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CHAPITRE VII

>OSSENTIN, LÏJBECK

Le 19 octobre, pendant la nuit, le maréchal Bernadette reçut du major général Tordre de continuer la poursuite de l'ennemi. L'Empereur, se dirigeant sur Halle, était alors à Merseburg. Le maréchal Berthier écrit :

Merseburg, 19 octobre 1806, ') beures et demie du malin.

Vous partirez, M. le Maréchal, aujourd'hui à la pointe du jour pour vous rendre à Ascherslebcn. Le maréchal Soult, de qui on n'a pas de nouvelles depuis plusieurs jours, était à la suite de la colonne ennemie commandée par le Roi et suivait la roule de Greussen, Nordhausen et Halberstadt. Vous ferez battre le chemin pour connailre la marche de l'ennemi, l'intercepter et le culbuter partout où il serait, en tombant sur quelques colonnes; car, indépendamment de la colonne du Roi, il y a beaucoup d'autres colonnes égarées et qui ont pris différents chemins.

Le prince de Ponle-Corvo prescrivit immédiatement au général Dupont de porter sa division à Trolha,où il recevrait de nouveaux ordres pour continuer sa route. Le corps d'armée marcha dans Tordre suivant : 2'', 3e, 1™ divisions.

« Le 19, à sept heures du matin, la division partit de son bivouac et se mit en marche par la belle route de Magdebourg qu'elle quitta au petit village de Trotha, à deux lieues de la ville, pour prendre celle de Alsleben. Elle laissa celte dernière à hauteur du chemin de Rothenburg où elle arriva à 8 heures du soir. On descend dans Rolhenburg par une rue assez étroite ; elle s'encombra de bagages et la marche fut un peii retardée. Les troupes de la division bivouaquèrent sur deux lignes, le 96e en première ligne, le 9" et le 32° en seconde. On remarque à Rothenburg une mine de cuivre qui donne au gouvernement prussien 5 000 quintaux environ par an ; on en tire aussi quelque argent, mais pas assez pour couvrir les frais. La rivière de la Saale passe dans cette petite ville. — La Garde Impériale arriva à Halle le 19. L'Empereur la suivit de près. Il fut voir le pont, et Ton a su, depuis, qu'il avait été 1res satisfait de la manière dont les opérations de cette mémorable journée avaient été dirigées. C'est le général Dupont qui avait ordonné toutes les dispositions d'attaque, et c'est à lui que nous devons nos brillants succès (1). »

(1) Journal des marches el cantonnements de la division Duponl (Areh. Dupont .

Le Gém;kal Dupont. 26

Dans la nuit du 20, le Major général ordonne au maréchal Bernadette de laisser une division à Aschersleben, de se diriger avec le reste de son corps d'armée sur Kalbe ou Bernburg, cl de jeter un pont sur l'Elbe, à L'embouchure de la Saale.

Le Major Général au Maréchal Bernadette.

Halle, 20 ocloljrn i8of), l\ heures du matin.

L'intention de l'Empereur, M. le Maréchal, est que vous laissiez une division à Aschersleben avec un peu de cavalerie; celle division enverra des partis sur toutes les routes jusqu'à 5 OU G lieues, pour arrêter tous les Prussiens isolés et même les peliles colonnes de 3 à l\ 000 hommes qui se dirigent sur Magdebourg et qui sont encore loin en arrière. Le maréchal Soull a passé le 19 à Quedlinburg et Halberstadt.

S. M. vous ordonne de vous diriger avec le restant de voire corps d'armée sur Kalbe ou à Bernburg et que vous fassiez jeter un pont sur l'Elbe, à l'embouchure de la Saale, dans le lieu qui sera le plus favorable d'après les reconnaissances que vous aurez faites; votre division d'Aschcrslcbcn et vous-même devez vous mettre en communication avec le maréchal Soult qui, dans la journée du 20, doit être en position devant Magdeburg.

Lorsque cette dépêche parvint à destination, le prince de Ponle-Corvo avait déjà mis ses divisions en marche sur Aschersleben, mais ce mouvement étant très peu avance, il fut facile de le rectifier dans le sens indiqué par le maréchal Berthier.

« Les troupes se dirigèrent à six heures du matin sur Aschersleben, mais le prince, que Ton vit à Alsleben sur la Saale, fit prendre à la division la route de Bernburg où elle arriva à 3 heures après midi. Le bivouac de la troupe fut établi sur le plateau de la rive gauche de la Saale, à 5oo toises environ de la ville et de manière à tenir la route de Magdeburg. A trois quarts de lieue en avant était la brigade de cavalerie du général Watier. — Le 21 octobre, séjour à Bernburg. C'est une très jolie petite ville, que la Saale divise en deux parties. La ville haute, où se trouve le château du prince, est sur la rive droite de la rivière. Les faubourgs furent pillés, avec une petite partie de la ville, malgré le soin pris par le prince d'Anhalt de faire faire du pain pour la troupe (1). »

De Halle, le 21 octobre, à 8 heures du matin, le Major général écrit au maréchal Bernadotle, pour lui prescrire de passer l'Elbe le jour même :

L'Empereur, M. le Maréchal, vous ordonne de passer dans la journée du 21 et dans la nuit l'Elbe ; si cependant l'ennemi défend le passage, ce que je ne crois pas, vous êtes le maître de vous porter sur Dessau pour passer l'Elbe le plus tôt possible sur le pont qui est entièrement raccommodé.

Envoyez 5o hommes de cavalerie à Aken, qui sera un poste de correspondance entre Barby et Dessau, où sera aujourd'hui le quartier général.

Quant aux chevaux qui proviendraient de la cavalerie ennemie, envoyez-les tous à Aken, où seront rendus demain tous les dragons à pied.

Une heure après avoir expédié cette dépêche, le maréchal Berthier fait part au prince

(1) Journal ries marches et cantonnements de la divition Dupont (Arch. Dupont).

NOSSEWTIN, LVRECK. JOÛ

de Ponte-Corvo du très vif mécontentement de l'Empereur, de ce qu'il n'a pas jeté un pont à Barby, sur l'Elbe, dans la journée du 20 :

Halle, ai octobre 1806, 9 heures du matin.

L'Empereur, M. le Maréchal, me charge de vous écrire qu'il est très mécontent de ce que vous n'avez pas exécuté l'ordre que vous avez reçu de vous porter hier à Kalbc, pour jeter un pont à l'embouchure de la Saalc, à Barby. Cependant vous deviez sentir que toutes les dispositions de l'Empereur étaient combinées.

11 suffît, pour faire ressortir jusqu'à quel point les reproches de l'Empereur sont injustes, de considérer que l'ordre envoyé au maréchal Bernadotte d'aller jeter un pont sur l'Elbe, à Barby, parti de Halle, le 20 à [\ heures du matin, ne fut remis au maréchal qu'à 8 heures, à Alsleben. De ce point jusqu'à Barby, il y a environ 9 lieues, et le commandant du icr corps ne dispose d'aucun matériel pour jeter un pont; le 21 au soir, il n'a encore pu réunir à Barby que 3 bacs, 2 nacelles et 2 barques, et dans sa réponse à la lettre très dure du Major général, le 21 octobre à 8 heures du soir, datée de Bernburg, il dit avec raison :

« Il est 8 heures du soir, M. le Duc, on vient de me remettre vos dépêches à mon arrivée de Barby où je suis allé avec le Grand-Duc, pour aviser aux moyens de passer l'Elbe... Mais, M. le Duc, pour jeter un pont sur FElbe, vous savez vous-même que ce ne peut être l'affaire d'un jour ; il est impossible de se procurer en si peu de temps tous les matériaux nécessaires... »

Il est certain qu'il était matériellement impossible au prince de Ponte-Corvo de jeter un pont sur l'Elbe et de traverser ce fleuve par un procédé quelconque dans la journée et dans la nuit du 20 octobre. L'Empereur n'en avait pas moins donné cet ordre aussi précis qu'inexécutable, et en reprochant à Bernadotte de ne s'y être point strictement conformé, il profitait de la circonstance pour lui rappeler qu'il ne s'était point trouvé à la bataille d'Iéna, ce qui aurait pu « compromettre le sort de l'armée et déjouer les grandes combinaisons de S. M. ». Napoléon veut créer la légende de la désobéissance réfléchie de Bernadotte, de son abstention voulue et criminelle dans la journée du i^ octobre, comme si, dans son armée, un maréchal de France eût pu errera l'aventure, méconnaissant ses ordres précis, et en quelque sorte à la disposition du voisin. On ne saurait trop répéter que si le maréchal Davout fut isolé à Auersledt, cela tint uniquement à ce que l'Empereur ne prévoyait aucun danger de ce côté, pensant avoir devant lui à Iéna toute la partie de l'armée prussienne qui n'avait pas battu en retraite sur Magdeburg ; c'est dans cette persuasion cpi'il rappela, le i3 octobre, le Grand-Duc de Berg et le maréchal Bernadotte à Dornburg; Murât exécuta immédiatement le mouvement, et si le prince de Ponte-Corvo ne le fit que beaucoup plus tard, la cause en fut dans la dépèche de 3 heures de l'après-midi, comme nous l'avons longuement exposé. Les plus grands hommes de guerre ont fait des fautes militaires qu'ils ont souvent payées très cher, et l'extraordinaire génie de Napoléon ne l'empêcha pas de commettre des erreurs manifestes, mais il ne voulut jamais en convenir, sur le moment du moins, et en rejeta tout le poids sur ses lieutenants.

io4 '''- GÉNÉRAL DUPONT

Dans la soirée du 21 octobre, le généra] Dupont est prévenu qu'il devra partir le lendemain matin, avec 3 pièces de canon et 3 caissons, pour se diriger sur Barby, où le icr corps passera l'Elbe avec les moyens que le colonel du génie Mono aura pu réunir. « A trois heures du malin on se mil en marche sur la route de Barby, 'petite ville à 5 lieues de Bcrnbourg, sur l'Elbe. La division arriva près de ce fleuve, à 10 beurcs du malin, que l'on passe ordinairement à l'aide d'un bac. C'était avec la plus grande peine qu'on y avait réuni deux grands bacs qui pouvaient contenir quatre cbevaux chacun, et quatre grands bateaux pour l'infanterie susceptibles de recevoir 25o hommes chaque. Il fallait une bonne heure pour le chargement cl déchargement, l'allée cl le retour des bateaux et des bacs. La moitié au plus de la division Drouet était passée ; le 5n de chasseurs à cheval et les bagages du prince retenaient les bacs. La division du général Dupont était à peine sur l'autre rive à 5 heures du soir, et de suite elle continua sa roule pour Zerbst, où elle arriva à 9 heures du soir, par une pluie très froide. Pour éviter le pillage, on fit au soldat des distributions de pain et de viande qui pallièrent très imparfaitement le désordre.

On rencontra sur la route, à environ une lieue de Barby, 2 régiments de cavalerie saxonne, un régiment de hussards, des grenadiers de quelques compagnies d'artilleurs et beaucoup de bagages qui se séparaient de l'armée prussienne en vertu d'une convention faite avec la Saxe. Celte troupe était déjà en partie désarmée; elle le fut entièrement, et la cavalerie démontée par la division du général Bivaud.

Le prince Murât, avec sa cavalerie, passa l'Elbe à Dessau, le même jour que le Ier corps d'armée.

Les corps des Maréchaux Davout, Soult et Lannes le passèrent au pont de Witlenbcrg.

Le bivouac de la Division fut établi de manière à tenir la route de Magdebourg (1). »

Ce même jour, le maréchal Bcrnadollc rendait compte du passage de l'Elbe, en ces termes :

Le Maréchal Bcrnadollc au Major Général.

Quartier Général sur la rive gauche de l'Elbe, 22 octobre 1806, 8 heures du matin.

Votre lettre d'hier soir 8 heures vient de m'être remise sur le bord de l'Elbe devant Barby, où je suis occupé d'activer le passage de deux de mes divisions d'infanterie. Je n'ai pas pu réunir plus de moyens que je 11e vous l'ai annoncé hier, cl le passage s'effectue avec deux bacs, au lieu de trois sur lesquels je comptais, et quelques barques qu'il a fallu faire venir de 10 lieues d'ici. L'on supplée à l'exiguïté de ces moyens, à force de zèle cl d'activité. Les troupes ayant déjà fait la route pour venir à Barby, je n'ai pas cru devoir les remettre en marche sur Dessau. Quant à la division Bivaud, que j'ai laissée à Bernburg pour recevoir les armes et les chevaux d'un régiment de hussards saxons qui doit traverser cette ville, elle passera sur le pont de Dessau. Ma cavalerie légère a dû y passer ce matin. 11 en sera de même des parcs et des deux tiers de l'artillerie des divisions. J'espère que tout mon corps d'armée sera réuni ce soir à Zerbst.

Il est impossible d'aller plus vite avec d'aussi faibles moyens ; j'ai la conviction d'avoir fait tout ce que je devais cl tout ce que je pouvais. Je suis resté hier 12 heures à cheval et toute cette nuit j'ai été sur pied.

(i) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Dupont).

NOSSENTIN, I.l I1ECK

J'ai appris par le général saxon que 2 de ses régiments de cavalerie étant sortis de Magdeburg étaient arrivés à Gommern et devaient se diriger sur Wittenberg. J'ai chargé le général Waticr, qui sera rendu à Zerbst pour midi, de faire conduire ces deux régiments à Dessau où se trouve le général Oudinot.

Dv

Dès son arrivée à Zerbst, le commandant du icr corps en prévint le Major général par la lettre suivante :

Zerbst, 22 octobre 1806, 4 heures après midi.

Prince, j'ai l'honneur de vous prévenir que je suis arrivé ici à 2 heures avec la division du général Drouct; celle du général Dupont y sera à sept heures au plus tard, ainsi que le 5e régiment de chasseurs; j'y attends aussi, très incessamment, mes deux régiments de hussards qui ont passé par Dessau ; je me suis élabli sur la route de Berlin et sur celle de Magdeburg ; je ne ferai point de mouvement sans vos ordres; je me bornerai à envoyer des reconnaissances le plus loin possible du côté de Magdeburg et de Berlin.

La division du général Rivaud est restée à Bcrnburg pour y recevoir les chevaux de la cavalerie ennemie qui y passe aujourd'hui ; cette opération prendra quelque temps ; dès qu'elle sera terminée, le général Rivaud a l'ordre de forcer de marche et de venir me joindre en passant par Dessau.

La division Dupont passa la journée du 23 octobre à Zerbst, où elle fut maintenue pour garder les parcs, ainsi qu'il résulte de la lettre suivante du maréchal Bernadotte :

Le Maréchal Bernadotte au Major Général.

Zerbst, 2 3 octobre 1806.

Je reçois à 3 heures et demie après midi votre ordre d'aujourd'hui ; je mets de suite en route la division Drouct pour se porter avec 2 régiments de cavalerie à k lieues d'ici, sur la route de Brandenburg ; nos reconnaissances ayant rencontré quelques postes sur la roule de Magdeburg, je ne ferai partir la division Dupont que cette nuit ; sa présence ici est nécessaire jusqu'alors pour protéger nos parcs qui ne sont pas encore arrivés.

J'envoie aussi l'ordre au général Rivaud de se rendre ici et de forcer de marche pour venir nous joindre; je vous observe que cette division pourra à peine passer l'Elbe ce soir par Dessau; on ne peut pas espérer qu'elle soit avec nous avant après demain.

D'après les dispositions que j'ai prises, j'arriverai à Brandenburg après demain matin; je prends ma route par Deetz, Schweinitz, Gloine, Ziesar et de là à Brandenburg par la grande route de Magdeburg.

J'ai chargé mon chef d'état-major de faire exécuter l'ordre de S. M. relatif au renvoi des éclopés à Wittenberg. Je présume qu'il s'en trouvera peu.

De Zerbst, le général Dupont écrit : « Il me revient du quartier général de l'Empereur que mon affaire du 17 a fait grande sensation. Ce corps, que ma division a battu, était le dernier espoir du Roi de Prusse. Nous serons à Berlin dans peu de jours, et je crois que l'Empereur ne sera pas inexorable, il accordera la paix. Les courriers sont fréquents entre lui et le Roi de Prusse qui paye cher l'honneur d'avoir lait une campagne de i5 jours contre les Français... Nous avons passé l'Elbe hier sans éprouver d'autre difficulté que celle de n'avoir pas de pont et d'être obligés de passer dans des bateaux. Le prince de

/|o6 LE GÉNÉRAI. DUPOMT

Wurtemberg a coupe, en fuyant, le ponldc Dessau, se souvenant de la manière dont nous avons emporté celui de Halle et ne voulant pas tenter pareille aventure. Tous les renseignements que nous recevons donnent encore plus d'importance à cette victoire de Halle qui rend ma division la plus favorisée de la fortune, dans cette campagne, comme dans la dernière (i). »

Le général Dupont reçut l'ordre de se mettre en route le 2^, à trois heures du matin, pour aller prendre position à Ziesar, et la division Rivaud devait rejoindre le lendemain à Brandenburg, venant de Dcssau.

23 octobre. — Séjour à Zerbst. Cette ville est la patrie de la grande Catherine. Le Prince de Ponte-Corvo établit son quartier général au palais.

•if\ octobre. — La Division quitta son bivouac le 24 à 3 heures du matin, pour se diriger sur Ziesar, petit bourg sur la route de Magdeburg à Brandenburg. Au sortir de ce bourg on entra dans une vaste plaine inculte ; plus loin, on trouva des landes arides où quelques bouquets de tristes pins se laissaient voir. Tout annonçait la misère des habitants. Le ge régiment eut la ville pour cantonnement ; les deux autres bivouaquèrent sur la roule de Magdeburg (2).

Dans la journée du 2I1, les divisions Dupont et Drouet étaient à Ziesar, et la division Rivaud devait rejoindre le 25 à Brandenburg.

25 octobre. — On continua la marche de Ziesar, d'où l'on partit à 6 heures du matin pour Brandenburg, où le pays devient moins aride ; on aperçut, en s'approchant de cette ville, plusieurs terres ensemencées. — Brandenburg est assis sur le canal de jonction de la Spréeà l'Elbe. Cette ville paraît assez riche et assez bien bâtie. — Deux régiments de la Division cantonnèrent en \ille; le 9e bivouaqua en arrière, et un régiment de la Division Drouet établit son bivouac en avant, de sorte que les routes de Berlin et de Magdebourg furent également gardées. On fut réveillé la nuit par le feu qui prit à trois ou quatre maisons par suite de la négligence coupable du soldat (3).

Le général Dupont écrit de Brandenburg, le 25 octobre :

... Le Roi de Prusse parait être hors d'état de tenter encore la fortune. H s'est retiré derrière l'Oder avec son armée, et il est de sa personne à Custrin. Le secours des Russes n'est jusqu'à présent qu'un rêve, et nos succès sont trop décisifs pour qu'ils se mettent maintenant en campagne. L'Empereur est, à ce que je crois, à Berlin depuis hier. Je ne sais si nous irons l'y joindre ou si nous irons hâter la retraite des Suédois. Dans peu de jours, on ne s'occupera plus que de prendre des quartiers d'hiver ; peut-être les nôtres seront-ils en Hanovre. Déjà nous faisons cantonner nos troupes, c'est-à-dire que nous les logeons dans les villes et les villages qui se trouvent sur notre roule, preuve certaine que nous sommes maîtres absolus du pays et que nous n'avons pas d'ennemis à craindre. J'ai passé, la dernière campagne, peu de nuits au camp, mais j'ai eu le plaisir de bivouaquer plus souvent dans celle-ci. J'ai toutefois fort bien dormi, enseveli dans la paille et voisiu d'un feu où brûlaient des arbres entiers. Rien de fatal pour le

(1) Lettre à Mme Dupont.

(2) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Dupont).

(3) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont.

nossentin, i.i'iii'.civ 407

régime forestier, comme le voisinage d'un camp... Le temps continue à nous favoriser et je suis tout émerveillé de trouver clans le Nord d'aussi beaux jours (i)..-

L'Empereur est arrivé à Potsdam. Il ordonne au ior corps de continuer la poursuite de l'ennemi, avec la cavalerie de Murât et le corps de Lannes. Le maréchal Bernadotte se dirige le 26 au matin sur Nauen, et il s'établit le soir à Bornicke.

« Les troupes sortirent de Brandenburg à 5 heures du matin. Il avait plu beaucoup dans la nuit ; on se dirigea sur Nauen où l'on croyait rester. De nouveaux ordres nous firent aller jusqu'à Bornicke, petit village bâti au milieu d'une plaine assez vaste qui se termine par des bois. On marcha constamment à travers des terres sablonneuses et des landes (2). »

On talonne le corps du prince de Hohenlohe.

Napoléon est à Charloltcnburg le 27 octobre. Le major général écrit au prince de Ponte-Corvo ce qui suit :

Charlottenburg, a7 octobre 180G, 5 heures du matin.

Je vous préviens. M. le Maréchal, que le grand-duc de Bcrg a rencontré hier l'ennemi en force à Zehdenick. Il n'v a pas de doute que le prince de Hohenlohe n'ait suivi sa marche de Rathcnow sur Ruppin. Envoyez des olliciers d'état-major pour suivre la marche du grand-duc de Berg, afin que vous soyez prévenu à temps ; soutenez le grand-duc de Bcrg avec la plus grande activité, car il est probable que l'ennemi ne se laissera pas prendre sans se battre.

L'Empereur a l'espérance qu'entre vous, le grand-duc de Berg et le maréchal Lannes, vous ferez plus de 20000 prisonniers et prendrez le reste de l'artillerie et des bagages des Prussiens.

S. M. pense que vous devez marcher à grandes journées sur Gransee en vous faisant éclairer sur Lindow et Ruppin et à 5 ou 6 lieues au-delà jusqu'à ce qu'on ait rencontré le grand chemin de Ivvrilz à Rheinsbcrg.

Le prince de Hohenlohe a 12 à i5ooo hommes réunis et en bon ordre, et 12 à 10000 autres suivent derrière en petites parties.

Continuez, M. le Maréchal, à me donner de vos nouvelles,

Il y a, à Ncubrùck sur la Havel un poste de 25 hommes du 7" de chasseurs.

Donnez l'ordre que les bateaux que vous avez fait arrêter et que vous avez dirigés sur Brandenburg se rendent à Spandau.

Comme il s'agit de ne donner aucun répit aux corps prussiens qui fuyent vers le Nord, les troupes font chaque jour des marches forcées, souvent de douze lieues. Un ordre du jour du prince de Ponte-Corvo fait appel au dévouement du soldat :

ORDKE DU JOUU

Quartier Général à Oranienburg, 27 octobre 1806.

L'ennemi se relire et nous sommes près de l'atteindre; les opérations militaires et le succès de nos armes exigent impéricusenent que le corps d'armée fasse des marches forcées et continues. Le Prince Maréchal attend de la persévérance du soldat cette nouvelle preuve de son amour pour ses devoirs.

(1) Lettre à Mme Dupont.

(2) Journal des marri, es et cantonnements île In division Dupont (Arch. Dupont).

'loS LE GÉNÉn \l. DI PONT

En conséquence, les divisions continncronl à marcher, elles prendront une demi-heure de repos après deux heures de marche, et ce soir à 10 heures elles se reposeront jusqu'à demain ■2 heures du malin.

Pour éviter de laisser des traînards, M. le Maréchal autorise les généraux à n'amener avec eux que les hommes capables de supporter les fatigues.

Il sera formé à Oranienburg, par division, un détachement de tons ceux qui ne pourraient pas suivre. Ce détachement sera commandé par un officier de chaque régiment, et un officier supérieur nommé par le général Dupont commandera tous les détachements réunis du corps d'armée et le rejoindra à petites journées.

Le présent Ordre sera lu de suite à la tète de toutes les Compagnies.

Le Maréchal, Prince de Ponte-Corvo, Signe: Bernadotte.

Le commandant du 1er corps, précédant son infanterie, s'était rendu à Badingen. A n heures du soir, le général Léopold Berlhicr écrit au chef de la i'° division :

Le général Dupont est prié de presser la marche d'un régiment sur Badingen; il est essentiel qu'il arrive sur-le-champ; les autres régiments suivront aune heure de distance.

Le général Dupont annoncera à ses troupes que l'armée ennemie est cernée et que le point de Badingen est extrêmement faible, qu'il serait à craindre que l'ennemi le perçât.

P. -S. — Le commissaire est parti pour Gransec, afin d'aller chercher de l'eau-de-vic et du pain.

Pendant que Bernadotte, Murât et Lannes poussent le corps de Hohcnlohe l'épée dans les reins, le maréchal Soult talonne la colonne du duc de Weimar. L'Empereur est rentré à Berlin, et le 28 octobre, à midi, il écrit à Bernadotte :

« Je reçois votre lettre. Concertez-vous avec le grand-duc de Berg pour la direction à donner à vos mouvements. Ce que vous faites contre le prince de llohenlohe, le maréchal Soult le fait contre le duc de Weimar au delà de l'Elbe. Point de repos qu'on n'ait vu le dernier homme de cette armée. »

Napoléon passe en revue le corps du maréchal Davout et distribue des récompenses, puis il réunit en cercle les officiers et les sous-officiers, et leur dit : « Officiers et sous-officiers du 3° corps d'armée, vous vous êtes couverts de gloire à la bataille Aliéna ; j'en conserverai un éternel souvenir. Les braves qui sont morts sont morts avec gloire. Nous devons désirer de mourir dans des circonstances si glorieuses » (1).

Ce même jour, 28 octobre, le grand-duc de Berg écrit de Prenzlau à l'Empereur que le corps d'armée du prince de Hohcnlohe est en son pouvoir. 16 000 hommes d'infanterie, 6 régiments de cavalerie, 60 pièces de canon, 60 drapeaux sont entre les mains des Français.

De Badingen, le ier corps se porte, le 28, sur Fiirstenberg.

« A 8 heures du matin, la direction de la marche eut lieu sur Fiirstenberg. Les divisions Drouet et Rivaud arrivèrent aussi, mais comme elles étaient en avant de la division, leurs bagages ne nous permirent pas d'établir les cantonnements avant 0 heures du soir. Le

(1) 32e Bulletin delà Grande Armée.

NOSSENTIN, LUBECK /jon

feu prit pondant la nuil à une maison. On eut quelque peine à sauver les chevaux qui y avaient été placés. On y porta des secours, mais on chercha trop lard à couper l'incendie, et comme la ville est bâtie en bois, trois ou quatre maisons devinrent la proie des flammes; le jeu de deux pompes et surtout le peu de vent sauvèrent les isles voisines. La division campa en arrière de la ville (i). »

Le maréchal Bcrnadotte rendit compte de son mouvement au Major Général, par la lettre suivante :

Fûrstenberg, 28 octobre 180G, 5 heures du soir.

Prince, après avoir marché toute la nuit, je suis arrivé, ce matin, vers 6 heures à Gransee. Comme mes troupes étaient très fatiguées et un peu décousues, je leur ai donné deux heures de repos et j'ai continué ma route sur Fûrstenberg où je viens d'arriver. J'avais appris cette nuit, trime manière positive, que l'ennemi était encore à Woltersdorf et Menz ; le général Treillard avait eu avec lui un engagement de cavalerie. Tous les renseignements me donnèrent la certitude que la colonne prussienne qui se dirigeait sur Fûrstenberg, était de 9000 à 10 000 hommes commandés par le général Blùcher. Gomme le grand-duc de Berg se trouvait à Templin, j'ai pensé que ce que j'avais de mieux à faire était de me porter sur le général Blùcher pour le pousser sur M. le Maréchal Lannes, s'il voulait prendre sa retraite par Lychen, ou le poursuivre dans le Mecklenburg s'il se détachait des restes de l'armée prussienne.

En arrivant ici, j'apprends que la colonne ennemie en est partie ce matin à 11 heures, pour se retirer sur Lychen. Mais il est probable que les troupes du Grand-Duc ou du maréchal Lannes occupaient déjà celte ville ce matin, et que, dans ce cas, la colonne du général Blùcher aura été rencontrée ou qu'elle se sera retirée par Fùrstcmverder, en se couvrant des lacs ; j'ai trouvé le général Treillard ici avec ses trois régiments de cavalerie légère. Il a eu, dans la journée, à une lieue en avant de cette petite ville, une affaire avec l'arrière-garde ennemie ; il parait qu'il a eu contre lui de 1 200 à 1 5oo chevaux ; il s'est contenté de tenir sa position ici ; il n'a pas voulu s'engager plus avant contre des forces beaucoup supérieures aux siennes ; d'ailleurs sa cavalerie est extrêmement fatiguée. Le régiment des dragons de Hcnking s'est perdu ; il a paru sur la route d'ici à Gransee poursuivant un détachement du io° de hussards; le général Watier se trouvait là fort à propos : il lui a fait, de suite, rebrousser chemin et l'a jeté dans les bois.

Sans m'occuper de cette petite colonne que l'on dit être sur nos derrières et n'ayant point encore de nouvelles du Grand-Duc, quoique je lui aie expédié plusieurs olliciers, je pense que je dois me diriger sur Lychen, afin de me lier avec le corps de M. le maréchal Lannes, et de pouvoir accabler l'ennemi qui est débordé par sa gauche. Si je pouvais espérer d'atteindre la colonne du général Blùcher, je le suivrais; mais il a beaucoup trop d'avance sur moi et il parait certain que de Fiirstenwerder il veut marcher à Stettin par Pascvvalk; dans ce cas, je le rencontrerai plutôt en me dirigeant sur Lychen, Boitzenburg, etc.

J'attends avec impatience des nouvelles du Grand-Duc par le retour d'un de mes officiers : sa position exigera peut-être d'autres dispositions pour mon corps d'année ; alors j'aurai l'honneur de vous en informer.

Quoique mes troupes soient harassées, je marcherai demain avant le jour ; nous avons mille peines pour nous procurer quchjucs subsistances ;] depuis Brandcnburg il n'y a pu avoir une seule distribution de pain ; ce pays, qui est tout sable ou marais, n'offre aucune ressource.

6 heures du soir.

Je recois à l'instant une lettre que le Grand-Duc m'a écrite à 7 heures du matin de Wich-

(1) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arèk. Dupont].

4 IO LE '.i'm'ii u. ih PONT

mannsdorf. Il m'annonce avoir arrêté hier la tète de la colonne ennemie au village de Boitzenburg, et il a pris le régiment des gendarmes du Roi. Comme il se trouve toujours en présence, il m'engage à forcer l'ennemi sur Lychen et Boilzcnburg, tandis que M. le maréchal Lannes se joint à lui pour l'attaquer. Comme vous voyez, M. le Duc, cet avis s'accorde avec le projet que j'avais formé moi-même.

Le prince de Ponte-Corvo connut, le 29, la capitulation de Prenzlau, par la lettre suivante de Murât :

Lôcknitz, 29 octobre 1806, 10 heures du soir.

Mon Cousin, je vous ai fait connaître ma marche sur Prcnzlow hier, et aujourd'hui je vous annonce mes succès complets; 1G000 prisonniers, Go pièoes de canon, 5o drapeaux ou étendais, le prince de Hohenlohe, le prince Auguste de Prusse prisonniers, sont le résultat de la journée. Aujourd'hui le général Milhaud, que j'avais envoyé à Pasewalk, a l'ait mettre bas les armes à un corps de 6000 hommes dont 5 régiments de cavalerie, des canons et 3o drapeaux. Le général Beaumont, mon aide de camp, a enlevé aux portes de Stetlin 4oo hommes et l\ pièces de canon; il nous reste encore le général Blùcher avec 12000 à 1Z1000 hommes. Mais comme la retraite lui est coupée sur l'Oder, il suffit de le rencontrer pour lui faire mettre bas les armes.

Dans ce moment le général Bclliard est devant Stcttin ; tout me porte à croire que cette place pourra capituler; demain, à la pointe du jour, je compte marcher sur Blùcher par Pasewalk. Certainement c'en est fait de lui ; je vous prie de nous faire connaître votre mouvement et la position que vous avez prise.

Tous les efforts du i0' corps tendent à atteindre le corps de Blùcher. Ce général avait bravement combattu à Auerstedt, à la tête de la cavalerie prussienne. Le prince de Hohenlohe lui avait confié, le 24 octobre, le commandement des troupes du duc Eugène de W ùrtemberg, battues à Halle par le général Dupont ; elles étaient alors réduites à environ 1 1 mille hommes, avec une demi-batterie de 12, une batterie et demie de G et une batterie d'artillerie à cheval. « Je marchai, dit-il, le 26, avec ce corps, dans les environs de Ruppin. Le prince de Hohenlohe se trouva le même jour dans les environs de Lychen. Mon plan de marche sur Zehdenick, chemin direct de Prenzlau, fut dérangé par l'ennemi qui avait occupé le premier endroit et Gransce. A l'instant où, le 29, à 4 heures du matin, je voulais me mettre en marche pour Prenzlau, j'appris, par quelques fuyards de l'armée de Hohenlohe, que le prince avait capitulé à Prenzlau. Mon corps était de 10 5oo hommes. A deux lieues devant moi était l'armée de Murât ; sur mon flanc ou derrière moi, le corps de Bernadotte ; chacun était pour le moins double en force de mon corps qui, du reste, n'avait ni pain, ni fourrage, et que les marches forcées avaient excessivement harassé. Mon parti fut bientôt pris. Au lieu de marcher à droite sur Prenzlau, comme j'en avais le projet, je pris tout à coup sur la gauche, sur Strelitz. J'espérais pouvoir m'y réunir avec le corps de Weimar, m'approcher ensuite de Magdeburg (1)... »

La jonction des troupes de Blùcher avec celles du duc de Weimar eut lieu le 3o octobre, à l'improviste, auprès de Dambeck.

(1) Rapport des Opérations du corps d'armée de S. Ex. le général Blùcher à S. M. le Roi de Prusse fAreh. Dupont).

NOSSEM1N, LÛBECK [\ 1 I

Le maréchal Bcrnaclottc a son quartier général à Boitzcnburg, le 29 octobre ; à l\ heures de l'après-midi, il écrit au Major Général :

Prince, j'ai l'honneur de vous rendre compte que j'arrive à l'instant à Boitzcnburg avec ma cavalerie légère et la division Drouct. Je pousse cette division jusqu'à Naugarten, et ma cavalerie encore plus avant. Les deux autres divisions d'infanterie étant encore assez en arrière s'arrêteront

Le corps du général Blùchcr, dont je suis toujours la trace, est parti d'ici ce matin à 5 heures. Il se dirigeait sur Prenzlow; mais, ayant appris que les troupes françaises occupaient cette ville, le général Blûcher s'est de suite jeté à gauche et a marché sur Fùrstenwerdcr. Il est à présumer qu'il cherche à gagner Strasburg et Pasewalk, à moins que, renonçant à pouvoir passer l'Oder, il n'entre dans la Poméranie suédoise.

Demain je partirai avant le jour et je marcherai directement sur Wilsickow, de manière à couper la route de Strasburg à Pasewalk. Si le général Blùchcr a suivi cctlc route, j'y serai bien certainement arrivé deux heures après lui : mais dans le cas où il aurait pris une autre direction, je continuerai à le poursuivre, et j'espère, dans l'une ou l'autre hypothèse, ne point tarder à l'atteindre.

Ce jour-là, la division Dupont bivouaque à Hardenbeck, ayant fait 28 kilomètres.

« Elle eut ordre de continuer sa marche à k heures du matin pour le village de Hardenbeck, mais comme il fallut laisser passer les 2e et 3e divisions qui devaient prendre la tête, nous ne pûmes quitter Furstenbcrg qu'à 8 heures du matin. Pendant toute la journée, les bagages ralentirent notre marche, et cet inconvénient nous fit arriver à 8 heures du soir. L'on traversa la petite ville de Lychcn dont quelques habitants sauvaient leurs effets les plus précieux en passant sur la rive opposée du lac. — Le bivouac du 90 fut établi en avant du village, qu'il tenait de près ; le 32e l'occupait, et le 96e était en arrière. — Le pays est tout aussi sauvage. Il est bien moins élevé. On y remarque plus de bois, plus de lacs. Les fonds offrent des marais tourbeux, absolument impraticables. On reçut, ce jour-là, la nouvelle de la capitulation du prince de Hohenlohe et de son corps, fort d'environ 10 000 hommes (1). »

A six heures du soir, le maréchal Bernadotte envoie au général Dupont les instructions suivantes :

Boitzenburg, 29 octobre 1806, 6 heures du soir.

J'apprends à l'instant, M. le Général, que la colonne ennemie commandée par le général Blûcher, au lieu de suivre la route de Fùrstenwerdcr, s'est jetée à gauche sur Schlicht.

Je vous prie d'envoyer de suite une reconnaissance sur Fùrstenhagen et Fùrslcnau. L'officier devra questionner les paysans et prendre tous les renseignements possibles sur la position actuelle de l'ennemi.

Vous continuerez à garder sous vos ordres le 4e régiment de hussards.

L'ordre de marche du ior corps, pour le 3o octobre, porte les troupes sur Weggun. « La marche de Fûrstenberg à Hardenbeck fut extrêmement lente ; la fausse direction donna la facilité à l'ennemi d'effectuer sa retraite avec ordre. La marche du 3o fut plus

(1) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Dupont),

étonnante encore. Partis à l\ heures du malin de Hardenbeck, dous n'arrivâmes que le soir à Teschendorf, petit village à une lieue de Slargard, et toute cette grande journée fut employée à ne faire que 7 lieues. On avait rejeté la division à la queue des bagages des divisions Rivaud et Drouct, et de ceux du quartier général du prince de Pontc- Corvo. Le dégoût s'augmentait par la persuasion où l'on était qu'en laissant les bagai la suite de toute la colonne, et n'emmenant avec soi que l'artillerie légère, on aurait atteint l'ennemi.

« Il résultait des Rapports comparés, que l'ennemi, se voyant coupé à Prcnzlow, axait fait prendre au gros de ses troupes le chemin de A\ oldegk. Ses bagages consistant en 5oo voitures chargées, disait-on, de ses effets les plus précieux et du trésor de l'année, filèrent sur Neu-Rrandenburg, sous l'escorte de 3 000 cavaliers qui, pour accélérer la relraite, marchaient à côté des voitures, et fesaient contenance en arrière lorsqu'ils étaient pressés de trop près. Ces Rapports firent regretter de n'avoir pas pris le chemin de A-Yoldegk, au lieu de faire le crochet.

« En général, dans cette marche, comme dans toutes celles du Ier corps, la brigade de cavalerie légère, destinée à l'éclairer, n'a jamais poussé assez loin ses partis. L'ennemi a très rarement été bien reconnu. La division bivouaqua autour du village de Teschendorf.

« Le pays devient moins mauvais. Ce n'est plus une plaine marécageuse coupée de lacs et chargée de tristes pins. La terre est mieux cultivée. On voit bien encore des lacs, mais ils se creusent entre des collines couvertes de bois de hêtres (1). »

« Je suis à cheval depuis trois heures du matin, et j'arrive à 8 heures du soir, écrit le général Dupont. »

Le 3o octobre, le Grand-Duc de Rerg écrit au maréchal Rernadotte :

Locknitz, 3o octobre 180G.

Mon Cousin, je reçois à l'instant vos dépêches, l'une de Fiirstcnberg du 28 octobre et l'autre de Lychcn du 29, et je vous adresse copie de celle que je vous ai écrite hier à 10 heures du soir par un officier de correspondance de S. M.; en vous portant sur Strasburg vous devez marcher vraisemblablement sur les traces du général Blùcber. Là vous vous trouverez parfaitement en

mesure de le suivre dans toutes les directions qu'il se décidera à prendre. Il est avec Pase-

walk qui sera occupé ce soir par le général dilaulpoul et une brigade de dragons et où, selon toutes les apparences, sera mon quartier général. Vous trouverez ci-joint une lettre du général Belliard qui m'annonce que tout est à peu prés arrangé pour la capitulation de Stettin. Apprenez-moi bien vite que vous avez joint le général Blùcber et que vous lui avez fait mettre bas les armes.

Pendant la halle que le i8r Corps fit à Neu-Brandenburg, dans la matinée du 3i octobre, le maréchal Bernadolte rendit compte des mouvements de ses troupes au Major Général.

Neu-Brandenburg, 3i octobre 1806, 10 heures du matin.

J'ai eu l'honneur de vous écrire avant-hier soir de Boitzenburg que je marchais pour couper la route de Strasburg à Pasewalk, d'après tous les rapports qui m'annonçaient que le général Blùcber se dirigeait sur cette route.

(1) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont f.\rch. Dupont*

NOSSENTIN, LÏBECK £l3

Etant parti hier matin do Boitzenburg, je reçus par mes reconnaissances de nouveaux rapports qui m'apprirent que le général Blûcher, cherchant toujours à nous éviter, après avoir voulu

d'abord marcher sur Prenzlow, ensuite sur Fûrstenwerder, s'était enfin décidé à se jeter encore plus à gauche et s'était porté sur Neu-Strelitz, laissant néanmoins quelques détachements sur la nulle de Fûrstenwerder pour nous observer et faire croire ainsi que tout son corps d'armée avait suivi cette route. Je lus donc obligé de changer aussi la mienne, et, forçant de marche, tout mon mon corps d'armée vint prendre position hier soir entre Teschendorf et Neu-Brandenburg, tandis qu'un régiment de cavalerie dirigé par le colonel Gérard, mon premier aide de camp, fut chargé d'harceler l'ennemi sur la roule directe de Neu-Strelitz. Ce régiment dépassa celte ville, prit a l'ennemi environ 'loo hommes avec beaucoup de bagages et reconnut que le général Bliicher marchait sur Waren dans l'espoir d'y opérer sa jonction avec une autre colonne aux ordres du prince Weimar, laquelle est partie de Havelberg sur l'Elbe, et a dû se retirer par Wittstock, Rôbel et Plan. 11 parait que ce corps ainsi réuni a le projet de se diriger sur Tctcrow ou Schwerin, de manière à se ménager pour dernière ressource l'embarquement à Rostock. ou Wismar.

Ces renseignements m'ont été confirmés ici à Neu-Brandenburg où toutes mes troupes sont venues prendre position à sept heures du matin. Je les lais reposer ce moment, et de suite je fais marcher sur Waren. J'enverrai des détachements qui s'élèveront sur ma droite le plus possible afin de m'assurer si l'ennemi s'y porte.

Pour accélérer ma marche le plus possible, je laisse ici, en dépôt, tous les hommes éclopés ou par trop fatigués ; je n'emmène que les gens bien dispos ; je compte avoir ainsi environ douze mille hommes, déduction faite du bataillon resté en arrière avec mon parc d'artillerie. Ce nombre sera sans doute suffisant pour combattre la colonne ennemie.

Ma cavalerie se trouve très diminuée par les marches forcées et les fréquents détachements qu'elle a dû fournir. Je ne puis guère compter aujourd'hui que sur 700 à 800 chevaux; et j'ai été forcé de renoncer à faire poursuivre le haras royal qui a passé ici avant-hier, se dirigeant sur Usedom. J'en ai donné avis au Grand-Duc de Bcrg.

Je laisse également ici toute l'artillerie dont je puis me passer à la rigueur, et je n'emmène que 6 pièces par division avec 2 000 coups de canon. L'adjudant commandant Luthier reste pour commander cette place ; il réunira les détachements qui se trouvent en arrière. Cette ville a de bonnes portes.

Depuis huit jours, la chasse cpie nous avons donnée à la colonne ennemie nous a déjà procuré près de 3 000 hommes, tant prisonniers que traînards, et une quantité immense de bagages.

Je ne puis vous expédier cette dépêche par un officier d'état-major; il ne m'en reste que deux; tous les autres sont en course ; 4 sont absents, soit près du Grand-Duc. Je crains bien qu'ils ne soient tombés dans des patrouilles ennemies.

De Neu-Brandenburg, le général Dupont écrit : « Je me suis arrêté un instant ici, chère amie, et j'en emploie la moitié à t'écrire une ligne bien rapide. Je viens de voir chez le maréchal Bernadotte le prince de Mecklembourg, major prussien, qui nous a donné des détails bien intéressants. Il s'est rendu prisonnier de guerre au prince Murât, avec le prince Hohenlohe et dix à douze mille hommes. Ce corps est presque entièrement pris ou dispersé. Nous poursuivons celui du général Bliicher, et nous espérons rencontrer, chemin faisant, celui du prince de Weimar. Ce sont les débris des trois armées prussiennes qu'on appelait armée du Roi, armée de Kalkreuth et armée d'IIohenlohe. Les restes du corps du prince de Wurtemberg sont mêlés à tous ces restes fugitifs. Le Roi de Prusse est, dit-on, à Danzig ; il n'a plus d'armée ; l'Empereur peut décider de son sort que la fortune a déjà décidé à Iéna, à Naumburg et à Halle. 11 n'y a plus de combats à livrer; il n'y a que des

'l i '\ LE GÉNÉRAL mi'ONT

marches à suivre pendant quelques jours encore pour achever la campagne. Les Suédois sont embarques ; ils n'étaient, d'ailleurs, que 8 à 10 mille hommes et ne pouvaient pas motiver une opération particulière contre eux. Point de Russes; eussent-ils le dessein de

reparaître, ce serait trop tard (i) . »

La division Dupont alla bivouaquer au village de Ankcrshagcn, à deux lieues en deçà de Waren.

« On sortit du bivouac à k heures du matin. On traversa le bourg de Stargard, et l'on fit à Neu-Brandenburg, jolie petite ville, une halte de 4 heures. La troupe, qu'on ne laissa pas entrer dans la ville pour éviter le pillage, reçut une distribution de pain et de vin. »

Le général Dupont y déjeuna chez le prince de Pontc-Corvo, avec le prince héréditaire de Mccklcmbourg, major au service de Prusse, qui s'était venu rendre avec le bataillon qu'il commandait. Des trois principaux corps de l'armée prussienne, il ne restait plus que celui de M. de Blucher dans lequel s'était fondu celui de Weimar, par suite de la retraite du duc de ce nom. Le prince de AVùrtcmberg, battu à Halle par le général Dupont, s'était sauvé presque seid. Le prince de Ilobenlohe, serré de près par le corps du Grand-Duc de Berg, venait de capituler avec 5 régiments de cavalerie et k d'infanterie, formant environ i5 mille hommes, au sortir de Neu-Brandenburg. On rencontra sur la roule des pelotons de Prussiens de fi, 8, io bommes sans armes, qui traversèrent, la colonne et disaient aller chez eux. Un trait suffira pour donner la mesure de l'état moral de cette armée naguère si florissante : 5 soldats du 32" régiment étaient allés à la provision dans des châteaux; ils en revenaient lorsqu'ils firent la rencontre dans un bois de 200 Prussiens armés ; ceux-ci, après s'être assurés qu'ils n'avaient rien craindre tant de leurs propres troupes que des Français, cassèrent leurs fusils, mangèrent avec eux et se dispersèrent.

Le pays est plus fertile, quoiqu'on y remarque encore des parties sablonneuses et des lacs, mais leurs abords sont cultivés.

La Division bivouaqua à la droite de celle du général Rivaud, toutes deux autour du village d'Ankcrshagcn, à trois petites lieues en deçà de Waren. Les deux quartiers généraux s'établirent au château (2).

COMBAT DE NOSSEftTIN

Le Ier novembre, les troupes du iCr Corps d'armée quittèrent leurs bivouacs vers fi heures du matin et continuèrent leur marche sur Waren ; la division Dupont était tête de colonne, et les deux autres divisions venaient derrière elle. Le pays traversé est coupé de bois et présente des lacs nombreux, dont les plus importants sont ceux de Miïritz, de Fleesen, de Plauen et de Goldberg.

En arrivant à Waren on fut rejoint par une brigade de cavalerie du Corps du maréchal Soûl t. Il y eut un engagement de cavalerie avec l'arrière-garde du général Blucher, qui fut culbutée et poursuivie jusqu'à Jabel. Au delà de ce village, est un grand bois très épais et

(1) Lettre à Mmc Dupont.

(2) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Dupont 1.

NOSSENTIN, LÛBECK /| I 5

profond d'une lieue, que traverse la roule de Àlt-Schwerin ; le village de Nosscnlin l'ait face à la sortie de celte forêt, dont il est distant d'environ £oo mètres. Les villages et le bois étant fortement occupés par l'ennemi, le général Dupont fut chargé de le déloger de ses positions; il fit immédiatement ses dispositifs de combat.

Les voltigeurs du 32e régiment s'avancèrent sur le village de Jabel et en chassèrent les tirailleurs ennemis. Au delà de ce point, le 96e pénétra résolument dans le bois par le grand chemin qui le traverse, pendant que le 9e léger et le 32s suivaient la lisière de la forêt, sur notre droite. Les trois compagnies de voltigeurs du g'', avec deux pièces de canon, furent placées sous le commandement du général Savary, qui était à la tête d'une brigade de cavalerie. — Les Prussiens firent une défense opiniâtre et disputèrent le terrain pied à pied ; mais lorsqu'on fut à la sortie du bois, deux bataillons s'étant dirigés à droite et à gauche pour prendre à revers les défenseurs de la forêt, ces derniers se hâtèrent de battre en retraite sur leur corps principal.

Le général Bliïcher avait établi ses troupes sur une position très forte, la droite appuyée au lac de Flecsen, et son front couvert par le village de Nossentin, précédé de jardins clos de murs et protégé lui-même par des redoutes et des terrains marécageux ; sa gauche s'allongeait dans la plaine jusqu'à des bois très épais, et, en avant, le sol était coupé de larges fossés qui interdisaient toute action de cavalerie dans cette direction.

Maître du bois, le général Dupont ordonne de brusquer l'attaque et de marcher à l'ennemi. Conduit par le colonel Meunier, le 9e léger, débouchant du bois sous un feu violent, se précipite sur le village de Nossentin, qu'il aborde par la gauche, pendant que le colonel Barrois, avec le 96e, y pénètre par la droite. Le 1e1' bataillon du 32e, sous les ordres du colonel Darricau, suit le mouvement du 96e et se porte ensuite sur le village pour appuyer l'attaque du 90 léger. Les jardins et les maisons de Nossentin sont emportés avec une impétuosité irrésistible, et la ligne ennemie est enfoncée ; dans cette action, nous nous emparons de k pièces de canon et nous faisons quelques centaines de prisonniers. Les Prussiens battent précipitamment en retraite, dans la direction de Schvverin. On les suit jusqu'à Silz, où la nuit arrête la poursuite.

L'honneur de la victoire appartenait tout entier à la division Dupont, la cavalerie n'ayant pu intervenir. En essayant de faire charger le 5e de chasseurs, le prince dePonte- Corvo fut renversé avec son cheval, et le régiment lui passa sur le corps ; le maréchal se releva sain et sauf.

Le Journal des marches et cantonnements de la division Dupont expose ainsi les faits :

Ier novembre 1806. — Les troupes se dirigèrent à 4 heures du matin sur Waren. A une forte lieue en deçà de cette petite ville, sur l'avis que l'ennemi ne pouvait être loin, le maréchal Bcrnadotte fit arrêter la Division avant qu'elle entrât dans un bois. — Celle du général Rivaud l'atteignit et prit sur la droite. La Division Dupont continua sa route dans le bois, et toutes deux marchèrent à la hauteur l'une de l'autre. On laissa à la queue du corps la grosse artillerie et les bagages ; chaque Division n'emmena avec elle que 3 pièces légères et 3 pièces d'artillerie à pied. La cavalerie des généraux Watier, Margaron et Guyot, formant 10 régiments, précéda la Division.

Sur la hauteur en deçà de Waren, la cavalerie légère rencontra l'ennemi ; elle y prit posi-

/|l6 LE GÉNÉRAL l)( l'ONT

tion, et après quelques coups de fusil tirés de part cl d'autre, elle entra dans la ville. L'infanterie la suivit de près; elle poussa de suife en plaine, et parvint à atteindre l'ennemi, une lieue et demie environ plus loin, sur la roule de Malchow.

Voici le Rapport détaillé, tel qu'il a élé adressé à S. A. le prince Bcrnadoltc par le général Dupont :

Combat de Nossentin. — L'ennemi s'élant replié de Warcn après l'engagement de cavalerie qui a eu lieu près de celle ville, il a pris la route de Malchow avec la majeure partie de ses forces. La division étant arrivée près du village de Jabel, les voltigeurs du 3ar régiment onl été envoyés pour nettoyer ce village occupé parles tirailleurs ennemis. Le 96e régiment a pris la route qui traverse la forêt, et le 3ae est passé à droite longeant le bois, ainsi que le (f. — Les3 compagnies de voltigeurs de ce dernier régiment sont restées avec deux pièces de canon de l'arlillcrie légère, sous les ordres du général Savary.

La foret qui sépare les villages de Jabel et de Nossentin a une lieue de longueur et est très épaisse. L'ennemi a défendu ce long défdé pied à pied. Les voltigeurs du 3a' ont été successivement soutenus par d'autres compagnies de ce régiment et du 96e. La plus grande résistance des Prussiens a eu lieu du coté de la forêt qui touebe Nossentin ; c'est là que M. Favcrv, capitaine adjoint à l' état-major, a été tué. Ce brave et excellent officier avait déjà été blessé en continuant à combattre, sans songer à sa blessure.

A mesure que nos troupes gagnaient du terrain et que la forêt devenait plus praticable, notre ligne s'étendait pour déborder l'ennemi. Plusieurs compagnies du gGe ont été dirigées sur le village de Nossentin pour prendre à revers les Prussiens qui défendaient encore la lisière du bois de ce côté. Le Ier bataillon du 32e, conduit par le chef de bataillon Bouge, s'est porté à droite de la route pour remplir le même objet. Aussitôt deux pièces de canon soutenues par les carabiniers du 9'' se sont portées en avant au débouché de la forêt. Nous nous sommes alors trouvés entièrement maîtres de celte forêt où l'ennemi a perdu beaucoup de monde.

Le village de Nossentin était couvert par des redoutes, et il est en partie entouré de marais. L'ennemi appuyait sa droite au lac et à ce village, et sa gauche traversant la plaine allait s'appuyer à des bois très épais et profonds. Sa mousqueterie et son artillerie faisaient un feu très vif pour nous interdire le débouché de la forêt. Cette position était très difficile, et la nature du terrain, coupé par des ravins, ajoutait encore à celte difficulté. La cavalerie ennemie, très nombreuse, était en seconde ligne.

Le moment étant arrivé d'agir plus vivement encore pour décider la victoire, le 9e régiment, conduit par le colonel Meunier, a débouché avec impétuosité dans la plaine et a marché contre la ligne ennemie qu'il a enfoncée. Le feu qu'il a essuyé dans cette charge a été extrêmement violent. Il s'est ensuite emparé du village de Nossentin. Le Ier bataillon du 33e a marché à droite à sa hauteur. Le 96e régiment a débouché après le 9e et s'est porté contre l'ennemi qui s'était reformé devant nous. Le colonel Barrois lui a enlevé sa position et l'a poursuivi au delà du village, que son régiment longeait par la droite, tandis que le 9e s'avançait par la gauche. C'est dans ce moment qu'il nous a abandonné 4 pièces de canon. Une compagnie de voltigeurs du 96e régiment a fait mettre bas les armes à 200 Prussiens. Le Ier bataillon du 32e, conduit par le colonel Darricau, a suivi le mouvement du 96e et s'est ensuite porté sur le village pour suivre le mouvement du 9e: la cavalerie a débouché ensuite dans la plaine avec vivacité.

Lorsque nous sommes arrivés au village de Silz, la nuit est survenue et nous a empêchés de poursuivre plus longtemps l'ennemi. Nous avons fait mettre bas les armes à 5 ou 600 hommes, mais l'obscurité de la nuit n'a pas permis de réunir et de garder ces prisonniers et d'en faire un plus grand nombre. L'ennemi a monlré beaucoup d'opiniâtreté. 11 avait une position très forte, et la Division a eu, dans cette glorieuse journée, à déployer contre un ennemi supérieur en nombre tout le courage dont elle est animée.

Je dois des éloges à tous les officiers supérieurs.

Les colonels Meunier et Barrois ont rendu des services remarquables en chargeant l'ennemi avec beaucoup d'ardeur à la tète de leurs régiments.

NOSSENTIH, lCbegk \ [ -

Les chefs de bataillon Rcjeau, Bouge et Loyard se sont distingués.

Noire perle est de 1G0 hommes tués ou blessés. La division a pris position le soir à Malehow (i).

Le Journal du I" Corps fait, du combat de Nossentin, le récit suivant:

Le Ier novembre, le Ier corps d'armée se dirige sur Warcn en passant par Klockow-Krug et Kargow. En arrivant sur Waren nous trouvâmes une brigade de cavalerie du maréchal Soultqui venait de la Vieille-Marche et fit sa jonction avec nous.

Luc arrière-garde prussienne, que nous suivions de près, fut obligée de passer le défilé de Warcn en grande hâte ; elle y laissa quelques pelotons qui furent enveloppés et mirent bas les armes.

Sur les ban leurs en arrière de la ville il y eut encore un engagement de cavalerie où celle du maréchal Soull prit part. L'ennemi se retira ensuite sans s'arrêter jusqu'au bois entre Jabcl et Nossentin : là il nous montra de l'infanterie et du canon et arrêta la cavalerie qui était à sa poursuite. Devant ce bois dont la profondeur est d'une lieue, coule un ruisseau marécageux.

La division Dupont élail tête de colonne; les deux autres la suivaient à quelque dislance; elle passa rapidement le ruisseau et se dirigea de la manière suivante :1c 96e par le grand chemin à travers le bois, et les 9" léger et S"?.'' en suivant la lisière du bois sur noire droite.

L'ennemi disputa le bois pied à pied et après l'en avoir chassé nous le trouvâmes posté au débouché, au village de Nossentin qui n'en est éloigné que de 200 toises environ.

L'ennemi avait en position environ 10000 bommes, sa droite appuyée au lac de Fleesen, et Nossentin sur le front. Les jardins de ce village, qui sonl entourés de fossés profonds, étaient garnis d'infanterie : l'ennemi avait aussi établi sur le front du village de l'artillerie qui battait la sortie du défilé.

Le général Dupont, après avoir enlevé le bois, reçut l'ordre de déboueber et d'attaquer Nossentin ; la cavalerie légère qui était aussi dans le bois en sortit rapidement en même temps et se forma en avant vis-à-vis le flanc gauche de l'ennemi qui se trouvait en l'air, mais sur un terrain tellement coupé de larges fossés qu'il fut impossible à cette cavalerie de faire de suite une charge, comme on en avait le projet en la faisant déboucher. Cependant les qc léger cl 96e avaient enlevé le village et pris 2 pièces de canon.

L'ennemi faisait sa retraite très précipitamment, quoi qu'en bon ordre, sur Alt-Schwerin, se faisant couvrir par une nombreuse cavalerie.

Le prince de Ponte-Corvo, en le poursuivant vivement, fut renversé dans une charge qu'il faisait faire au 5e de chasseurs.

La nuit vint et sauva cette arrière-garde qui eût certainement été enlevée. Cette journée nous valut plus de 1 000 prisonniers et une grande quantité de bagages.

Le corps d'armée prit position, la cavalerie légère à Alt et à Ncu-Sparow, la division Dupont en avant de Malehow, la division Rivaud à sa gauche, la division Drouetà Alt-Schwerin, le quartier général à Silz.

Le général Drouet, en arrivant la nuit avec sa division pour prendre position à Alt-Schwerin, y trouva l'ennemi et l'en fit chasser par le 94e qui prit 2 pièces de canon.

Ce même jour, 1" novembre, le maréchal Bernadollc rendit compte à l'Empereur des mouvements de son corps d'armée, par la lettre suivante, datée de 3 heures après midi :

L'oflicier que S. M. m'a expédié le 28 octobre dernier m'a trouvé aujourd'hui à 3 heures du matin marchant sur Waren.

(1) Archives Dupont.

Le Génekal Dupont. W]

\ [8 II'. GÉNÉRAI DUPONl

Conformément à l'ordre do Votre Majesté, je m'étais rendu d'abord à Gransee, mais avant appris que l'ennemi s'était dirigé sur Lydien, j'avais résolu de l'y suivre. Cependant un des olliciers envoyés pour communi(|uer avec le grand-duc de Berg et le maréchal Lannes, trouva à Zclidenick le général Sucliet, el il en reçut l'assurance positive que déjà le grand-duc occupait Lychen. Je crus alors devoir me porter plus à gauche et j'arrivai à Fûrstenberg. L'ennemi avait passé par cette ville et de nouveaux renseignements annonçaient sa retraite sur Lychen. Je l'y suivis et je marchai sur ses traces jusqu'à Boitzenhurg. Le général Blûcher avait quitté ce dernier endroit pendant la nuit ; forcé de renoncer à gagner Prenzlow, il avait d'abord marché deux lieues sur Fûrstenwerder, mais s'était enfin jeté tout à fait à gauche, se dirigeant sur Neu- Strelitz, Friedland, etc. Je changeai ma route en conséquence et je me portai sur Stargard et Neu-Brandenburg pour lui couper la retraite, tandis qu'un de mes régiments de cavalerie fut chargé de harceler son arrière-garde sur la route de Ncu-Strelilz.

Après une courte halte à Neu-Brandenburg, j'ai continué ma marche sur Warcn où j'ai enfin atteint la queue de tout le corps ennemi, composé des colonnes réunies de Weimar et de Blûcher et fort d'environ a5 ooo hommes. Il se dirige depuis hier sur Plan et Lubz; je ne m'arrêterai plus que pour annoncer à S. M. l'anéantissement de ce reste de l'armée prussienne.

Le 2n régiment de hussards a chargé ce matin sur une portion de l'arrière-garde ennemie et l'a rejetée sur la cavalerie de M. le maréchal Soult qui venant par Mirow entrait à A\ aren en même temps que la mienne. 3 escadrons de dragons sont tombés en notre pouvoir.

La cavalerie de M. le maréchal Soult, qui est déjà arrivée, se compose d'environ 5oo chevaux. Son infanterie est encore à 4 lieues d'ici ; la mienne quoique très fatiguée marchera toute la nuit. Le général Savary nous a aussi joints avec 4oo chevaux. J'espérais bien, Sire, venir à bout de la colonne ennemie avec mes propres moyens, mais cependant j'avoue à S. M. que ce renfort de chevaux me fait grand bien, puisque je n'en avais auparavant que Coo à 700, devant un ennemi qui en a environ 5 000 et qui s'en sert avec avantage pour protéger sa retraite en couvrant toujours son corps principal par les lacs dont tout ce pays est coupé.

Je viens de donner au général Savary un régiment d'infanterie légère; il se dirige à droite pour couper une portion delà colonne ennemie ; moi-même je marche sur Alt-Schwerin. Mous agirons tous de concert pour remplir les ordres de S. M., et j'espère que sous deux jours au plus tard elle sera satisfaite.

Le 2 novembre, le maréchal Bernadolte rendit compte à l'Empereur des événements de la veille et de sa jonction avec le maréchal Soult, ainsi qu'il suit :

Le Maréchal Bernadotte à l'Empereur.

Samoter-Krug, 2 novembre 1806.

Comme j'ai eu l'honneur de l'annoncer hier à S. M., j'ai rencontré l'ennemi en avant de Waren ; il n'a montré que la cavalerie, et à peu près 1 5oo chevaux ; je les ai fait attaquer par la mienne, et après l'échange de quelques coups de canon et quelques petites charges, ils se sont retirés sur Jabel où ils ont pris position sur les hauteurs avec assez d'infanterie. Aussitôt que la nôtre a été arrivée, j'ai dirigé quelques compagnies de voltigeurs pour enlever ces hauteurs ; cela a été fait de suite ; mais derrière ce village se trouvait un bois fort long et un défilé très difficile ; deux ponts, les seuls passages qui existassent, étaient rompus et l'ennemi a paru vouloir défendre la tète du bois ; j'ai de suite fait avancer deux régiments précédés par quelques compagnies de voltigeurs ; bientôt nous avons été maîtres de la tète du bois ; mais comme ce bois était très profond, les Prussiens ne l'ont cédé que pas à pas et en faisant toujours bonne contenance ; arrivé à Silz, l'ennemi s'est établi dans ce village, appuyant sa droite au lac de Fleesen, et prolongeant sa gauche vers Nossentin auprès de grands marais. Là, couvert par un défilé, son infanterie occupant sur toute la ligne un rideau très avantageux, et soutenu par une artillerie assez

NOSSKNT1N, LÛBECK \ I g

nombreuse, il a disputé ce passageavec une grande opiniâtreté; après une très vive fusillade, nos

troupes se sont précipitées sur tout ce qui était clans le village, et l'ennemi a été culbuté; il s'est rallié derrière sa cavalerie qui, au sortir du débouché, se trouvait en bataille dans une assez belle plaine : la nôtre, au contraire, n'a pu sortir du défilé qu'avec beaucoup de peine, et dès lors les Prussiens ont eu le temps de prendre une nouvelle position en arrière de Silz , je les y ai fait attaquer. Ils ont encore été chassés; nous les avons poursuivis jusqu'à Neu et Alt-Sparow, où la nuit nous a surpris; l'obscurité nous a empêchés de les pousser plus loin. Nous leur avons l'ait perdre beaucoup de monde ; à l'exception de notre dernière attaque qu'ils n'ont pas beaucoup soutenue ils se sont battus avec courage. Le corps de Y\ cimar, qui n'avait pas donné dans la campagne, a été constamment en première ligne. Si j'avais eu deux heures de jour de plus, je suis certain que nous aurions eu la moitié de cette colonne. Le maréchal Soult était arrivé avec toute sa cavalerie légère ; il avait, de son côté, poursuivi la colonne du duc de Wcimar, qui venait de se réunir à Waren à celle du général Blûcher. Ce sont les troupes de ces deux généraux que nous avons combattues. Je pense, cependant, qu'elles n'étaient pas toutes là ; l'ennemi n'a pas montré plus de 12 ooo à i^ooo hommes. Il n'y a pas plus de 6000 des nôtres qui aient donné. Nous avons eu tout au plus 200 hommes hors de combat. Quelques officiers ont été tués ou blessés.

Un événement qui a failli m'ètre funeste a encore empêché que nous n'ayons une colonne de k 000 hommes. Le jour allant totalement disparaître et celle colonne se retirant, jela fis vivement serrer par le général Dupont. En même temps j'appelai le 5e régiment de chasseurs pour lui couper la retraite du bois. Ce corps, emporté par son impétueuse audace, forma ses escadrons au galop et obliqua trop à gauche. Voulant rectifier ce mouvement trop rapide, je fus renversé avec mon cheval et le régiment me passa sur le corps. Il trouva, un moment après, un large fossé qui le força à se jeter à droite, mais l'ennemi avait déjà gagné le bois.

Nous lui avons fait dans la journée près de 1 000 prisonniers et pris une grande quantité de bagages.

L'ennemi se retire sur Schwerin ; nous ne lui donnons pas un moment de répit ; il est harcelé à chaque instant ; mais la faiblesse de ma cavalerie m'empêche de profiter aussi vite cpie je le voudrais des avantages qui peuvent se présenter ; l'ennemi a considérablement de cavalerie ; il nous a fait voir hier plus de 3ooo chevaux, et la mienne ne va pas à plus de 700.

Je me suis entendu avec le maréchal Soult : nous marchons tous deux de concert ; il manu uvre sur la rive droite de l'Elde et moi sur la rive gauche, en nous dirigeant sur Schw erin, tant que nous saurons que l'ennemi prend celle direction; je serai ce soir à Welzin en avant de Lïibz et Passow, et je pousse une division à Granzin.

Quoique j'ai eu pendant trois jours le corps du duc de Weimar sur mes derrières, nous n'avons pas perdu une seule voiture de bagages.

Pendant la nuit qui suivit le combat de Nossentin, les divisions Dupont et Rivaud prirent position à Malchovv, faisant face à Alt-Schvverin, qui est entre deux lacs, au Nord- Ouest de Malchovv. La division Dupont, qui avait mené le combat, fut remplacée en première ligne par la division Drouet.

De Malchovv, le général Dupont écrit : « J'ai encore à t'annoncer, ma chère Grâce, une affaire brillante pour ma division. Elle a battu hier un corps trois fois plus nombreux qu'elle. Le combat a été très vif parce que nous avions affaire à des troupes cpii n'avaient pas encore été battues ; c'était en partie un corps de réserve. Les autres divisions de l'armée ne sont pas arrivées à temps pour prendre part à ce combat qui honore beaucoup la nôtre. On va poursuivre avec vivacité ce corps ennemi, le seul qui reste à la triste fortune du Roi de Prusse. Le combat s'est donné à Nossentin, près Waren, dans le Mccklembourg. J'ai à regretter M. Favery J'espère que ma Division aura du repos sous peu de jours. Elle

/|20 LE GÉNÉRAL Dl PONT

a fait bien des marches pénibles. Heureusement le succès nous en adoucit les fatigues. Voilà deux circonstances bien précieuses pour nous dans celte campagne (i). »

LUBEGK

Dans la situation qui lui était faile, Blùcher, ayant le Grand-Duc de Bcrg sur son flanc gauche, le maréchal Bernadotte sur son front et le maréchal Soult sur sa droite, n'avait plus d'issue que vers Lubeck ou Hambourg. 11 se décida à se porter sur Liïbcck et à couvrir son front par la Trave. Ses troupes se composaient du corps du duc de Wurtemberg battu à Halle par le général Dupont et placé sous le commandement du général Natzener, de la colonne du duc de Weimar que ce prince avait mise sous les ordres du général Winning en quittant l'armée, le 26 octobre, et de quelques débris du corps du prince de Hohenlohe. On estimait la force totale de ces trois groupes à plus de 20 mille hommes.

Le 2 novembre, la division Dupont se mil en roule, à 10 heures du matin, sur Ail Schwerin, pour se rendre à Passow.

« La marche eut lieu par un chemin de terre sablonneuse, à travers un pays assez découvert et assez fertile, quoiqu'on y remarque quelques lacs et plusieurs bois. Le sol est élevé. — Les divisions Drouet et Bivaud avaient pris la tète. On rencontra aussi une partie du corps et les bagages du maréchal Soult ; cette rencontre fit perdre une forte heure, et Ton arriva vers 5 heures au petit hameau de Passow, en avant duquel la division bivouaqua (2). »

Le quartier général du prince de Ponle-Corvo et les deux autres divisions s'établirent à Wclzin, à une demi-lieue en avant de Passow. — Les Prussiens, marchant sur Schwerin, avaient pris position à Kladrum et àPreslin.

L'ordre de marche du Ier corps d'armée, pour la journée du 3 novembre, porte ce qui suit :

Quartier Général à Welzin, 2 novembre 180O.

Le Ier corps d'armée se réunira demain à Kladrum ; le général Watier ouvrira la marche avec les deux régiments de hussards et partira à 6 heures et demie précises.

Le général Drouet suivra son mouvement et partira à 7 heures.

Le général Rivaud aura sous ses ordres le & de chasseurs auquel il transmettra ses ordres pendant la nuit afin qu'il parte avec lui à 6 heures et demie précises, et suivra la division Drouet.

Le général Dupont marchera sur la même roule et partira à 6 heures du matin.

Les divisions Dupont et Rivaud se dirigeront premièrement sur Granzin, et suivront la route qu'a tenue le général Drouet par Grebbin et Kladrum, où ils recevront de nouveaux ordres.

Les équipages des divisions, parmi lesquels il ne devra y avoir absolument que les voitures des généraux, suivront immédiatement la queue de chacune de leurs divisions. Toutes autres voitures ne devront partir qu'une heure après les équipages de la dernière division.

(1) Lettre à Mmtl Dupont.

(3) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Dupoulj.

NOSSENTIN, LÛBECK '| 2 I

Le général Eblé donnera des ordres aux pares des divisions, restés à Neu-13randcnburg, de se diriger surWaren, Plau, Lùbz et Schwerin.

P. 0. du Prince de Pontc-Corvo.

Le général de division, L. Bertiiieu.

Le 3 novembre, la poursuite continue :

« A sept heures du matin, la troupe s'ébranla. Même route, même genre de pays. Environ à une demi-lieue de Passow à Crivitz, la division se mit en colonne par peloton dans une plaine assez étendue. On éprouva quelques lenteurs au défilé d'un pont. Il eût été facile de les éviter en faisant passer la division par un chemin sur la gauche au delà du petit marais. Cette route était d'ailleurs plus militaire en ce qu'elle tournait les bois de la hauteur en avant, et qu'elle abrégeait beaucoup.

En approchant de Crivitz, quelques coups de canon et une fusillade assez nourrie se firent entendre. La brigade composée du 5'! de chasseurs, du 2'' et du 4'' de hussards, commandée par le général Watier, avait un engagement avec la cavalerie prussienne. Notre cavalerie était disposée en échiquier, le 5'' en avant. Il ne fournit pas entièrement sa charge, et voyant devant lui un ennemi supérieur en force, il tourna bride. Les Prussiens, pour ne pas se compromettre, ne lâchèrent sur ce régiment en désordre qu'une centaine de cavaliers qui se retirèrent après avoir sabré une aile du 4n et fait prisonnier le colonel du 2'', qui tomba de cheval. La crainte de l'infanterie qui débouchait arrêta la poursuite. Nos hussards rechargèrent ces cavaliers à leur tour, mais on eut plusieurs prisonniers et un assez grand nombre de blessés, du 5'' régiment surtout. La plaine où se passa l'affaire était à une demi-lieue de la ville. La cavalerie avait un défilé à dos, et dans toute autre circonstance, l'ennemi eût pu tirer grand avantage de sa position. La division put enfin entrer dans Crivitz; elle avait encore de mortelles lieues à faire dans les sables, ou à travers les bois. Elle n'en avait encore fait que deux et demie qu'elle se vit encore arrêtée une bonne heure à la tète d'un nouveau défilé. Elle entra sur le soir dans le bois; le chemin était encombré de voitures, on n'avançait que très lentement, à chaque pas on s'arrêtait. Plusieurs régiments de cavalerie, qui avaient ordre de cantonner en arrière, rebroussaient chemin et par leur marche rétrograde augmentaient l'embarras dans un sentier qui est creux et peut à peine recevoir deux voitures de front. Les divisions firent un bivouac dans le bois. La nôtre put enfin le traverser et vint bivouaquer autour du petit hameau de Muess, entre le lac de Schwerin et un autre petit lac.

U novembre 1S06. — On en partit à la pointe du jour, se dirigeant sur Schwerin, petite ville assez agréable appartenant au duc de ce nom. La division prit position à cheval sur la route de Lùbcck, un peu en avant des faubourgs. On s'attendait à chaque instant à recevoir l'ordre de pousser plus loin. Le grand quartier général en était même parti dans l'après-dîner, mais on resta.

Les faubourgs furent entièrement dévastés. La ville souffrit peu, par suite de la précaution que l'on eut de faire circuler des patrouilles et de garder les portes (1).

Dans son Rapport du 4 novembre, le maréchal Bernadottc rend compte à l'Empereur des opérations du 1er corps d'armée, à la poursuite de Bliicher :

Schwerin, 4 novembre 1806, 9 heures du matin. J'ai l'honneur de rendre compte à V. M. qu'avant-hicr soir, le général Drouct, allant

(1) Journal des marches et cantonnements de. lu division Dupont (Arch. Diipont)

'\->;>. LE GENERAL ni PONT

prendre position à Granzin, y rencontra l'ennemi ; il était déjà nuit et il s'engagea une fusillade qui fut suivie de quelques coups de canon tirés sur nos troupes. Le général Drouet arrêta sa

colonne et envoya un bataillon du 94e qui entra dans la ville, enleva une redoute, 2 pièces de canon,et fit 200 prisonniers parmi lesquels 1 major, 3 capitaines et a lieutenants. 11 prit aussi beaucoup de bagages.

La position que l'ennemi avait prise à Goldberg, sur les bords du lac, m'avait déterminé à me porter sur Granzin ; par ce mouvement je me trouvais sur ses derrières et en gagnant de vitesse je pouvais arriver avant lui à Schwerin : il le sentit bien ; il partit à minuit pour opérer sa retraite sur Scbwcrin : sans connaître ce mouvement de sa part, je m'étais mis en route à 3 heures du matin pour Crivitz afin de lui couper sa retraite, me mettre au milieu de lui et le forcer à se battre. En arrivant à Grebbin, j'ai trouvé l'ennemi réunissant ses colonnes et tenant position; je l'ai fait attaquer; après une canonnade assez vive, il a décidé sa retraite sur Kladrum en la couvrant par 4 000 chevaux. L'infanterie qui arrivait a déterminé l'ennemi à se retirer et a manœuvrer sur Radepohl et Wessin ; ces endroits présentent de fort bonnes positions et l'on n'y peut arriver que par des défilés très faciles à défendre. L'on s'est battu quelques moments et le général Blùcher s'est porté sur Crivitz en manœuvrant avec sa cavalerie de manière à envelopper la mienne lorsque mon infanterie s'en trouvant éloignée ne pouvait plus la soutenir ; mais dès l'instant qu'elle a paru, le mouvement rétrograde a continué jusqu'à Crivitz où l'ennemi a pris position en arrière de cette ville sur des hauteurs presque inaccessibles et auxquelles on ne pouvait parvenir qu'après avoir passé un défilé très étroit et très long.

Jusqu'alors il ne nous avait opposé que très peu d'infanterie ; là il nous en montra 10 à 12 000 hommes. Je ne doutais pas que l'ennemi n'eût le projet de défendre celte position de tous ses moyens. Je fis mes dispositions : le 8° régiment d'infanterie, conduit par le général Pacthod, eut l'ordre de déboucher de la ville et de passer le défilé, en se faisant précéder par des voltigeurs ; quelques pièces d'artillerie, avantageusement placées sur une élévation à l'entrée du défilé, soutinrent ce mouvement. L'ennemi ne fit pas une très longue résistance; il abandonna les hauteurs beaucoup plus facilement que je ne le pensais, et il se retira, comme de coutume, en se couvrant de sa nombreuse cavalerie. J'ordonnai, de suite, à la mienne de déboucher et de charger, si elle en trouvait une occasion avantageuse. Le général Watier fil effectivement exécuter une charge sur 12 à 1 5oo chevaux, mais celte charge ne fut pas très heureuse; notre cavalerie fut obligée de céder, et elle aurait été maltraitée si les généraux Pacthod et Maison, avec la majeure partie du 8'' régiment et quelques compagnies du 27e n'avaient forcé l'ennemi à rétrograder. A l'instant où notre cavalerie faisait ce mouvement rétrograde, je montais le défilé et j'arrivai assez à temps pour la rallier et la faire charger de nouveau avec avantage ; une compagnie de voltigeurs du g4° se trouvait là el fit la plus belle contenance. Elle était commandée par le capitaine Razout : je prends la liberté de recommander cet oflicicr aux bontés de V. M.

Notre infanterie a donné dans cette circonstance une nouvelle preuve de son sang-froid et de son audace. Elle a attendu la cavalerie à bout portant, lui a fait une décharge très meurtrière et a marché sur elle pendant une lieue en plaine, la baïonnette en avant; le colonel Gérard, mon aide de camp, en dirigeait une partie,

Dans le même moment le maréchal Soult, à qui j'avais donné connaissance de tous mes mouvements, arriva avec sa cavalerie légère par ma gauche. Nous poussâmes ensemble l'ennemi jusqu'au bois en arrière de Mncss; les Prussiens tenaient la tête de ce bois avec beaucoup d'infanterie. Nous fûmes forcés d'attendre la mienne ; je la fis avancer promptement et je chargeai un bataillon du 8e de faire l'attaque du bois. Le général Pacthod se mit à la tète ; le bois fut emporté de suite. La nuit était déjà arrivée; nous fûmes forcés de nous arrêter et d'attendre à aujourd'hui pour continuer à le poursuivre. J'ai quitté ma position ce matin de bonne heure el me suis dirigé sur Sclnvcrin où quelques avis m'annonçaient que l'ennemi devait tenir. Je viens d'y entrer avec mes premières troupes. Les autres seront encore longtemps

NOSSENTIN, Lt'BECK 4 3 3

à yarrivcr : je ne les attends pas avant midi, à cause d'un défilé qu'on est obligé de passer par le ilano entre les lacs ; je vais mettre ce temps à profit pour réunir des vivres, car les troupes tombent de lassitude et de besoin et je ne pourrai pas faire grand chemin aujourd'hui: d'ailleurs le maréchal Soult est beaucoup en arrière; il doit déboucher de Crivitz par Peckatel, Plaie et Pampow. Si, comme tous les avis l'annoncent, l'ennemi veut tenir à Gadebusch et faire dans celle position un dernier effort, quand même je n'aurais que la cavalerie du maréchal Soult, j'espère qu'elle me suffira pour recueillir les avantages que je pourrais avoir.

Par les différentes manœuvres que j'ai faites dans la journée d'hier, des colonnes ennemies ont été souvent coupées, mais je n'ai pu retirer tout le fruit de ces succès à cause de mon peu de cavalerie. Un détachement a été se faire prendre ce matin sur nos derrières par les troupes du maréchal Soult. Il est de 4 à 5oo hommes avec 2 pièces de canon. 2 régiments de hussards étaient aussi coupés, mais ils ont échappé, toujours par mon manque de cavalerie.

Nous avons fait beaucoup de mal à l'ennemi ; il a eu beaucoup de blessés, assez de morts et plus de 1,000 prisonniers. Nous avons pris aussi 7 pièces de canon. M. Gérard, colonel du 2e régiment de hussards, a été tué. Mon aide de camp Yillatte a été blesse.

Si, au lieu de nous attendre, l'ennemi se jette dans le Lauenburg, nous serons alors beaucoup trop de monde pour le poursuivre et mon corps d'armée seul, avec 2 régiments d'infanterie et 1 000 chevaux de plus, suffiraient pour le détruire.

Ci-joint, Sire, deux lettres trouvées sur une estafette que nous avons arrêtée.

De Schwerin, le 4 novembre, le général Dupont écrit :

Nous sommes dans la petite capitale du duché de Mecklcmbourg, mais nous ne faisons que passer; nous poursuivons toujours le général Blûcher. Il y a eu une petite alfaire contre l'arrièregarde de l'ennemi : ma division n'y a pas pris part. Il paraît cjue nous serons obligés d'aller jusque sur l'Elbe pour achever cette poursuite déjà longue et pénible. Les Prussiens doivent beaucoup souffrir, pressés par notre marche rapide.

Le prince Murât est à notre droite avec sa cavalerie ; le maréchal Soult est à notre gauche ; le corps que nous suivons ne peut plus longtemps échapper. Le général Bliicher, vieux hussard, ne veut pas se rendre, dit-on, mais sa troupe n'est pas de son avis.

Je viens de lire le Bulletin de l'affaire de Halle ; mon nom s'y trouve agréablement placé, mais l'action n'y est pas dans toute son importance (i),--

La marche du ior corps pour le 5 novembre fut ainsi réglée :

Le corps d'armée se dirigera demain 5 novembre sur Gadebusch passant par Eulen-Krug, Bosenberg-Krug et Rosenow.

Le général Watier ouvrira la marche avec les 2e de hussards et 5" de chasseurs. Ces deux corps devront toujours se trouver à la tète, à une demi-lieue en avant de la colonne.

Le 4' de hussards précédera immédiatement l'infanterie et formera la réserve de la cavalerie légère.

Les divisions d'infanterie marcheront la gauche en tête, les régiments serrés et toujours éclairés sur leurs flancs.

Les équipages du corps d'armée marcheront à la queue de la colonne : il ne se trouvera aucune voiture, l'artillerie exceptée, entre les divisions.

Le général Watier commencera son mouvement à 3 heures.

Le général Drouct aura dépassé le village de Lankow à 4 heures.

(1) Lettre ù Mma Dupont.

t\1.l\ LE GÉNÉRAL DUPONT

Le général Rivaud se mellra en marche à 4 heures précises, et le général Dupont également à 4 heures précises.

Les parcs des divisions cl les dépôts du corps d'armée, aux ordres de l'adjudant commandant Luthier, partiront de Schwerin le lendemain de leur arrivée dans cette % il le pour se diriger sur Gadebusch.

P. 0. du maréchal prince de Ponle-Corvo. Le général de division, L. Biîiithiek.

5 novembre. — A4 heures du matin, on prit la route de Lùbeck. On passa à Gadebusch; la marche fut retardée par les bagages qui précédaient la division, cl la troupe, harassée de fatigue, ne put arriver qu'à 8 heures du soir au petit hameau de Sahow, à une bonne lieue en deçà de Schônbcrg. Le 96e régiment ne put arriver que très tard à sa position et l'on ne dut pas être étonné que le soldai laissa échapper quelques murmures.

Le pays est plus fertile cl mieux cultivé, surtout aux environs de Schwerin.

La division bivouaqua autour du hameau, et le général se porta de sa personne à Schonek, où était le prince de Ponlc-Corvo. Nous restâmes avec la troupe (1).

Le prince Murât arriva à Scliwerin le 4 novembre, à 9 heures du soir. Il en rendit compte immédiatement à l'Empereur.

Schwerin, 4 novembre 1806, 9 heures du soir.

Je m'empresse d'annoncer à V. M. mon arrivée à Schwerin d'où le prince de Ponte-Corvo est parti ce soir à 4 heures pour se porter sur Lùbeck où l'ennemi parait vouloir se retirer. Demain, je joindrai de très bonne heure le Prince et j'espère que nous aurons bon marché de M. Blùcher qui jusqu'ici paraît se retirer en bon ordre; et comme il a au moins aô 000 hommes dont 5 000 de cavalerie et que le Prince n'en a que 12 000 dont 600 de cavalerie, je pense qu'il est prudent de se rallier, de mettre de l'ensemble dans nos manœuvres si nous voulons l'écraser à la première affaire; ses troupes n'ont pas encore été battues; elles donnent leur confiance à Blùcher; il faut donc nous réunir et lui tomber sur le corps en masse. Je ne sais pas encore où est le maréchal Soult qui est néanmoins fort près d'ici ; je le saurai dans la nuit, et nous agirons en conséquence. On dit que Blùcher se relire sur Lùbeck. En vérité, je ne conçois pas celle manœuvre. Est-ce pour s'y embarquer? Est-ce pour pénétrer dans le Holstcin ? Dans la première supposition, je doute qu'on lui en donne le lemps ; dans la seconde, il est perdu sans ressource : le Holstcin est un cul-de-sac d'où il lui sera difficile de sortir. Voudrait-il regagner Stralsund? Il serait perdu, nous parviendrions à le déborder et à l'acculer à la mer.

Je viens d'annoncer mon arrivée au Prince de Pontc-Corvo. J'aurai l'honneur de faire connaître demain à V. M. ce qui aura été arrête.

Le combat de Warcn, qu'on m'avait assuré avoir été funeste pour nous, m'a l'ail perdre une demi-journée ; sans cela je me serais trouvé ici à l'affaire d'hier et j'aurais fait beaucoup de mal à l'ennemi.

P. -S. — Je joins à ma lettre celles du prince de Ponte-Corvo et du duc de Mecklenburg ; je vous prie de me faire connaître vos intentions à l'égard de ce dernier.

Le Grand-Duc de Berg fit sa jonction avec les maréchaux Soult et Bernadotte, le 5 novembre, à Gadebusch. Le 4e corps se dirigea sur Liïbeck par la route de Ralzeburg, qui

(1) Journal îles marches et cantonnements île lu division Dupont Arch. Dupont).

NOSSENTIN, l.UlKCk /|25

va vers l'Ouest, elle i"' corps prit colle de Rehna, qui court au Nord, dans la direction de

la nier Baltique.

Le général Bliicher entra, le 5 novembre, dans la ville libre de Liibeck, que sa neutralité eût dû mettre à l'abri d'un semblable coup de force. « La marche du 5 s'exécuta heu reusement, écrit Bliicher. Les portes de Liibeck, et la Trave, depuis son embouchure à Travemunde jusqu'au point où en remontant elle atteint la frontière danoise, furent occupées. Dans cette position, l'armée eût été à même de résister deux jours à l'ennemi, supérieur en forces, si chacun eût fait son devoir, ce qui malheureusement n'arriva point. L'ennemi pénétra, le 6 vers midi, dans Liibeck, par la porte du Burg, défendue par 16 pièces de canon et par 3 bataillons ; il ne réussit dans cette attaque que parce que ces canons, contradictoiremenl à nos ordres, furent en partie retirés... Le combat dura assez longtemps et fut sanglant... (i). »

Le 6 novembre, le Ier Corps continua sa marche sur Li'ibeck ; les divisions Drouet et Rivaud attaquèrent la ville et remportèrent après un long et furieux combat dans les rues. La division Dupont resta en réserve pour observer les bords delà Trave. Poursuivi, la nuit, Tépée dans les reins, par les troupes du général Rivaud, le général Bliicher capitula le lendemain, à Ratekau, près de Schwartau, à deux lieues de Liibeck et à quelques kilomètres de la mer, subissant lui-même cette dure extrémité, qu'il avait si hautement blâmée chez les autres et à laquelle il avait juré, disait-il, de ne jamais se soumettre. Il livra aux Français 27 bataillons et 62 escadron-;, avec leurs armes cl leurs drapeaux. On prit, à Ratekau, 21 200 hommes, 63 drapeaux, 10/1 pièces de canon et plus de 800 officiers, dont i/i généraux, parmi lesquels Scharnhorst, quartier-maître, et l'adjudant général de Golz. Blûcher défila le jour même, à midi, devant les vainqueurs, rangés sur la route de Sclnvartau. Les troupes prussiennes marchaient avec leurs armes et leurs canons, drapeaux et étendards déployés ; après avoir dépassé la gauche de l'armée française, elles déposaient leurs armes.

Conformément à l'article 3 de la Capitulation, les officiers de tout grade, y compris les cadets, conservèrent leurs armes, chevaux et bagages ; les bas officiers et soldats conservèrent leurs sacs et porte-manteaux.

Pendant que le maréchal Bernadottc s'occupait d'activer la poursuite de Blûcher au delà de Liibeck, celte ville, subissant les tristes conséquences d'une prise d'assaut, avait été livrée au pillage. Aussitôt qu'il le put, le prince de Ponle-Corvo prit des mesures énergiques pour arrêter le désordre et mettre finaux déplorables et inévitables excès qui signalent toujours les événements de ce genre. Sur son ordre, le 32'' de ligne, connu, de même que les autres régiments du général Dupont, pour son respect de l'ordre et de la discipline aulanl que pour sa vaillance, entra dans Liibeck pour en expulser les pillards. « Notre discipline et notre bel ordre dus à l'énergie de notre colonel, écrit le sergent-major Ravy,

(1) Rapport des Opérations du corps d'armée de S. Ex. Je général Blûcher à .S. M. le Itoi de Prusse (Arch. Dupont .

,/j *ï6 LE GÉNÉRAI DEPORT

nous valurent l'honneur d'être désignés par le maréchal comme sauve-garde de Liibeck. Nos patrouilles sillonnèrent la ville, et nous arrêtâmes les pillards et les ivrognes de tous les Corps (i). »

Le 321' régiment resta dans Liibeck, ainsi qu'il résulte des ordres suivants :

Au Quartier Général de Liibeck, 7 novembre 1806.

M. le général Dupont réunira le 96e régiment au reçu du présent ordre et portera ce corps et ce qui lui reste de disponible du 9", à Schwartau, sur la rive gauche de la Trave.

11 donnera l'ordre au 32<= régiment de suivre ce mouvement quelques heures après, lorsque le calme sera à peu près rétabli dans la ville. En attendant, ce régiment y restera en sauve-garde et arrêtera Ions les pillards de quelque corps qu'ils soient.

P. 0. de S. A. le prince de Ponte-Corvo. Le général de division, L. Bertiiier.

La division Dupont bivouaquera aujourd'hui dans la position qu'elle occupe en ce moment. Le 3ac régiment restera dans la ville de Lûbeck.

Le général de division, chef de l 'état-major général, L. Bertiiier.

Le 8 octobre, le maréchal Bernadottc prescrivit, par l'Ordre du Jour suivant, la formation, dans chaque division du Ier Corps, d'une commission militaire qui condamnerait à mort tout soldat trouvé pillant dans les maisons :

i"1' CORPS D'ARMÉE. Quartier Général à Liibeck, 8 novembre 1806.

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