Stein. Le général Pacthod s'établit à la porte des Potences avec le 8e régiment.

Le bataillon du 9e léger, qui avait été placé à Angcrsdorf, reçut l'ordre de joindre sa division à la porte de Stein. Toutes les troupes du général Dupont étant réunies à cette porte et, prèles à sortir, ce général donna l'ordre de rompre les barricades cpi'il avait fait établir ; les portes s'ouvrirent et le combat recommença avec fureur ; le 8e régiment sortait en même temps par la porte des Potences.

Pour déboucher de la ville, il fallait essuver les feux croisés de l'ennemi établi clans les maisons du faubourg et dans les jardins, ainsi que des batteries qu'il avait placées sur la hauteur en face des portes. Ce n'est qu'après des prodiges de valeur que nos troupes purent se former hors des murs sous le feu le plus meurtrier de mitraille.

Le 8e régiment de ligne souffrit beaucoup en débouchant : il fallut une grande fermeté au général Pacthod et au colonel Aulié, pour se maintenir.

La seconde brigade de la division Rivaud arrivant, le Prince la fit avancer avec le W de hussards ; elle se réunit au 8' de ligne à la porte des Potences, et alors les deux divisions, entièrement formées hors la ville, marchèrent à l'ennemi ; en un instant, malgré la supériorité du nombre, il fut culbuté et mis en déroute. Le Prince lit alors faire une charge aux ae et 4e régiments de hussards, cpii la compléta. La poursuite l'ut vive, on fit encore beaucoup de prisonniers, Le canon de l'ennemi avait été pris en batterie sur sa position. On le chassa successivement, des villages de Diemitz, Pcisscn et Rabatz. Un régiment de hussards prussiens chargea les 8e' et 96e près de ce dernier village. 11 fut reçu à bout portant et repoussé.

Le prince de Wurtemberg fit encore des efforts pour se rallier près du village de Môtzlich et arrêta notre poursuite, mais une nouvelle charge de cavalerie l'obligea à continuer de fuir, et il fvit mené jusqu'à quatre lieues de Halle, au delà de Landsberg.

Les colonels Gérard du ae régiment de hussards et Burlhe, du 4°. menèrent leurs régiments à la charge avec la plus grande valeur.

Pendant que le prince de Wurtemberg était battu dans la ville et en arrière, une colonne ennemie composée en partie du régiment de Treskovv et de quelques autres détachements, se montra sur nos derrières et prit position sur le Weinberg pour déboucher par la gauche du bois de Heide dans l'intention de rentrer à Halle. Cette colonne donna un moment de vives incpiiétudes au Prince de Pontc-Corvo, qui craignit cpie ce ne fût un grand corps qui venait au secours du prince de Wurtemberg.

La division Drouet n'était point encore arrivée de Unter-Tcutschcnthal ; l'ennemi eût pu entrer dans la ville et embarrasser beaucoup les troupes qui combattaient en avant. Le général Maison fut chargé de mener contre lui une compagnie de voltigeurs du 8" régiment d'infanterie et quelques hussards du 4" régiment qui étaient en réserve près du pont. L'ennemi s'arrêta et se déploya.

Le général Drouet, qui déjà avait reçu l'ordre de rejoindre les autres divisions sous Halle, avant entendu une vive canonnade, avait tellement pressé sa marche, qu'il arriva plus vite qu'on ne pouvait l'espérer.

Le prince de Ponte-Corvo fit former en bataille dans la plaine, sur la rive gauche de la Saale, les 27e d'infanterie légère et ç)or de la division Drouet, ayant leur droite vers la Saale et leur

3q8 l r. GÉNÉRAI DUPOHT

gauche nn bois, faisant face au Weinberg sur lequel le régiment de Treskowel lo> autres troupes ennemies avaient pris position.

Le 9/1" et Le 5e de chasseurs lurent envoyés en avant de la ville, où le combat semblait se ranimer, renforcer les divisions Dupont et Rivaud.

Le. 27'' d'infanterie légère, ayant à sa trie le général de brigade Werlé, marcha au Weinberg avec deux pièces d'artillerie ; après un engagement vif et meurtrier, l'ennemi voulut manœuvrer pour se retirer sur le village de Nietleben et gagner la route d'Eisleben, mais le général Drouet y avait envoyé quelques compagnies de voltigeurs. Cerné de toutes parts et attaqué avec vigueur, il fut mis en déroute. Tout le régiment de Treskow, qui voulait soutenir la retraite, fut pris en entier avec ses drapeaux; le reste delà colonne se sauva dispersé dans les bois. Celle opération terminée, S. A. retourna en avant de la ville.

La nuit approchait; toutes les troupes étaient harassées par la marche de la nuit précédente et par le combat qui durait depuis 9 heures du matin; l'ennemi fuyant à toutes jambes, en abandonnant tout, le prince de Ponte-Corvo ordonna de prendre position.

La division du général Drouet s'établit dans la ville, gardant les villages de ÏXiedcrlcbcn et de Passendorf.

Celle du général Dupont, en avant de Halle, sur les hauteurs; celle du général Rivaud, à sa gauche.

La cavalerie légère occupant les villages de Diemilz, Pcissen, Rabat/ et Môtzlich, sur le front et sur les flancs, et ayant des détachements en avant, sur la route de Dcssau à Oppin et Landsberg.

Le quartier général à Halle.

Les résultats de cette journée brillante ont été environ G 000 prisonniers, l\ drapeaux, 32 pièces de canon et une quantité considérable de bagages. L'ennemi a eu plus de 1 000 hommes tués.

La victoire n'a jamais été incertaine, mais il fallut pourtant faire les plus grands efforts pour l'obtenir.

Le général Dupont a déployé les plus grands talents et sa bravoure accoutumée. Il s'est beaucoup loué des généraux Legcndrc et Rouyer. Ce dernier a eu son cheval tué sous lui. Les 9", 3afi et 9(i" régiments ont soutenu leur brillante réputation et acquis de nouveaux droits à la bienveillance de Sa Majesté.

Le général Pacthod, de la division Rivaud, s'est distingué à la tète du 8" régiment, qui a aussi fait, de très belles choses.

Le général Drouet a parfaitement manœuvré pour enlever le régiment de Treskow, et c'est à ses bonnes dispositions qu'on a dû ce beau succès sans une grande effusion de sang.

Le général Eblé a donné dans cette journée de nouvelles preuves de sa valeur, de son activité et de son zèle ; il a été partout où sa présence était nécessaire ; cinq de nos pièces ayant été démontées, il les a de suite fait remplacer par des canons pris à l'ennemi sur les ponts.

Le général L. Berthier, chef de l'Ëtat-Major général, a montré une activité infatigable, a toujours suivi S. A. et a surveillé avec autant de zèle que d'habileté tout l'ensemble de ses opérations.

L'adjudant commandant Gérard, premier aide de camp de S. A., et l'adjudant commandant llanielinaye, se sont fait distinguer par leur valeur et leur intelligence. Le colonel Morio, commandant le génie, a montré beaucoup de bravoure.

Le 1"' corps a eu environ 800 hommes hors de combat (1).

Napoléon entra dans la ville de Halle deux jours après sa conquête par la 1" division du Ier corps d'armée. « L'immense trophée d'Iéna devait encore l'occuper tout entier, écrit le général Dupont, et le succès d'une simple division semblait peu fait pour le frap

(1) Précis historique des campagnes du 1er corps de la Grande Armée (1806-1807). Àrch. guerre.

HVM.E

per, au milieu de ce grand souvenir. Toutefois, lorsqu'il se trouve sur le pont de Halle, enlevé par cinq mille hommes à vingt-cinq mille qui le défendaient, il se rappelle le fameux pont de Lodi, et, devant tout son état-major, prononce ces remarquables paroles : « Comment, c'est sur ce pont qu'ils ont passé ! je n'aurais pas osé l'attaquer avec soixante mille hommes ! » — C'est le maréchal Lcfebvre qui m'a rapporté ces paroles, qu'il venait d'entendre. Notre brillante journée excitait chez tous le plus haut étonnement. Je puis dire, en effet, à l'honneur de ma division, que ce coup d'audace et d'enthousiasme n'a pas été égalé. C'est là que brilla toute la furia francese (i). »

Parlant de l'entrée de l'Empereur à Halle, M. Thiers dit : « Il ne put s'empêcher d'admirer le fait d'armes de la division Dupont. On voyait sur le terrain des morts de cette division qu'on n'avait pas eu le temps d'ensevelir et qui portaient l'uniforme du 32e régiment — « Quoi ! encore du 32e, s'écrie Napoléon. On en a tant tué en Italie, que je croyais qu'il n'en restait plus. » — Il combla de ses éloges les troupes du général Dupont. »

Pour la première fois, en effet, l'Empereur, forcé en quelque sorte parles événements, se décida à rendre justice au général Dupont, dans les communications officielles, sans donner toutefois au combat de Halle l'importance exceptionnelle qu'il avait et qui en faisait une des affaires les plus remarquables de la campagne. Le 11e Bulletin delà Grande Armée, après avoir fait un exposé très sommaire de ce combat, dit : « Le général Dupont s'est conduit avec beaucoup de distinction. » Ni la campagne de Marengo, ni la grande victoire de Pozzolo, ni la bataille admirable de Haslach, ni Diernstein, n'avaient valu au général Dupont cette simple ligne.

Le colonel Darricau, du 32° d'infanterie, rendit compte au général Dupont de la part prise par son régiment à la bataille du 17, par la lettre suivante :

A Bernburg, le 21 octobre 1806.

Augustin Darricau, Colonel du 32e Rég1 d'Infanterie de ligne, A Monsieur le Général de division Dupont.

Monsieur le Général,

Les attaques des ponts sont de ces opérations militaires que l'audace et l'intrépidité du soldat peuvent faire réussir. Dans celle du pont de Halle, vos dispositions m'ont fait prendre l'ennemi à dos et par le flanc, en tournant les pièces de canon placées à la tète du pont ; les eaux qui en bordaient l'arrivée, n'ont poinL été un obstacle ; chacun s'y est précipité et ne s'estarrêté que lorsqu'il a atteint les Prussiens à la bayonnette. Cette impétuosité a décontenancé l'ennemi qui a plié de suite et a été poursuivi la bayonnette aux reins jusqu'à la sortie de la ville. Là, de nouvelles pièces de canon et dos troupes fraîches nous ont opposé la plus grande résistance pour déboucher.

Le 32'' Régiment a perdu dans cette journée 3 officiers et 4o soldats tués, iô officiers blessés et 2o3 soldats. Le nombre des braves a été si grand qu'il faudrait nommer presque tous les soldats du Régiment. Je me borne à vous transmettre des notes sur un ou deux soldats par compagnie, qui se sont le plus distingués, et sur quelques officiers qui vous sont connus, notamment M. Bouge qui, à la dernière campagne, mérita votre admiration à l'affaire de Dùrrcnstein ; et dans la prise du pont, où il a été démonté, il est encore parvenu un des premiers sur le pont et a

(1) Mémoires inédits du yénéral Dupont.

/jOO LE GÉNÉRAL Dl'I'OM

soutenu toute la journée cette valeur. Je vous prie, monsieur le général, de lui Caire obtenu la décoration d'officier de la Légion d'honneur, etd'étayer de votre protection les demandes d'avancement et récompenses militaires que je joins à ma lettre. Persuadé d'avance du succès, par l'intérêt que vous portez à ceux qui ont l'honneur de servir sous \os ordres, je vousprie d'agréer les témoignages de ma gratitude et de mon entier dévouement. Je suis avec respect, Monsieur le Général,

Notre très humble et obéissant serviteur.

Signé : Darricau (i).

Après la bataille de Halle, le général Dupont proposa différents officiers de son étatmajor pour les récompenses suivantes :

Le Gal de Division Rouyer — pour le grade de grand officier de la Légion d'honneur. — A eu un

cheval tué sous lui à la bataille de Halle.

Le G*' de Brigade Legcndre — pour le grade de commandant de la Légion d'honneur, — A reçu

quatre coups de feu dans ses habits à la même affaire.

L'Adjudant commandant Luthier — pour le grade d'ollicier de la Légion d'honneur. — A servi

avec beaucoup de zèle dans cette journée.

Le Capitaine du génie Cazin — pour le grade de chef de bataillon. — A pris une pièce de canon

et s'est fait remarquer par son activité et sa bravoure à l'affaire du 17.

Warcnghien, aide de camp

du général Dupont — pour la croix de la Légion d'honneur. - — A reçu une balle au

bras. S'est porté avec ardeur dans tous les endroits les plus périlleux et m'a été très utile.

Barbarin, aide de camp

du général Dupont — pour la croix de la Légion d'honneur. — A pris un général ennemi

et a donné des preuves d'une bravoure brillante.

Cairol, commissaire des guerres — pour le grade d'ofiieier de la Légion d'honneur. — A servi à

l'affaire du 17 près de moi, comme aide de camp, avec beaucoup de zèle et de courage. Il m'a été d'ailleurs, pendant la campagne, très utile dans l'exercice de ses fonctions.

Bernbourg, le 21 octobre 1806.

Signé : Dupont (2).

(1) Archives Dupont.

(2) Archives Dupont.

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