CHAPITRE IX
BRAUNSBEBG
Pendant que l'on se battait avec acharnement à Mohrungen, le général Sahuc, placé sur la droite d'Osterode avec la brigade de dragons du général Margaron, avait informé le maréchal Ney de la situation, par la lettre suivante :
Osterwein, le 25 janvier 1807, à 5 heures du soir.
A Monsieur le Maréchal Ney,
J'ai l'honneur de vous informer que Mohrungen est vivement attaqué, et que l'on entend sur ce point une canonnade très vive.
Le général Maison, chef d'état-major de S. A. le Prince de Ponte-Corvo, présume, d'après l'avis qu'il m'en donne, que le général Drouet arrivera assez à temps pour que nous puissions nous y maintenir, mais dans le cas oà nous y serions forcés, il me charge de vous prévenir, M. le Maréchal, que nous marcherions cette nuit sur Liebcmùhl pour nous réunir aux troupes qui auraient été forcées de se retirer de Mohrungen.
Agréez, M. le Maréchal,.
Sahuc.
De son côté, le maréchal Bernadotte, aussitôt après le combat de Mohrungen, écrivait au maréchal Ney ce qui suit :
Mohrungen, le 20 janvier 1807.
A Monsieur le Maréchal Ney, L'armée russe marche sur notre flanc gauche, mon cher Maréchal ; je viens de culbuter son avant-garde et d'emporter toutes ses positions. Je l'ai poursuivie à plus d'une lieue. Le combat a été extrêmement sanglant, et j'ai eu besoin de toutes mes ressources pour vaincre. J'ai pris position où j'ai cessé de poursuivre l'ennemi. L'avant-garde russe se relève : je désire bien que vous appuiiez les troupes d'Osterode qui s'avanceront un peu pour couvrir la communication de Mohrungen à Osterode et pour contenir l'ennemi si je me retire sur Liebemuhl.
J'ai déjà rendu compte au Ministre, mais il est instant que vous préveniez le maréchal Soult de se mettre en mesure, et que vous engagiez le général d'Hautpoul à étendre sa gauche en s'avançant sur nous, de manière à pouvoir être réunis si les circonstances l'exigent.
Je vous renouvelle
J. Berkadotte.
A Varsovie, l'Empereur continuait à penser cpie le mouvement des Russes sur la gauche des cantonnements de la Grande Armée, avait été déterminé uniquement par la pointe
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du maréchal Ncy vers Kônigsberg, et il faisail donner l'ordre à ce maréchal d'occuper en force Neidenburg, et de ne pas manquer de soutenir les maréchaux Bernadotte et Soult, s'ils étaient sérieusement menacés. A la date du 26 janvier, avant de connaître le combat de Mohrungen, le Major général écrivail :
Varsovie, le a(î janvier 1807, à G heures du matin.
A Monsieur le Maréchal Ncy,
Vos derniers ordres de cantonnement, M. le Maréchal, portaient d'occuper Neidenburg, Mlawa, Soldau et les districts environnants, mais le mouvement déridé de l'ennemi sur sa droite a porté l'Empereur à donner l'ordre au maréchal Soult d'occuper Willenberg en force, et son intention est que vous occupiez de même Neidenburg qui deviendrait votre point de réunion et non Mlawa, comme il était prescrit clans le premier ordre de cantonnement, ce point se trouvant beaucoup trop en arrière. Ces dispositions sont dans la supposition où est S. M. que l'ennemi est dans l'intention d'asseoir ses quartiers d'hiver et que ses derniers mouvements n'ont eu lieu que par la pointe que vous avez faite en avant ; il est à croire que quand l'ennemi vous saura en position à Neidenburg, il prendra de son côté une ligne parallèle ; enfin jusqu'à ce que ce mouvement soit bien décidé, S. M. approuve le parti que vous avez pris d'occuper en force Neidenburg et Hohenstein.
Dans les circonstances imprévues, M. le Maréchal, vous devez soutenir le Prince de Pontc- Corvo et le maréchal Soult s'ils venaient à être attaqués en force dans leurs positions ; sovez en correspondance avec Thorn, où sont vos dépôts, afin que dans aucun cas cette ville ne puisse être insultée par des partis ennemis.
Le Major Général, Mal Alex. Bertiiier.
A la même heure, le Major général envoyait au Prince de Pontc-Corvo les instructions suivantes :
Le Major Général au Maréchal Bernadotte.
Varsovie, 2(1 janvier 1807, 6 heures du matin.
L'ennemi, M. le Maréchal, paraît avoir fait un mouvement sur sa droite, et ce mouvement paraît avoir été déterminé par la course inconsidérée qu'a faite le maréchal Ney, car on doit présumer que l'ennemi a besoin de repos et désire asseoir ses quartiers d'hiver ; le maréchal Ney a l'ordre d'occuper Neidenburg, le maréchal Soult Willenberg.
L'Empereur désire que vous restiez maître de la petite rivière de Passarge ; à moins que l'ennemi ne se soit décidé à faire une campagne d'hiver, il vous y laissera. Vous pouvez même lui proposer de prendre de part et d'autre cette ligne sans la dépasser ; l'aide de camp que vous chargeriez de cette proposition pourrait dire que le Roi de Prusse a dû avoir connaissance de l'ordre donné de ne point inquiéter Kônigsberg et que le maréchal Ncy, qui avait fait une pointe, a été rappelé dans la ligne de ses cantonnements d'hiver : si, au contraire, M. le Maréchal, l'ennemi avait pris l'offensive d'une manière décidée, vous n'aurez pas manqué de vous concentrer à Ostcrode, et dans le cas où l'ennemi trop en force vous aurait débordé par votre gauche, vous manœuvreriez de manière à couvrir Thorn et le flanc gauche du maréchal Ney.
Je vous ai fait connaître hier les dispositions ordonnées au maréchal Lefèvre, envoyé à Thorn pour prendre le commandement du 10e Corps, c'est-à-dire celui qui était destiné au général ^ ictor.
La division de grosse cavalerie commandée par le général Espagne, se rend à Thorn, et si vous étiez pressé dans vos mouvements, vous en feriez prévenir le général d'Hautpoul.
Si l'ennemi en force est décidé à vous disputer Elbing, l'intention de l'Empereur est de sortir de ses quartiers d'hiver pour empêcher l'ennemi de passer la rivière. Si l'ennemi était en grande
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force, vous ne devriez pas vous entêter à défendre Elbing; vous vous retireriez dans le système de couvrir Thorn et d'appuyer la gauche du maréchal Ney ; mais l'Empereur est prêt à marcher à la première nouvelle, et dans ce moment il forme des magasins considérables de subsistances sur Pultusk.
Le principal en ce qui vous concerne, M. le Maréchal, est donc de couvrir Thorn et d'appuyer la gauche du maréchal Ney ; enfin, si l'ennemi nous force à nous lever, il ne tardera pas à s'en repentir.
Si, par les mouvements que vous serez dans le cas de faire, vous ne pouviez plus couvrir le siège de Graudenz, vous feriez passer les troupes, partie dans Thorn, partie à la rive gauche de la Vistule au delà de Graudenz.
Je vous envoie copie de la lettre que j'écris au maréchal Lcfèvre.
Il ressort clairement de cette lettre que la préoccupation dominante de l'Empereur est de sauvegarder la place de Thorn ; nous verrons que toutes les instructions envoyées au maréchal Bernadotte lui prescriront de se retirer sur Thorn et de couvrir cette ville par tous les moyens en son pouvoir, en subordonnant tous ses mouvements à cet objet essentiel, tout en gardant le contact avec la gauche du maréchal Ney. Ce maréchal recevra luimême, par lettre du 27 janvier, l'ordre de « porter ses vues sur Thorn, » et « de seconder le maréchal Bernadotte dans toutes ses opérations ». — C'est à ces instructions formelles que le prince de Ponte-Corvo se conformera strictement, rigoureusement, et nous prouverons que, depuis le combat de Mohrungen jusqu'à la bataille d'Eylau, son attitude, contrairement à ce qu'on a fort légèrement avancé, ne donne pas la moindre prise à la critique.
De nouveaux renseignements lui arrivant sur l'importance du mouvement des Russes, Napoléon voit qu'il s'agit d'une grande tentative pour tourner sa gauche, et que c'est une nouvelle campagne d'hiver qui s'ouvre. Son parti est immédiatement arrêté ; il va grouper ses forces, laisser l'ennemi s'engager vers la basse Vistule, tomber comme la foudre sur son centre, et couper cette armée en deux tronçons auxquels il fera subir le sort des Prussiens à Prenzlau et à Lûbeck. — Dans la nuit du 26 au 27 janvier, l'ordre est envoyé de lever les cantonnements et de concentrer les corps d'armée.
Le Major général transmet aux maréchaux les instructions de l'Empereur. De Varsovie, le 27 janvier, il écrit au maréchal Ney :
Varsovie, 27 janvier 1807, 3 heures du matin.
J'ai communiqué, M. le Maréchal, vos lettres à l'Empereur ; l'intention de S. M. est que vous secondiez le maréchal Bernadotte dans toutes ses opérations, que vous teniez le plus possible votre Corps d'armée réuni. L'Empereur vient d'ordonner la levée de tous les cantonnements, afin qu'on se tienne prêt à marcher au premier ordre. Le maréchal Augereau se portera vraisemblablement sur Mlawa, et le maréchal Soult sur Willenberg ; enfin, M. le Maréchal, dans tous les cas imprévus, vous devez porter vos vues sur Thorn.
Dans une seconde dépèche du même jour, le Major général prescrit encore au maréchal Ney d'appuyer le maréchal Bernadotte s'il lui est possible de se maintenir à Osterodc, ou s'il est obligé de reculer sur Thorn pour couvrir cette place. « L'armée ne peut pas
êlre réunie avanl trois ou quatre jours, écrit le maréchal Berthier ; ...L'Empereur ne veut reprendre ses quartiers d'hiver que quand il aura anéanti l'ennemi. »
Le même jour, le Major général adresse deux dépêches au prince Murât, la première pour lui donner l'ordre de se tenir prêt à partir avec sa réserve de cavalerie, la seconde pour lui prescrire de se rendre de sa personne à Willenberg, avec son état-major, et d'y établir son quartier général. Le Grand-Duc de Berg devra prévenir les maréchaux Ney et Bernadotte de son arrivée à Willenberg, et leur faire savoir que l'Empereur sera le 28 à Pultusk, et que l'ordre de lever les cantonnements d'hiver a été expédié. Le prince Murât est également informé que le maréchal Bcrnadolle doit se replier sur Thorn, si l'ennemi est trop en force devant lui.
Au maréchal Soult, le maréchal Berthier écrit, le 27, que l'Empereur lui ordonne de lever ses cantonnements et de réunir son corps d'armée sur Willenberg. Sa Majesté sera demain à Pultusk ; elle veut reprendre l'offensive et donner une vigoureuse poussée à l'ennemi. Le maréchal Ney est à Neidenburg et le maréchal Bernadolte vraisemblablement à Osterode.
A cette même date du 27 janvier, Napoléon, ignorant encore le combat du 25 à Mohrungen, et supposant le maréchal Bernadotte toujours dans ses cantonnements, lui fait communiquer les dispositions générales qu'il vient de prendre ; il lui recommande à nouveau de se maintenir, si possible, à Osterode, en couvrant Thorn, ou de reculer sur cette place en couvrant en même temps le siège de Graudenz.
Enfin, le 28, avant de quitter Varsovie, toujours préoccupé du Ier corps et ne sachant pas qu'il a eu à soutenir le choc de l'armée russe, il témoigne le désir qu'il soit réuni le 3i janvier à Osterode. Le Major général écrit au maréchal Bernadotte ce qui suit :
Varsovie, 28 janvier 1807.
L'Empereur, M. le Maréchal, désire que votre corps d'armée soit réuni le 3i à Osterode.
Le maréchal Ney sera réuni à Hohenstein,
Le maréchal Soult à Willenbourg.
Le Grand-Duc de Berg sera en avant de Willenberg sur Ortelsburg.
Il vous a été ordonné de vous procurer du pain pour quatre jours...
Rejoindre, le plus tôt que vous pourrez, la position de Osterode et la gauche de l'armée.
L'Empereur sera à son avant-garde, en avant de Willenberg, le Ier février avant le jour et prendra l'offensive contre l'ennemi avec ses forces réunies... L'intention de l'Empereur est de percer l'ennemi par son centre et de jeter sur sa gauche et sur sa droite des partis ennemis qui ne se seraient pas retirés à temps...
Le Ier Corps d'armée avait, comme nous l'avons dit, passé la nuit du 25 au 26 janvier sur les positions conquises, en avant et en arrière de Georgenthal. Malgré le succès remporté par ses troupes, le maréchal Bernadotte, craignant d'avoir devant lui toute l'armée russe, n'avait pas cru devoir risquer un second engagement, et, dans la matinée du 26, il avait rapproché ses divisions de Liebemûhl, où il s'était transporté de sa personne. La position de Mohrungen n'étant pas tenable de nuit, il prescrivit au général Dupont de n'occuper la ville que pendant le jour, par des postes qui y feraient fabriquer du pain, y maintiendraient le bon ordre et la police et se garderaient de manière à n'être pas surpris
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« Au reste, écrit le prince, c'est une bonne tète pour Osterodc et Liebemùhl, d'où l'on peut avoir connaissance des manœuvres de l'ennemi. »
L'Ordre de mouvement pour le Ier Corps, pour la journée du 26, porte ce qui suit :
Au Quartier Général à Mohrungen, le 26 janvier 1807.
La division Drouct se dirigera sur Liebcmùhl où elle prendra position. La division Dupont fera l'arrièrc-garde et suivra le mouvement de la division Drouet. Le 8e régiment d'infanterie se portera à Osterodc par Himmclforlb et Reussen. Les blessés seront transportés à Osterodc, passant par Liebemùhl.
Le Commissaire des guerres Gairol, faisant fonctions d'Ordonnateur, est chargé de l'exécution de ce dernier article.
La cavalerie légère sera, pendant cette marche, sous les ordres du général Dupont.
Par ordre de S. A. le Prince de Ponte-Corvo, L'Adjudant Commandant, Sous-Chef de l'État-Major Général, Jean Hameunaye.
P. -S. — L'intention du Prince est que le général Dupont tienne la ville de Mohrungen autant cpie possible, sans compromettre le détachement qu'il y laissera.
Le général Dupont laissera de même un détachement de cavalerie légère sur les hauteurs derrière Mohrungen pour protéger la retraite de l'infanterie qui restera en ville, jusqu'à ce qu'elle soit arrivée au bois.
J. Hameunaye.
Après sa défaite à Mohrungen, l'avant-garde russe, appuyée en arrière par toute son armée, n'avait pas reculé très loin sur la route de Liebstadt, et, le 26, elle s'était reportée sur les positions de la veille. Le soir, vers sept ou huit heures, les Cosaques se jetèrent sur Mohrungen, y sabrèrent les blessés et des canonniers restés avec des pièces de réserve, et des reconnaissances du 1" corps arrivant à ce moment furent chargées et repoussées pendant plusieurs lieues. Ce jour-là, la ire division bivouaqua au village de Sonnenborn et dans les environs ; la 2e division et les dragons restèrent à Osterode et à Osterwein ; la 3e division et la cavalerie légère furent à Liebemùhl et aux environs. — Le maréchal Ney informa le prince de Ponte-Corvo de l'avis qu'il avait donné au général d'Hautpoul (2e division de cuirassiers) alors à Strasburg, vers ïhorn, d'étendre sa gauche de façon à pouvoir appuyer rapidement le icr Corps, si les mouvements de l'ennemi le rendaient nécessaire. « Je l'engage, écrit le maréchal, à communiquer avec Osterode afin de correspondre directement avec V. A. » Le maréchal Ney ajoute qu'il attend les ordres de l'Empereur.
Le 27, le icr corps conserva ses emplacements, à l'exception de la i'° division qui recula de Sonnenborn sur Liebemùhl où elle bivouaqua. Dans cette marche de trois lieues, l'arrière-garde fut presque constamment harcelée par les Cosaques, mais sans faire aucune perte. Le capitaine de W arenghien, aide de camp du général Dupont, fut enlevé par l'ennemi en portant un ordre au parc d'artillerie du Corps d'armée (1).
Le maréchal Bernadotte ne recevait aucun ordre. Voyant l'ennemi grossir autour de lui et voulant éviter d'être coupé de Thorn, il se décida à abandonner les positions de Liebemùhl et d'Osterode et à reculer sur Lôbau, tout en se serrant sur la gauche du maréchal
(1) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Dupont).
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Ney. Il appréciail très judicieusemenl la situation, et 1rs instructions qu'il recul du quartier impérial, les jours suivants, ne firent que lui ordonner des mouvements déjà exécutés. De Liebemûhl, il écrit au maréchal Nej que, malgré les renforts reçus par l'ennemi, le ier Corps a pu quitter Mohrungen, et s'établir en avant de Liebemûhl sans être inquiété. Il l'informe qu'il va se serrer le plus possible sur lui. « Demain, écritle prince de Ponte-Gorvo, je vais établir mon Corps d'armée, la gauche à Freudenthal et la droite à Schmuckwalde, et probablement après-demain à Lôbau, pour me serrer sur vous et me concentrer davantage. »
Ce même jour, 27 janvier, à 11 heures du malin, le maréchal Ney rend compte au Major général que ses positions sont parfaitement liées avec celles du ic'' et du 4° Corps.
Dans la prévision d'une attaque possible de l'ennemi, le maréchal Bernadotte prescrit au général Dupont de faire bivouaquer sa division à Bârting, et de tenir, par des postes, Sonnenborn, Gross-Gottswald, Venedien, Reussen et Perschken. Il le prévient qu'il envoie un bataillon du g5e pour l'appuyer à Perschken.
Le Ier Corps d'armée quitta ses positions de Liebemiihl et d'Osterode, le 28 janvier, de grand matin, pour se rendre à Lôbau, en descendant la Drcwenz. Un ordre du prince de Ponte-Corvo, daté de Liebemiihl, le 27, régla les mouvements des divisions et les précautions à prendre pendant la marche, ainsi qu'il suit :
Les divisions d'infanterie, de cavalerie légère et les dragons seront sous les armes et prêts à marcher à 4 heures du matin. Les troupes qui sont placées en avant de Liebemûhl seront réunies et repliées sur cette ville à l'heure dite. Le Gal Dupont fera garder fortement le débouché de Saalfeld aussitôt après le départ de la Divnn Drouet.
Au Qviartier Général à Liebemûhl, le 27 janvier 1807.
Ordre de Mouvement pour le 1" Corps.
La Division Dupont partira de sa position demain 28 du courant à 5 heures du matin ; elle se dirigera sur Freudentbal où elle prendra position. — Le général Dupont occupera fortement Susannenthal, Friedenau et Stenkendorf.
La Division Drouet partira de Liebemûhl demain à 4 heures du matin et se dirigera sur Theuernilz où elle prendra position. — Le général Drouet fera fortement occuper Warweiden, Bcrgfried en avant-postes : il occupera aussi Nasteichen.
La Division Rivaud partira d'Osterode demain à 5 heures du matin ; elle se dirigera sur Schmuckwalde où elle prendra position.
Le Général Rivaud placera un Régiment à Senbersdorf.
Le 18e et 19e Régts de dragons suivront le mouvement du Général Drouet et iront cantonner à Theuernilz avec le Général Laplanche.
Le Général Sahuc couvrira le mouvement du Général Rivaud avec la Brigade du Général Margaron ; il cantonnera un Régiment à Senbersdorf et un autre à Schmuckwalde où il se tiendra de sa personne.
La Division de cavalerie légère couvrira le mouvement du Général Dupont.
Le Général Tilly laissera les 2e et 4e de hussards à la disposition du Général Dupont qui les placera à Friedenau et à Bergfried s'il le juge convenable.
Le Général Tilly sera de sa personne à Rôschkcn avec le 5e Régiment de Chasseurs à cheval,
Le Quartier Général de S. A. sera établi à Rôschken.
Le Prince marchera avec la Division Drouet.
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MM. les Généraux de Division le préviendraient de suite s'ils riaient suivis dans leur marche.
La moitié de l'infanterie bivouaquera dans ses positions.
MM. les Généraux de Division prendront toutes les précautions nécessaires pour que les villages ne soient pas pillés ; ils y placeront de fortes gardes de police et des officiers pour y commander, y faire confectionner du pain et en tirer toutes les subsistances possibles.
MM. les Généraux emmèneront avec leurs troupes les troupeaux des villages qu'ils quittent; ils sont autorisés à y prendre des chevaux pour atteler leur artillerie et leur ambulance.
Les colonnes marcheront serrées et en guerre.
J. Bernadotte.
38 janvier (6 lieues). — La Division (ire) quitta ses bivouacs, le 28, à quatre heures du matin. A une lieue de Liebeinùhl, on s'aperçut que l'ennemi suivait de très près l'arrière-garde, était plus nombreux et plus entreprenant. On lit bonne contenance toute la journée en évitant toutefois les engagements sérieux, qui auraient retardé la marche; mais au passage des défilés, les Cosaques nous blessèrent ou prirent plusieurs hommes. Les troupes bivouaquèrent en avant et en arrière de Freudenthal. La nuit fut calme (1).
Le prince Murât écrit à l'Empereur, le 28, pour lui rendre compte qu'il a prévenu le maréchal Bernadoltc d'avoir à couvrir ïhorn, s'il était forcé à la retraite.
A celle même date, le maréchal Ney, toujours à Hohenstein, informe le Major Général que l'ennemi continue à se prolonger sur la gauche du prince de Ponte-Corvo. Il ordonne un léger mouvement au 6L' corps pour soutenir le Ier corps.
Un Ordre arrêta les mouvements du i"r corps pour la journée du lendemain, ainsi qu'il suit :
Ordre de Mouvement du 1er Corps pour le 29 janvier.
La Division du Général Dupont partira de sa position de Freudenthal, demain 29, à 4 heures du matin, pour se rendre en avant de Lôbau, où elle se mettra en bataille et attendra de nouveaux ordres : cette Division passera par Gôrlitz, Rosenthal et Bischwald. — Le général Dupont passera la Drcwenz au pont de Gôrlitz.
La Division du Général Drouet partira de Theuernilz, aussi à 4 heures du matin, demain 29, pour se rendre en avant de Lôbau, et prendre position à la droite de la Division Dupont, où elle attendra de nouveaux ordres. — Cette Division passera par Rôschken, Gôrlitz, Rosenthal et Bischwald.
La Division du Général Rivaud partira de Rôschken, demain 29, à 4 heures précises du matin, pour se rendre en avant de Lôbau, où elle prendra position à la droite du Général Drouet, et y attendra de nouveaux ordres : cette Division passera par Gôrlitz, Rosenthal et Bischwald.
Les 2e et 4e Régiments de hussards resteront à la disposition du Général Dupont et couvriront son mouvement
(Mêmes recommandations que dans l'ordre de la veille. On devra toujours être prêt à repousser l'ennemi. Les Russes sont dans le voisinage.)
J. Maison.
En exécution de cet Ordre, la marche continua, le 29 janvier, sur Lôbau, où le quartier général du Ier corps resta jusqu'au 3l. L'ennemi suivait nos troupes d'assez près. Le soir, à 8 heures, les avant-postes furent attaqués à Grabau, village occupé par deux com-
( 1) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Dupont).
pagnics du 9'' d'infanterie légère ot un escadron du f\e de hussards. 6 ou 700 Cosaques et hussards russes cernèrent ce poste ; le combal fut liés vif. Le général Duponl B'étant porté de Rosenthal sur Grahau avec sa division, y arriva au moment où nos détachements se faisaient jour à coups de fusil, ayant le général Cambacérès à leur tète. Vivement pressé, l'ennemi s'enfuit sur la roule d'Ostcrode. Le général Duponl écrit, à ce sujet :
Lobau, le 29 janvier.
J'ai eu encore affaire aux Russes aujourd'hui. Ils ont voulu enlever un poste où j'avais placé le général Cambacérès, cl ils ont été complètement trompés dans leur espoir. Le 9e s'est bien montre. Le 32e s'est aussi bien distingué dans l'affaire de Mohrungen dont je t'ai parlé. Le 96* et son colonel méritent toujours les mêmes éloges.
Je suis bien inquiet; depuis deux jours mon aide de camp, M. Warenghien, n'est pas revenu d'une mission que le prince de Ponte-Corvo lui a donnée. Je le crois prisonnier. J'en suis bien affecté. N'en parle pas encore à sa mère, si elle demande de ses nouvelles.
Je ne sais cpicl parti va prendre l'Empereur, en voyant le mouvement qui se fait de notre côté, sur la gauche de l'armée. Peut-être rentrerons-nous décidément en campagne malgré l'hiver cpii nous promet encore trois ou quatre mois de faveurs glaciales
Voilà plusieurs nuits que je passe en marche; mais on prépare en ce moment pour moi un énorme lit de paille et je vais dormir profondément quelques heures sur ce matelas un peu dur. Il y a huit jours cpie je n'ai pas quitté mes bottes. J'admire au reste la manière dont je me lire de toutes ces rigueurs de la guerre. Je n'ai pas éprouvé un instant d'indisposition et je me suis trouvé tout familiarisé à ces fatigues. Il y a un peu de différence cependant de la guerre d'Italie à la guerre de Pologne... (1).
29 janvier 1807 . — Le 29, les troupes (ire Division) se dirigèrent sur Lôbau. Le 9e léger occupa Rosenthal, le 32e Kazanitz, et le 96e avec l'élat-major de la Division s'établirent à Bischwald. A peine arrivé, on entendit une fusillade au village de Grabau, qui était gardé par un escadron du 4l régiment de hussards, et 2 compagnies du 9e d'infanterie légère, commandés parle général de brigade Cambacérès. Le général Duponl lit aussitôt prendre les armes à sa Division et marcha rapidement sur Grabau. Chemin faisant, il apprit que deux régiments de hussards noirs et une centaine de Cosacpies avaient tenté d'enlever les troupes qui se trouvaient dans ce village ; mais à l'approche de cette cavalerie, les deux compagnies du 9e léger et l'escadron du 4e de hussards avaient eu le temps de prendre une bonne position et de former le carré. Le feu de l'infanterie, fait à propos, déconcerta l'ennemi et l'obligea à se retirer sur-le-champ, en laissant sur le terrain plusieurs morts, dont un colonel et un capitaine, et quelques blessés. Les Français eurent à regretter un capitaine de hussards tué, et quelques hommes faits prisonniers. On admira le courage, le sang-froid et la bravoure que ce détachement montra dans cette circonstance difficile: il en reçut des éloges du Prince (2).
En faisant connaître cet engagement au maréchal Ney, par dépêche de 8 heures du soir, le prince de Ponte- Corvo dit qu'il s'attend à être attaqué le lendemain. « Je tiendrai, écrit-il, la position de Lobau avec d'autant plus d'opiniâtreté que je craindrais, en me retirant, de découvrir votre flanc gauche ; peut-être penserez- vous qu'il serait à propos de vous serrer sur moi. »
De son côté, le maréchal Ney avait donné Tordre que la plupart de ses troupes fussent
(1) Lettre à Mmc Dupont.
(2) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch, Dupont).
concentrées le 3o, à la pointe du jour, à Gilgenburg, pour se lier avec le 1er corps. Celle localité est à cinq lieues au Sud-Est de Lôbau.
De Lôbau, le 29 janvier, le maréchal Bcrnadolte écrit à l'Empereur qu'il attend ses ordres, et qu'il est prêt à recevoir l'ennemi le lendemain. 11 lait observer que son corps d'armée marche et bivouaque depuis son départ d'Elbing, et qu'il est fort diminué par les fatigues et les privations; il aurait besoin d'être renforcé. Les troupes sont pleines de zèle et d'ardeur.
S'altendant à être attaqué, le prince de Ponte-Corvo mit, dans la journée du 3o, son corps d'armée en bataille en avant de Lôbau ; il disposait, ce jour-là, en dehors de sa cavalerie légère et de ses dragons, de la 2'' division de cuirassiers, commandée par le général d'Ilaulpoul. L'ennemi ne parut pas, et, à la nuit tombante, les troupes formèrent leurs bivouacs, la 1"' division, en avant des 2'' et 3'' divisions, ayant le 9e léger à Bisclnvald avec le quartier général ; la cavalerie légère fut à Ralzone et Bischwald, les dragons à Sumplawa, en arrière de Lôbau, les cuirassiers à Brattian et Balkowitz; la 2e division eut un régiment à Slossov\o, et la 3" division, placée à gauche de la 20, mit un régiment à Ratzone.
30 janvier (1/2 lieue). — Le lendemain, à sept heures du malin, la Division (i'e) se rendit sur le plateau de la petite ville de Lôbau, à une demi-lieue de Bischwald. Le 9e Régiment prit position en arrière de la ville et fut chargé de la défendre; le3ae et le 96e se mirent en bataille en avant, à la droite de la Division Drouct. La 3L' Division fut placée en réserve. Toute la journée se passa dans cette position à attendre l'ennemi, mais il ne parut pas, et à la nuit tombante les régiments établirent leurs bivouacs. Le quartier général de la Division et le 9'' léger occupèrent Bisclnvald.
Les renseignements parvenus au prince de Ponte-Corvo lui ayant fait connaître que plusieurs colonnes d'infanterie ennemie se dirigeaient par notre droite et notre gauche sur Thorn, S. A. Ht lever le camp le 3i, à 5 heures du matin, et continuer le mouvement de retraite (r).
Dans cette journée du 3o janvier, le maréchal Bernadotte écrit trois fois à l'Empereur. Dans sa première dépêche, qui est du malin, il dit que s'il était attaqué par des forces trop supérieures, il se retirerait sur Neumark, puisque S. M. lui a fait écrire par le Major Général, de cmivrir Thorn. a Tous les rapports annoncent, écrit le prince de Ponte-Corvo, que l'ennemi est en force; que le général Benningsen a réuni 100 000 hommes entre Osterode et Mohrungen et qu'il est en pleine marche. »
La deuxième dépêche du commandant du Ier corps est de 9 heures du soir, à Lobau. Il rend compte à l'Empereur que le général d'Ilaulpoul est venu l'appuyer avec deux régiments. Le Ier corps est resté en bataille depuis G heures du malin jusqu'à !\ heures de l'après-midi. L'ennemi n'a point pris l'offensive, comme les rapports de la veille l'annonçaient. Les rapports d'aujourd'hui font croire qu'il se retire sur Osterode, sans doute par suite de l'avis des dispositions générales de S. M. ; son projet de couper le Ier corps du reste de la Grande Armée a été déjoué.
Dans sa troisième dépêche, à 10 heures du soir, le maréchal Bernadotle fait savoir à
(1) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Dupont).
Le Gt.xtuAL DuroNT. 3a
/ig8 LE GÉNÉRAL DUPONT
l'Empereur que le général Rivaud vient de se casser le bras en tombant de cheval. Le général Pacthod a été blessé à Mobrungcn; le général Werlé est malade. Le général Drouct est appelé auprès du maréchal Lefebvre pour remplir les fonctions de chef d'étal-major général du 10e corps ; le prince de Ponle-Corvo demande qu'on lui laisse ce général, vu les circonstances.
Nous avons vu que tous les ordres parvenus au maréchal Bernadotte, antérieurement au 28 janvier, lui prescrivaient de couvrir Thorn à tout prix, en se liant au maréchal Ney, et que, le 28, au moment de quitter Varsovie pour aller se mettre à la tète de son armée, l'Empereur, ignorant encore le grand mouvement de l'armée russe sur le Ier corps, dans la direction de Thorn, avait ordonné au prince de Ponte-Corvo de se trouver avec toutes ses troupes à Osterode, le 3i. Cet ordre du 28 ne pouvait pas parvenir à destination avant le 3o, dans la journée, et, dans tous les cas, il ne prévoyait pas que le Ier corps était alors pressé par toute une armée s'efforçant de le couper de Thorn et de l'enlever ; il demeurait donc en quelque sorte non avenu pour le Ier corps, et, dans sa première dépêche du 3o, le maréchal Bernadotte écrivait à l'Empereur, que s'il était attaqué par des forces trop supérieures, il se retirerait sur Neumark, puisque S. M. lui avait l'ait prescrire parle Major Général de couvrir Thorn. Or, à cette date, le mouvement de l'armée russe était nettement dessiné sur Thorn, menaçant à chaque instant de déborder la gauche de la Grande Armée.
En reculant jusqu'à Gilgenburg et en s'y concentrant le 3o janvier de grand matin, le maréchal Ney avait dépassé, dans son mouvement rétrograde, la position de Lôbau et rendu impossible la marche du Ier corps sur Osterode. Menacé sur sa gauche par les Russes qui ne cessaient de le harceler, découvert sur son flanc droit, le prince de Ponte-Corvo ne pouvait que reculer sur Neumark ; il en informa le maréchal Ney le 3i janvier, par une lettre où il était dit : « Puisque vous vous retirez de votre côté, il est clair que je ne puis plus tenir la position de Lôbau, ni suivre notre premier projet : au reste, il me semble que vous n'êtes point dans le sens des intentions de l'Empereur, puisque le major général me marque (dépêche du 28 janvier) que vous deviez vous rendre aujourd'hui à Hohenstein. »
L'ennemi était alors en force à Deutsch-Eylau,à quatre lieues au Nord-Ouest de Lôbau : « il avait des troupes à Bischofswerder et menaçait Neumark et Strasburg. Il pouvait certainement nous cour>er de Thorn s'il eût été entreprenant, mais déjà sans doute les monvements que S. M. faisait faire au reste de l'armée attiraient son attention ailleurs ( 1 ) ».
Au reçu de la leltre du prince de Ponte-Corvo, le maréchal Ney écrivit, de Gilgenburg 10 heures du matin, le 3i janvier, au major général pour expliquer son mouvement rétrograde. Il ne l'avait fait, disait-il, que pour appuyer la droite du 1e1' corps. Il ajoutait que le maréchal Bernadotte se retirait à Neumark, pour éviter, dans une mauvaise position
( 1) Précis historique des campagnes du ier corps (Arch. Guerre).
et contre des forces supérieures, une action générale qui contrarierait les projets del'Empereur et pourrait compromettre la sûreté de Thorn.
L'ordre de mouvement du Ier corps, pour la journée du 3i, porte que l'armée (i) se met en marche sur Neumark. — La division Dupont fera l'arrière-garde avecjes 2e et 4e de hussards, et sera soutenue par la division Sahuc. Le général Pacthod ouvrira la marche avec la 2e division. Le général Drouet viendra ensuite avec sa division, suivie du 5e de chasseurs. — La division de cuirassiers du général d'Hautpoul se rendra à Neumark où elle attendra les autres divisions.
Les troupes se mirent en marche, le 3i janvier, de bon matin, et se dirigèrent sur Strasburg par Neumark. « L'arrière-garde fut vivement serrée au défile de Brattian, mais les bonnes dispositions du général Dupont, cpii la commandait, arrêtèrent l'ennemi et notre retraite se fit sans accident et sans perdre une seule voiture (2). »
31 janvier (9 lieues). — Nos régiments (ire Division) formèrent de nouveau l'arrière-garde. A une petite distance de Lôbau, on aperçut sur les hauteurs à droite de la route environ quatre escadrons de hussards ennemis qui observaient nos mouvements. Quelques instants après ils inquiétèrent l'arrière-garde par des tirailleurs et ralentirent la marche, qui fut également retardée par les Divisions Drouet et Rivaud et les équipages qui nous précédaient. Il était sept heures du soir lorsque la division put prendre position. L'état-major et le 9* léger s'établirent à Scramawo ; le 3ae et le 96' bivouaquèrent dans deux villages voisins (3).
De Lôbau à Strasburg, il y a environ 10 lieues, et de Strasburg à Thorn, \l\ ou i5 lieues. Le Ier corps bivouaqua, le 3i au soir, sur les emplacements suivants : ire division, à Scramawo ; 2e division, à Strasburg et vieille route de Graudenz ; 3e division, à Meinlau, Kinsenzki et Driesen ; cavalerie légère, à Scramawo, avec un régiment à Strasburg ; 4e division de dragons, à Meinlau, Mainowo, Crzywno et Czielenta.
La division de cuirassiers du général d'Hautpoul, rappelée à la réserve de cavalerie par le prince Murât, cessa d'être sous les ordres du maréchal Bernadotte. Elle se couvrit de gloire à Hoff et à Eylau, où le général d'Hautpoul fut tué.
L'escadron du 4e de hussards, qui était détaché pour observer le blocus de Graudenz, rejoignit sa division le 3i janvier.
Pendant que le 1e1 corps d'armée reculait ainsi vers Thorn, sous la poussée de l'armée russe, Napoléon se hâtait de diriger tous ses corps d'armée vers l'Aile et la Passarge. Il arriva à Prasnysch dans la nuit du 3o au 3i janvier, et, à minuit, le major général écrivait au maréchal Bernadotte et au maréchal Ney, pour les inviter à réunir les troupes de leurs corps respectifs, de façon qu'elles pussent être formées en bataille en une heure, lorsque l'ordre en serait donné.
Le 3i janvier, à 6 heures du soir, l'Empereur étant arrivé à Willenberg, le major général écrit au prince de Ponte-Gorvo ce qui suit :
(1) On disait indifféremment armée ou corps d'armée.
(a) Précis historique des campagnes du Ier corps (Arch. Guerre).
(3) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Dupont).
Le Major Général au Maréchal Bernadotte.
H illenberg, 3i janvier 1807, 6 heures du soir.
L'Empereur, Prince, m'ordonne de vous prévenir que le Grand-Duc de Berg et le maréchal Soull se portent demain, avec toutes leurs forces, à Passenhcim ; le maréchal Ney a ordre de s'emparer d'Allcnstein, soit en se portant à Ilohenstein, soit en passant derrière les lacs par Dembenhofen.
L'Empereur désirerait, M. le Maréchal, que vous veniez former sa gauche par une marche de nuit qui tromperait l'ennemi : vous tâcheriez donc de gagner Gilgenburg et vous vous trouveriez en correspondance par votre droite avec le maréchal Ney; mais alors vous auriez abandonné la route de ïhorn ; dans ce cas, le régiment de cavalerie légère, qui aurait été chargé d'entretenir le feu de vos bivouacs pendant votre mouvement de nuit, se dirigerait sur ïhorn au petit pas et ferait retourner les convois, les détachements et les hommes isolés; arrivé à Thorn il préviendrait le maréchal Lefèvre et le commandant de la place de la manœuvre de l'armée, et vous auriez eu néanmoins le soin de les prévenir d'avance.
Si les circonstances dans lesquelles vous vous trouveriez paraissaient rendre cette manœuvre difficile, l'Empereur vous laisse le maître de continuer à couvrir Thorn en vous mettant à cheval sur celte route; bien entendu, Prince, que, prévenu comme vous l'êtes, des mouvements que l'ail S. M., vous marcherez vigoureusement sur l'ennemi du moment que la nécessité de s'affaiblir devant vous lui fera opérer sa retraite; dans ce dernier cas, vous enverrez l'ordre à la division de cuirassiers du général Espagne, qui csl à Thorn, de vous joindre ; si celle du général d'Hautpoul est avec vous, dirigez-la sur le corps du maréchal Ney dont elle suivra le mouvement : dans le premier cas vous mènerez avec vous la division dïlautpoul si elle est à votre corps d'armée, et vous enverriez l'ordre à la division Espagne de vous joindre par les derrières.
Les deux brigades françaises et les Polonais qui sont actuellement à Thorn suffiront pour garder cette ville.
Je n'ai pas besoin de vous dire, M. le Maréchal, que S. M. désirant couper l'ennemi, elle préférerait que vous vous portassiez sur sa gauche ; mais elle doit s'en rapporter à votre zèle et à vos connaissances d'après la position où vous vous trouverez.
Le maréchal Davout, avec son corps d'armée, se porte sur la droite du maréchal Soult : la Garde et M. le maréchal Augercau en arrière.
Il est vraisemblable, M. le Maréchal, que S. M. passera encore la journée de demain à Willenberg.
En résumé, par celte lettre, l'Empereur exprime au maréchal Bernadotte son désir de le voir venir former la gauche de l'armée, mais, ne connaissant pas au juste sa situation par rapport à l'ennemi, il le laisse libre d'apprécier s'il n'est pas préférable qu'il continue à couvrir Thorn en se mettant à cheval sur la route d'Osterode. Dans le premier cas, il emmènera la division d'Haulpoul ; s'il reste, au contraire, sur la route de Thorn, il enverra cette division au maréchal Ney et fera venir à lui la division Espagne (3e de grosse cavalerie). De toute façon, si l'ennemi battait en retraite, il marcherait vigoureusement sur lui.
Par une seconde dépèche du 3i, également datée de Willenberg, le major général répond aux lettres du maréchal Bernadotte, du 3o janvier. 11 marque qu'il lui a expédié des ordres « il y a une heure », sans rappeler sommairement quel est leur objet, et il témoigne la satisfaction de l'Empereur pour les services rendus par le Ier corps. Cette dépêche est la suivante :
BRAUNSBERG f)0 I
Le Major Général au Maréchal Bcrnadottc.
Villenberg, 3i janvier 1807.
Il n'y a pas de doute, M. le Maréchal, que vous ne deviez garder le général Drouet ; dans un moment comme celui-ci, on ne se défait pas de bons officiers.
Je vous ai expédié des ordres il y a une heure ; vous vous réglerez sur ce qui se sera passé dans la journée du 3i ; si l'ennemi, comme vous le supposez, était en retraite sur Ostcrode, vous le poursuivrez avec prudence ; toutefois, S. M. espère qu'il ne sera pas à temps pour se retirer entièrement.
L'officier qui est parti ce matin à !\ heures n'est arrivé qu'à 8, ce qui fait r5 heures ; il est important que nous recevions promptement de vos nouvelles.
L'Empereur accordera de l'avancement à tous les officiers pour lesquels vous en demanderez. S. M. ne quittera pas l'armée sans voir votre corps et lui tèmoujner toute sa satisfaction pour les services qu il a rendus.
Les ordres dont il est question clans cette dépêche ne parvinrent pas au maréchal Bernadotte ; les officiers qui en étaient porteurs furent enlevés par les Cosaqnes à Lautenburg, village situé entre Soldau et Strasburg. On n'en connaît pas la teneur exacte puisqu'ils ne figurent pas au registre du major général, mais il se pourrait bien qu'ils fussent simplement la dépèche de 6 heures du soir, le prince de Ponte-Corvo n'ayant accusé réception que de la dernière lettre, à lui envoyée par le major général le 3i janvier, où on lui dit qu'il se réglera, pour prendre un parti, « sur ce qui se sera passé dans la journée du 3i ». L'Empereur le laisse maître de continuer à couvrir Thorn, et, on ne saurait trop le faire remarquer, jusqu'au 2 février le maréchal Bernadolte est talonné par toute une armée ; c'est seulement à cette date qu'elle arrête son mouvement vers la Vistule et commence à se replier sur Osterode, quand les projets de Napoléon lui sont révélés par les dépêches enlevées à Lautenburg, d'où l'on pourrait en inférer que ces dépêches n'étaient autres que la lettre du major général, de 6 heures du soir, dont nous venons de donner le texte et qui mentionne les mouvements des corps de la Grande Armée.
Les troupes du Ier corps restèrent aux environs de Strasburg le Ier et le 2 février. De fortes reconnaissances de cavalerie envoyées sur les routes de Neumark, de Gollub et de BischofsAverder, rapportèrent que l'ennemi était à Neumark.
Le Ier février, de Strasburg, le maréchal Bernadotte adresse deux dépêches à l'Empereur. Dans la première il fait remarquer que le 1e1' corps manque de généraux, et que, par suite de l'accident survenu au général Rivaud et du départ du général Drouet pour le 10e corps, il se trouve obligé de confier le commandement de la 2e division au général de cavalerie Tilly, et celui de la 3e division au général de brigade Frère.
Dans sa seconde lettre à l'Empereur, le prince de Ponte-Corvo rend compte des mouvements de son corps d'armée. Il a reçu à Lôbau, dans la soirée, la dépêche du major général lui donnant comme point de réunion Osterode, dans l'hypothèse où l'ennemi n'aurait encore rien tenté contre le Ier corps, et lui marquant que, dans le cas contraire, il devait, avant tout, s'attacher à couvrir Thorn, sa marche rétrograde sur ce point, en attirant l'ennemi vers la Vistule, ne pouvant qu'entrer dans les vues de l'Empereur. En conséquence, et l'ennemi manœuvrant toujours pour déborder son flanc gauche, il n'a
point balancé à lever son camp de Lobau, et il a marché par Neumark sur Strasburg où toutes ses troupes seront rendues aujourd'hui à midi. Son arrière-garde a été suivie et harcelée par les Cosaques jusqu'à Neumark. Les reconnaissances annoncent que l'ennemi continue son mouvement sur la gauche du Ier corps, et qu'il occupe Bischofswerder ; le maréchal ne croit pas qu'il aille plus loin, car il a dû avoir connaissance de l'arrivée de l'Empereur à la tète de son armée. Le 1er corps prend position à Strasburg et couvrira Thorn. Si l'ennemi continue à avancer, le prince de Ponte-Corvo s'entendra avec le maréchal Lefebvre pour lui livrer bataille, après quoi il rejoindra son poste à la gauche de la Grande Armée. Les chemins depuis Lobau ont été affreux ; les troupes, nuit et jour au bivouac, sans distributions régulières, supportent tout avec le plus grand courage.
Le Ier février, le maréchal Ney quitte Gilgenburg et met ses troupes en mouvement sur Hohenstein. Le lendemain, en arrivant à Passenheim, il écrit à l'Empereur qu'il reçoit ses ordres et qu'il sera bientôt à mi-chemin d'Allenstcin.
Le 2, le général Benningsen, renseigné sur les desseins de l'Empereur et les mouvements de son armée par les dépêches destinées au maréchal Bernadotte et interceptées à Lautenburg, prend conscience du danger qu'il court : il se hâte d'arrêter le mouvement de ses troupes dans la vallée de la Drewenz et de les rappeler sur la route de Kônigsberg ; des nuées de Cosaques restent en présence du Ier corps pour masquer cette marche rétrograde. Mis au courant de la retraite de l'ennemi, et apprenant par une lettre du maréchal Lefebvre l'arrivée à Thorn de la brigade d'infanterie légère du général Boivin, le maréchal Bernadotte prend immédiatement les dispositions nécessaires pour marcher sur Osterode et reprendre son poste à la gauche de l'armée.
Par ses ordres, le camp de Strasburg est levé le 3 février, au point du jour, et déjà les troupes sont en marche sur la route de Lobau, par Kauernik et Neumark, lorsqu'on remet au prince de Ponte-Corvo la seconde lettre écrite par le major général, le 3i janvier, fort tard. Cette dépêche portait, comme nous l'avons dit, qne des ordres venaient d'être expédiés au commandant du ior corps ; ne les ayant point reçus et aucune indication précise de mouvement ne lui étant parvenue, le prince jugea bon de suspendre son mouvement et de demander des ordres. En agissant ainsi, il ne faisait que se conformer à la règle imposée par Napoléon et rigoureusement observée par tous les maréchaux, méthode dont nous avons montré les graves inconvénients en décrivant la campagne de Prusse ; il fit comme avait fait le maréchal Augereau les jours qui précédèrent le combat de Saalfed, comme venait de faire, il y avait quelques jours à peine, le maréchal Ney, si vertement tancé pour s'être permis une pointe en avant de ses cantonnements et avoir tenté de sortir quelque peu de son « cimetière ». A la Grande Armée, il y a un chef suprême, l'Empereur, à qui tout obéit, strictement : « personne ne connaît sa pensée, écrit le maréchal Berthier, et notre devoir est d'obéir (i). »
En même temps qu'il suspendait son mouvement sur Osterode, le maréchal Bernadotte se hâtait d'en informer le major général. Dans sa lettre, il expose qu'ayant levé le matin
(i) Lettre du 18 janvier 1807, au maréchal Ney.
murNSBERG 5o3
son camp de Strasburg, ses troupes étaient en marche pour se porter sur Kaucrnik, par la rive droite de la Drewenz, lorsque sa lettre du 3i janvier lui a été remise. Le major général y annonce que des ordres lui ont été expédiés dans la journée du 3i, mais ils ne lui sont pas parvenus ; les officiers qui en étaient porteurs ont été pris par les Cosaques à Lautenburg. Le capitaine Steck, qui lui a apporté la dernière dépêche, a eu la confirmation de ce regrettable incident à son passage dans cette localité. Ne connaissant pas la teneur de ces ordres, le maréchal se demande si son mouvement sur Kaucrnik « s'accorde avec les vues de l'Empereur » ; dans cette incertitude, il se détermine à rester encore en avant de Neuhof, Zalenska et Michalow, gardant les débouchés de Strasburg, jusqu'à ce qu'il ait reçu des instructions précises sur ce qu'il doit faire. Ses rapports signalent un camp ennemi de i5 à 20000 hommes en arrière de Lautenburg ; il va le faire reconnaître afin de l'attaquer ou de le rejeter sur la Grande Armée. — Il a dû laisser partir le général Drouet, réclamé avec instance par le maréchal Lefebvre.
Le jour même où le prince de Ponte-Corvo adressait cette dépêche au major général, celui-ci lui transmettait les instructions de l'Empereur, arrivé à Passenheim dans la nuit du 2 au 3 février.
Le Major Général au maréchal Bernadottc.
Passenheim, 3 février 1807, 4 heures du matin.
L'Empereur, M. le Maréchal, est aujourd'hui à Passenheim d'où on a poussé hier l'avantgarde ennemie. Le Grand-Duc de Berg et le maréchal Soult sont à Allenstein où l'ennemi a montré hier au soir environ 20000 hommes qui se sont mis en retraite; on n'a pu leur tirer que quelcjues coups de canon ; il paraît que la retraite se l'ait sur Guttstadt ; l'Empereur, à la pointe du jour, les poursuivra. Les nouvelles qu'on a pu recueillir sont que le général Benningsen est à Mohrungen et veut livrer bataille à Liebstadt ; mais il est plus probable que dans ce moment il est en retraite et gagne de vitesse pour arriver à Kônigsberg.
Il est à croire que vous n'avez plus rien sur votre gauche et S. M. désirerait bien vous voir sur Osterode pour que, s'il y avait une bataille, outre que vous y prendriez part, S. M. voudrait avoir sa communication de Thorn bien assurée. Appelez à vous, M. le Maréchal, la division de cuirassiers du général Espagne.
Vous aurez aussi de votre côté des renseignements et vous pourrez agir suivant les circonstances.
L'Empereur se porte aujourd'hui sur Guttstadt.
Faites part de ces nouvelles au maréchal Lefebvre; qu'il ne s'en laisse pas imposer par les Prussiens de Graudenz. Quand les Prussiens seront en retraite, il n'y aurait pas de mal de faire passer la Vistule à la levée Polonaise ; cette cavalerie légère ferait beaucoup de mal à l'ennemi.
Ces instructions étant arrivées au Ier corps dans la matinée du 4, le maréchal Berna dotte répondit au major général qu'il mettait ses troupes en marche sur Osterode, et il prescrivit immédiatement les dispositions suivantes :
Au Quartier Général à Strashurg, le 4 février 1807. Ordre de Mouvement.
Les généraux Dupont et Frère partiront aujourd'hui de leur position de façon à être réunis en avant de Czielenla à une heure après midi avec toutes leurs troupes.
Bo'l LE GÉNÉRAI. DUPONT
Le général Tilly, déjà placé à Czielcnta, réunira sa division pour l'heure dilc et la placera à son ordre de bataille.
Toutes les divisions seront en colonne serrée par peloton.
Le général Dupont laissera en avant de Strasburg et sur la route de Neumark des postes de cavalerie en observation ; les postes pourront aller jusqu'à Neumark et communiqueront avec le général Dupont par Kauernik.
J. Maison.
Le quartier général du Ier corps fut ce jour-là à Kauernik.
U février (7 lieues). — Dans la matinée du t\, un officier arriva avec des dépèches du quartier général impérial. Elles portaient qu'à la nouvelle du mouvement des Russes sur le i" corps, l'Empereur avait réuni l'armée et marchait sur Kônigsberg, qu'il était sur le point d'atteindre l'ennemi, et que le Ier corps, aux ordres du prince de Pontc-Corvo, devait se porter de nouveau en avant, en se dirigeant sur Osterode, pour opérer sa jonction avec l'armée. D'après ces nouvelles dispositions, la division partit de Strasburg pour aller coucher à Kauernik où logea aussi le quartier général du corps d'armée (1).
Le maréchal Bernadotte donna l'ordre au général Espagne, commandant la 3e division de cuirassiers, de le rejoindre avec deux régiments, et de laisser son autre brigade au maréchal Lefebvre qui manquait encore de cavalerie.
Napoléon avait laissé le 5e Corps à Sierock, pour faire face aux deux divisions du général Essen et couvrir Varsovie. La division de réserve du général Oudinot occupa Ostrolenka, pour relier le 5e Corps à la Grande Armée qui se portait vers le Nord.
Le maréchal Lannes étant tombé malade à Pultusk, l'Empereur confia le commandement de son Corps d'armée au général Savary. Le Major Général l'en informa, dePrasnysch, le 3i janvier, à 2 heures du matin, en ces termes :
« Je vous préviens, général, que la santé de M. le maréchal Lannes ne lui permettant pas de commander son corps d'armée, S. M. vous donne une marque éclatante de la confiance qu'elle porte dans vos talents militaires en vous nommant Commandant en chef du 5e Corps. Vous partirez sur-le-champ pour vous rendre au quartier général à Brock, où le plus ancien général de division de ce Corps d'armée vous fera recevoir. »
En acheminant ses forces vers la Passarge, Napoléon disposait des Corps des maréchaux Davout, Soult, Augereau et Ney, de la Garde Impériale et de la réserve de cavalerie du Grand-Duc de Berg, soit de 7/iooo hommes environ, le corps de Bernadotte étant trop éloigné vers Thorn pour qu'on pût compter sur son entrée en ligne à bref délai. Cette armée était inférieure en nombre aux 90000 Russes et Prussiens qu'on allait aborder, mais elle formait une masse homogène admirablement composée, pleine d'élan, d'une endurance à toute épreuve et commandée par le plus grand capitaine qui fût jamais.
Le 2 février, à f\ heures du matin, le Major Général prescrit au maréchal Bessières de
(1) Journal des marrhes et cantonnements de la division Dupont (Areh. Dupont I,
liRUNSBEur. bob
disposer, le jour même, toute la cavalerie de la Garde en bataille en avant de Willenberg, l'Empereur voulant marcher a sa tète. 'Le maréchal donnera également Tordre à toute l'infanterie de la Garde et à l'artillerie qui y est attachée, de partir au petit jour pour se rendre à Passenheim.
De Passenheim, le 3 février, à 5 heures du matin, le Major Général écrit au maréchal Nev pour le mettre au courant de la situation, et lui prescrire de marcher de manière à se trouver entre Osterode, Allenstein et Gutlstadt avec tout son corps bien réuni. Le quartier impérial sera ce soir à Allenstein.
A Passenheim, l'Empereur se trouvait à 12 lieues à l'Est d'Osterode, séparé de cette ville par le cours supérieur de l'Aile et de la Passarge, qui coulent vers le Nord, à peu près parallèlement d'abord, traversant de vastes plaines semées de grands bois. Aux sources de la Passarge est Hohenstein, entre Osterode et Passenheim et au croisement de routes très importantes conduisant à Kônigsberg, à Danzig, à ïhorn et à Varsovie. En allant de Passenheim vers le Nord-Ouest, on atteint, à 6 lieues, la petite ville d'Allenstein, sur l'Aile. — De Passenheim à Strasburg, où se trouvait en ce moment le prince de Ponte- Corvo, il y a, en ligne droite, 26 lieues. Guttstadt, sur l'Aile, est à 6 lieues au Nord d'Allenstein, et la route suit la rive droite de l'Aile, pour passer ensuite à Heilsberg, à Bartenstein où elle traverse la rivière, puis remonte au Nord sur Eylau et Kônigsberg.
En quittant Passenheim, le 3 février, pour se rendre à Allenstein, Napoléon avait sous la main le corps de Soult, la cavalerie de Murât et la Garde ; Davout était à Ortelsburg, à k lieues sur la droite de Passenheim, et, à gauche, les Corps de Ney et d'Augereau allaient se trouver entre Osterode et Allenstein. L'Empereur .se présentait donc, le '\ lévrier, en face des Russes, avec une masse de 76000 combattants. La saisie des dépèches destinées au prince de Ponte-Corvo, en dévoilant les projets de Napoléon et les mouvements de son armée, arrêta net l'ennemi dans sa tentative sur la gauche de nos cantonnements et sur le Ier Corps. Le général Benningsen, audacieux dans la conception, s'était montré lent et incertain dans l'exécution ; en s'attardant dans sa marche, il avait donné à son redoutable adversaire le temps d'accourir, et craignant d'être coupé de la Prégel et jeté à la mer, il s'était décidé à battre en retraite sur Kônigsberg, par la route qui traverse la région comprise entre la Passarge et l'Aile, en passant à Arnsdorf, Landsberg et Eylau.
Le 3 février au soir, après avoir dépassé Allenstein, en s'avançant vers Deppen qui est sur la Passarge, on vit l'armée russe rangée sur le plateau de Jonkowo, comme si son intention eût été de livrer bataille, ses deux ailes appuyées à l'Aile et à la Passarge, distantes d'environ trois lieues. Napoléon ordonna au maréchal Soult de descendre la rive droite de l'Aile jusqu'à Bergfried, à trois lieues au Nord d'Allenstein, et de s'emparer à tout prix du village et de son pont, ce qui permettrait de déboucher le lendemain sur les derrières des Russes, pendant qu'on les attaquerait de front à Jonkowo. L'ennemi défendit Bergfried avec la plus grande opiniâtreté, mais après une courte et sanglante lutte qui lui coûta 1 200 hommes, il dut battre en retraite. Ayant ainsi perdu l'appui de l'Aile et voyant sa gauche menacée d'être tournée, le général Benningsen profita de la nuit pour retirer ses troupes et s'éloigner vers le Nord ; au matin, les Français n'aperçurent plus devant eux qu'un faible cordon d'avant-gardes.
5o6 LE GÉNÉRAI DUPONT
Napoléon, suivant de près les Russes, prit la direction d'Arnsdorf, qui esta cinq lieues au Nord de Jonkowo, et y établit son quartier général. Comme la division prussienne du général L'Estocq avait été signalée sur la gauche, cherchant à faire sa jonction avec l'armée russe, l'Empereur chargea le maréchal Ney de la poursuivre et de la détruire. De son bivouac, le 5 lévrier à o heures du matin, il fit écrire au commandant du 6e Corps par le Major Général, pour lui prescrire de se porter vers Liebstadt, au delà de la Passarge, à la recherche des Prussiens, mais en évitant toutefois de s'enfoncer trop loin dans les terres, l'Empereur voulant disposer de toute son armée pour combattre les Russes, si l'on parvenait à les déborder.
Le maréchal Ney se porta immédiatement sur Liebstadt ; il franchit la Passarge à Deppen, dans la matinée du 5 février, et arriva à Waltersdorf où il trouva le général Lasalle, dont la cavalerie couvrit très efficacement sa droite. Il ne tarda pas à y être attaqué par l'avant-garde du général L'Estocq, venant de Mohrungen dans l'intention de gagner Liebstadt par Alt-Reichau et Waltersdorf, pour de là se porter sur Wormditt et rejoindre l'armée russe par la route d'Elbing à Eylau et Kônigsberg. L'infanterie du maréchal Ney aborda très vigoureusement l'ennemi qui fut culbuté sur tous les points et poursuivi au pas de charge jusqu'à Alt-Reichau; les 20e et 26e régiments de dragons de la division Klein se distinguèrent dans cette action. A Alt-Reichau, le maréchal chargea le général Roguet de continuer la poursuite avec sa brigade jusqu'à Mohrungen ; il laissa le 5oe régiment pour garder les prisonniers, et, faisant un crochet sur la droite, se dirigea sur Liebstadt avec le reste de son corps d'armée. Le général Roguet devait rejoindre sa division à Liebstadt, en passant par Hermenau et Worckallen. Ce combat coûta aux Prussiens 3 000 prisonniers, un millier de morts et de blessés, un drapeau, 2 pièces de canon, beaucoup de caissons et une grande quantité de bagages. Le général L'Estocq, rejeté de la route de Liebstadt, se porta, à gauche, sur Holland ; il comptait faire sa jonction avec les Russes, soit par Wormditt, soit par Mûhlhausen et Rraunsberg (1). Il lui restait environ 8000 hommes.
Pendant ce temps, le ior Corps d'armée continuait sa marche sur Osterode. De Kauernik, où il était arrivé le l\ février au soir, il se porta le lendemain sur Lôbau. L'Ordre de mouvement prescrit ce qui suit :
La division du général Tilly partira de suite pour se rendre à Lôbau, en passant par Passoultowo, Tyllitz, Rillick, Morting et Lôbau.
La brigade de dragons du général Margaron marchera devant cetle division (ae) ; celle du général Laplanche restera jusqu'à midi à Kauernik et se portera ensuite sur Lôbau.
La division du général Dupont partira de Kauernik une demi-heure après que celle du général Tilly aura filé.
La division du général Frère se rendra à Morting où elle recevra de nouveaux ordres.
(1) Les quelques détails que nous donnons du combat de Waltersdorf sont tirés du rapport même du maréchal Ney au Ministre de la guerre (Major général) ; on peut remarquer qu'ils diffèrent notablement de ce qu'a écrit M. Thiers. Le rapport du maréchal Ney, très circonstancié, est daté de Liebstadt, le 5 lévrier, à 1 1 heures du soir.
Le général Frère ordonnera au 4e de hussards de se rendre à Lôbau.
Les cuirassiers resteront en réserve à Morling avec la division Frère; ils suivront son mouvement et prendront ses ordres...
J. Maison.
5 février (6 lieues). — Le 5, la division (iiv) se rendit à Lôbau. L'état-major et le 9e léger s'établirent de nouveau à Bischwald, le 3a' à knzanitz et le 9e à Rat zone. Les habitants assurèrent que 1 200 hussards noirs et quelques centaines de Cosaques avaient occupé ces villages pendant plusieurs jours, et qu'ils en étaient partis peu de temps avant l'arrivée de nos troupes ; ils ajoutèrent que l'ennemi était en pleine retraite (1).
De Lôbau, le 5 février, le maréchal Bernadotte écrit à l'Empereur que le maréchal Lefebvre manquant encore de cavalerie, il lui a laissé une brigade de cuirassiers, quoique le Major Général Fait autorisé à appeler à lui toute la division. Il a ordonné au général Espagne de le rejoindre avec ses deux autres régiments. « Tous les rapports ont confirmé la retraite des Russes par Osterode, dit le prince de Ponte-Corvo. On ajoute qu'une partie a dû suivre son mouvement sur Holland, Muhlhausen, et de là sur Konigsberg. Il paraîtrait que les Prussiens seuls sont restés sur notre gauche. Je les fais constamment observer par de fortes reconnaissances »
Le 5 février, l'Empereur, talonnant les Russes, était arrivé à Arnsdorf. A 8 heures et demie du soir, le Major Général écrit au maréchal Bernadotte, pour lui marquer qu'on n'a pas de nouvelles du Ier Corps, ce qui tient aux mouvements de l'armée. « La colonne prussienne a débouché sur le maréchal Ney qui l'a attaquée et coupée, et a fait bon nombre de prisonniers, écrit le maréchal Bcrthier ; . . . l'Empereur pense qu'en ce moment votre Corps
d'armée esta Osterode et que vous pousse: l'ennemi Il désire savoir que votre Corps se
soit rapproché de l'ennemi par Osterode, Liebstadt ou Guttsladt, c'est là ce que doit faire votre Corps d'armée. Le quartier général du général Benningsen est ce soir à Ileilsberg. »
Quelques heures après avoir écrit cette dépêche, le 6 février à 3 heures du matin, le Major Général transmet au maréchal Bernadotte l'ordre de se mettre à la recherche de la colonne prussienne du général L'Estocq, battue la veille par le maréchal Ney, et de la détruire. « Le maréchal Ney a attaqué hier la colonne du général L'Estocq sur la route de Schlitt à Liebstadt, dit le maréchal Berthier ; il a culbuté son avant-garde et fait 3ooo prisonniers. 11 parait qu'il l'a poursuivie prenant la route de Mohrungen ; tachez donc de vous diriger sur ce Corps tout à fait démoralisé et de le détruire, le maréchal Ney devant marcher pour rejoindre la gauche de l'armée, qui se dirige sur Landsberg où l'ennemi semble vouloir se réunir. »
En même temps, le Major Général mande au maréchal Ney de s'élever au Nord vers Wormditt pour couper la retraite au général L'Estocq et le rejeter sur le Ier Corps. Il écrit ce qui suit :
Arnsdorf, (j février 1807, 4 Itcurcs et 1/2 du matin.
L'Empereur, M. le maréchal, a reçu votre lettre écrite de Liebstadt à 11 heures du soir ; il est nécessaire avant tout d'avoir le reste du corps prussien ; vous pouvez donc vous diriger sur
(1) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Dupont).
5o8 LE GÉNÉRAL DUPONT
Wormditl ; coupez-lui la retraite. L'Empereur ne doute pas cpie le prince de Ponlc-Corvo ne soit dans la journée de demain à la cpieuc de l'ennemi; manœuvrez donc de manière à achever de défaire et de prendre cette armée prussienne ; si elle recule, poussez-la en vous élevant toujours du côté de la mer jusqu'à ce rpue vous puissiez la confier au prince de Ponte-Corvo epui s'en chargera.
S. M. apprend que vous avez pris beaucoup d'eau-de-vie ; empêchez vos soldats d'en trop Loire pour le mal que cela pourrait leur faire.
Et le lendemain, la veille de la bataille d'Eylau, le Major Général écrit encore au maréchal Bernadette :
Landsberg, 7 février 1807.
Nous poursuivons l'ennemi l'épée dans les reins. Le général Lestocq étant coupé, a rcLroussé chemin ; poursuivez-le sans relâche ainsi que tout ce que vous avez devant vous.
// ressort clairement de ces différents ordres, que si le maréchal Bernadotte ne se trouva pas à la bataille d'Eylau, ce fut parce que l'Empereur le voulut ainsi, l'ayant chargé, avec son Corps d'armée, d'une opération, dans une direction toute différente.
Le i01 Corps se rendit, dans la journée du 6 février, à Osterode. Le maréchal Bernadotte y entra à 3 heures de l'après-midi, avec la ire division. Les deux autres divisions occupèrent des villages en arrière de la ville. Le prince en rendit compte immédiatement à l'Empereur et au Major Général. Dans ses lettres, il mentionne que la cavalerie a rencontré l'ennemi et lui a fait 220 prisonniers, en entrant à Osterode ; demain il se portera sur Mohrungen, et après-demain il se rendra à Liebstadt ou à Reichwalde. Le maréchal, qui venait d'être fort souffrant, dit qu'il se sent mieux et pourra conserver son commandement.
Le général Dupont, avec sa division, le 2e de hussards, et le 5e de chasseurs, occupe Osterode, Buchwalde, Thierberg, et le poste de Rothkrug.
6 février (7 lieues). — La division, réunie à Bischwald le 6, à 8 heures du matin, en partit à
10 heures pour aller coucher à Osterode. Le froid fut ce jour-là si rigoureux, que quoi qu'il y eût sept lieues à parcourir, les régiments firent ce trajet en moins de cinq heures. La cavalerie qui formait L'avant-garde prit i5o fantassins qui étaient encore dans la ville lorsqu'elle y arriva ; après avoir tire quelques coups de fusil, ils mirent bas les armes (1).
Un Ordre du Jour notifie que le général de division Lapisse est arrivé et commandera la 2e Division du Ier Corps. Le général Tilly reprend le commandement de la cavalerie légère.
A Osterode, le maréchal Bernadotte avait appris que l'ennemi se retirait sur Mohrungen.
11 donna l'ordre de marcher le lendemain dans cette direction, se mettant ainsi d'accord avec
(1) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont fArcti. Dupont).
BRAUNSBERG 5og
les prescriptions contenues clans les dépêches d'Anisdorf, des 5 et 6 février. L'Ordre de mouvement du 6, pour le lendemain, porte ce qui suit :
An Quartier Général, à Osterode, le 6 février 1807. Ordre de mouvement pour le 7 février 1807 . Le général Dupont fera partir demain matin à 7 heures un bataillon du 9e régiment d'infanterie légère, commandé par un colonel, un escadron du 2'' régiment de hussards et une pièce de 3.
Ce détachement se dirigera sur Liebemùhl, et de là sur Mohrungen, où il rejoindra le corps d'armée.
Le général Dupont sera réuni en avant d'Osterode, demain à 8 heures précises du matin, avec le reste de sa division, le 2e de hussards et le 5" de chasseurs : il se dirigera de suite sur Mohrungen, en passant par Reussen et Himmelforth.
J. Maison.
En prescrivant au prince de Ponte-Corvo de détruire le Corps du général L'Estocq, l'Empereur l'avait chargé d'une opération qui présentait de grandes difficultés, à cause de l'avance considérable que la colonne prussienne avait sur le 1" Corps, et par suite de la proximité de l'armée russe. Pour donner à cette mission des chances de réussite, il eût fallu que le maréchal Ney, après son succès du 5 février à Waltersdorf, conservât le contact avec l'ennemi et s'élevât vers la mer, sur la rive droite de la Passarge, de façon à lui couper les routes conduisant à l'Est, vers les Russes, et à donner le temps au maréchal Bernadette d'arriver et de prendre les Prussiens en queue. Mais après avoir culbuté l'avant-garde du général L'Estocq et l'avoir poussée jusqu'à Alt-Reichau, le maréchal s'était rendu à Liebstadt et y avait laissé reposer ses troupes jusqu'au lendemain à dix heures du malin ; puis il s'était mis en marche vers le Nord, sur Wormditt, sans trop savoir ce qu'était devenu le corps prussien et pensant bien le devancer à Wormditt sur la route d'Elbing à Eylau, ou plus au Nord vers Muhlhausen et Mehlsack.
De Liebstadt, le 6 février, à 1 heure de l'après-midi, le maréchal Ney, rendant compte de ses mouvements au Major Général, écrivait : « L'ennemi paraît avoir évacué Mohrungen
pendant la nuit pour se diriger sur Preuss-Holland Par la position de mes troupes et
la direction que je leur ai donnée, je puis en cas de bataille contre les Russes arriver en masse sur Freymarkt, et, dans le cas contraire, sur Mehlsack, en débordant toujours la
division prussienne du général Lestocq Je pars à l'instant pour Wormditt où j'attendrai
les ordres de V. A... »
Lorsque, le 7 février au matin, le maréchal Bernadotte quitta Osterode pour se porter sur Mohrungen, le général L'Estocq, ayant marché le 5 sur Preuss-Holland et le G vers Muhlhausen, se trouvait à plus de douze lieues du ior corps, et le maréchal Ney, rappelé de Wormditt sur Kreuzburg par Landsberg, le 6 février au soir, était dépassé par le général L'Estocq et ne pouvait songer à le rejeter vers le maréchal Bernadotte, dont les mouvements sur Mohrungen, Liebstadt et Wormditt ne pouvaient plus que fatiguer les troupes en pure perte. Le maréchal Ney ne reçut aucun ordre, aucun avis du Major Général, de se trouver à Eylau, le 8 février. Ce jour-là, à 2 heures, marchant sur Kreuzburg, par ordre, il ignorait encore que l'on se battit à Eylau; son éloignement de l'armée faillit occasionner
5 10 LE GÉNÉRAL DtJPOMT
une défaite, mais s'il n'arriva sur le terrain de la lutte qu'à la lin de la journée, cela tint uniquement aune faute du commandement.
Dès son arrivée à Mohrungen, le 7 février, le maréchal Bernadotte rendit compte des mouvements de ses troupes à l'Empereur, ainsi qu'il suit:
Mohrungen, le 7 février 1807.
Sire,
J'ai l'honneur de rendre compte à V. M. que je suis arrivé aujourd'hui à midi, à Mohrungen avec mon corps d'armée. La cavalerie légère a fait, en arrivant ici, environ 200 prisonniers, presque tous Russes.
Le général prussien deLeslocq avait, hier encore, son quartier au village de Schlodien, entre Muhlhauscn et Wormditt, dans la direction d'ici à Braunsbcrg. Environ 2 000 hommes, le reste de ce que le Mal Ney a battu près de Liebstadl, se sont retirés ici ; ils en sont partis bier : on dit qu'ils se sont rendus à Holland ; je pense que de là ils auront marché sur Mùhlbausen, pour rejoindre l'armée russe. Des rapports m'annoncent aussi qu'une colonne russe de i5 à 18 mille hommes a passé hier et avant-hier par Wiese, marchant sur Mehlsack.
J'ai, clans ce moment, des reconnaissances sur toutes les routes ; d'après ce qu'elles m'apprendront, je dirigerai, demain malin, ma marche sur Holland, sur Mùhlhausen ou sur Mehlsack.
Les renseignements que j'ai recueillis sont, qu'après mon départ de Mohrungen, toute l'armée, russe a passé par cette ville, marchant sur Liebemùhl. Le général Benningscn a eu son quartier ici pendant quatre jours. On estime cette armée forte de 60 à 80 mille hommes. Il paraît que leur mouvement rétrograde a été décidé par le contenu des dépêches du major général qui m'étaient adressées et qui ont été saisies sur les ofliciers faits prisonniers. Tous les habitants s'accordent à dire que c'est cet incident qui leur a fait lever subitement leur camp de Polychin et de Radomno.
J'ai déjà eu l'honneur d'exposer à V. M. l'affaiblissement de mon corps d'armée... Mes trois divisions n'ont pas au delà de 10 mille hommes présents sous les armes... Je supplie Votre Majesté de vouloir bien faire donner les ordres les plus positifs pour que nos détachements puissent me rejoindre...
Je suis, avec un profond respect...
J. Bernadotte.
7 février (7 lieues). — On sut par les habitants, les officiers prisonniers, et les rapports des reconnaissances, que l'ennemi se retirait sur Mohrungen. Dès le lendemain matin, on se dirigea sur cette ville ; mais pendant la route on fut informé que le maréchal Ney avait battu l'ennemi le 5 à Mohrungen, lui avait pris 3 000 hommes et 20 pièces de canon, et qu'il était à sa poursuite. La division arriva à 2 heures du soir ; l'état-major et le 96e régiment cantonnèrent au village de Wiese, le 9e léger et le 3ae de ligne s'établirent dans celui de Georgenthal. Les habitants rapportèrent que le général en chef Benningsen et le prince Bagration avaient logé à Wiese pendant 7 jours avec beaucoup d'infanterie et de cavalerie russes (1).
Un Ordre du général Maison, daté de Mohrungen le 7 février, porte ce qui suit :
Le général Dupont occupera Georgenthal, Wiese, Pfarrersfeldchen, Scherlingswalde et Neuhof.
Il placera le 2e de hussards à Hermenau, le 4e à Hagenau.
La division sera réunie, demain 8, à 8 heures du matin, à Wiese.
(1) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Areh. Dupont).
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Il est à remarquer que, par un inconcevable oubli, qui se répète assez fréquemment, comme nous l'avons signalé en étudiant. -la campagne de Prusse, le commandement supérieur ne donne aucun renseignement au maréchal Bernadotte sur la situation de l'armée. Le 8 février, pendant que la Grande Armée combat à Eylau, le Prince de Ponte-Corvo la croit encore à Wormditt, comme en témoigne l'ordre suivant :
Ordre de mouvement pour le 8 février.
icr CORPS Au Quartier Général, à Mohrungen, le 8 février 1807.
Le général Tïlly donnera l'ordre au 4e de hussards de se porter de Hagenau sur Holland, d'où il enverra des partis sur Mùhlhausen et Elbing. Il dirigera le 2' de hussards de Ilermcnau sur Reichwalde et le 5e de chasseurs de Gross-Bestcndorf aussi à Reichwalde passant par Wiese et Reichertswalde.
La i'e division partira de Wiese pour se diriger sur Reichwalde, passant par Reichertswalde.
La 2e division partira de Mohrungen pour se diriger sur Sommcrfcld passant par Wiese et Reichertswalde.
La 3e division partira de Mohrungen et se dirigera sur Reichertswalde passant par Wiese.
La brigade de dragons aux ordres du général Margaron partira de Gcorgenthal et se dirigera sur Reichwalde passant par Ilermcnau, Stobnitten et Gross-Gillgehnen.
Le général Sahuc, avec la brigade du général Laplanche, partira de Mohrungen pour se diriger sur Reichertswalde en passant par Wiese ; il se fera joindre par les cuirassiers que le général Margaron laissera a Gcorgenthal. Le général Sahuc marchera après la 1" division...
Le général Margaron enverra une reconnaissance sur Wormditt pour communiquer avec la Grande Armée qui doit s y trouver.
J. Maison.
Et l'on renseigne si peu le maréchal Bernadotte sur ce qui se passe, qu'au moment même où le général L'Estocq va faire sa jonction avec l'armée russe sur le champ de bataille d'Eylau, on suppose, au 1" corps, alors sur la rive gauche de la Passarge, qu'on va peut-être recevoir le choc du corps prussien coupé de Kônigsberg par l'Empereur. C'est ce qui ressort de l'Ordre suivant:
Au Quartier Général à Reichertswald, le 8 février 1807.