II I
au i5oct
53i675 hommes, 72851 chevaux. (1)
Dans sa séance du 6 avril, le Sénat avait appelé au trône Louis-François-Xavier de France, frère du dernier Roi. Le général Dupont se hâta de faire connaître cet acte aux maréchaux et généraux commandant des corps d'armée, en leur enjoignant d'avoir à cesser immédiatement toutes hostilités. Le 7 avril, apprenant que plusieurs engagements avaient eu lieu en Flandre, il écrivit au général Maison : « Je vous ai instruit des événe-
(1) Arch. Dupont.
ments qui ont eu lieu, de l'installation d'un nouveau gouvernement et de la déchéance de Bonaparte. Ma lettre ne peut tarder à vous parvenir, mais dans la crainte qu'elle éprouve quelque retard, je vous en expédie une autre par un officier d'état-major. Vous cesserez donc toute hostilité sur-le-champ... »
Des mesures semblables avaient été prises pour la frontière du Midi, et le général Dupont avait envoyé au maréchal Soult le chef d'escadron de Saint-Simon, pour lui prescrire d'éviter tout engagement avec les Anglais. Cette mission fut sans effet, et la bataille de Toulouse, livrée le 10 avril, amena une inutile effusion de sang. M. ïhiers a prétendu qu'il y eut là une coupable négligence du gouvernement provisoire, et que ce fut seulement le 8 avril qu'on songea à faire partir M. de Saint-Simon, qui, retardé à Orléans et à Monlauban, ne serait arrivé que le 1 4 au camp français ; et le duc Pasquier pense de même, que cet officier, accompagné d'un émissaire anglais adressé à Wellington, fut retardé à Montauban par le préfet, très dévoué au service de Napoléon. Mme la comtesse Dupont émet, dans ses Mémoires, une opinion différente, et elle écrit : « M. de Saint- Simon, plein de zèle et de confiance, se hâte d'accomplir sa mission, et n'est pas peu étonné, en arrivant à Toulouse, de ne recevoir, pour toute réponse à l'avertissement et aux ordres du ministre, que la menace de le faire fusiller s'il ne décampe à l'instant. »
Ce qui prouve qu'il n'y eut ni oubli ni négligence de la part du ministre de la guerre, c'est la lettre suivante, qu'il adressa au maréchal Soult. On y voit que les dépêches du maréchal mirent six jours pour parvenir à Paris, ce qui suffirait à expliquer comment une lettre écrite par le général Dupont le 6 avril n'aurait été remise au maréchal Soult qu'après la bataille du io.
Paris, 17 avril i8i4- Monsieur le Maréchal,
Je reçois vos dépêches du 11 de ce mois. Dès que vous aurez eu connaissance des grands événements survenus depuis le 3i mars dernier, du changement de gouvernement et de la cessation des hostilités qui en a été la conséquence, vous aurez gémi des entraves apportées à la circulation des courriers, et dune nouvelle effusion de sang aussi préjudiciable aux intérêts de la patrie qu'inutile à la gloire de la brave armée que commande Votre Excellence.
Combien sont coupables ceux qui ont empêché la nouvelle de vous parvenir et arrêté l'action du nouveau cjouvernement !
Aujourd'hui, M. le Duc, votre premier soin doit être de convenir avec lord Wellington, d'un armistice indéfini, et d'établir entre vos troupes et les siennes une ligne de démarcation qui assure la tranquillité de vos cantonnements et la facilité des subsistances
Veuillez m'adresscr l'état de vos cantonnements, et l'état bien exact de l'armée que vous commandez...
Agréez, M. le Maréchal, l'assurance de ma haute considération.
Dlpont. (i)
Le 25 avril, le prince de Bénévent faisait parvenir au ministre de la guerre un billet ainsi conçu :
Le Prince de Bénévent a l'honneur de prévenir M. le Gal Dupont, que Monsieur a dû rece-
(1) Arch. Guerre.
MINISTÈRE DE l8l4 "'"'7
voir cette nuit l'adhésion de M. le maréchal Soult et la copie de l'armistice qu'il a conclu avec lord Wellington.
11 a l'honneur de renouveler à M. le Gal Dupont l'assurance de son sincère attachement et de sa haute considération.
On envoya à Hambourg le général Gérard, pour remplacer le maréchal Davout, à qui le Roi fit prescrire, par le ministre de la guerre, cle rendre compte de sa conduite dans le commandement de la 3a': division militaire, et de se justifier des accusations portées contre lui, notamment au sujet de la banque de Hambourg. Le maréchal, qui s'était montré si injuste et si dur à l'égard du général Dupont, depuis la campagne d'Italie (1800- 1801), put comprendre alors qu'il ne suffit point d'être irréprochable pour échapper à la délation, aux basses rancunes et à l'action sournoise des plus vilaines passions.
L'entrée du comte d'Arlois, à Paris, avait eu lieu le i5 avril, au milieu des acclamations. Louis XVIII fît son entrée dans la capitale, le 3 mai. En recevant le gouvernement provisoire au château de Saint-Ouen, il avait accueilli très gracieusement le ministre cle la guerre, par ces paroles : « Général, je connais votre gloire et vos malheurs ; vous avez cédé en Espagne à des forces supérieures, je ne vous en estime pas moins. »
Le 5 mai, le Roi réunit pour la première fois son Conseil privé. Assistaient à cette séance : Monsieur, le duc de Rerry, Talley ranci, l'abbé de Montesquiou, le comte de Jaucourt, le général de Reurnonville, le duc de Dalberg, les maréchaux Moncey et Oudinot, le général Dessolles et le baron de Vitrolles, membres du Conseil. Les ministres provisoires avaient été convoqués afin d'exposer la situation générale et d'être mis au courant des intentions de Sa Majesté.
Après quelques paroles de remerciement pour ceux qui avaient dirige les affaires du Royaume dans les circonstances si difficiles où la France se trouvait placée, Louis XVIII, examinant d'abord la situation de l'armée, annonça immédiatement son intention arrêtée de rétablir la Maison militaire du Roi, telle qu'elle existait sous ses prédécesseurs, avant les réformes opérées par le comte de Saint-Germain. « Monsieur, frère du Roi, présenta de nouvelles considérations propres à confirmer les intentions énoncées par Sa Majesté, — écrit le baron de Vitrolles ; — mais le Roi, reprenant la parole, annonça au Conseil que les capitaines des Gardes du Corps, commandants des quatre anciennes compagnies de ces Gardes, avaient repris leurs fonctions auprès de sa personne, et que son intention était de former deux nouvelles compagnies, dont il confierait le commandement à deux mare chaux de France, voulant ainsi leur donner un témoignage public de sa confiance. Sa Majesté développa ensuite ses projets sur la formation de sa Maison militaire, et engagea les membres du Conseil à lui faire connaître leurs observations, s'ils en avaient à présenter. Ceux-ci donneront successivement leur assentiment par leur silence respectueux (1). » Le Roi chargea le général de Beurnonville de dresser le projet d'organisation de la Maison militaire.
Le général Dupont fit un exposé de la situation de l'armée au Ier mai, ainsi que des
(1) Mémoires du baron de Vitrolles.
dépenses de la guerre qui s'élevaient à plus de 2 5 millions par mois. Le Roi ordonna que les troupes seraient mises sur le pied de paix, et il annonça son intention de s'éclairer des lumières d'un Conseil de la guerre dans la composition duquel entreraient trois maréchaux, trois lieutenants généraux, et les membres du Conseil existant déjà auprès du ministre de la guerre. Sa Majesté ayant demandé au ministre des finances quelle somme il était possible d'affecter aux dépenses de la guerre, le baron Louis la fixa à un maximum de 200 millions.
Le prince de Bénévent fit un tableau des exactions que les armées étrangères continuaient à commettre, en dépit de l'armistice, dans les départements occupés. Le Conseil écouta en dernier lieu les rapports de M. Malouët, du comte Beugnot et de M. de Laforest. Puis, le Roi leva la séance.
Comme on le voit, le général Dupont ne fut absolument pour rien dans le rétablissement de la Maison militaire ; il se trouva là en présence d'une intention bien arrêtée de Louis XVIII, et il dut s'incliner tout comme le faisaient Berthier et Clarke devant un ordre de Napoléon. Les récits du général Dupont et de M. Thiers sont confirmés, sur ce point, par les Mémoires du baron de Vitrolles, qui assistait à la séance du 5 mai. Le ministre de la guerre n'eut pas même à s'occuper de la formation de la Maison, le Roi ayant chargé de ce soin le général de Beurnonville, et les capitaines des compagnies traitant personnellement et directement avec Sa Majesté toutes les questions d'organisation, de service, de nominations, d'inspection et de récompenses. M. de Blacas, nommé ministre de la Maison le i3 mai, avait dans ses attributions l'expédition des brevets d'emplois, les appointements, et, en général, l'examen de toutes les dépenses des diiférentes compagnies ; le ministre de la guerre n'intervenait que pour l'expédition des brevets des grades dans l'armée, et loin de favoriser scandaleusement les jeunes officiers de la Maison militaire, comme on n'a pas manqué de le lui reprocher, le général Dupont fit, au contraire, insérer dans l'Ordonnance du 2 5 mai 181 h, qu'ils devraient avoir dix ans de service dans le corps, avant d'obtenir le grade de capitaine de cavalerie dans l'armée.
M. Thiers a écrit, — et des écrivains récents l'ont répété, — que la Maison militaire du Roi, contenant environ 10 000 hommes, figurait au budget pour plus de vingt millions, et qu'elle coûtait comme 5o 000 hommes. Rien n'est plus inexact; voici la vérité.
La Maison du Roi, destinée à former essentiellement une troupe de guerre, en souvenir de la célèbre Maison qui, pendant plusieurs siècles, avait été la plus belle troupe du monde et avait tant contribué à créer une France plus grande que celle laissée par Napoléon, devait présenter un effectif total de n 277 hommes, y compris un corps d'infanterie d'environ 5 000 gardes, et coûter annuellement i/j millions, plus les frais d'installation. Cette infanterie ne fut jamais organisée, et la Maison militaire fut composée uniquement des corps suivants : Gardes du Corps, Maison rouge, Grenadiers à cheval, Gardes du Corps de Monsieur, Cent-Suisses, Gardes de la Porte, et Gardes delà Prévôtéde l'Hôtel, soit un total d'environ 6000 hommes, la plupart officiers de cavalerie. Ainsi constituée, la Maison ne coûtait guère au delà d'une troupe ordinaire de cavalerie, pour cette raison qu'une partie notable n'était pas payée et que l'autre partie ne recevait que des traitements fort minces ; ainsi, clans la Maison rouge, les officiers étaient moins payés que les trompettes des Compagnies, et ils devaient s'équiper et se monter à leurs frais. Les familles des
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simples gardes leur assuraient un complément de pension. Sur les 208908210 fr. 20, ordonnancés par le comte Dupont pendant les huit mois de son ministère, la Maison militaire figure seulement pour 7600000 francs, y compris les frais d'installation.
Il y avait six Compagnies de Gardes du Corps, fortes chacune de 5o5 hommes, y compris l'état-major de Compagnie, 67 lieutenants, sous-lieutenants, maréchaux des logis et hrigadiers, et 60 surnuméraires. Sur ces 3 000 gardes, 1 253 étaient roturiers, savoir: Compagnie écossaise, 322; Compagnie de Gramont, 112; Compagnie de Noailles, 287; Compagnie de Luxembourg, 116 ; Compagnie de Wagram, 200 ; Compagnie de Raguse, 216. En défalquant de l'effectif total les états-majors, les lieutenants et les sous-lieutenants qui avaient le gracie de colonel ou de chef d'escadron, on voit que la moitié des simples gardes étaient roturiers.
La solde des Gardes du Corps était de 800 francs. La famille de chaque Garde devait lui assurer 600 francs de pension. Les surnuméraires étaient sans appointements. — Les Gardes du Corps étaient lieutenants de cavalerie ; après dix ans de service dans le corps, ils avaient le grade de capitaine dans l'armée. Les chevaux étaient la propriété du gouvernement.
Dans l'État-Major des Gardes se trouvaient des officiers qui avaient glorieusement servi dans les armées impériales : de Clermont-ïonnerre, d'Àstorg, de Ségur, do Reiset, de Montmort, Latour-Maubourg, Dulong de Rosnay, etc.
La dépense annuelle pour les six Compagnies, en y comprenant les gratifications, les masses d'habillement et de remonte, la nourriture des chevaux, l'entretien de l'Équipage du Guet et de l'artillerie des compagnies, s'élevait à 5 800 000 francs, sur lesquels la solde comptait pour 3 58o36o francs(i).
La Maison rouge comprenait t\ compagnies, créées par Ordonnance du i5 juin, savoir : 1 de Gendarmes, 1 de Chevau-Légers, et 2 de Mousquetaires (les Gris et les Noirs, à cause de la couleur de leurs chevaux).
Chaque Compagnie était forte de 256 hommes, étal-major et officiers compris, et comptait 200 surnuméraires sans solde. Les Gendarmes, Chevau-Légers et Mousquetaires étaient lieutenants de cavalerie ; ils avaient seulement 600 francs de solde et s'habillaient et se montaient à leurs frais ; leurs familles devaient leur assurer 1 5oo francs de pension. Après dix ans de service dans la Compagnie, ils avaient le grade de capitaine dans l'armée. — Le trompette avait 720 francs de solde, soit 120 francs de plus qu'un Mousquetaire.
Les 1 800 cavaliers de la Maison Rouge devaient coûter au total 1 272000 francs, soit environ 35oooo francs de moins qu'une troupe de cavalerie de ligne de même force.
Par suite de la disposition prise par le général Dupont, les Gardes du Corps et les officiers de la Maison rouge ne pouvaient contrarier en rien l'avancement dans l'armée, car ils ne devaient désirer passer dans les régiments si ce n'est avec le grade supérieur, ce qui ne pouvait avoir lieu qu'en 182/j, pour les officiers de la première formation.
(1) Rapport du (/encrai Dupont au Roi, en date du a3 mai.
D'après l'Ordonnance du i5 juillet i8i4, la Maison militaire comprenait encore :
i° 2 Compagnies des Gardes du Corps de Monsieur, fortes chacune de 29 officiers, i5o Gardes ayant le grade de sous-lieutenant, et 5o Gardes surnuméraires sans appointements. La solde des Gardes était de 800 francs. — La dépense annuelle pour les deux Compagnies était estimée à 786 900 francs.
20 1 Compagnie des Gardes de la Porte, forte de 100 Gavdes et 25 officiers. Les Gardes avaient le grade de sous-lieutenant d'infanterie; après 8 ans de service dans la Compagnie, ils étaient susceptibles d'obtenir le grade de lieutenant, et après 8 autres années celui de capitaine. La solde du Garde de la Porte était de 720 francs ; il devait jouir d'une pension de 600 francs. — La dépense annuelle s'élevait à 181 5oo francs.
3° 1 Compagnie de Grenadiers à cheval, forte de 200 hommes, officiers compris. Le Grenadier à cheval avait rang de maréchal des logis dans l'armée ; sa solde était de 720 francs. — Dépense annuelle, 378 930 francs.
4° 1 Compagnie de Cent-Suisses, forte de i3o hommes, officiers compris. Le Garde Suisse avait le grade de sergent dans l'infanterie ; sa solde était de 720 francs. Après dix ans de service dans la Compagnie, il était sergent-major dans l'infanterie, et dix ans après il pouvait être présenté pour le grade de sous-lieutenant. — Dépense annuelle, 169850 francs.
5° 1 Compagnie des Gardes de la Prévôté de l'Hôtel, forte de 98 Gardes et 34 officiers. Le garde était sergent ; après dix ans, il était sergent-major, et après i5 autres années, sous-lieutenant ; sa solde était de 720 francs. — Dépense annuelle, i65 000 francs.
En somme, la Maison militaire avait un effectif de 6 024 hommes, et sa dépense annuelle s'élevait à 8 754 180 francs; de sorte qu'un homme de la Maison militaire coulait 1 453 francs par an, tandis qu'un simple soldat de la cavalerie de l'armée revenait à 900 francs. La Maison du Roi ne coûtait donc pas comme 5oooo hommes sous le drapeau, ainsi que M. Thiers l'a imprudemment avancé, mais comme 9 700 hommes, ce qui est bien différent et n'a rien que de très modeste pour la Garde du Souverain d'un grand État.
Quant aux frais de premier établissement, les Compagnies de la Maison militaire s'installant généralement dans les bâtiments de l'Etat, ils ne pouvaient être considérables.
La situation dans laquelle se trouvait la France exigeait une réforme complète de son état militaire. Cette œuvre de réorganisation présentait des difficultés inouïes, que notre pays n'avait jamais connues. Il fallait ne garder sur pied que le nombre de troupes strictement nécessaire pour le moment, et fixer la force définitive de l'armée pour le temps de paix, d'après les ressources que le budget permettait d'affecter à ses dépenses, tout en conservant le moyen de la porter rapidement au complet de guerre. Le nombre des régiments devant être extrêmement réduit, une foule d'officiers allaient forcément se trouver sans emplois ; celte situation, amenée uniquement par les fautes de Napoléon, commandait l'intérêt, et, d'autre part, il était impossible d'admettre que le Roi Louis XVIII, remonté sur le trône de ses pères, se considérerait comme satisfait et se désintéresserait du sort de
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ses fidèles compagnons d'exil, de tant de gentilshommes qui n'avaient pas hésité à sacrifier leurs biens et à se vouer à la misère pour lui témoigner un dévouement sans bornes. On allait donc fatalement se trouver en présence des plaintes de braves officiers qui avaient versé leur sang pour la patrie et qu'il était impossible de conserver dans les rangs de l'armée réduite, et des sollicitations des royalistes qui demandaient à être récompensés de leur attachement au Roi et de tout ce qu'ils avaient souffert pour lui.
Le mieux assurément, dit M. Thiers, eût été de ne pas remonter à la cause plus ou moins vraie de nos maux, et de chercher uniquement les moyens qui nous restaient de les réparer. Mais, suivant l'usage, on aimait mieux se les reprocher les uns les autres, et y trouver des sujets d'amères récriminations. Les hommes de la Révolution et de l'Empire reprochaient aux Bourbons de revenir à la suite de l'étranger, et de ne rester en France que pour consommer son humiliation. Les royalistes, au lieu de répondre que s'ils étaient venus à la suite de l'étranger, ils ne l'avaient point amené, et que c'était Napoléon qui par son ambition lui avait ouvert les portes de la France, les royalistes, au lieu de se défendre par cette simple et incontestable vérité, s'attachaient à tourner en ridicule des douleurs patriotiques qu'ils auraient dû respecter, tout en ne les partageant
pas. Ils se moquaient des frontières naturelles, de ce but fantastique, disaient-ils, Ils avaient
ainsi le tort de railler de nobles douleurs, et de leur opposer leurs joies de parti, comme on avait tort de leur reprocher des désastres qui étaient l'œuvre de Napoléon et non point la leur. On aurait dû se dire que si Napoléon nous avait amoindris en voulant nous faire trop grands, il nous restait une gloire immense, notre unité puissante, les progrès de tout genre que nous devions à la Révolution et à l'Empire, enfin le vivace génie de la France, et qu'avec quelques années de paix et d'un gouvernement sagement libéral, nous aurions bientôt repris notre supériorité morale et physique qui n'a jamais cessé de nous appartenir, et qui n'a jamais dépendu de la possession d'une province. C'était la véritable et même l'unique consolation à rechercher. Mais ce que, dans leurs maux, les hommes goûtent autant, quelquefois plus que le soulagement ou la guérison, c'est la plainte. La plainte les console, et d'autant plus qu'elle est plus amère. Il faut donc la leur laisser, en se réservant seulement de ne pas ajouter foi à ce qu'ils disent, surtout quand on a l'honneur de tenir dans ses mains les balances de l'histoire (i).
L'exposé suivant fait un résumé des mesures prises par le général Dupont pour la réorganisation de l'armée.