ORDRE
Par les mouvements que l'Empereur fait sur Kônigsberg, le général Lestocq avec tout son corps se trouve coupé et obligé de rebrousser chemin ; comme il serait possible qu'il se dirigeât sur nos cantonnements, les généraux ordonneront de suite la plus grande surveillance ; ils prendront les mesures nécessaires pour réunir au besoin toutes les troupes avec la plus grande promptitude.
Demain 9, à 5 heures précises du matin, tous les régiments seront sous les armes. Les généraux les mettront en marche et les dirigeront sur Behlenhof, où toutes les troupes, infanterie et cavalerie, devront être rendues à 7 heures du matin au lieu d'être réunies à g heures à Reichwald comme l'ordre d'emplacement le portait. Le 4e de hussards est le seul corps excepté de ces dispositions, il doit rester à Holland jusqu'à nouvel ordre.
P. 0. J. Maison.
Ce qui semble acquis, c'est que, pour capturer les 8 000 Prussiensdu général L'Estocq, battu à Waltersdorf, deux corps entiers, soit environ 2/4000 hommes, sont distraits de la
5l2 LE GÉNÉRAL DUPONT
Grande Armée au moment où l'on s'attend à livrer une grande bataille à une année redoutable et supérieure en nombre; etle général L'Estocq, s'échappant en dépil de tout, n'en apportera pas moins son appui aux Russes à Eylau. Dans la campagne de Prusse, des mouvements rapides et combinés avaient pu permettre de prendre \<< corps de Hohenlohe et de Blucher, mais c'était après les batailles décisives d'Iéna et d'Auerstedt, quand les débris de l'armée prussienne fuyaient dans toutes les directions.
De toute façon, et en conséquence même des ordres donnés par l'Empereur, le maréchal Bernadotte ne pouvait pas se trouver à Eylau le 8 février, et Napoléon ne pensa pas un instant que le i01' corps pût prendre part à la bataille livrée ce jour-là à l'armée russe. Aussi a-t-on peine à s'expliquer comment nombre d'historiens ont fait un crime au prince de Ponte-Corvo d'être arrivé en retard à Eylau. 11 ne faut voir là que la légèreté avec laquelle nous écrivons souvent l'histoire.
On a prétendu également, dit Christian Schefer, que s'il arriva en retard à Eylau, ce fut de son plein gré et parce qu'il désobéit aux ordres reçus. Cela encore est très possible : en conclure cependant qu'il agit, uniquement et sciemment par hostilité contre l'Empereur et dans le seul dessein de lui nuire, serait pour le moins téméraire. Les mobiles de ses actions sont volontiers confus et toujours complexes (i).
A Eylau, comme à Iéna, le maréchal se trouva absent du champ de bataille, écrit Léonce Pingaud. Son intervention eût peut-être changé en victoire une journée demeurée indécise. L'ollicier chargé de lui transmettre les ordres du quartier général ayant été enlevé par l'ennemi, sa responsabilité se trouvait à couvert ; mais il parait certain, d'autre part, qu'il était en contact avec d'IIautpoul, et d'Hautpoul, averti de la partie qui se jouait le 7 février, y fut présent, au moins pour se faire tuer. Quant à Bernadotte, il encourut de nouveau, à ce sujet, des accusations, dont il ne devait pas d'ailleurs porter la peine (2).
Les documents que nous avons donnés, tirés de la Correspondance des Armées, des Registres d'Opérations, des Journaux de Marches, du Registre de Correspondance du Major Général Berlhier, existant aux Archives de la Guerre, établissent clairement que les imputations dirigées contre le maréchal Bernadotte à propos d'Eylau, ne sont pas plus exactes que celles concernant son rôle dans la journée du i[\ octobre 1806. Tous les ordres émanés du quartier général impérial antérieurement au 8 février 1807, prescrivent au commandant du i01 corps, d'abord de reculer sur Thorn et de couvrir cette place à tout prix s'il est pressé par des forces supérieures (3), puis de marcher sur Osterode et de pousser l'ennemi, et, finalement, de se mettre à la recherche du corps prussien du général L'Estocq, battu à Waltersdorf par le maréchal Ney, et de le détruire. A ces instructions précises, péremptoires, qui l'éloignaient de la Grande Armée, le maréchal Bernadotte se conforma fidèlement, selon son habitude, et s'il ne se trouva pas à Eylau le 8 février, c'est que l'Empereur avait voulu qu'il fût ailleurs. Quant à la division de cuirassiers du
(1) Bernudolle Roi, par Christian Schefer (Paris, 1899).
(2) Bernadotte, Napoléon et les Bourbons, par Léonce Pingaud (Paris, 1901).
(3) Le 56e Bulletin Je la Grande Armée, du 5 février, porte qu'après le combat de Mohrungon une partie de l'armée russe se mit « en marche pour porter le théâtre de la guerre sur le bas de la Yistule », et que « l'Empereur donna ordre au prince de Ponte-Corvo de battre en retraite et de favoriser les opérations oll'ensives de l'ennemi en l'attirant sur le bas de la \ istule ». Le Bulletin mentionne qu'en conséquence, « le prince de Ponte-Corvo avait successivement évacué Osterode, Lôbau et s'était jeté sur Strasburg ».
général d'Hautpoul, nous avons montré qu'elle hit sous les ordres du prince de Pontc- Corvo un jour seulement., du 3o an 3t janvier, qu'elle rejoignit ensuite la réserve de cavalerie de Murât, et fut remplacée au i" corps par les cuirassiers du général Espagne. C'est, d'ailleurs, se faire une idée étrange de la guerre, que d'imaginer des généraux allant de ci delà sur les théâtres d'opérations et invitant leurs collègues et leurs supérieurs à les accompagner pour voler à la gloire et à la mort. Le général d'Hautpoul ne se rendit pas à Eylau de son propre mouvement; il obéissait à Murât, comme le maréchal Bernadotte obéissait à l'Empereur, et l'on ne saurait trop faire observer, puisqu'on l'oublie si souvent, qu'à la guerre les chefs se meuvent, non pas d'après des considérations de générosité et de sentiment, mais conformément aux ordres reçus ; lorsqu'il en est autrement, et c'est exceptionnel, cela tient presque toujours à ce que le commandement en chef est médiocre, et ce n'était certes pas le cas à la Grande Armée.
Le i" corps d'armée avait fait 7 lieues le 4 février, 6 lieues le 5, 7 lieues le 6, et 7 lieues le 7, ce qui représentait, dans les conditions où s'accomplissait la marche, un maximum de vitesse, les effectifs étant déjà extrêmement réduits par les fatigues et les privations. Le 17 janvier, le maréchal Bernadotte recommandait au général Dupont de ne pas faire faire à ses troupes plus de cinq lieues par jour. Au mois de février, les trois divisions d'infanterie du i'1' corps formaient à peine un total de 10 000 combattants.
Le 8 février, la marche du Ier corps continua vers le Nord; le quartier général fut à Reichertswalde. Les troupes occupèrent les emplacements suivants :
i'L' division : le 9/ léger a Krùckehnen ; le 3ap et le o(i'' à Reichwalde et Pfeifferswalde.
2'' division : 2 régiments à Sommerfeld, 1 régiment à Schmauch.
3° division : 1 régiment à Goldbach, 2 régiments à Reichertswalde.
Division de dragons : le général Sahuc avec la brigade du général Laplanclic à Gross-Thierbach,
poussant des reconnaissances sur Holland, par Scbônau et Rogehnen, pour
communiquer avec le 4e régiment de hussards. La brigade du général Margaron ayant 1 régiment à Krùckehnen, et 1 régiment
à Wickerau et Alken.
Cuirassiers : à Silberbach, envoyant des reconnaissances à Liebstadt. Cavalerie légère : 4" de hussards à Holland ; 5e de chasseurs et le général Tilly à Peisskam ; 2e de
hussards à Lumpf.
Le général Tilly envoyant des reconnaissances sur Schlodien et sur la route de
Mehlsack.
8 février (aliènes). — Les troupes prirent les armes de bonne heure et se portèrent en avant de YV iesc où elles restèrent en observation pendant plusieurs heures. Elles allèrent ensuite à Reichwalde et krùckehnen où elles passèrent la nuit. Un déserteur prussien rapporta que l'année russe était forte de 70 à 80 mille hommes, et l'armée prussienne de 20 mille. 11 affirma que ce dernier corps avec 6 000 Russes avaient été défait le 3 février près de Guttstadt, et les deux jours suivants, en se retirant sur Mehlsack.
9 février (9 lieues). — D'après quelques avis parvenus au prince de Ponte-Corvo, les troupes furent dirigées le 0, à 5 heures du matin, sur Holland, pour se mettre à la poursuite d'un corps prussien commandé par le général Lestocq, que l'on annonçait avoir été coupé de l'armée russe; mais, après quelques heures de marche, le général en chef, sans doute mieux informé, ordonna
5l4 II" GÉWÊRAl DUPOHT
de rétrograder et de se porter sur Wôrmditt où on arriva à sept heures du soir. La division logea en entier dans la ville (i).
Le 9 février, les troupes du icr corps se mirent en route à 5 heures du matin sur Behlenhof. Elles avaient déjà dépassé ce point, dans la direction de Muhlhausen, lorsque le maréchal Bernadotle reçut l'ordre de se rendre à Eylau. « C'est alors, écrit le général Dupont, que le maréchal reçoit du prince Major Général Berthier cet ordre laconique qu'il me fait lire : « L'Empereur vous ordonne, monsieur le Maréchal, de marcher immédiatement sur le champ de bataille d'Eylau. » Le ior corps se presse d'y arriver, mais ne peut échapper au regret de n'avoir pas partagé les glorieux périls de cette journée (2). »
Le prince de Ponte-Corvo fit immédiatement rebrousser chemin au icr corps, et se porta sur Wôrmditt où il passa la nuit. Il rendit compte de se marche à l'Empereur parla lettre suivante :
Wôrmditt, le 9 février 1807.
Sire,
J'ai reçu cette nuit une lettre du Major Général en date du 6 février par laquelle il m'ordonne de poursuivre le général Lestocq qui, se trouvant coupé, a rebroussé chemin. En conséquence de cet ordre, les troupes du Ier corps sont parties ce matin à la pointe du jour de Reichsvvald pour se porter sur Muhlhausen, à l'embranchement des routes d'Elbing, de Braunsberg et de Mehlsack. J'avais jugé ce mouvement le meilleur pour atteindre le corps du général Lestocq, qui devait nécessairement faire sa retraite sur Danzig par Elbing, où se trouvait un autre petit corps d'environ 2 000 hommes venu de Bischofswerder.
Nous avions déjà dépassé Behlenhof lorsque l'ordre du Major Général écrit hier sur le champ de bataille m'a été remis. Cet ordre porte que je dois me rendre à Eylau.
J'ai, de suite, fait rebrousser chemin à tout le corps d'armée, et, forçant de marche, nous sommes arrivés ce soir à Wôrmditt. Les troupes ont fait douze lieues. Demain, de grand matin, je me remettrai en marche pour arriver à Eylau. J'espère que la cavalerie légère pourra y être rendue dans la soirée. Le reste des troupes la suivra de près. J'espère, pendant ma marche, recevoir encore des nouvelles du Major Général.
Votre Majesté peut être convaincue que nous ferons tout ce qui est humainement possible pour arriver à temps, et lui donner quelque preuve de notre dévouement.
Je suis avec un profond respect
J. Bernadotte.
Le lendemain, le x" corps se rendit à Landsberg. Pendant la route, le maréchal Bernadotte reçut une dépêche du Major Général ainsi conçue :
Eylau, 10 février 1807.
L'intention de l'Empereur, M. le Maréchal, est que vous vous dirigiez avec votre corps d'armée sur Landsberg, pour vous porter ensuite sur la roule d'Eylau à Kreuzburg. Vous vous étendrez ensuite depuis Possmahlen jusqu'à Allhof. 11 suffit que vous arriviez demain dans cette position, pour ne pas trop fatiguer vos troupes.
(1) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Dupont).
(2) Mémoires inédits du général Dupont (Arch. Dupont).
10 février (8 lieues). — Le 10, à 7 heures du matin, la Division continua sa route et se rendit à Landsberg pour se réunir à la Grande Armée, qui avait atteint l'ennemi depuis cinq jours et le repoussait sur Eylau. Elle passa par le village de Hofl', où il y avait eu, le 6, un combat très vif, dans lequel les Russes avaient perdu beaucoup de monde. La route était couverte de morts sur une étendue d'un quart de lieue (1).
En arrivant à Landsberg, le prince de Ponte-Corvo adresse à l'Empereur ses félicitations sur la victoire d'Eylau :
Buchholz, le 10 février 1807.
Sire,
J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté que l'infanterie du 1" corps d'armée est arrivée ce soir à Landsberg; elle est placée dans les villages en arrière de la ville. La cavalerie légère est en avant; elle occupe Orschen, Saagen et Dultzen. Les dragons sont à Buchholz et Canditten. J'ai mon quartier général à Buchholz.
J'ai reçu en route la dépêche du Major Général cjui me prévient de cantonner jusqu'à nouvel ordre sur la route de Kreutzburg. Demain matin je prolongerai ma position dans cette direction.
J'irai, de ma personne, prendre les ordres de Votre Majesté, et lui renouveler l'hommage de mon profond respect.
J'ai appris avec une vive émotion que la victoire a, de nouveau, couronné les armes de Votre Majesté. Tout le corps d'armée a partage mon admiration et mon regret de n'avoir pu assister à cette mémorable journée. Nous étions tous certains, d'avance, du gain de la bataille; notre seule inquiétude a été pour la personne de Votre Majesté. Si Elle a perdu de braves et fidèles soldats, Elle sait aussi que tous ceux qui lui restent sont prêts à venger leur mort.
Je suis avec le plus profond respect
J. Bernadotte.
Le 11 février, le Ier Corps d'armée se dirigea sur Eylau.
Qu'était devenu le corps du général L'Estocq ?
Chargé d'abord de poursuivre à outrance la division prussienne et de la rejeter sur le Ier Corps, afin de la détruire, le maréchal Ney avait franchi la Passarge et occupé Wormditt, le 6 février, interceptant ainsi la route d'Elbing à Kônigsberg par Landsberg et Eylau. Le 7, à 4 heures et demie du matin, il reçut l'ordre de se porter sur Kreuzburg, qui est entre Eylau et le Frische-Haff, à cinq lieues seulement de Kônigsberg. Il en accusa réception et mit ses troupes en mouvement à cinq heures du matin.
La marche fut longue et pénible. Arrivé à Landsberg à 6 heures du soir, il écrivit immédiatement au Major général: « Les colonnes n'arriveront que tard;... à moins d'ordres contraires de V. A., la troupe se mettra en marche, demain 8, à 6 heures précises du matin, pour se diriger sur Kreutzburg. L'ennemi occupait ce matin Mehlsack... Le reste de la division prussienne du lieutenant général Lestocq a pris la direction de Heiligenbeil par Preuss-Holland. » — Le maréchal Ney chargea l'aide de camp de Fezensac de porter cette lettre au quartier général impérial. Le jeune officier ne put accomplir sa
(1) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Dupont).
mission qu'avec les plus grandes difficultés ; le récit qu'il en a fait montre combien le service de transmission des ordres, à la Grande Armée, laissait à désirer, même dans les circonstances les plus graves :
Je partis de Landsberg, le soir, à neuf heures, dans un traîneau. Lu quittant la ville, les clievaux tombèrent dans un trou; le traîneau s'arrêta heureusement au bord du précipice, dont ils ne purent jamais sortir. Je revins à Landsherg, et je pris un de mes chevaux de selle. Le temps était affreux; mon cheval s'abattit six fois pendant ce vovage ; j'admire encore comment je pus arriver à Eylau. Les voilures, les troupes à pied, à cheval, les blessés, l'effroi des habitants, le désordre qu'augmentaient encore la nuit et la neige qui tombait, en abondance, tout concourait, dans cette malheureuse ville, à offrir le plus horrible aspect. Je trouvai chez le Major général un reste de souper que dévoraient ses aides de camp, et dont je pillai ma part. Ayant reçu l'ordre de rester à Eylau, je passai la nuit couché sur une planche, et mou cheval attaché à une charrette, sellé et bridé. Le 8, à neuf heures du matin, l'Empereur monta à che\al et l'affaire s'engagea. Au premier coup de canon, le Major général m'ordonna de retourner auprès du maréchal Ney, de lui rendre compte de la position des deux armées, de lui dire de quitter la route de Kreuzhurg, d'appuyer à sa droite, pour former la gauche de la Grande Armée, en communiquant avec le maréchal Soult.
Cette mission offre un singulier exemple delà manière de servir à celte époque. On comprend l'importance de faire arriver le maréchal Ney sur le champ de bataille. Quoique mon cheval fût hors d'état d'avancer même au pas, je savais l'impossibilité de faire aucune objection. Je partis. Heureusement j'avais vingt-cinq louis dans ma poche; je les donnai à un soldat qui conduisait un cheval qui me parut bon. Ce cheval était rétif, mais l'éperon le décida. Restait la dilliculté de savoir quelle route suivre. Le maréchal avait dû partir à six heures de Landsberg pour Kreuzhurg. Le plus court eût, été de passer par Pompicken, et de joindre la route de Kreuzburg. Mais le général Lcstocq se trouvait en présence du maréchal ; je ne pouvais pas risquer de tomber entre les mains d'un parti ennemi; je ne connaissais pas les chemins, et il n'y avait pas moyen de trouver un guide. Demander une escorte ne se pouvait pas plus que demander un cheval. Un officier avait toujours un cheval excellent, il connaissait le pays, il n'était pas pris, il n'éprouvait pas d'accidents, il arrivait rapidement à sa destination, et l'on en doutait si peu, que l'on n'en envoyait pas toujours un second ; je savais tout cela.
Je me décidai donc à retourner à Landsberg, et à reprendre ensuite la route de Kreuzhurg, pensant qu'il valait mieux arriver tard que de ne pas arriver du tout. Il était environ dix heures, le 6e corps se trouvait à plusieurs lieues de Landsberg, et engagé avec le général Lestocq. Enfin, je vins à bout de joindre le maréchal à deux heures. 11 regretta que je fusse arrivé si tard, en rendant justice à mon zèle et en convenant que je n'avais pu mieux faire. A l'instant même il se dirigea sur Eylau, et il entra en ligne à la fin de la bataille, à la chute du jour. Le général Lestocq, attiré comme nous sur le terrain, y était arrivé plus tôt. Si je n'avais pas éprouvé tant d'obstacles dans ma mission, nous l'aurions précédé, ce cpii valait mieux que de le suivre.
Selon M. Thiers, Napoléon envoya dans la soirée du 7 plusieurs officiels aux maréchaux
Davout et Ney pour les ramener sur le champ de bataille. C'est une erreur en ce qui concerne le maréchal Ney ; il ne reçut aucun avis, et ne se doutait pas de la bataille quand je le joignis le 8 à deux heures, dans la direction de Kreuzhurg (1).
Nous n'avons pas à décrire les événements d'Eylau, auxquels le Ier Corps d'armée n'eut aucune part. Nous rappellerons seulement que les Russes, pressés par l'armée française, avaient abandonné successivement Gultstadl et Heilsberg, en reculant sur Kônigsberg.
(1) Souvenirs militaires, par M. le duc de Fezensac, général du division.
BBAUXSBERG 5 1 ~
Avant d'arriver à Landsberg, ils s'arrêtèrent à HolT, le soir du 6 février, et y laissèrent des forces importantes d'infanterie et de cavalerie, pour barrer la route. Il y ent là un combat acharné, où les cavaliers de Murât, et notamment les cuirassiers du général d'Hautpoul, chargèrent avec la plus grande intrépidité. Culbuté sur tous les points, l'ennemi battit en retraite jusqu'à Eylau, où il entra, le 7 février. Dans la journée, cette ville, opiniâtrement défendue, par ordre du général Benningsen, fut emportée par le maréchal Soult, et les Russes, décidés à livrer bataille le lendemain, s'établirent un peu au delà d'Eylau, sur deux lignes dont le front était couvert par quatre ou cinq cents bouches à feu.
La bataille du 8 février peut se résumer ainsi. Napoléon plaça à droite et à gauche de la petite ville d'Eylau, deux divisions du Corps de Soult, la 3e Division du 4e Corps occupant, sur la droite, le village de Rotbenen et laissant entre elle et le cimetière d'Eylau un espace vide en arrière duquel se trouvaient le Corps d'Àugereau et la Garde. L'action commença par une canonnade épouvantable qui dura jusqu'au moment où le maréchal Davout déboucha à Serpallen, sur le flanc gauebe des Russes. Alors l'Empereur ordonna a Augereau et à la Division Sainl-Hilaire, qui était à Rotbenen, de se porter en avant pour aider le marécbal Davout à culbuter la gauche ennemie et à la rejeter sur son centre ; aveuglées par des rafales de neige qui leur masquaient la vue de l'ennemi, accablées par la mitraille d'une batterie de 72 pièces tenues en réserve par les Russes, et chargées par une nombreuse cavalerie, ces braves troupes firent en quelques instants des pertes énormes et durent rétrograder à leur gauche, vers le cimetière, où se tenait l'Empereur.
C'est à ce moment critique que Napoléon, faisant appeler Murât, lui ordonna d'agir avec toute sa cavalerie ; quatre-vingts escadrons s'élancèrent dans une charge furieuse et, pénétrant, au milieu des Russes à travers les trouées faites par les cuirassiers, anéantirent la première ligne de cette redoutable infanterie. Le général d'Hautpoul fut mortellement atteint. La seconde ligne des Russes recula et, pour éloigner nos intrépides cavaliers, elle démasqua une dernière réserve d'artillerie qui mitrailla tout ce qui était en avant d'elle, amis et ennemis. Le centre russe était brisé, et il eût fallu à ce moment à Napoléon une forte réserve d'infanterie pour rendre sa victoire décisive, mais il ne disposait plus que des six bataillons de la Garde, et il ne voulut pas employer celte précieuse réserve. Sur la fin de la journée, les Prussiens de L'Eslocq débouchèrent à Schmoditten, au Nord d'Eylau, et, passant derrière les Russes, tentèrent de refouler les troupes du 3e Corps qui, de Serpallen, s'étaient élevées jusqu'à Klcin-Sausgarten et kutschitten. Davout et ses admirables divisionnaires d'Auerstedt opposèrent à ce dernier effort de l'ennemi une résistance invincible, et le maréchal Ney se montrant enfin à Althof, sur notre gauche, le général Benningsen se décida à donner le signal de la retraite ; ses pertes s'élevaient à 25 mille hommes tués ou blessés, et celles des Français à i5 mille.
A son arrivée à Althof, le maréchal Ney adressa au Major général le billet suivant, écrit au crayon :
Althof, le 8 février 1807.
Au Ministre de la Guerre, J'ai poussé cet après-midi le corps du général prussien Lestocq jusqu'à Schmoditten où l'ennemi a pris position et qu'il parait avoir l'ail sa jonction avec la droite des Russes.
5l8 II. GÉWÉBAl DUPONT
La ire Brigade de la Division Marchand occupe Schlodittcn, mais n'y restera que jusqu'à deux heures du matin, si l'ennemi reste en présence.
La 2e Brigade de celte Division reste en avant d'Althof.
La 2e Brigade du général Gardane est placée en arrière de ce village.
La i'e Brigade est restée à Poinpick.cn où l'ennemi avait laissé un corps de flanqueurs assez considérable d'infanterie, cavalerie cl du canon : celte Brigade rejoindra cette nuit et s'étahlira à Drangsitten.
La cavalerie légère du général Lasalle, ainsi que la Brigade de Dragons, en arrière d'Althof où je resterai également.
Nous avons pris deux pièces de canon à l'ennemi et fait quelques prisonniers.
J'attends les ordres de V. A. sur la position que je devrais occuper demain en cas de bataille contre les Busses.
Le Maréchal, Ney.
Le i i février, le Ier Corps d'armée se porta de Landsberg sur Eylau. Ses cantonnements furent déterminés ainsi qu'il suit :
Ordre de Mouvement pour le 1 1 février.
La division Dupont ira cantonner à Althof, Drangsitten, Grawentien, Jôhken, Kompau et Strobehnen.
La division Lapisse ira cantonner à Klein-Dexen, Boditten, Goercken, Claussen, Gross- Dexen, Piltzen, Lôlken, Jerlaucken et Grundfeldt.
La division Frère ira cantonner à Cornen, Sclnvalkcn, Topprienen, Dultzen, Kumkeim, Saagen et Orschen.
La cavalerie légère à Leissen, Waldkeim, Wogau et Possmahlen.
Les dragons à Domtau, Scblautienen, Lepangen, Pompickcn et Socben.
Le quartier général à Goercken.
J. Maison.
ii février (4 lieues). — Les Régiments (ire Div"") bivouaquèrent au village de Palauen, et se dirigèrent le lendemain ii sur Eylau. A une petite distance de cette ville, le chef d'état-major du Ier corps fit connaître au général Dupont les cantonnements qui étaient assignés à la Division. Ils furent répartis ainsi qu'il suit :
L'état-major de la Division à Althof.
Le 96e de ligne à Althof et à Strobehnen.
Le qe d'infanterie légère à Possmahlen, Wogau et Waldkeim.
Le 32e d'infanterie légère à Leissen, Jôhken, et Grawentien.
Le quartier général du Prince de Ponte-Corvo, à Goercken.
Arrivés à Eylau, nous sûmes que l'ennemi, qui en avait été chassé le 7 au soir par l'avantgarde commandée par le prince Murât, avait attaqué l'armée française le 8 à 6 heures du matin, au moment où elle allait se mettre de nouveau à sa poursuite. Le choc fut terrible. On se battit pendant 12 heures avec une égale opiniâtreté, et la nuit seule mit fin au combat. La victoire ne resta aux Français que parce que l'ennemi se relira pendant la nuit. La perte de celui-ci fut portée à 20000 hommes, celle de l'armée française à i5ooo. Le champ de bataille était jonché de cadavres. Plusieurs régiments furent défaits en entier, d'autres réduits à moitié. L'Empereur passa la revue des corps d'armée, les réorganisa et fit de nombreuses promotions dans tous les grades.
12 février. — Dans la nuit du 12 au i3, un incendie éclata à Althof où se trouvait le
brwnsberc. 5 1 g
quartier général de la Division. La violence du vent fut telle qu'en quelques instants la moitié du villaee fut entièrement brûlée ; plusieurs hommes et chevaux périrent dans cet incendie. La Division y perdit ses ambulances.
La Division conserva les mômes cantonnements le 12 et le i3 février (1).
L'amitié du maréchal Bernadotte pour le général Dupont n'avait fait que croître au cours de la campagne ; la bravoure, les talents du général, son activité infatigable, avaient vivement frappé le commandant du ier Corps, et il saisissait toutes les occasions d'en parler à l'Empereur, mais Napoléon, qui ne tenait pas à mettre le général Dupont en relief, s'en tirait par des promesses. Ecrivant au général, le 12 février, relativement aux cantonnements de sa Division, le prince de Ponte-Corvo ajoutait en post-scriptum : « L'Empereur a eu la bonté de me dire hier qu'il vous donnerait le grand cordon. » Et le lendemain, sollicitant des grades et des récompenses pour les officiers du ior Corps qui s'étaient plus particulièrement distingués, il commençait sa lettre par ces lignes :
Goercken, le i3 février 1807.
Le Maréchal d'Empire, Prince de Ponte-Corvo, a l'honneur de recommander aux bontés de Sa Majesté l'Empereur et Roi, le Général de Division Dupont. Cet officier général est déjà tellement connu de Sa Majesté, que le Maréchal croit pouvoir s'abstenir de tout éloge à son égard.
Et, le 20 février, le maréchal écrivait encore :
Votre Majesté connaît le général Dupont. Il est au-dessus des éloges que je pourrais en faire.
Les cantonnements du 1" Corps gênant ceux du maréchal Soult, le Major général prescrivit au maréchal Bernadotte, le i3 février, de concentrer ses troupes du côté de Kreuzburg, et d'envoyer de fortes reconnaissances jusque vers Brandenburg, à l'embouchure de la Friscbing dans le Frische-Haff, pour ramasser les traînards et les bagages. En conséquence, les troupes furent réparties sur les points suivants :
Ordre de Mouvement pour le 1U.
Les troupes du Corps d'armée se mettront en marche demain i4, de manière à ce que chaque Division soit réunie à 7 heures du matin sur les points désignés ci-après, savoir :
La 1 re Division à Soeben (le Bataillon du qc léger qui est avec la cavalerie légère est excepté de cette disposition).
La 2e Division à Pompicken (les troupes qui sont à Rositten seront réunies à Hussehnen).
La 3e Division à Goercken.
La Brigade de dragons du Général Margaron à Risitten.
Le général Sahuc avec la Brigade du Général Laplanche, à Pompicken.
Le Général Chef de l'État-Major Général, J. Maison.
(1) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Dupont).
Les troupes du Ie' Corps s'avancèrent ainsi jusqu'à trois lieues de Konigsberg. bordant la gauche de la Frisching, petite rivière qui a ses sonnes vers Friedland, à peu de distance de l'Aile, et dont un affluenl passe à Eylau.
Le i5 lévrier, le maréchal Bernadotte fit savoir au général Dupont que les colonels Darricau, du 32e, et Barrois, du 96e, étaient nommés généraux de brigade. En apprenant ces nominations, le colonel .Meunier (1), du 9e léger, adressa au général Dupont la lettre suivante :
Harensberg, Le i<> février 1807.
Au Général de Division Dupont.
Mon Général, l'ennemi nous a laissés tranquilles cette nuit. Aucun mouvement de leur part ne parait ce malin ; ils occupent, le moulin, et la grand garde est au pont où ils ont en avant deux vedettes et un fantassin. On tiraille un peu à notre gauche, cela parait être à dislance d'une lieue et demie d'ici.
Je suis très flatté de l'avancement de mes deux collègues. Quant à mon tour, qu'il arrive ou qu'il n'arrive pas, cela ne m'inquiète guère.
Mon seul désir est de continuer à mériter votre estime et de rester sous vos ordres pour achever la besogne commencée.
Jo
Agréez, mon Général, mon respect et dévouement.
Meunier.
P. -S. — Le régiment est ici on ne peut plus mal, pour les armes et la santé du soldat. Il n'y a qu'une maison ravagée, mais les circonstances l'exigent, nous resterons. Si nous pouvons avoir du pain, je vous prie de me le faire envoyer.
Le 17e régiment de dragons eut un échec, le i5 février, à Mabnsfeld, sur la rive droite de la Frisching ; attaqué par des forces très supérieures, il fut culbuté. Le général Sahuc, qui était à Kreuzburg, en rendit compte au maréchal Bernadotte. Pour empêcher le retour
(1) Nous avons dit qu'au combat de Mobrungen, le 20 janvier, une aigle du 9e loger avait été prise et reprise deux fois, pendant l'attaque du village de l'farrcrsfeldchen. Le général Baron Girod (de l'Ain), alors sous-lieutenant au ge léger, raconte, dans ses Souvenirs militaires, qu'à Mobrungen cette aigle resta au pouvoir des Russes, et que ce fut pour cette raison que l'Empereur retarda l'avancement du colonel Meunier. « Dans la déroute de notre 2e bataillon, dit le général Girod, trois porte-aigle avaient été successivement tués; un carabinier avait saisi le drapeau et l'emportait en se sauvant, lorsqu'il fut atteint par un ollicier russe à cheval ; le carabinier lança le drapeau par-dessus une clôture de jardin ; mais cela n'empêcha pas qu'il ne tombât aux mains de l'ennemi ; par un heureux et singulier hasard, l'aigle même s'élant, quelques jours auparavant, détaché de son piédestal, avait été mis dans un fourgon, pour être raccommodé à la première occasion ; de telle sorte que le bâton seulement, avec le piédestal portant le numéro du régiment, resta au pouvoir des Russes ; le soir du même jour, on apprit que tous les fourgons du régiment avaient été pris, à l'exception d'un seul, dont, pendant trois jours, on n'eut aucune nouvelle; enfin on le vit reparaître et il se trouva que c'était justement celui-là qui renfermait le précieux oiseau ; on s'empressa de l'en retirer et on l'attacha au bout d'une longue perche à houblon ; son apparition lit taire le bruit, qui commençait à circuler parmi les autres corps de la division, que le 9e léger avait perdu une aigle ; on mit dans le Moniteur que le régiment combattant en tirailleurs avait, en effet, perdu une de ses aigles ; mais qu'aussitôt que les soldats en avaient eu connaissance, ils s'étaient précipités au milieu des ennemis et avaient glorieusement reconquis l'honneur du régiment. La vérité demeura longtemps un secret, mais, deux ans après, le colonel Meunier ayant été proposé pour le grade de général de brigade, l'Empereur raya de sa propre main son nom de dessus l'état de proposition, en disant : Ce colonel a perdu une aii/lc à Mohrungen : il l'avait appris par les gazettes russes. » — Le colonel Meunier, proposé de nouveau pour l'avancement après la bataille de Friedland, ne fut nommé général de brigade que le 8 janvier 1810 ; il devint général de division le 3 novembre i8i3. Il avait pour le général Dupont un respect et un dévouement absolus qui ne se démentirent jamais.
miAUNSBERO 021
de ces sortes de surprises, le prince, resté avec son quartier général à Goerken, mit sous les ordres du général Dupont toutes les-troupes avancées vers la Frisching, et il lui écrivit ce qui suit :
Au Quartier Général à Goercken, ce 16 février 1807.
A Monsieur le Général Dupont.
Le résultat de l'affaire d'hier matin, mon cher Général, est l'effet des mauvaises dispositions qui ont été prises. Pour éviter que de tels événements se renouvellent, je vous préviens qu'en mon absence vous êtes toujours chargé du commandement de toutes les troupes qui se trouvent réunies. En conséquence, vous avez actuellement sous vos ordres, outre votre division, celle de dragons et celle de cavalerie légère. J'en préviens, de suite, les généraux de ces divisions. Votre expérience et vos talents me répondent que je puis être parfaitement tranquille. Je n'ai à vous recommander, mon cher général, que beaucoup de vigilance et (l'activité. Vous savez combien cela est nécessaire dans les circonstances actuelles.
En cas d'attaque sérieuse, Kreutzburg est notre champ de bataille.
J'ordonne au Général Lapissc d'envoyer quatre compagnies à Porschkam. De votre côté, ordonnez au Général Sahuc d'y envoyer un poste de dix dragons pris parmi les chevaux les plus fatigués (1).
J'ai l'honneur de vous saluer,
J. Bernadotte.
Le général Dupont s'était rendu, le t47 à Kreuzburg, avec sa division :
lk février (4 lieues). — Le i4, a 4 heures du matin, elle (i'e Division) alla prendre position au village de Soeben, d'où elle partit à 3 heures du soir pour se rendre à Kreutzburg. L'étatmajor, le 9e léger et le 32e logèrent dans la ville; le 96e s'établit en arrière du village de Porschkam. Nous apprîmes alors que l'armée se retirait sur la rive gauche de la Passarge, pour y attendre des renforts et se reposer. Les troupes aux ordres du général Dupont se dirigèrent dès le lendemain sur Mùhlhausen, où elles arrivèrent le 23 (2).
Après avoir laissé ses forces pendant quelques jours devant la Frisching, afin d'affirmer ainsi qu'il avait été réellement victorieux à Eylau, Napoléon, sentant la nécessité de faire reposer son armée et de la réorganiser, se décidai la ramener dans ses cantonnements, mais en la groupant derrière la Passarge. Le 5° corps, où le maréchal Masséna venait de remplacer le maréchal Lannes toujours souffrant, fut jugé suffisant pour couvrir Varsovie, avec l'appui des Polonais et des Bavarois. Le iC1', le 3° et le 4e corps reçurent l'ordre de s'établir depuis le Frische-Haff jusqu'à Hohenstein : le maréchal Bernadotte à gauche, sur la Passarge, de Braunsberg à Spanden ; le maréchal Soult, au centre, entre Liebstadt et Mohrungen ; le maréchal Davout, à droite, entre Allenstein sur l'Aile et Hohenstein aux sources de la Passarge. Le 6" corps dut se placer en avant-garde, à Guttstadt, et la cavalerie, dont les chevaux étaient épuisés, fut envoyée vers la basse Vistule, entre Thorn et
(1) Archives Dupont.
(2) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Dupont I.
Elbing, région abondante en fourrages. L'Empereur mit la Garde et la division Oudinot à Ostcrode, où il fixa son quartier général. Ainsi disposée, l'armée protégeraitle siège de Danzig, opération d'une importance capitale, et pourrait se concentrer très rapidement pour marcher à l'ennemi.
Le mouvement rétrograde delà Grande Armée commença le 17 février. Les ordres de marche donnés au i01' corps le 16, pour les journées du 17, du i8etdu 19, ne purent être rigoureusement suivis, à cause du mauvais état des chemins dont la plupart étaient impraticables pour l'artillerie. La direction générale resta sur Mïihlhausen par Wormditt.
Le général Dupont fut désigné pour former l'arrière-garde du corps d'armée. De Goercken, le maréchal Bernadotte lui écrivit, le 16 février:
Au Général de Division Dupont, à Kreutzburg.
Il est bien nécessaire, mon cher Général, que toutes les troupes qui sont en avant de Kreutzburg soient réunies en arrière de cette ville à 6 heures du matin, afin que vous puissiez commencer votre mouvement et éviter tout engagement avec l'ennemi. Faites demander au Général Sahuc s'il a reçu l'ordre de mouvement : dans le cas contraire vous le lui feriez passer. Vous devez donner tous les ordres au Général Lahoussaye (1) ; l' État-Major ne lui en a adressé aucun.
J. Bernadotte.
Le 17 février, les divisions Lapisse et Frère se rendirent à Bornehnen. La 4e division de dragons se porta sur Schlautienen par Kreutzburg. Le général Dupont, avec l'arrière-garde composée de sa division et de 3 régiments de cavalerie légère, partit de Kreutzburg et d'Ahrensberg à 6 heures du matin, suivant les dragons, et alla s'établir à Schlautienen. Le quartier général du prince fut à Bornehnen.
La marche rencontrait des difficultés presque insurmontables. Le 17 au soir, le prince de Ponle-Corvo écrivait au général Dupont.
Les chemins sont si horriblement mauvais, mon cher Général, que je crains bien qu'il ne vous soit très difficile de faire la journée qui est assignée pour se rendre demain à Seefeld ; je vous engage donc à faire continuer la route à votre parc et à toutes vos voitures et à les faire aller le plus loin possible toujours sur la route de Seefeld, en passant par Bornehnen et Orschen ; vous ordonnerez à votre officier du génie de prendre tous les sapeurs des régiments et de précéder votre parc, afin de réparer les mauvais pas. Demain, à 0 heures du matin précises, vous vous mettrez en route avec votre infanterie pour exécuter l'ordre que je vais vous faire parvenir.
Je vous salue avec amitié.
J. Bernadotte.
L'ordre de mouvement pour le 1 8 porte :
Le Général Lapisse se rendra à Fincken en passant par Eichen, Pauslern, Buchholz et Saraunen.
Le Général Frère se rendra à Fincken en passant par Orschen et la route indiquée pour la 2e Division.
(1) Le général Lahoussaye commandait la cavalerie légère du Ier corps. Il prit plus tard le commandement de la 4L' division de dragons et fut remplacé à la cavalerie légère par le général Beaumont.
BRAL'NSBERG 523
La Division de dragons, après la Division Lapissc et avant la Division Frère. Le Général Dupont avec l'arrière-garde se rendra à Fincken en passant par Bornehnen Orschen, Eichen, etc.
De son quartier général à Buchholz, le 18, à 6 henres du soir, le maréchal Bornadolle rend compte au Major Général que le mauvais état des chemins rend la marche extrêmement difficile. L'artillerie n'a pu avancer qu'au prix d'efforts incroyables, les hommes étant continuellement dans l'eau jusqu'à la ceinlure pour soutenir et tirer à force de bras les pièces et les caissons embourbés. 11 sera impossible au Ier corps d'être rendu à Wormditt le 19, à l'exception peut-être d'une partie des dragons. Le général Dupont et la cavalerie légère sont obligés de coucher à Halbendorf le 18.
Les mouvements pour le 19 lurent réglés ainsi qu'il suit :
La Division Lapisse se dirigera par Kastack, Pawlen, Gross-Klaussitlen, Millonberg, sur Migehnen, où elle recevra de nouveaux ordres.
La Division Frère ira à Migehnen par Wangnicken, ' kastack, Pawlen, Gross-klaussitten et Millenberg.
L'arrière-garde du Général Dupont, partant de Halbendorf, se dirigera par Buchholz et suivra la Division Frère.
La Brigade Laplanche suivant Frère, avec l'artillerie de la Division.
La Brigade Margaron, à Wormditt par Mehlsack.
La marche continue le 20 sur Wormditt. À cause du mauvais état des chemins, la division Frère avait pris position la veille à Gross-Klaussitten, la brigade Laplanche s'était établie à Lotlerbach et Lichtenau, et le général Dupont à Pawlen faisant occuper Fincken, Woppen, Kastack. Le quartier général du prince fut à Migehnen le 19.
Le lendemain, avant de quitter Migehnen, le maréchal Bernadotte informe le Major Général qu'il a poursuivi son mouvement le 19 sur Wormditt. Malgré la difficulté extrême de faire avancer l'artillerie, tout a été emmené, grâce au courage et à la persévérance des troupes. Ce matin, les 20 et 3e divisions d'infanterie sont en marche pour occuper Wormditt et les villages environnants. Le général Dupont vient à Migehnen. Le maréchal dit qu'il tiendra Mehlsack aussi longtemps qu'il le pourra, et sera, de sa personne, le soir même à Wormditt.
En même temps le prince de Ponte-Corvo rendait compte à l'Empereur des difficultés de sa marche et payait un juste tribut d'éloges aux grandes qualités dont le général Dupont faisait preuve dans ces circonstances difficiles. Sa lettre est ainsi conçue :
Migehnen, le 20 février 1807.
Sire, Le Général Lapisse, dont je ne saurais trop louer le zèle et l'activité, est malade depuis quelques jours, et son dévouement peut seul suppléer à l'épuisement de ses forces. 11 a besoin de quelques jours de repos.
Ma 3e Division est provisoirement commandée par le Général Frère. J'ai eu l'honneur de faire connaître à V. M. le besoin que cette Division a, d'un chef jeune et habile, qui, par son activité et son intelligence, puisse remplacer dignement le Général Drouct. Votre Majesté a eu la bonté de me dire qu'Elle daignerait accorder le grade de Général de Division au Général de
Brigade Villaltc. Elle me permettra de lui rappeler celle intention en faveur d'un officier auquel je prends beaucoup d'intérêt.
Votre Majesté connaît le Général Dupont. // est au-dessus des élor/es que je pourrais en faire; dans nos derniers mouvements, il a été chargé du commandement de l'arrière-garde. Ses talents me rendaient d'avance parfaitement tranquille; mais je puis dire (pie son zèle et son activité ont encore surpassé mon allenle. C'est à lui que j'avais confié l'honneur du Ier corps ; il l'a soutenu complètement. Malgré les obstacles naissant à chaque pas, rien n'a été laissé au pouvoir de l'ennemi,
Il est aussi de mon devoir, Sire, de rendre compte à Yolrc Majesté de la bonne conduite du Ier corps, dans cette circonstance. Les peines et les fatigues ont été grandes, sans doute, mais le courage et la persévérance du soldat ont triomphé de tout.
Je suis avec le plus profond respect...,
J. Bernadotte.
De Liebstadt, le 21 février, à 2 heures du malin, l'Empereur fait adresser au maréchal Bernadolte une lettre où il est dit :
... Sa Majesté apprécie les fatigues qu'ont dû éprouver vos troupes par le mauvais temps qui a rendu les chemins si impraticables. L'Empereur témoigne sa satisfaction au Général Dupont dont, depuis longtemps, le courage et les talents lui sont connus.
Et le lendemain, Napoléon écrit au prince de Ponte-Corvo :
Osterode, 22 février 1807.
Mon cousin, je reçois votre lcllre du 20 février. Lorsque les circonstances se présenteront, je donnerai au Général Dupont des preuves de la satisfaction que j'ai de ses services. Le général Villatte vous sera envoyé en qualité de général de division. J'ai vu avec plaisir que vous êtes content du bon esprit de vos troupes. 11 suffit que vous leur communiquiez cet amour de la gloire et ce zèle qui vous anime pour l'honneur de mes armes.
Napoléon.
Un ordre du Major Général avait fait connaître les dispositions générales arrêtées pour les cantonnements de la Grande Armée, ainsi qu'il suit :
Liebstadt, 20 février 1807.
Dispositions relatives à la position de l'Armée.
Le Ier, le 3e, le 4e et le 6e Corps de la Grande Armée seront cantonnés de manière à pouvoir se réunir en deux marches à Oslerode, où doit être le point de rassemblement général en cas de mouvement offensif de l'ennemi. Ces corps d'armée seront placés sur des lignes à peu près parallèles, présentant la tète des lignes du côté de l'ennemi.
Le Ier corps, aux ordres du prince de Ponte-Corvo, occupera Braunsberg, Holland et Saalfeld : tous les bagages et les paresseront dans cette dernière ville où il y aura également une ambulance et un magasin. Le quartier général du prince de Ponte-Corvo sera à Holland; son avant-garde, ou corps d'observation, sera à Braunsberg. Toutes les troupes du corps d'armée seront cantonnées en colonne depuis Braunsberg jusqu'à Saalfeld. Le prince de Ponte-Corvo placera des postes d'infanterie et de cavalerie le long de la Passarge, depuis son embouchure jusqu'au village de Spanden, de manière que tous les ponts et les gués soient gardés et que la cavalerie légère ennemie ne puisse les forcer.
Aux termes de cet ordre, le \° corps (maréchal Soult) occupera le ligne de Wormditt, Liebstadt, Mohrungcn, Licbcnudil, son- avant-garde étant à Wormditt. — Le 6'' corps (mal Ney) occupera Guttstadt, Allenslein ; il aura des postes entre Guttstadt et Eldittcn, route de Liebstadt. — Le 3'' corps (mai Davout) occupera Hohenstein, Gilgenburg, et enverra des reconnaissances sur Passcnheiin et sur "W illcnberg. — Le quartier général impérial et celui du Grand-Duc de Berg seront à Os te rode. — La division Sahuc est détachée au i" corps, la division Groucby au 6'' corps, la division Milhaud au 3e corps, et la division Klein sera cantonnée à Elbing et sur la route de Holland. — Le quartier général de la cavalerie légère scia à Neidenburg et les régiments seront placés autour d'Elbing et de Neidenburg. — Les trois divisions de cuirassiers seront sur les derrières de l'armée.
Le 22 février, l'Empereur fit quelques changements aux cantonnements ; il donna Saalfeld au maréchal Soult, et, en échange, affecta Cbristburg au ior corps.
Les mouvements du i'r corps, pour la journée du 21 lévrier, furent réglés par un ordre de la veille ainsi conçu :
Demain, ai février, le général Dupont entrera à Wormditt avec 5 bataillons : il établira son artillerie comme il le jugera convenable.
La brigade de dragons du général Margaron cantonnera à Klein-Damerau, Basien, Krickhausen, Klein-Gnïnheidc et Neuhof.
La brigade du général Laplancbe cantonnera à Wagten, Krossen et Tbalbacb. Un escadron du 19e régiment sera placé à Wormditt.
Le général Lapisse occupera avec sa division Olbersdorf, Rarben et Open.
Le général Frère occupera Korbsdorf, Tùngen, AIcken et Nectcincn. Un bataillon du 27e d'infanterie légère sera réparti dans les villages de Basien, Krickhausen et Neuhof avec les dragons.
Le quartier général du prince et celui du général Dupont seront à Wormditt, celui du général Lapisse à Open, celui du général Frère à Tùngen, celui du général Sahuc à Basien, celui du général Lahoussaye à Heinrikau.
J. Maison.
Dès son arrivée à Wormditt, le maréchal Bernadolte, heureux des éloges donnés par l'Empereur au général Dupont, s'empressa de les mettre à l'Ordre du jour :
GRANDE ARMÉE
Ie'' Corps
An Quartier Général à Wormditt, le 21 février 1807.
Ordre du Jour.
Le Maréchal Prince de Ponte-Corvo, en rendant compte à S. M. de la bonne conduite du Ie* Corps d'armée, n'a pu s'empêcher de citer particulièrement M. le Général de Division Dupont, qui a commandé l'arrière-garde pendant les derniers mouvements, et qui, dans cette circonstance, a donné de nouvelles preuves des talents qui le distinguent.
En réponse au compte rendu par le Prince, Sa Majesté l'a chargé de témoigner sa satisfaction au « général Dupont dont elle connaît depuis longtemps le courage et les talents ».
Ce sont les expressions de Sa Majesté. Le Prince éprouve un grand plaisir à les transmettre
526 LE GÉNÉRAL DTJPOHT
au général Dupont par la voie de l'ordre, afin que tout le corps d'armée, dont il a l'estime, puisse y prendre part (i).
Le Maréchal Prince de Ponte-Corvo, J. Bernadotte.
Le général Dupont ne fit entrer dans Wormditt que le 32* et le 9C de ligne. Le 9e léger occupa Bornitt et Kleefeldt avec un bataillon, Heimïckau et Komainen avec l'autre bataillon.
De Wormditt le prince de Ponte-Corvo écrit au Major Général que le ior corps a parfaitement bien marché, quoique bien souvent il fallût des heures entières pour dégager un caisson embourbé. Les Cosaques ont été chassés. « \ . A. a dû voir, dit le Prince, que j'ai écrit à l'Empereur relativement au général Dupont. Je la prie instamment de se joindre à moi pour obtenir des bontés de S. M. ce qu'elle a daigné me faire espérer pour cet estimable officier (2). »
Le général Labruyère arrive au corps d'armée. Il est désigné pour prendre le commandement de la ire brigade delà division Dupont. Le général Darricau prend provisoirement le commandement de la 2e division du Ier corps.
Le 70 corps (mal Augereau) avait fait de telles pertes à Eylau, que l'Empereur avait décidé de le supprimer et de répartir ses débris entre les autres corps d'armée. Par suite de cette mesure, le Ier corps s'augmenta de 3 régiments : le 24e de ligne (colonel Sémélé) fut affecté à la division Dupont ; le 16e de ligne passa à la 2e division, et le 63e de ligne à la 3e division.
Les troupes du Ier corps restèrent le 2i,àMehlsack, Migehnen et Wormditt. Le quartier général était à Reichertswalde. Le 22 février, au matin, elles se mirent en marche pour aller occuper leurs nouveaux cantonnements ; elles franchirent la Passarge à Alcken et à Spanden. L'ordre suivant fit connaître les emplacements à prendre :
Ordre de Mouvement pour le 22 février.
Le général Dupont se dirigera, à 6 heures 1/2, sur la route de Holland et il ira cantonner à Behlenhof, Liebenau, Bordehnen, Hermsdori, Gotschendorf et Plchnen. Il fera partir de Kleefeldt sa cavalerie légère et le bataillon du 9*, à 7 heures du matin ; il dirigera cette colonne par Wusen sur Spanden, où elle passera la Passarge. Le bataillon du 9e sera établi à Spanden pour garder le pont ; la cavalerie légère occupera Deutschendorf, Schlodien et Spanden ; un fort détachement d'infanterie et de cavalerie légère occupera Wusen comme avant-poste.
La brigade Margaron à Schônaich, Dôbern, Peisskam et Schonborn. Celle du général Laplanche à Lumpf, Krùckehnen, Pfeiffertswalde et Reichwalde.
Le général Lapisse passera la Passarge à Sporthenen ; il marchera par Carneynen. Paulcken, Bornadtken, Reichwalde, et cantonnera sa division à Sommerlèld, Schmauch, Gross et Klein- Thierbach. Il fera reconnaître d'avance le pont de Sporthenen, et s'il n'était pas praticable pour l'artillerie, il la ferait passer sur le pont à Alckenkrug.
(1) Archives Dupont.
(2) Il ne semble pas que le maréchal Berthier se soit jamais beaucoup servi de sa haute situation auprès de Napoléon, pour être utile au général Dupont, à l'égard duquel il se montrait si empressé et si tendre, au temps du Directoire et du Cabinet topographique. Nous dirons son rôle au Conseil d'Enquête de 1812 et comment il en fit amende honorable en 1 8 1 4, auprès du général Dupont, ministre de la guerre.
Le général Frère se dirigera parWickerau et Reichwalde, sur Hcichcrtswalde, où il cantonnera ainsi que dans les villages de Silbcrbach, Goldbach, Kahlau, Quitainen et Inrùcken,
La cavalerie légère poussera des postes jusqu'à Braunsberg et aura un détachement établi à
Mùhlhausen.
Le quartier général du Prince et celui du général Frère seront à Reichertswalde ; Le général Dupont à Behlenbof ; Le général Lapisse à Sommerfeld; Le général Sahuc à Reichwalde ; Le général Lahoussaye, à Spanden.
J. Maison.
L'ordre de mouvement pour le 23 prescrivit les mesures à prendre pour observer l'ennemi et l'empêcher de franchir la Passarge, savoir :
Ordre de Mouvement pour le a3 février.
Le général Dupont laissera à Spanden 3oo hommes d'infanterie légère qui seront casernes au château; le reste du régiment ira cantonner dans les villages de Schlodien, Secpothen et Boarden, si ce dernier endroit se trouve sur la rive gauche de la Passarge; dans le cas contraire, il ne serait point occupé.
Le village de Wusen sera abandonné demain à 5 heures du matin : il sera éclairé souvent par des patrouilles.
La compagnie de sapeurs sera mise à la disposition du général Dupont, et elle devra être rendue à Spanden le 24 au soir, pour construire une tête de pont, où l'on puisse placer deux pièces de canon. Celle tête de pont devra être construite en peu de jours; on y fera travailler les paysans des environs, et ioo soldats qui seront payés à raison de 20 sols par jour.
Le général Dupont fera reconnaître un gué, qui doit exister entre Boarden et Spanden ; il y établira un poste d'infanterie avec 4 hommes à cheval, pour rendre compte; il fera élever un épaulement devant ce gué, afin que la garde puisse se placer derrière ce retranchement, et résister à l'ennemi qui se présenterait pour passer la rivière.
Le général Dupont enverra le 4e régiment de hussards cantonner dans les villages de Lohberg et Herrendorf ; il placera le 2'' de hussards et le 5e de chasseurs à Lauck, Fùrstenau, Ebersbach, Tiedmansdorf, et Parlack.
Il fera faire de fortes reconnaissances le long de la Passarge jusqu'à Braunsberg.
Le général Dupont enverra un régiment s'établir à Mùhlhausen, Schônflies et Curau ; il placera le 24e à Sumpf, Schônberg, Iudendorf et Nikolaiken, et un autre régiment à Schlobitten, Breunicken, Ncumark, Mombrunsdorf et Schônfeld.
Le général Sahuc laissera la brigade du général Margaron dans les cantonnements qu'elle occupe aujourd'hui en y ajoutant le village de Lumpf; cette brigade fournira un poste d'observation de 25 chevaux au pont de Spanden, et aura des vedettes sur la rive gauche de la Passarge.
La brigade du général Laplanche ira s'établir à Bordehnen, Hermsdorf, Behlenhof, Gottschendorf et Licbenau.
Le général Lapisse réunira sa division à 7 heures du matin à Klein-Thierbach et Schmauch et il la dirigera de ces deux points dans les villages de Boghenen, Schônau, Lechs, Greissings, Neuendorf et Hirschfcld, Kussfeld, Crossen, Weskenhof, Schônwiese, Marieniêlde, Nobitten, Steegen, Kocken, Luxelhcn, et fermes environnantes ; il cn\erra deux compagnies de grenadiers à Holland.
Le général Frère cantonnera sa division dans les villages de Grùnhagen, Draulitten, Mahrau, Dargau, Samrodt, Bùrgcrhofen, Faltzdorf, Freywalde, Figeickcn, Gross-Arensdorf, Bindken : il poussera un régiment jusqu'à Saalfeld et kuppen.
Le mouvement pour toutes les troupes commencera à 7 heures du matin. Le quartier gêné-
5^8 LE GÉNÉBAL D! POHT
rai du Prince sera à llolland ; le général Dupont à Mùhlhausen, le général Lapisse à Holland, le général Frère à Samrodt, le général Sahuc à Behlenhof, le général Lahoussayeà Ebersbach.
Le général Sahuc communiquera avec Wormdittet Liebstadt occupés par le V corps. L néral Dupont, avec la division de dragons du général Klein qui doit être à sa gauclic sur la route d'Elbing.
Les troupes qui sont en première ligne exerceront une grande surveillance.
J. Maison.
Le 20 février, de llolland, le maréchal Bernadotte rend compte au Major Général qu'une division du i" corps occupe llolland, Faillie Mùhlhausen, et la 3r s'est rendue à Saalfeld; mais d'après les nouvelles dispositions arrêtées, celte dernière division va être transférée à Ghristburg. La ligne s'établit sur la Passarge, el demain elle s'étendra jusqu'à Braunsberg. La cavalerie légère occupe aujourd'hui Tiedmansdorf et Gross-Rautenberg, et observe le cours de la Passarge. Le maréchal l'ait faire une tète de pont à Spanden.
Le prince de Ponte-Corvo avait donné l'ordre au général Dupont d'envoyer le 2e de hussards à Braunsberg et de faire soutenir ce régiment par de l'infanterie. Le 2^, il informe le Major Général que ces troupes ont rencontré l'ennemi en force sur la route de Braunsberg, et demande s'il doit s'emparer de cette ville à tout prix. Le maréchal Berthier, par la lettre suivante, lui donne l'ordre de se rendre maître de Braunsberg :
Osterode, le 2.5 février 1807.
L'Empereur, après avoir relu votre lettre du 2/1, pense qu'il n'y a à Braunsberg que des Prussiens qui croyaient que nous l'avions évacué, parce que la brigade Durosnela quitte ces lieux avant que vos troupes l'aient relevé. Quoiqu'il en soit, M. le Maréchal, l'Empereur ordonne que vous attaquiez l'ennemi et que vous le chassiez de Braunsberg et de Frauenburg.
J'écris au maréchal Soult pour qu'il se tienne en mesure de défendre le pont d'Alcken.
Le général Dupont fut chargé d'enlever Braunsberg.