CORSE
23e Div°" Mre.
i3 188 off'-s
167 8o3 sous-ofl's et soldats.
i5 965 offrs
2 1 3 358 sous-offrs et soldats.
[ 2 Régiments d'Infanterie,
\ 2 Balu,is de Chasseurs Corses, dont la formation est ordonnée,
QEt le oe de lisne qui est destiné à revenir à Toulon, dès que sa uréuarticr bal à Aiaccio. ï J , . ,. ,, n 11
J ! sence ne sera plus indispensable en Corse.
» Non compris la Gendarmerie.
Telle est la répartition actuelle des Troupes ; elle paraît réglée de manière à pourvoir au service sur tous les points, à présenter partout des motifs de sécurité ou de répression, à n'exiger aucun nouveau mouvement, à moins de circonstances extraordinaires, et à donner ainsi à tous les Régiments la facilité de s'occuper sans distraction et sans relâche du soin de s'instruire et de compléter sous tous les rapports leur réorganisation.
Les corps dégagés presque en totalité de tous les hommes infirmes et de ceux susceptibles de retraite, présentaient, à l'époque du i5 novembre, une force de
Présents sous les armes, Aux hôpitaux, En congé,
Ce qui forme un effectif de
La force des présents sous les armes a été réduite au nombre ci-dessus indiqué, par l'expédition des congés délivrés à peu près à un quart des hommes, mais elle va recevoir cet accroissesement par l'appel fait d'un nombre d'hommes à peu près égal, pris parmi ceux qui étaient rentrés sans autorisation dans leurs foyers, ce qui laisse toujours sn réserve, comme ressource en cas de besoin, les hommes qui jouissent actuellement des congés légalement accordés (1).
Dans le Rapport qui motiva l'Ordonnance du 12 mai 181 4 sur la réorganisation de l'armée, le général Dupont faisait un tableau de l'état actuel de l'armée et du pied sur lequel il convenait de l'établir. Nous en détachons les passages suivants :
Sire,
J'ai l'honneur de soumettre à Votre Majesté le projet de réorganisation des troupes d'infanterie, de cavalerie, d'artillerie et du génie qui doivent constituer l'armée française sur le pied de paix et le pied de guerre.
Les grandes réductions de dépenses que la nouvelle organisation doit opérer aussitôt qu'elle sera mise à exécution, le besoin de recréer l'armée d'après les nouvelles bases qui doivent la reconstituer sur le pied de paix, en conservant néanmoins tous les moyens nécessaires de la porter promplement au complet de guerre, la nécessité de faire cesser promptement le désordre et l'espèce de chaos où se trouve l'armée, de calmer les inquiétudes que les militaires conçoivent sur leur sort ; tels sont les motifs d'après lesquels j'ai l'honneur de présenter d'abord à Votre Majesté le premier travail relatif à la réorganisation de l'armée en ce qui concerne les troupes.
(1) Papiers du général Dupont (Arch. Dupont).
MINISTÈRE DE l8l4 5y3
Etat-major général de l'armée.
L'État-major général de l'armée se compose aujourd'hui de :
i5 Maréchaux de France, 227 Généraux de Division, 452 Généraux de Brigade, 196 Adjudants-Commandants,
84 Colonels pour les places et les états majors,
4o Majors, 5o5 Chefs de bataillon ou d'escadron, 1 260 Capitaines, 799 Lieutenants,
5 Inspecteurs en chef aux revues,
4o Inspecteurs aux revues, 125 Sous-Inspecteurs aux revues,
42 Adjoints aux sous-inspecteurs aux revues,
66 Commissaires ordonnateurs, 266 Commissaires des guerres titulaires,
45 Commissaires des guerres provisoires, 319 Adjoints aux commissaires des guerres,
non compris tous les officiers généraux, supérieurs et particuliers, et les administrateurs militaires, qui se trouvent prisonniers de guerre, et dont le nombre peut être évalué à
3i Généraux de Division,
55 Généraux de Brigade,
89 Officiers supérieurs,
219 Officiers particuliers.
Cette composition d'Etat-major de l'armée et d'administrations militaires était appropriée à une armée de 800000 hommes et à l'étendue de territoire qu'avait acquise la France. Mais il est nécessaire aujourd'hui de réduire cet état-major, en prenant pour bases le nombre de troupes que Votre Majesté voudra entretenir en temps de paix et en temps de guerre, le nombre des places de guerre et les colonies qui feront partie du royaume, ainsi que ses nouvelles limites
Troupes.
Le projet de composition de l'armée française porte à 220000 hommes son complet de paix ;
savoir
i45 000 hommes d'infanterie, 3a 000 hommes de cavalerie, i5ooo hommes d'artillerie, 3 000 hommes du génie, 25 000 hommes de gendarmerie.
Total. . . 220000 hommes.
Je ne comprends point dans cette composition les troupes de la garde de Votre Majesté, ainsi que les corps hors ligne qui pourront être formés avec les troupes de la Vieille Garde, et pour la formation desquels j'aurai l'honneur de soumettre un projet à Votre Majesté...
La France entretenait, en 1789, 180000 hommes de troupes, et le projet de réorganisation excède ce nombre de 4oooo
Mais une considération essentielle est de coordonner, autant que possible, les dépenses de la
guerre avec les ressources que présentera le trésor royal. Il résulte des budgets de dépense, que les dépenses se monteront, pour la solde et les masses de chacun de ces corps, à la somme totale de 126000000 fr.
savoir
65 000 000 pour les i45 000 hommes d'infanterie,
29000000 pour les 32 000 hommes de cavalerie,
10 000 000 pour les i5ooo hommes d'artillerie,
2 000 000 pour les 3 000 hommes du génie,
20 000 000 pour les 25 000 hommes de gendarmerie.
Total. . 126000000 fr.
Si l'on ajoute à cette somme de 126000000 fr.,
Pour l'Etat-major général et les administrations 1 5 000 000 fr.
Pour le traitement des officiers surnuméraires en non-activité, jouissant de la demi-solde, et excédant le complet des corps après la réorganisation 20000000
Pour les pensions de retraite déjà accordées et maintenues, et pour celles qui le seront en 1814 5o 000 000
Pour les dépenses du matériel de l'artillerie et du génie, pendant les trois premières années seulement 19000000
on aura un Total de 23ooooooo fr.,
pour toutes les dépenses du département de la guerre.
Cet aperçu est susceptible d'être rectifié dans quelques détails ; mais il vient à l'appui d'un principe généralement reconnu en administration, que chaque millier d'hommes d'une armée
tout organisée, et y compris toutes ses charges, revient à un million Dans les dernières
années, le budget de ces mêmes dépenses s'élevait de 6 à 700 millions.
Afin de diminuer les dépenses de l'armée, autant qu'il sera possible de le faire, je
propose d'accorder des congés annuels à la moitié des officiers, sous-officiers et soldats, pendant la durée desquels ils ne jouiront que de la demi-solde... la réduction totale serait d'environ 34 000 000 fr.
Les officiers en non-activité, devant s'éteindre par leur placement successif dans les corps, par les chances ordinaires de la vie, on peut évaluer la réduction annuelle et moyenne à 4 000 000 fr.
Il en sera de même pour les pensions de retraite, qui s'éteignent annuellement, et que l'on peut porter à 2000000
Enfin l'artillerie et le génie, après avoir réparé les pertes faites dans les dernières campagnes, et mis en état les places frontières, leurs dépenses pourront être réduites, dans trois ans d'ici, à 9 millions au plus ; ce qui fera une économie de 10 000 000
Total 5o 000 000 fr
Cette réduction de 5o millions sur les dépenses générales de la guerre est assurée en toutes ses parties, et ne fera monter les dépenses annuelles qu'à 180 millions.
(Le général Dupont estime que l'armée pourrait facilement être portée à 4oo mille hommes, sur le pied de guerre, en enrôlant de nouveaux soldats, sans augmenter le nombre des corps et sans rien changer à leur composition intérieure, vu le grand nombre d'officiers et de sous-officiers retenus sous les drapeaux.)
MINISTÈRE DE l8l4 575
Infanterie.
Sur les i56 régiments d'infanterie de ligne portés au tableau de l'armée, 27 numéros sont vacants, soit parce que les anciens corps cpii les portaient ont été totalement détruits, soit parce que leurs débris ont été versés dans d'autres régiments...
Deux numéros sont également vacants sur les 37 régiments d'infanterie légère...
La composition de ces régiments varie d'après le nombre des bataillons qu'avait ebacun d'eux : l'ancienne organisation en fixait le nombre à cinq, dont un bataillon de dépôt; mais les événements de la guerre ont entraîné beaucoup d'exceptions : il existe des régiments à six, sept ou huit bataillons, tandis que d'autres sont réduits à deux ou trois bataillons.
Ces 164 régiments d'infanterie présentent en masse 754 bataillons existant en France ou dans les places hors du territoire du royaume... Le projet d'organisation ne conserve que 90 régiments d'infanterie de ligne et i5 régiments d'infanterie légère, ce qui fait io5 régiments d'infanterie à trois bataillons...
Tous les militaires rentrant des prisons de l'ennemi seront dirigés sur le dépôt de leur ancien corps, s'il est conservé, ou sur le dépôt du corps qui l'aura reçu par l'effet de l'amalgame.
Des inspecteurs généraux seront chargés de la réorganisation des corps, et recevront des instructions détaillées sur le mode d'exécution.
Cavalerie.
La cavalerie française se compose de :
2 régiments de carabiniers ; i4 — de cuirassiers ;
24 de dragons (3o étaient portés sur l'état militaire,
mais 6 numéros étaient vacants).
7 — de chevau-légcrs ; 28 de chasseurs à cheval (3 cadres étaient vacants) ;
i4 — de hussards,
Total... 89 régiments.
Les régiments de grosse cavalerie étaient portés à cinq escadrons, et ceux de dragons, chasseurs, hussards et chevau-légers, en avaient quatre ; ce qui présente une masse de 322 escadrons.
Le projet relatif à la réorganisation de la cavalerie, ne conserve que :
2 régiments de carabiniers; 12 — de cuirassiers ; i5 — -de dragons ;
6 — de chevau-légers ; i5 — de chasseurs ;
6 — de hussards.
Total... 56 régiments.
tous à quatre escadrons, faisant en tout 224 escadrons...
Artillerie.
Le corps de l'artillerie se trouve actuellement composé de
5j6 LE GÉNÉRAL DUPONT
9 régiments d'artillerie à pied, loris chacun de 28 compagnies, faisant un
total de 2Ô2 compagnies,
6 régiments d'artillerie à cheval, de 8 compagnies 48 —
3 bataillons de pontonniers, formant 28 —
18 compagnies d'ouvriers 18 —
5 compagnies d'armuriers 5 —
26 bataillons du train d'artillerie, à 6 compagnies i56 —
Total. 5o
7 compagnies.
Le nouveau projet de réorganisation fait porter principalement la réduction sur Je nombre de compagnies par corps, et présente la composition suivante:
8 régiments d'artillerie à pied, à 21 compagnies 168 compagnies,
4 — à cheval, à 6 24 —
1 bataillon de pontonniers, à 8 8 —
12 compagnies d'ouvriers 12 —
4 escadrons du train, à 4 compagnies 16 —
Total. . . . 228 compagnies.
Génie.
Les troupes du corps du génie étaient composées de
2 bataillons de mineurs ; 7 bataillons de sapeurs; 2 compagnies d'ouvriers ; 2 compagnies du train du génie.
Le projet de réorganisation réduit ces troupes à
2 régiments composés chacun de deux compagnies de mineurs et de 10 compagnies de sapeurs:
1 compagnie d'ouvriers ;
1 compagnie du train du génie.
L'état-major du corps sera composé de 38o officiers du génie et 5oo employés de ce corps.
Mesures proposées pour assurer le sort des officiers de toutes armes,
D'après l'aperçu général du nombre d'officiers existant aux corps et de ceux qui doivent revenir des prisons de l'ennemi,
Le nombre total des officiers d'infanterie et de cavalerie présents à leurs corps est de. 28 089
Le nombre des emplois titulaires, d'après la nouvelle organisation, n'étant pour ces deux armes que de 9I2W 00
Le nombre des officiers à la suite des corps devant être de 2 772 ) "
Il restera un excédent de 16 196
Non compris les officiers prisonniers de guerre, que l'on évalue à 10 000
Mettre à la suite des corps qui seront réorganisés tous les officiers excédant le complet et ceux qui rentreront en France, serait à la fois une mesure très onéreuse à l'Etat, impolitique sous divers rapports, et une disposition totalement contraire à toute espèce d'ordre dans le régime, l'administration et la discipline des troupes.
Il a donc fallu choisir un autre mode pour conservera tous les officiers de l'armée l'assurance de leurs grades et emplois, l'expectative d'être rappelés au service, et la certitude de jouir des récompenses auxquelles leurs services, leur âge, leurs blessures ou leurs infirmités leur donnent le droit de prétendre.
MINISTÈRE DE l8l4 5n
II a donc été arrêté en principe :
i° Que la retraite serait accordée à tous les officiers qui, par leurs services, leur âge, leurs infirmités ou leurs blessures, auront droit d'être admis à la pension.
Cette mesure, à la fois juste et politique, désencombre les corps d'officiers qui ne pourraient remplir leurs devoirs, et assure aux anciens serviteurs de l'Etat une retraite honorable, et que leurs services leur auront méritée.
2° Que tous les officiers en retraite ou en réforme, rappelés au service depuis le ipr janvier 1812, seraient remis dans leur première situation, sauf les droits qu'ils ont acquis par leurs nouveaux services à une augmentation de pension.
Cette disposition est également basée sur les principes de justice, puisque ces officiers se retrouvent dans la même position où ils avaient été placés, et qu'on leur tient compte des derniers services qu'ils ont rendus,
3° Qu'après avoir complété, par rang d'ancienne lé, et sauf les exceptions que les inspecteurs généraux seront en droit de prononcer, le cadre des corps d'infanterie et de cavalerie conservés et le nombre des officiers misa la suite de chaque corps (un tiers pour l'infanterie et un quart pour la cavalerie), tous les officiers qui excéderont la liste des titulaires et des officiers à la suite, seront autorisés à se retirer dans leurs foyers, avec la jouissance de la demi-solde d'activité, et avec la perspective d'être rappelés au service, suivant l'ordre du tableau,
4° Qu'attendu la facilité qu'offrent les emplois du corps de l'artillerie de pouvoir être alternativement exercés, le service serait organisé par alternat pour tous les emplois susceptibles de ce mode de service.
Il résulte donc de ces dispositions, que tous les officiers de l'armée française conservent leurs grades et leurs emplois, et que tous ceux qui ont acquis des droits à une retraite honorable jouiront des avantages qui leur ont été promis...
En réservant pour les officiers mis en non-activité tous les emplois qui viendront à vaquer dans les corps, ce serait ajourner à de longues années tout avancement pour les officiers en activité. L'émulation et le désir d'avancer étant le mobile le plus puissant et un des éléments essentiels pour une bonne composition d'armée, le Conseil de la guerre a pensé qu'il serait convenable de ne donner aux officiers en non-activité que les deux tiers des emplois vacants, et de réserver l'autre tiers à l'avancement des officiers en activité, suivant le mode qui sera ultérieurement fixé.
Le commissaire au département de la guerre, Le général comte Dupont.
Il convient de remarquer que les mesures proposées au Roi par le général Dupont pour la réorganisation de l'armée, ont été discutées et approuvées par le Conseil de la guerre, composé de maréchaux et de généraux appartenant à l'armée impériale, et où figuraient Ney, Augereau, Macdonald, Dupont, Compans, Curial, Préval, Latour-Maubourg, Lery, Sorbier, Evain, Kellermann, l'Ordonnateur Marchand et l'inspecteur aux revues Félix.
L'Ordonnance du 12 mai ne fit que reproduire les mesures proposées par le ministre de la guerre, et que nous venons d'énumérer.
BUDGET DU MINISTÈRE DE LA GUERRE en 181/i.
Dans un Rapport au Roi, le général Dupont observe que l'intention de S. M. étant de n'affecter que 200 millions aux dépenses du Département de la guerre pour la première année, il faut pour acquitter la solde de la Maison militaire, de tous les corps de l'armée, Le Général Di i>o.nt. lil. — 3~
des Etats-Majors qui en feront partie, et toutes les dépenses du matériel de l'artillerie, du génie, des subsistances militaires et des services administratifs, un fonds de 267 millions. Il y a donc un excédent de 5y millions sur la somme que le Roi destine aux services de la Guerre.
Pour que cet excédent de dépense disparaisse, le Ministre se voit forcé de proposer les dispositions suivantes :
i° Délivrer des congés d'un an à 100 000 hommes des différents corps d'infanterie, de cavalerie, d'artillerie et du génie de l'armée ;
20 Ne monter que la moitié des cavaliers dans les régiments de troupes à cheval ;
3° Diminuer les brigades de gendarmerie de quatre cavaliers, en ne les portant qu'au nombre de six hommes par brigade au lieu de dix ;
4° Ajourner, dans les dépenses du matériel de l'artillerie et du génie, les travaux et les constructions pouvant être différés sans des inconvénients majeurs ;
5° N'accorder la demi-solde aux militaires qui seront envoyés en congé, qu'aux officiers seulement, sauf à faire payer une indemnité pour le temps de la route aux sousofficiers et soldats.
Le complet de tous les corps de l'armée, y compris la Maison du Roi, étant de 260208 hommes, il y aurait encore, en présents' sous les armes, un effectif de 160208 hommes, officiers compris.
« Je dois sans doute regretter, dit le Ministre, d'avoir à proposer à Votre Majesté des mesures qui tendent à réduire ses troupes de ligne de près de moitié, et quoique cette réduction ne soit que momentanée et qu'elle ait lieu dans un moment où la France jouira de la paix que Votre Majesté lui a donnée, je ne puis me dissimuler que cette disposition sera nuisible à l'instruction et à la discipline des troupes, et qu'il serait bien désirable que les congés pussenl être distribués seulement dans la proportion du tiers des régiments. Cependant si la situation des finances de l'Etat ne permet pas de dépasser le fonds de 200 millions, je crois que la mesure proposée de donner des congés limités à la moitié des troupes de ligne, est bien préférable à celle qui aurait pour objet la réduction de corps entiers, parce qu'elle conserve un plus grand nombre de cadres, qu'elle donne dès lors de l'activité à une plus grande quantité d'officiers, et qu'en cas de besoin on peut rappeler à leurs drapeaux tous les militaires qui n'auront point cessé d'en faire partie, et recompléter promptement les corps. »
Le Ministre de la guerre met ensuite sous les yeux du Roi le budget des dépenses de son Ministère. « Votre Majesté pourra remarquer dans ce travail que les fonds destinés aux dépenses de sa Maison militaire sont calculés au complet de l'organisation, et qu'ils sont portés pour il\ millions (1). Cette somme est supérieure au montant de la solde, même en supposant tous les cadres remplis, mais la différence que le non-complet pourra présenter ajoutée au fonds particulier compris en augmentation, donneront les moyens de faire face aux dépenses extraordinaires pour les cas imprévus. »
Le général Dupont fait remarquer au Roi que le budget de la guerre ne sera susceptible de recevoir son entière exécution et de servir de bases positives pour les dépenses,
(1) Les dépenses de la Maison du Roi étaient calculées sur un complet de 11 277 hommes, et l'effectif ne dépassa pas 6000. Elles étaient entièrement soldées parle ministère de la guerre. E. T.
MINISTÈRE DE l8l4 Ô~[)
qu'à partir du Ier octobre prochain ; jusqu'à cette époque les dépenses seront encore plus élevées, parce que l'organisation ne s'opérera que successivement pendant les mois de juillet, août et septembre.
Le Budget des dépenses du Département de la guerre, pour l'année i8i4, se décomposait ainsi, par trimestres :
ior Trimestre. . . 218 161 8a5 fr. 48 c.
2e Trimestre. . . 99 191 717 i5
3e Trimestre. . . 79298989 39
4° Trimestre. . . 49875010 i4
Total pour l'année. 446022492 fr. 10 c.
La dépense énorme du Ier trimestre avait pour causes le nombre de troupes qui se trouvaient alors sous les armes, les dépenses considérables pour le matériel de l'artillerie et l'organisation de tous les corps qui composaient la Garde Impériale, celles du service des subsistances, des vivres de campagne et des fourrages, du service de l'habillement comptant à lui seul pour 38 millions, des convois, des remontes, du service des hôpitaux, et des approvisionnements de siège. Sur cette dépense de 218 161 826 fr. 48, il n'avait été payé que 112 36g 6 1 7 francs, en sorte que le Ier trimestre présentait un déficit de io5 792 208 francs.
Le dernier trimestre de 18 14 ne présentait plus qu'une dépense formant le quart du fonds de 200 millions assigné par le Roi pour les dépenses d'une année, dans la supposition des congés à délivrer et de la réduction du nombre des chevaux, comme il a été dit précédemment.
Dans un Rapport au Roi, en date du 1 1 juillet 181 4, le général Dupont s'exprime ainsi :
J'ai l'honneur de mettre sous les yeux de Votre Majesté la situation du Département de la Guerre et de lui exposer l'état des dépenses actuelles et des dettes de l'arriéré.
Sous le dernier gouvernement, l'armée présentait une force de g43 mille hommes, en supposant tous les cadres au complet. Les événements de la guerre ont d'abord affaibli considérablement cette évaluation, mais on peut croire qu'à l'époque du Ier avril i8i4, il y avait encore environ 600000 hommes sous les armes, soit dans les nombreuses places du Royaume, soit hors de France, soit dans les corps d'armée, soit isolés ou réunis dans des Dépôts.
Ce dernier effectif a éprouvé de grandes diminutions, par le départ des militaires qui ont quitté leurs drapeaux sans ordre, soit par le renvoi des conscrits de 181 5, soit par les congés absolus et limités qui ont été accordés et qui sont encore accordés chaque jour dans toutes les armes. Le nombre des troupes s'est, par toutes ces causes, trouvé réduit de moitié au Ier juillet, et les Etats de situation n'ont offert à' cette époque que 3oo mille hommes environ.
Les prisonniers de guerre rentrant apportent chaque jour des changements à cette évaluation, et leur nombre n'est pas lui-même encore connu avec exactitude. Je pense toutefois qu'il reviendra 4o mille hommes de la Russie, 23 mille de l'Autriche, 18 mille de la Prusse et 4o mille de l'Angleterre et de l'Espagne, ce qui fait environ 120 mille hommes.
Lorsque la nouvelle organisation sera terminée, ce qui aura lieu dans le couranl du mois d'août, l'armée présentera une force moins considérable, et pour se renfermer dans les bornes du budget de 200 millions il faudra, ainsi que j'ai eu l'honneur d'en rendre compte à Votre Majesté, délivrer des congés d'un an à 100 000 hommes.
Il semblerait que ce nombre de 100000 hommes, déduil du complet de 2C0000 qui devrai! existerdans la nouvelle formation de l'armée d'après l'Ordonnance du 12 mai, Laisserai) encore
58o LE GÉNÉRAL DUPONT
une force présente de 160000 hommes, mais elle n'existera pas réellement, parce que dans les 260000 hommes on fait entrer,
La Maison du Roi, qui composera un effectif de. . 11 277 hommes
La Gendarmerie, forte de 12000
Et les Vétérans, au nombre de 8000
Total. . 3i 000 hommes
En déduisant les 100 000 à envoyer en congé, il ne restera plus en militaires présents sous les armes, que 126 633 hommes.
(Les Régiments Suisses entraient dans l'effectif total pour 9 180 hommes auxquels les congés n'étaient pas applicables.)
C'est d'après ce nombre d'hommes que la répartition des 200 millions a été établie...
Je dois maintenant appeler l'attention de Votre Majesté sur les sommes qui étaient dues à l'époque du Ier avril 181 4 et qui composaient la dette de l'ancien Gouvernement.
L'État qui est joint au présent Rapport indique que celte dette s'élève depuis 1801 (Je ne parle pas de la dette antérieure à 1801, parce qu'elle a été distraite de la Dépense de la Guerre pour faire partie de l'ancienne Liquidation Générale), à 261 990 730 fr. 86.
Je dois ajouter, Sire, à l'égard de la dette arriérée, que Yobjet qui me paraît susceptible d'être liquidé par priorité à toute autre dépense, est la solde arriérée du soldat et les appointements des officiers, ainsi que les indemnités de pertes d'effets, les gratifications de campagne et autres dépenses de celte nature ; ces sommes peuvent s'élever à environ 5o millions.
L'acquittement de cette dette est d'une justice entière, et il sera regardé par l'armée comme un nouveau témoignage de la bienveillance de Votre Majesté.
Après avoir envoyé un premier quart de l'armée en congé d'un an, afin de se renfermer dans la somme de 200 millions affectée à son Ministère, le général Dupont, avant de renvoyer de même un second quart de l'armée, attire encore l'attention du Roi sur les graves inconvénients de cette mesure.
Au moment où cette nouvelle réduction devra s'opérer, écrit le Ministre, on ne peut s'empêcher d'être effrayé des résultats fâcheux qu'elle pourra produire. On demande pourquoi la France, l'une des principales puissances de l'Europe, affaiblirait son armée dans une aussi grande proportion, quand tous les autres Souverains ont encore leurs armées sur le pied de guerre, et quand le Congrès de Vienne va régler d'aussi grands intérêts...
On s'apercevra plus facilement encore de l'insuffisance du fonds de 200 millions de francs, destiné à la guerre, lorsqu'on voudra considérer qu'il faut d'abord prélever :
i° Pour la solde de retraite 35 000 000 fr.
20 Pour la demi-solde des officiers qui ne feront plus partie
delà nouvelle organisation r5oooooo
3" Pour les dépenses du matériel de l'artillerie et du génie. i5 4ooooo
4" Pour les subsistances, fourrages, hôpitaux, habillement,
chaulfage et casernement 42600000
5° Pour la Maison du Roi, non compris les dépenses d'installation 14000000
6" Pour la Gendarmerie 1 4 000 000
70 Pour les États-Majors i4 000000
8° Pour les dépenses intérieures du Ministère et autres
dépenses 5 000 000
Total. . i55oooooofr.
MINISTÈRE DE l8l4 58 1
Il ne reste donc plus pour la solde de tous les corps de troupe, d'Infanterie, de Cavalerie, d'Artillerie, du Génie, et des Vétérans, que 45oooooo de francs, tandis qu'il en faudrait plus de 72 millions pour le complet de l'armée...
Le général Dupont dit qu'une augmentation de 20 millions au budget de la guerre suffirait pour maintenir l'armée aux trois quarts de son complet, et il demande que ces 20 millions soient pris sur les sommes affectées à l'arriéré, lesquelles sont supérieures aux dépenses.
Les Recettes de l'Exercice 181 5 présentaient, en effet, un excédent de 70 millions sur les Dépenses, et cet excédent était réservé comme moyen extraordinaire destiné à pourvoir aux dépenses arriérées des Exercices précédents.
Pourquoi, écrit le général Dupont, serait-il indispensable de réserver 70 millions de francs pour acquitter les Obligations qui doivent être employées au paiement de l'arriéré, quand les dépenses courantes ne sont pas assurées? Et pourquoi tiendrait-on à payer de suite les créanciers de l'ancien Gouvernement, quand il faudra renvoyer la moitié de l'armée, et occasionner parmi les militaires un mécontentement qui peut produire de si graves inconvénients pour la tranquillité publique?... Si M. le Ministre des Finances veut objecter qu'il a compté sur la disponibilité des 70 millions dont il vient d'être parlé pour acquitter l'arriéré, et que la loi de Finances ne permet pas d'en distraire aucune partie pour un objet qui serait étranger à cet arriéré : on croit qu'il convient de lui faire remarquer que l'arriéré général qui est porté à une somme de 759 160000 francs, pour la portion exigible, ne nécessitera point la totalité de cette somme, du moins pour ce cjui regarde les Dépenses de la Guerre.
En effet les sommes affectées à ce service dans l'arriéré sont
évaluées à 487606000 fr.
Sur quoi, il y a à distraire pour la partie applicable aux
9 derniers mois 1814 96024000
Reste pour l'arriéré antérieur au Ier avril i8i4- • • • 391 582000 fr.
Cet arriéré a été calculé au Ministère pour 3 (4 000 000
Il y aura un excédent de. ... 77 58a 000 fr.
En admettant que les Ordonnances annulées augmenteront
la dette de 10 000 000
Il y aura toujours un excédent de moyens de 67582000 fr.
S'il est bien constant que M. le Ministre des Finances, qui
a calculé sur une dépense totale pour l'arriéré, de. . . 759 160000 fr.,
peut compter, en ce qui regarde la Guerre, 'sur une i-éduction d'au moins 67 millions, il paraît juste que cet excédent de moyens contribue d'autant à assurer les dépenses de la Guerre pour i8(5. M. le Ministre des Finances a d'autant plus les moyens de pourvoir à cette augmentation qu'il aura une grande masse de fonds à sa disposition, et que ne devant paver l'arriéré que dans plusieurs années, il aura toute facilité pour faire acquitter le supplément de crédit dont il vient d'être question.
Les dépenses ordonnancées par le comte Dupont, Ministre de la guerre, depuis le Ier avril 181/I jusqu'au 3 décembre suivant, forment un total de 208 908 210 fr. 20. — La Maison militaire y figure pour 7 5oo 000 francs. — Il restait disponible, au 3 décembre, la somme de 6 209 1 12 fr. 20, au moment où le marécbal Soult a pris le Ministère.
La situation de la Garde Impériale avait attiré tout particulièrement l'attention du général Dupont. Le Roi ayant déclaré son intention formelle de rétablir la Maison militaire, il était impossible de laisser la Garde auprès du souverain, car le simple rapprochement des jeunes officiers de la Maison et des soldats de Napoléon, portant les épaulettes de laine, cbevronnés et décorés, n'eût pas manqué d'amener des incidents fâcheux et d'irriter la Garde au lieu de la rallier. Sur la proposition du général Dupont, cette glorieuse et admirable troupe constitua le premier corps de l'armée et conserva tous ses privilèges, soit à l'égard des gracies, soit à l'égard des traitements. Son nom fut nécessairement modifié : l'infanterie forma les Corps Royaux des Grenadiers et des Chasseurs de France, sous le commandement du maréchal Oudinot ; la cavalerie, sous les ordres du maréchal Ney, forma de même les Corps Royaux des cuirassiers de France, des dragons de France, des chevau-légers lanciers de France, des chasseurs de France.
Cette décision termina toutes les incertitudes, — écrit le général Dupont. — Elle fut appréciée comme juste, convenable et même heureuse. Le service des Tuileries resta le partage de la Maison militaire du Roi, et la Garde Impériale, satisfaite d'occuper le plus haut rang de l'armée, goûta sans regrets un honneur créé pour elle et digne de sa gloire. Sa reconnaissance attesta le succès de cette mesure, par le bon ordre dont elle donna l'exemple. Son adhésion au nouveau gouvernement fut même si éclatante que le duc de Rcrry en reçut une fête brillante, dans l'un de ses voyages. Il ne cessait depuis d'exalter son esprit, sa noblesse et sa renommée. Le Roi aimait lui-même à témoigner la confiance due à ce beau corps de troupes et il rappela qu'il avait été gardé par lui en rentrant en France. Il arriva en effet à Compiègne, où il ne se trouvait cjue des compagnies de la Garde Impériale qui avaient été oubliées dans les derniers jours de la campagne. Elles occupent aussitôt le château : le chef qui les commande les dispose pour la sûreté du monarque et tout se passe dans l'ordre accoutumé sous Napoléon. Lorsque le Roi quitte Compiègne pour se rendre à Paris, ces compagnies se mettent en marche et viennent occuper les Tuileries. L'état-major de la capitale était en retard et la garde du Roi est encore celle de Compiègne. Je suis prévenu à dix heures du soir de cette circonstance, et je me rends chez Louis XVIII. Je lui en fais part et je suis ravi de le voir plein de confiance et de gaieté. Il veut que sa garde soit maintenue et dit en riant qu'il en dormira mieux (i).
Pendant que le général Dupont se consacrait ainsi, avec son intelligence et son activité inlassable, à ce travail écrasant de la reconstitution de l'armée, dont nous avons montré toutes les difficultés, il lui fallait s'occuper d'une foule de questions secondaires, recevoir les solliciteurs de tout rang qui assaillaient la porte de son cabinet et écouter à tout moment les princes, la duchesse d'Angoulême, venant évoquer des droits acquis et demander des grades, des récompenses. Pendant les huit mois de son ministère, il fit signer au Roi 6i3 Ordonnances, que nous avons minutieusement étudiées et qui nous ont prouvé jusqu'à l'évidence, combien les griefs qui lui ont été imputés par la plupart des historiens, mal renseignés ou poussés par une aveugle passion, sont dénués de fondement. Il faudrait un gros volume, — et nous en ferons sans doute l'objet d'une étude particulière,
(i) Mémoires inédits du général Dupont.
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— pour exposer en détail l'œuvre accomplie par le général Dupont en i8i4- L'espace nous faisant défaut, nous nous bornerons à en donner le caractère, en insistant sur les points essentiels.
On a dit qu'il avait négligé, proscrit même les officiers de l'armée impériale, pour favoriser les royalistes, les émigrés. Rien n'est plus faux et plus opposé au caractère du général Dupont, dont les traits saillants étaient la bonté, la droiture et le désintéressement, et c'est avec raison que le général Pannetier lui écrivait : « Les militaires vous ont toujours bien aimé. » Il ne cessa de faire tous ses efforts pour restreindre, dans la mesure du possible les prétentions des royalistes, et il ne craignait pas de s'en ouvrir franchement au Roi, qui lui témoignait la plus entière confiance, tout en contrôlant assidûment les nominations et désignant lui-même parfois les titulaires, ainsi qu'en fait foi la lettre suivante :
Je prie M. le Général Comte Dupont de passer ce soir chez moi vers 9 heures avec les papiers nécessaires pour arrêter les nominations des colonels et majors de tous mes Régiments.
Louis Antoine.
Ce vendredi 23.
Demandes particulières .
i° La croix de S'-Louis pour le colonel du Chatel, de mon Régiment de Chasseurs ;
20 Le Mal de camp Bon Coutard, auquel je m'intéresse, demande d'être confirmé dans le grade de Lieut1 Général. Je demande de plus pour lui le commandement d'un département ; celui des Basses-Pyrénées de préférence.
3" J 'appuyé les demandes du Gal Colbert ;
4° J'appuye la demande du Gal Girardin ;
5° Je prie M. le Ministre delà guerre de prendre des informations sur la conduite du major Châtelain et G*1 Bordesoul.
Louis Antoine (i).
En dehors des réunions journalières du Conseil, le général Dupont avait, chaque soir, un travail particulier avec le Roi. « Je mettais sous ses yeux, — écrit-il, — le tableau des nouveaux corps à mesure qu'ils étaient formés, ainsi que les adresses où ils exprimaient avec énergie leur dévouement au trône. Le rapide coup d'oeil saisissait vivement tous ces objets... Napoléon revenait toujours à sa première idée, quand il permettait de discuter; Louis XVIII cédait, au contraire, avec facilité, et le règlement, l'ordonnance avaient tout empire sur lui ; il ne m'a jamais refusé une signature et je lui présentais quelquefois de nombreuses Ordonnances à approuver dans la même séance. Le travail que je faisais avec lui de dix à onze heures du soir, était très utile à l'expédition des affaires et non moins agréable pour le ministre. Il conservait du reste une entière liberté d'esprit au milieu des rapports multipliés que je lui présentais; sa conversation était souvenl piquante et même enjouée sans sortir toutefois de sa dignité habituelle, et il couronnait gaiement un travail sérieux. C'était le dernier acte de sa journée royale. Un lit simple et peu élevé l'attendait près de son magnifique lit de parade (2). » « C'est dans ce travail particulier, — écrit encore le général Dupont, — qu'étaient rendues toutes les décisions urgentes et qui
(1) Arch. Dupont.
(2) Mémoires inédits du général Dupont.
n'exigeaient pas la discussion solennelle du Conseil ; c'est par là que je pouvais satisfaire à la multiplicité des objets de mon service. Il fallait multiplier le temps par son bon emploi, car une assiduité de quinze heures par jour suffisait à peine à l'expédition des affaires. L'activité de la correspondance était alors telle, que près de deux mille lettres se croisaient journellement dans mes bureaux (i). »
Le général Dupont eut assez d'influence sur le Roi pour en obtenir que les cadres des nouveaux régiments seraient formés uniquement avec les officiers de l'armée impériale, en tenant compte seulement de l'ancienneté, de la vigueur et des droits acquis. « La faveur ne pouvait trouver d'accès, — écrit-il; — c'est la justice éclairée qui a dicté les choix. » Si l'on examine les Etats militaires de cette époque, les Registres matricules des Archives de la guerre, on constate que les cadres des régiments sont composés d'officiers ayant des élats de services admirables, et ne comptent ni chouans ni émigrés; il en est de même pour les régiments du Roi, de la Reine et des Princes. On y rencontre à peine quelques noms à particule: 7, en tout, pour les colonels et les majors de 90 régiments d'infanterie de ligne et i5 régiments d'infanterie légère, soit pour 210 officiers. Dans la cavalerie, pour Ô7 régiments, il y a à la tête des corps i/j officiers nobles, ayant servi sous l'Empire, soit 100 roturiers sur n [\ colonels et majors de cavalerie. Il en est de même pour les autres armes. — Ainsi, au 10e régiment d'infanterie (Colonel Général à la réorganisation de 181/i), on voit, comme colonel, le comte d'Ambrugeac, sous-lieutenant en 1787, qui a fait les campagnes de 1810 et 181 1 en Espagne, la campagne de Russie, et celle de i8i3 h la Grande Armée, et a été blessé en Russie par un biscaïen. Le major de Martigny, qui avait d'abord servi à l'étranger, a fait la campagne de Russie à la Grande Armée et a reçu la décoration de la Légion d'honneur le 26 février 18 1 4 ; ce fut le Roi qui le nomma au 10e régiment, ainsi que le porte la note suivante qui figure au Registre Matricule: « nomination du Roi le 22 juin 18 1 4 ». — Au 80e régiment, le colonel marquis de Marguerie a des états de services superbes, dix campagnes, un coup de feu, deux coups de sabre et une contusion à Krasnoé. — Au 1e1' Hussards (régiment du Roi), tous les officiers nobles ont de très beaux états de services : le chef d'escadron de ïengry compte neuf campagnes, s'est brillamment comporté en Espagne, où il a reçu six blessures. — Le colonel baron d'Eulner, du 7e Hussards, a quinze campagnes, cinq blessures. — C'est à peine si, pour tous les régiments de l'armée, on compte quelques officiers, du grade inférieur, qui, nommés directement par le Roi, n'ont pas appartenu à la Grande Armée.
Il est donc d'une absolue fausseté que le général Dupont ait rempli de chouans et d'émigrés les cadres des régiments; il n'en mit pas un seul, et s'il s'en trouva quelquesuns, ils furent nommés directement par le Roi (2). C'est à la réorganisation de i8i5 que
(1) Époque de la Restauration (de la main du général Dupont). Arch. Dupont.
(2) Des accusations de même nature ayant été dirigées contre le successeur du général Dupont, le maréchal Soult y répondit, dans un Mémoire justificatif de i8i5, ainsi qu'il suit : « On m'assure que je suis accusé d'avoir provoqué, par diverses mesures injustes ou intempestives, le mécontentement des officiers de l'armée ; et d'abord, en favorisant à leur préjudice les officiers chouans, les vendéens et les émigrés. — La Cour sait bien que 1rs places et les faveurs accordées aux uns et aux autres, l'ont été par son ordre, et parce qu'elle a cru que c'était une justice, hlle doit même se rappeler qu'à cette époque les émigrés, les vendéens et les chouans se plaignaient amèrement, de leur côté, de ne pas obtenir tout ce qui leur était dû. Ces reproches contradictoires semblent attester assez que je ne suis tombé dans aucun extrême. »
MINISTÈRE DE l8l4 585
les abus se produisirent, et l'esprit de parti, qui ne se préoccupe guère de justice, les a mis à la charge du ministre de i8i4!
Un nombre assez important de gentilshommes appartenant à la haute noblesse de l'émigration entrèrent dans l'état-major général de l'armée, mais ce fut par l'intervention directe du Roi, et la plupart ne reçurent qu'un grade honorifique, ne conférant aucun commandement et ne donnant aucun droit à la solde. Au moment où le général Dupont quitta le ministère, le 3 décembre i8i4, il existait, dans l'Etat-Major Général, 320 généraux de division, dont 62, soit un cinquième, avaient été nommés depuis le mois de mai i8il\ ; de même, sur 585 maréchaux de camp, figuraient environ 80 généraux, introduits par le gouvernement de la Restauration. Mais on ne saurait trop insister sur ce point, que pas un seul des généraux de l'Empire n'avait été sacrifié, et que la plupart des nouveaux promus n'étaient nommés que pour tenir rang (1); et le général Dupont avait institué, le 3i mai, une commission pour examiner les demandes de grades et de décorations faites par les anciens officiers royalistes. Le 23 septembre, il écrivait au maréchal Pérignon, président de cette commission, pour lui faire part des intentions du Roi et préciser les conditions exigées pour l'obtention des grades ; dans sa lettre, il était dit notamment : « Les grades d'officiers généraux, d'après leur importance, seront tous au choix du Roi. Les maréchaux de camp seront pris parmi les colonels ayant au moins seize ans de service dans ce grade, et les Lieutenants Généraux parmi les maréchaux de camp ayant au moins dix ans de service dans ce grade. Les officiers qui sont restés constamment auprès du Roi ou des Princes et ne sont rentrés en France qu'avec eux, jouiront seuls de la faculté de compter toutes leurs années d'émigration comme service effectif. Les officiers qui obtiendront de l'avancement d'après les dispositions précédentes, recevront des brevets honorifiques de leurs nouveaux grades. Le ministre de la guerre proposera au Roi ceux qui seront jugés susceptibles d'être employés selon les besoins du service. — Approuvé, Louis. »
(1) i3 août, 18 nominations d'officiers généraux et 3 de colonels, dont 19 pour tenir rang. — 20 août, 8 nominations honorifiques dans le génie. — 23 août, 10 nominations pour tenir rang. — 24 août, 53 nominations de généraux et 4 de colonels, pour tenir rang ; presque tous les nouveaux promus, appartenant à la haute noblesse, avaient obtenu le grade de maréchal de camp ou de colonel avant la Révolution, beaucoup avaient plus de soixante ans de service et étaient des octogénaires ; le marquis de Crenolle était entré au service en 1749 et était maréchal de camp depuis 1780, ainsi que le marquis de Mauroy; le comte de Clusel, entré au service en 1750, était colonel de 1786. — 7 novembre, 34 nominations d'officiers généraux pour tenir rang ; etc., etc.
Le 3o juillet, M. de Saint-Simon, major de cavalerie, comptant i4 ans de service, i3 campagnes, 4 blessures, bien noté par le maréchal Ney, est nommé colonel.
Le 3i juillet, le chevalier de Bruslart, sous-lieutenant en 1769, maréchal de camp pendant l'émigration et employé constamment près de Monsieur, fut nommé maréchal de camp.
Le 8 août, le comte de Bruges, aide de camp de Monsieur, colonel de 1797, fut nommé maréchal de camp.
Le fait suivant caractérise les sentiments du général Dupont. Le 25 octobre i8i4, il propose pour le grade de lieutenant, un page de Napoléon, avec cette mention : « De Lacour, ancien page de Napoléon. Agé de 18 ans. Fils de feu le général Lacour, tué à la bataille d'Essling. À fait une campagne en qualité de page. Cet orphelin mérite les hontes du Roi, à cause des services de son père. » Le Roi approuve.
De même, la presque totalité des décorations de la Légion d'honneur accordées sur la proposition du général Dupont, étaient, comme nous le verrons [dus loin, destinées à récompenser des services de guerre. Et nous ferons encore remarquer que les demandes de grades et de décorations pour la Maison militaire étaient faites directement au Roi par les capitaines des compagnies, sans passer par le ministre de la guerre, qui n'était pas consulté à ce sujet.
Si, parmi les nominations nouvelles d'officiers généraux, certaines furent regrettables, la responsabilité doit évidemment remonter au Roi et aux Princes ; mais comment s'en étonner et comment faire un crime aux Bourbons de s'être montrés reconnaissants envers leurs fidèles et d'avoir écboué dans l'œuvre impossible de réconcilier le présent avec le passé? M. Thiers a fait de cette situation un tableau magistral et profondément vrai: « Soyons équitables, — dit-il ; — quelle tâche cruelle pour les Bourbons et les émigrés rentrés avec eux ! Il fallait donc qu'ils préférassent les soldats de Napoléon aux soldats de Condé, les acheteurs à vil prix du bien de leurs amis, quelquefois leurs bourreaux, à ces amis eux-mêmes, en laissant ceux-ci dans la misère ! Il fallait qu'ils préférassent les prêtres qui s'étaient soumis à la Révolution à ceux qui n'avaient jamais voulu pactiser avec elle ; il fallait qu'ils sussent si bien feindre à l'égard des classes nouvelles formées en leur absence, qu'ils parussent faire d'elles autant de cas, parce qu'elles étaient riches et spirituelles, que de la noblesse avec laquelle ils avaient vécu à la Cour dans leur jeunesse, en exil dans leur âge mûr! — Pour tout dire, en un mot, il fallait qu'ils s'arrachassent la mémoire, le cœur, pour paraître à la France les hommes qu'ils n'étaient pas ! On doit donc, en relevant sévèrement leurs fautes, se dire qu'il était bien difficile pour eux de ne pas les commettre. Révolution, contre-révolution, choses, hélas! bien redoutables, bien loin du vrai, dujuste, du possible ! L'une dépasse le but, l'autre veut revenir en deçà, aucune ne s'arrête au point juste. Mais pour l'excuse de l'une et de l'autre, il faut dire que si la première a le mérite d'être dans le sens du temps, la seconde a celui d'obéir aux plus nobles sentiments de l'âme humaine, le respect du passé, la fidélité aux souvenirs (i) ! »
Il convient aussi d'observer que, contrairement à l'idée qu'on s'en fait généralement, ce n'est ni avec le Roi, ni à la suite de l'étranger que l'émigration rentra en France. Lorsque Louis XVIII monta sur le trône de ses ancêtres, il y avait quatorze ans que presque tous les émigrés étaient revenus et, de gré ou de force, les enfants des Vendéens et des Chouans, les descendants des familles les plus illustres étaient entrés dans les armées impériales, où ils avaient bravement combattu : c'est ainsi que le troisième des La Rochejacquelin, Auguste, reçut à la Moskowa, où il était sous-lieutenant de carabiniers, un terrible coup de sabre qui lui coupa le visage au-dessous des yeux. Et dans leurs grandes chevauchées à travers l'Europe, tous ces rejetons des preux de l'ancienne France, portant le sac et le fusil, apprirent que « tout soldat est noble et que le grenadier a ses titres de gentilhomme écrits sur le papier de sa cartouche ».
« Ainsi, — dit Chateaubriand, — tout le raisonnement des pamphlets contre les émigrés, sophistique par la forme, n'est point solide par le fond : il porte sur une base fausse ; car la grande, la véritable émigration est depuis longtemps rentrée en France. Elle a pris des intérêts communs avec le reste des Français par des alliances, des places, des liens de reconnaissance et des habitudes de société. Tout se réduit donc à cette petite troupe de proscrits que Louis XVIII ramena à sa suite. Voudriez-vous que, dans son exil, le roi n'eût pas conservé un ami ? C'est ce qui arrive assez souvent aux princes malheureux. Vous êtes donc effrayés de quelques vieillards qui viennent, tout chargés d'ans et dépouillés par tant de sacrifices, se réchauffer un moment au soleil de la patrie ? Nous avons déjà parlé de
(i) Thiers. Histoire du Consulat et de l'Empire.
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leur détresse ; faudrait-il, pour mieux vous tranquilliser, qu'ils fussent encore durement rejetés par leur roi ? « Compagnons vieillis avec moi dans la terre étrangère, leur dirait le monarque, me voilà revenu dans mon palais ; j'ai retrouvé mon peuple, mon bonheur, la gloire de mes aïeux : vous, vous avez tout perdu pour moi ; vos biens sont vendus, les cendres de vos pères dispersées : adieu, je ne vous connais plus. » Et où iront-ils, ces compagnons du malheur du roi, ceux qui ont dormi dans l'exil, la tête appuyée sur les fleurs de lis presque effacées par le sang et les larmes ; ceux qui se consolaient en entourant de leurs respects et de leurs communes misères le roi de l'adversité ? Ne permettez-vous point que Louis XVII I leur prête un coin de son manteau ? Voulez- vous qu'il prenne un air sévère quand il les voit, qu'il ne leur adresse jamais une de ces paroles qui paient en France tous les services ? Vous le voulez indulgent, miséricordieux, et vous exigez qu'il soit ingrat? Admirons nos rois d'avoir été aimés dans le malheur et d'aimer dans la prospérité (i). » On ne saurait trop le répéter: non, le général Dupont n'a pas prodigué les grades aux chouans et aux émigrés au détriment des braves officiers qui avaient combattu sous Napoléon. Non seulement il donna pour officiers aux nouveaux régiments des hommes qui se recommandaient par leurs services de guerre, non seulement il conserva tous les officiers généraux des armées impériales, mais il fit remettre en activité vingt-trois généraux ou officiers supérieurs qui avaient été destitués ou réformés par pur caprice de l'Empereur et sans que leur conduite eût été l'objet d'aucun examen sérieux. Parmi ces officiers, on peut citer, outre Monnier et Duvignau, dont nous avons parlé à la fin du chapitre relatif à Marengo, les généraux Canuel, Gardane, baron Lejeune, Fournier, Donnadieu, Becker, Chabert, Pamphile Lacroix, Guérir) d'Etoquigny, Vaufreland, Piscatory, Desperrières, Desnoyers, les adjudants commandants Carrion-Nisas et Berthélemy, etc. (a).
(i) Chateaubriand. Mélanges politiques.
(2) Le général Gardane, ancien gouverneur des pages de l'Empereur et aide de camp de Napoléon, avait été afrecté à l'armée d'Espagne le 7 décembre 1809. Tombé malade et accusé de mollesse dans le commandement d'une expédition en Portugal, il fut suspendu de ses fonctions par ordre de l'Empereur, du 1 1 janvier 1811. Gardane, officier d'une grande intrépidité, avait été nommé général de brigade sur le champ de bataille par Moreau, le 23 floréal an Vil. Le général Dupont ayant prescrit une enquête sur sa conduite, le comte d'Erlon lui envoya le certificat suivant :
« Le commandement du 9e corps d'armée qui m'était confié, lors de l'expédition de Portugal en 181 1, m'ayant mis en rapports directs avec M. le général Gardane, et par conséquent à même de connaître exactement sa conduite en cette occasion, je me fais un devoir de certifier à S. È. le Ministre de la guerre, que, loin de mériter des reproches qui l'ont décidé à soliciter sa mise en non-activité, cet officier général a donné dans celte expédition de nouvelles preuves du zèle et des talents qui l'ont toujours fait distinguer dans sa carrière militaire.
« Paris, le a5 mai 181 4.
« Le lieutenant général, « Le comte cTErlon. »
Carrion-Nisas, officier d'une grande bravoure et écrivain militaire distingué, avait pris part à plus de soixante batailles ou combats, lorsqu'il fut destitué par ordre de l'Empereur, le -il\ juin i8i3, cet ordre portant que Carrion-Nisas « n'a aucunes qualités militaires et s'est lâchement conduit à Géra ». Cette accusation de lâcheté, que Napoléon distribuait si facilement aux plus braves officiers qui n'étaient point heureux a la guerre, était motivée simplement par ce fait que Carrion-Nisas n'avait pas cru devoir l'aire arrêter à Géra le major prussien de Lutzow, chef de partisans, qui s'était présente à lui en parlementaire. Ainsi privé arbitrairement de son grade, et absolument sans fortune, il s'engagea, comme simple soldat, dans le 2o'; régiment de dragons, le iô août i8i3, et y servit jusqu au 8 novembre suivant. Le colonel de ce régiment lui délivra un certificat constatant qu'il avait bravement pris part, comme volontaire, à toutes les all'aires, et cette attestation fut visée parles généraux comle Milhaud, La motte et Lhéritier. Remis en activité par le général Dupont, le colonel Carrion-Nisas fut chargé de travaux historiques au Dépôt de la guerre, le 9 décembre i8a5, et devint maréchal de camp le 19 novembre i83i.
Loin d'avoir proscrit les officiers de la Grande Armée, comme l'a si légèrement avancé le général Thoumas, le général Dupont ne perdit pas une occasion de les favoriser de tout son pouvoir. S'il mit de nombreux officiers à la demi-solde, c'est qu'il y fut impérieusement contraint par la réduction forcée des effectifs et par les nécessités budgétaires, conséquences des désastres occasionnés par les fautes de Napoléon. Le 22 juin, il fit approuver par le Roi l'avancement donné par l'Empereur à sept officiers de la Vieille Garde, quoiqu'un décret du Gouvernement provisoire eût déclaré nul et non avenu tout ce qu'avait pu faire Napoléon postérieurement à sa déchéance prononcée par le Sénat : « Ces sept officiers, — disait le ministre de la guerre, — peuvent être confirmés dans les grades auxquels ils ont été promus, car on ne peut supposer que ces récompenses aient été données à la faveur ou inconsidérément, puisqu'elles sont échues à ceux qui les méritaient par leur ancienneté dans le corps dont ils faisaient partie et que les emplois auxquels ils ont été nommés étaient vacants. »
Le général Dupont, pour témoigner combien il appréciait les services rendus par l'armée impériale, fit approuver par le Roi de nombreuses nominations faites par certains commandants en chef, savoir : 12 propositions d'avancement faites le 26 avril 181 4 par le général Maison ; 2o3 promotions faites à titre provisoire par le maréchal Suchet ; le 25 juin, 85 nominations au grade supérieur faites sous le gouvernement impérial; le 3i juillet, 35 nominations faites également à titre provisoire sous le précédent gouvernement ; le 10 août, 28 nominations provisoires faites dans les places de guerre; le i5 août, 47 promotions d'officiers faites par différentes autorités ; le 20 août, 20 nominations faites dans les places assiégées ; le 22 et le il\ août, 32 nominations faites dans les îles ; le 2 septembre, 5g nominations provisoires faites par différentes autorités, en i8i4 ; le Ier septembre, il fait nommer lieutenants en 2e, 8 sous-officiers d'artillerie de la Vieille Garde, etc., etc.
Des officiers généraux particulièrement propres à former les nouveaux régiments furent chargés de cette grande opération, — écrit le général Dupont. — Ils devaient, d'après leurs instructions, composer les rangs des hommes dont la jeunesse, les moyens physiques et l'expérience des camps offraient le plus d'avantages. Le choix des soldats demande un coup d'œil exercé. 11 faut apprécier chaque homme sous le rapport physique et moral, distinguer le brave
et bon soldat Une attention également juste et sévère a dû être appliquée à la formation des
cadres de sous-officiers dans les régiments. La compagnie est le premier élément des armées. L'influence la plus voisine du soldat est celle des sous-officiers ; elle est toujours présente dans la
caserne comme dans les camps. La bonne constitution des corps commence à leur habile choix
Quant à la préférence due aux officiers dans la formation des nouveaux corps, la supériorité des droits acquis, l'ancienneté de grade ont eu leur juste empire. La faveur ne pouvait trouver d'accès C'est ainsi que l'armée a reçu son organisation nouvelle. Elle a offert la même uniformité dans tous les corps, le même succès dans le choix des sous-officiers et des soldats, une élite semblable parmi les officiers des grades inférieurs, et surtout une distinction méritée dans les grades supérieurs. Les officiers en non-activité se sont retirés avec la liberté de choisir leur séjour et la perspective de reprendre l'activité de leurs emplois. Ils conservaient la moitié de leur traitement, faveur inconnue jusqu'alors dans les licenciements et les réorganisations des troupes
Les commandements et les emplois de l'activité dans les places fortes et les régiments ont dû ainsi être tous de nouveau confiés à l'armée qui les occupait déjà. Elle avait seule alors le droit et la faculté de les exercer. La valeur et la loyauté des officiers de l'émigration n'étaient pas dou-
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teuses, mais le grand âge de ses chefs et l'inexpérience de ses jils ne leur permettaient pas des emplois auxquels tant de braves avaient été formés par une si longue et si vaste guerre. C'est dans une munificence honorifique plus que dans des traitements militaires que le ministre de la guerre a trouvé les moyens de concilier la reconnaissance du trône et les droits du dévouement. Des grades honoriliques et sans émoluments ont été accordés aux principaux officiers de l'ancienne armée, et quelques emplois surnuméraires à un petit nombre de jeunes officiers seulement. C'est par cette faveur ou plutôt par cet acte de justice le plus inoffensif pour le trésor que l'on put concevoir, que s'est bornée l'administration de la guerre à l'époque de la Restauration (i).
Et voilà ce qui a permis aux historiens d'écrire que le général Dupont avait bondé les cadres de chouans et d'émigrés, d'officiers de l'armée de Condé ! ! La vérité est que les cadres des régiments qui combattirent à Waterloo, et qui constituaient une des plus belles armées qu'ait jamais eues la France, avaient été formés par Dupont, et qu'au retour de l'île d'Elbe il n'y fut fait aucun changement.
Par décret de Monsieur, en date du 22 avril, il avait été envoyé dans chacune des divisions militaires un Commissaire extraordinaire du Roi pour faire connaître les événements, assurer l'exécution de tous les actes du gouvernement provisoire et recueillir des informations sur toutes les parties de l'ordre public. — Sur la proposition du général Dupont, le général Marescot avait été nommé premier Inspecteur général du Génie, dès le 8 avril, et des décrets du 23 de ce mois avaient rétabli le général Lecourbe dans son grade de général de division, le général Carnot dans les fonctions d'inspecteur général du génie et le général Legendre dans son grade.
Un Arrêté de Monsieur, également du 23 avril, avait créé une Commission d'officiers généraux spécialement chargés de discuter les projets, propositions et affaires dont le ministre de la guerre leur ferait le renvoi, et de donner leur avis. Cette Commission serait sous l'autorité immédiate du ministre de la guerre, qui la présiderait quand il le jugerait convenable. Le 6 mai, le Roi ordonna qu'il serait formé près de lui un Conseil de la guerre, dont nous avons donné la composition. Le i3 mai, parut l'Ordonnance nommant les ministres définitifs.
Par Ordonnance du i5 mai, le titre de Colonel Général étant réservé aux princes du sang, sont nommés Colonels Généraux : le comte d'Artois, pour les Suisses; le prince de Condé, pour l'infanterie de ligne ; le duc d'Angoulème pour les cuirassiers et dragons ; le duc de Berry, pour les chasseurs et chevau-légers lanciers ; le duc d'Orléans, pour les hussards ; le duc de Bourbon, pour l'infanterie légère. Les colonels généraux du précédent gouvernement prennent le titre de premiers inspecteurs généraux de leurs armes respectives, sous les ordres des princes colonels généraux, et conservent le traitement, les honneurs et les prérogatives dont ils jouissent.
A partir du 16 mai, les généraux de brigade s'appellent maréchaux de camp et les généraux de division lieutenants généraux ; ils conservent le même uniforme.
(1) Epoque clr In Restauration (de la main du général Duponl). Arch. Dupont.
5f)0 LE GÉNÉRAL DUPONT
L'article 72 de la Charte constitutionnelle, donnée le 7 juin 18 14, portait le maintien de la Légion d'honneur, obtenu par le général Dupont. Le 21 juin, une Ordonnance royale adopta les dispositions suivantes :
La décoration de la Légion d'honneur portera à l'avenir, d'un côté l'effigie de notre aïeul Henri quatre, de glorieuse mémoire, avec cet exergue : Henri IV, Roi de France et de Navarre ; et de l'autre côté, trois fleurs de lys, avec cet exergue : Honneur et Patrie.
La plaque des Grands-Croix aura trois fleurs de lys, surmontées de la Couronne Royale, avec le même exergue : Honneur et Patrie.
Les Grands-Officiers porteront en sautoir la décoration suspendue à un ruban moins large que le Grand Cordon.
L'Ordre de Saint-Louis fut rétabli.
On a reproché au général Dupont d'avoir prodigué la décoration de la Légion d'honneur aux soldats de l'armée de Condé. C'est d'une fausseté absolue et nous en avons acquis la preuve par l'étude détaillée de toutes les Ordonnances qu'il a contresignées. Celles qui sont relatives à la Légion d'honneur sont au nombre de 3i, datées des 25 et 29 juillet, 5, 7, 12, 22, 23, ik, 25, 28 et 3o août, 3, 10, i4, 28 et 3o septembre, 3, 12, i5, 17 et 'i!\ octobre, Ier, 2, 9, 10, 12, 20, 21, 2/i, 25 et 26 novembre. Ces différentes Ordonnances ont accordé 2 g53 décorations de la Légion d'honneur, sur lesquelles 1 663 furent distribuées par le comte d'Artois' et le duc de Berry, lors de leurs voyages dans le Nord; l'Est et le Midi de la France, sans que le général Dupont ait été consulté à ce sujet ; de même, le Roi accorda 182 décorations à la Maison militaire sur la proposition directe des capitaines des compagnies. Le général Dupont obtint donc 1 108 décorations de la Légion d'honneur, dont il donna plus de 3oo aux Corps Royaux (Vieille Garde) et près de 800 aux généraux, officiers et soldats qui se recommandaient par de longs et honorables services de guerre. Parmi les généraux qu'il a fait avancer dans la Légion d'honneur, on peut citer : Lauriston, Campredon, Rogniat, Haxo, Dode, Milet de Mureau, Sorbier, Decaen, Foy, Gérard, Reille, Lecourbe, Ameil, Christophe, Doguereau, Ruty, Vallée, Neigre, Noury, d'Aboville, Kellermann, Rapp, Belliard, Latour-Maubourg, Bordesoulle, Clausel, Curial, Donzelot, Pully, Saint-Sulpice, Roguet, Barbou, Dumonceau, Durutte, Parthouneaux, Letort, Liger-Belair, Monnier, Legendre, Maupoint, Saint-Cyr Nugues, Ségur, Loverdo, Castellane, Rouelle, b0Q Desgenettes, etc., etc.
Nous n'avons pas trouvé que le général Dupont ait contresigné de nominations scandaleuses dans la Légion d'honneur. On a parlé de Lynch, mais le Lynch récompensé par le ministre de la guerre n'était nullement l'ancien maire de Bordeaux ; c'était un inspecteur aux revues, déjà général de division en 1793, et lorsque Dupont le fit officier de la Légion d'honneur, le 2 3 aoôt 181 4, il avait près de soixante ans. Nous voyons bien d'affreux scandales sous l'Empire, de ces scandales que, suivant l'expression du grand Berryer, la gloire ne saurait couvrir : la destitution de glorieux généraux, de vaillants officiers, par pur caprice du despotisme ; la parodie de justice de Baylen, qualifiée avec raison de monstrueuse par les hommes les plus éminents du barreau français ; l'éloignement du plus illustre de nos généraux, Masséna ; l'emprisonnement, à Anvers, d'hommes acquittés par une Cour d'assises régulièrement constituée et des avocats qui les avaient défendus ;
MINISTÈRE DE I 8 I /) 5q I
l'odieux traitement infligé à Pie VII... Nous ne voyons, dans l'administration du ministre de la guerre Dupont, rien qui ne soit de tout point honorable et de nature à tirer des circonstances le meilleur parti possible. Si les Bourbons commirent des fautes, elles furent assurément moins grandes et moins désastreuses pour la France que celles de Napoléon, et il n'était pas au pouvoir du général Dupont de les empêcher. Toutes ses paroles, tous ses actes témoignent de sa constante sollicitude pour les intérêts de cette armée où il avait eu sa place si glorieuse et dont il avait été éloigné par une iniquité sans précédent, et l'on ne peut se défendre d'un sentiment infiniment pénible en trouvant sous la plume d'un général français, du général Thoumas, ces lignes, contraires à toute vérité : « Il (Dupont) proscrivit les officiers de la Grande Armée et prodigua les grades et les décorations aux anciens soldats de l'armée de Condé. » C'est ainsi qu'en écrivant avec des livres, avec des Mémoires qui ne sont le plus souvent que le reflet des passions de leurs auteurs, on en arrive à fausser complètement l'histoire, au détriment des meilleurs serviteurs de la patrie.
Un Ordre du Jour du 3 juin porte que les Inspecteurs généraux chargés de l'organisation des nouveaux régiments sont invités à se rendre sans délai dans les divisions militaires qui leur sont affectées, afin de commencer leur travail. « La mission de MM. les Inspecteurs généraux a un grand but, — dit le général Dupont. — Elle va asseoir le sort de l'armée, réparer l'extrême désordre que le dernier gouvernement y avait jeté et la réorganiser suides bases stables et conformes aux principes militaires. Sa Majesté compte d'autant plus sur le zèle de MM. les Généraux inspecteurs et sur leur attention éclairée à apprécier les services, l'instruction des officiers de tout grade et leur dévouement à son trône, que son affection pour sa brave armée se manifeste tout entière dans les dispositions si particulièrement favorables de son Ordonnance du 12 mai. Sa Majesté a chargé son Ministre de la guerre de lui rendre compte très fréquemment des progrès de cette nouvelle organisation et de ceux des officiers généraux et autres qui mériteront d'attirer sa bienveillance et ses bontés royales. »
La liste des Inspecteurs généraux, arrêtée par le Roi, sur la proposition du ministre de la guerre, ne comprenait que des généraux de l'armée impériale, savoir :
Pour l'Infanterie.
Les Généraux Dupont-Chaumont, Fririon, Lorencey, Molitor, Schauenburg, Lecourbe, Charpentier, Sémélé, Grenier, Compans, Yillatle, Maurice-Mathieu, Clauzel, Foy, Michaud, Duhesme, Musnier de la Converserie, Rottembourg, Gazan, Levai et Milet Mureau.
Pour la Cavalerie.
• Les Généraux de La Grange, Bordesoulle, Digeon, Lacoste, Kellcrmann, Merlin, Saint- Germain, Roussel d'IIurbal, Doumerc, Exelmans, Défiance, Lafcrrière, Milhaud, Tilly et Pully.
Les Inspecteurs généraux d'artillerie furent désignés le Ier juillet.
Ici se place un incident que nous devons relater parce qu'il est une réponse aux assertions très inexactes contenues dans une lettre que le général \edel fit insérer dans la Revue
de l'Empire (n° de juillet 18^7), et qui a contribué à égarer l'opinion (1). Ce général, — qui pesa d'un poids si lourd sur la destinée du général Dupont, et dont les dépositions relatives aux événements de Baylen sont, comme nous l'avons prouvé, d'une inexactitude d'autant plus regrettable qu'elle servit de base aux odieuses accusations du procureur général de la Haute-Cour contre le général Dupont, — se fit solliciteur auprès de son ancien général en chef, devenu ministre de la guerre. N'ayant point été compris dans l'État du 3 juin qui désignait les Inspecteurs généraux d'infanterie et de cavalerie, il écrivit au général Dupont la lettre suivante :
A Son Excellence Monseigneur le Ministre de la Guerre,
Monseigneur,
Les instructions de messieurs les inspecteurs généraux sont sur le point de leur être remises: c'est pourquoi je rappelle à "Votre Excellence la promesse qu'elle a eu la bonté de me faire de ne point m'oublier dans ce travail, et de me comprendre dans ce nombre, soit pour l'inspection
(1) Cette lettre du général Vedel, écrite sept ans après la mort du général Dupont, doit être retenue, puisqu elle tend à fausser l'histoire, en présentant les actes du général Dupont sous le jour le plus inexact. Elle est ainsi conçue :
ci Paris, le 3o juin 18/J7.
« Comment le général Dupont, qui avait été battu avec une force de plus de 12000 hommes et de itx canons, pouvait-il compter qu'il serait sauvé par 5 000 hommes épuisés de fatigues, de chaleur, de faim et d'une marche forcée ? C'est cependant avec ces mômes soldats que je lui offris de profiter de l'avantage que j'avais remporté, en m'emparant des canons, en faisant des prisonniers, d'attaquer l'ennemi, de combiner nos attaques et d'eifectuer notre jonction en restant maîtres de nos mouvements. Pourquoi ce plan, que le général Privé appuya de tout son pouvoir, ne fut-il pas adopté? Pourquoi le général Dupont m'a-t-il arrêté dans mes succès par des ordres répétés et écrits, puisque je pouvais le tirer du mauvais pas où son ordre de marche sur Baylen l'avait mis? Pourquoi, en me réitérant cet ordre de suspendre mon feu, ne m'a-t-il pas fait connaître sa fâcheuse position ?
« Pourquoi, au contraire, m'a-t-il laissé dans la conviction qu'il avait remporté un succès sur les Espagnols, assez complet pour me faire cesser toute hostilité ? J'étais arrivé à temps pour prendre des canons, des drapeaux, faire 1 5oo prisonniers; pourquoi n'a-t-il pas profité de ces otages pour obtenir le passage de ses troupes et se replier sur la Manche ?
« Le général Dupont a pu, pour une défense où son honneur et sa vie étaient engagés, rejeter le blâme sur ses subordonnés : il arrive quelquefois que l'on agisse ainsi en pareil cas ; mais si Dupont eût eu la conscience des reproches qu'il m'adressait pour sa justification, comment, en arrivant au ministère en i8i4, m'aurait-il donné sa première signature pour m'investir de l'inspection générale, de la 8e division militaire ? Comment sa vie entière se serait-elle écoulée sans qu'il m'eût opposé d'autre dénégation qu'une lettre dans laquelle il me rappelait cette nomination?
« Je dois encore ajouter que je n'ai jamais vu, ni lu, et que j'ai formellement refusé de signer, de reconnaître la capitulation de Baylen ; que j'y ai été compris à mon insu, et que je m'y serais soustrait, au péril de nous tous, si le Conseil de guerre que j'ai assemblé à cet effet et sur lequel j'ai cherché à exercer toute mon influence, n'eût refusé la responsabilité d'une désobéissance à la discipline militaire, désobéissance qui entraînait la peine de mort, avant le décret que l'Empereur rendit le Ier mai 1812.
« Par décret du Ier mars 18 12 sur cette affaire, l'Empereur ordonna qu'il fût fait triple expédition de la procédure et des pièces y relatives pour être déposées aux archives ; ces pièces que j'ai réclamées et qui sont au nombre de 5p, n'ont pu être retrouvées, ni aux archives du royaume, ni à aucun ministère; ces pièces si importantes pour l'histoire et pour moi ont été soustraites en 1814 ; mais heureusement il reste en des mains particulières des documents authentiques qui feront foi, pour les écrivains dont le travail est grave et consciencieux ; il y a l'opinion de l'Empereur le premier juge du mérite et de l'honneur militaire.
« Comte de Vedel. »
E. de Ligny, l'écrivain de la Revue de l'Empire, qui insère cette lettre dans une Notice biographique sur le lieutenant général comte de Vedel, déclarant, qu'à son avis, elle constitue « le témoignage le plus grave qui ait encore été produit jusqu'à présent dans l'affaire de Baylen », notre devoir d'historien impartial est d'y répondre et d'en démontrer l'inexactitude.
MINISTÈRE D!i l8l4 •"»<)■>
d'une des 9» ou ic, 6° ou 18% 12e ou 20'', 21e ou 22e Divisions Territoriales ; ou pour l'inspection des places fortes qu'il conviendra à Votre Excellence de m'accorder. J'ai l'honneur d'être avec respect, Monseigneur,
Votre très humble et très obéissant serviteur, Le Comte de Vedel, Lieutenant Général, Commandant la ire Divon de l'armée de Lyon(i). Paris, rue du Helder, n° 8, Le 9 juin i8i4-
De sentiments très chevaleresques, le général Dupont fit taire de justes griefs, et il agit à l'égard du général Vedel avec cette générosité d'âme dont il donna la preuve à Berthier et à tous ceux qui l'avaient si indignement desservi : il le nomma à l'inspection générale de la 8e division militaire, le 20 juin i8i4-
Le général Vedel ne se contenta pas de cette faveur, comme en font foi les deux lettres suivantes :
Il suffit de se reporter à l'exposé que nous avons fait des événements militaires dans la journée du 19 juillet 1808, pour se rendre compte que, dans sa lettre du 3o juin 1847, 'e général Vedel présente de la façon la plus inexacte son rôle devant Baylen ; loin d'être victorieux, il avait été battu dans son attaque de droite sur la position très forte de l'Ermitage, et son succès à la gauche avait été obtenu sur deux bataillons espagnols qui, confiants dans la trêve, ne s'étaient pas défendus. Il semble ignorer complètement la présence de Lapefîa au Rumblar avec 10 000 hommes d'excellentes troupes, ce qui, en cas de continuation du combat, l'eût placé, avec ses 5 000 conscrits, épuisés de chaleur et de misère, au milieu d'une armée de /joooo hommes, victorieuse et possédant une formidable artillerie. Dupont n'avait pas « plus de 12 000 hommes et i!\ canons » à Baylen, comme l'avance Vedel, mais 9 200 et 21 pièces la plupart de petit calibre ; son ordre de marche sur Baylen était parfaitement approprié aux circonstances, et il eût été impossible d'en adopter un autre; ce qui avait mis le général Dupont dans un mauvais pas, c'était uniquement la désobéissance du général Vedel, désobéissance certaine et si extraordinaire qu'elle n'a jamais pu être l'objet d'aucune explication valable.
Personne, pas même Thiébault, n'a jamais considéré comme vraisemblable qu'en envoyant à Vedel son aide de camp Barbarin pour lui ordonner de cesser le feu, le 19 au soir, le général Dupont ne l'ait pas renseigné sur le combat de la matinée et lui ait donné à croire que cette lutte avait été une victoire. Ce ne sont pas des ordres répétés que le général Dupont envoya au général Vedel pour lui faire cesser le feu, mais un seul ordre écrit, dont nous avons donné la teneur.
INous avons prouvé qu'il n'est pas non plus vraisemblable que le général Vedel ait eu la moindre chance de dégager le général Dupont.
Il est très inexact que la première signature du général Dupont, en arrivant au ministère, ait été pour donner une inspection générale à Vedel, puisqu'il n'obtint cette faveur que le 20 juin, sur sa sollicitation, comme nous venons de le démontrer ; on s'explique mal comment, après avoir reçu une grâce qu'il sollicitait de la bonté du ministre, il a pu songer à s'en faire une arme contre celui qui la lui accordait.
11 n'est pas exact que le général Dupont ait passé sa vie entière sans opposer de dénégation aux assertions du général Vedel, puisqu'il publia, dans cette intention, en 1823, une brochure intitulée: Lettres sur l'Espagne en 1808, à M. le comte D..., et un second écrit, en 1827, sous le titre : Observations sur l'Histoire de France par M. l'abbé de Montgaillard.
11 n'est pas exact que le général Vedel n'ait jamais du ni lu (2) la capitulation de Baylen, puisque deux copies de cette capitulation, dont une certifiée littérale par Castanos et Tilly le i!\ juillet 1808, figurent dans les papiers qui lui ont été saisis à Marseille en 1808. Il n'est pas exact non plus, qu'il ait refusé de signer la capitulation, puisqu'on ne lui demanda jamais de la signer, et il n'a pas refusé de la reconnaître, puisque dans la matinée du 21 juillet et avant d'avoir pris lavis de ses généraux, il écrivit au général Reding qu'il acceptait la capitulation, et qu'il envoya, le même jour, son acceptation au général Dupont.
Quant à l'insinuation, à peine voilée, que le général Dupont aurait soustrait en 181/j les papiers saisis au général Vedel en 1808, nous répondrons par ce seul fait, que ces pièces, au nombre de 59, existent au ministère de la Justice, et que, pour le triomphe de la vérité historique, nous les publions presque toutes.
(Voir plus loin la réponse de la comtesse Dupont au général Vedel.")
(1) Arch. Guerre.
(2) Dans ses Mémoires militaires sur la campagne d'Andalousie en 1808, le général Vedel écrit: « Le a'i. jour même où je reçus copie de lu Cufùtidntion de Baylen, on commença à l'exécuter à Mengibar. »
Le Général Di pont, 111. — 38
g4 LE GÉNÉRAL DUPONT
Monseigneur,
Votre Excellence connaît toute l'injustice que j'ai éprouvée, et m'a donné une marque particulière de l'intérêt qu'elle avait pris à mes malheurs, en me nommant Inspecteur général d'armes. Je crois donc pouvoir m' adresser à elle avec confiance pour solliciter de Sa Majesté une grâce que me paraissent mériter mes longs services.
Quoique plein de confiance dans la bonté du Roi, je ne doute pas que Sa Majesté ne daignera m'ètre plus favorable, si Votre Excellence veut bien lui mettre sous les yeux mes services, mes malheurs, et mon dévouement à son auguste personne ; et solliciter en ma faveur le grade de Grand Officier de la Légion d'honneur.
Je suis avec respect, Monseigneur,.
Digne, le 3o juillet i8i4-
Le Comte de Vedel, Ll Gal Inspecteur Général d'armes (i).
Monseigneur,
Dans le courant de juin dernier, j'ai remis à Sa Majesté une demande détaillée de mes services sollicitant pour récompense l'Ordre Royal et militaire de Saint-Louis ; cette supplique vous a été renvoyée du Secrétariat d'État suivant la lettre d'avis que j'en ai reçue, sans qu'il ait été fait suite dans vos Bureaux. Ce qui me détermine à vous en adresser une nouvelle en priant Votre Excellence, qui m'a déjà fait oublier une partie de mes malheurs, de les cicatriser entièrement, en voulant bien être l'interprète de mon dévouement absolu au service du Roi.
Je suis avec respect, Monseigneur
Le Comte de Vedel, L' Gal Insp1' Gal dans la 8e Divon Mil" (2). Digne, le Ier août i8i4-
Le général Dupont accorda la croix de Saint-Louis, demandée par le général Vedel.
Sur la proposition du général Dupont, le Roi rendit, le 21 juin i8i4» une Ordonnance instituant dans chaque Division militaire, un commandant supérieur, avec le titre de Gouverneur, intermédiaire entre le grade de général de division et celui de maréchal de France. Furent nommés Gouverneurs : le général Maison, le maréchal Oudinot, le maréchal Kellermann, le maréchal Ney, le maréchal Masséna, le maréchal Suchet, le général Decaen, le maréchal Soult, le maréchal Jourdan, le maréchal Mortier, le maréchal Augereau, le maréchal Macdonald.
Le ier août parut une Ordonnance portant organisation du Dépôt de la guerre et du Corps des Ingénieurs géographes. Dans un Rapport au Roi, en date du Ier juillet, relatif à une augmentation de la Carte des Chasses, le général Dupont faisait remarquer « que des commissaires étrangers ont enlevé du Dépôt les intruments, les cartes gravées qu'on n'avait pas eu le temps de faire partir, ainsi que 700 volumes de la Bibliothèque ».
Un des plus graves griefs qu'on ait fait au général Dupont, et avec une stupéfiante légèreté, c'est d'avoir, a-t-on dit, voulu supprimer les maisons de la Légion d'honneur : il suffisait pourtant, pour constater qu'il était resté complètement étranger à cette mesure, de lire tout simplement les ordonnances incriminées.
(1) Arrh. Guerre.
(2) Arch. Guerre.
MINISTÈRE DE l8l ^ 5g5
Il existait, en 181/i, outre la maison principale de Saint-Denis, quatre établissements formés à Écouen, à Paris, aux Barbeaux et aux Loges, pour l'éducation des orphelines de la Légion d'honneur. L'Ordonnance du 19 juillet 181/4 réunit la maison d'Ecouen à celle de Saint-Denis, et ordonna la suppression des trois autres établissements d'éducation, chargeant le chancelier de la Légion d'honneur de régler le mode et l'époque des suppressions. L'article 20, très significatif, était ainsi conçu : « Le chancelier de la Légion d'honneur est chargé de toutes les parties d'administration de cette institution et du travail qui y est relatif. Il jouit des honneurs et prérogatives attachés aux grands cordons de cet Ordre. Signé: Louis ; et, plus bas, Blacas d'Aulps. » — Dans tout cela, il n'est fait aucunement mention du ministre de la guerre.
Cette mesure, imaginée par l'abbé de Pradt, chancelier, excita de vives protestations que la Chambre des Députés eut à examiner, dans sa séance du 16 août. Nous ne nous y arrêterons pas autrement, puisque nous nous occupons uniquement du général Dupont, que cette affaire ne concernait en rien. Nous nous bornerons à dire que sur les observations qui lui furent faites, le Roi revint sur la décision du 19 juillet, et rendit, le 27 septembre 181/i, une Ordonnance maintenant les établissements de Paris, des Barbeaux et des Loges ; elle commençait par ces mots : « «Sur le compte qui nous a été rendu à cet égard par le Ministre de notre Maison », et se terminait par un article ainsi conçu : « Art. 6. Le Ministre de notre Maison et le chancelier de la Légion d'honneur sont chargés de l'exécution de la présente Ordonnance. Signé: Louis. Par le Roi, signé: Blacas d'Aulps. » Ce libellé montre clairement que les seuls responsables de la suppression des maisons de la Légion d'honneur étaient l'ex-archevêque de Malines et le ministre de la Maison du Roi ; mais cela n'a nullement empêché les historiens d'accuser le général Dupont d'avoir voulu jeter sur le pavé et vouer fatalement aux maisons de débauche les pauvres enfants de tant de braves officiers qui avaient versé leur sang pour la patrie ! I Nous répéterons, sans nous lasser, ces trois mots qui résument les accusations portées contre le général Dupont, depuis Baylen jusqu'à la fin de son ministère: erreurs, sottises, mensonges.
L'attitude du général Dupont dans la question des Invalides a été également représentée de la façon la plus inexacte, en lui prêtant, contrairement aux faits, des intentions d'inhumanité qui n'ont certainement jamais été les siennes et que toute sa vie dément. Voici la vérité.
Les longues et sanglantes guerres de l'Empire ayant considérablement augmenté le nombre des soldats blessés, on avait dû créer deux succursales de l'hôtel des Invalides, à Avignon et à Arias. Au Ier avril 181/j, l'effectif total de ces trois établissements se montait à 6 676 hommes, donnant lieu à une dépense annuelle de [\ 800000 francs. Tout portant à croire que la France entrait alors dans une longue période de paix, le général Dupont se préoccupa de chercher les moyens qui, sans léser en rien les droits acquis par les soldats mutilés, pourraient permettre de ne conserver que l'hôtel fondé par Louis XIV, et susceptible de recevoir 4 200 hommes ; mais jamais il n'entra dans sa pensée de licencier, c'est-à-dire d'expulser des invalides, et, de fait, il n'en fut pas licencié un seul. Tout ce que M. Thiers a conté à ce sujet est d'une complète et surprenante inexactitude.
5g G LE GÉNÉRAL DUPONT
Le général Dupont pensait, avec raison, que parmi les jeunes hommes amputés d'un bras ou d'une jambe, il devait s'en trouver un bon nombre capables encore d'exercer certaines professions, de se rendre utiles dans les travaux des champs, et qui préféreraient le pays natal et la liberté, avec une pension suffisante, à l'existence et à la discipline de la caserne, dans le fastueux hôtel de Paris. Il se proposa donc, non pas, comme on l'a perfidement inventé, de licencier une partie des invalides, mais de leur donner la faculté de choisir entre le maintien dans les établissements existants, ou la rentrée dans leurs foyers, avec une solde de retraite supérieure au tarif ordinaire. A cette époque, la solde de retraite, à 3o ans d'activité, campagnes non comprises, était de 3oo francs pour l'adjudant, 200 francs pour le sergent, 170 francs pour le caporal et i5o francs pour le soldat; le général Dupont offrit aux invalides qui préféreraient vivre dans leurs villages : pour ceux qui avaient perdu deux membres ou la vue, 800 francs à l'adjudant, Goo francs au sergent, 5oo francs au caporal, /j5o francs au soldat ; pour la perte d'un membre, ces chiffres devenaient respectivement, 600, 4oo, 34o et 3oo francs; et pour les blessures ou infirmités n'occasionnant pas la perte d'un membre, 5oo, 34o, 280 et 2/40 francs. — Les invalides avaient trois mois pour opter, à partir du 12 septembre i8i4-
Ces conditions, spécifiées dans une Ordonnance du 12 septembre, parurent à ce point avantageuses aux intéressés que les demandes de départ de l'hôtel et de ses succursales, ne tardèrent pas à affluer. Une Note du 5 novembre est ainsi conçue : « On propose au Roi d'accorder la solde de retraite à 5oo militaires qui ont demandé à sortir de l'hôtel royal des Invalides pour profiter dans la fixation de leur pension de la faveur déterminée par l'Ordonnance du 12 septembre dernier. Ces Invalides coûtaient à l'Etat sur le pied de 713 francs par homme, 356 5oo francs. Leurs pensions, dont le taux moyen est de 285 francs par tète, ne coûtent que 1^2 775 francs. Economie, 4^8 francs par homme, et pour le tout, 2i3 725 francs. Approuvé : Louis. » Dans un Rapport du chef de la 5e division du ministère de la guerre, en date du 4 décembre 181/i, il est dit: « En vertu de l'Ordonnance du 12 septembre, 865 invalides étaient déjà au 4 décembre rentrés dans leurs foyers, pour y jouir de leur pension, et 1 200 autres avaient sollicité et allaient obtenir la même autorisation. » Et c'est au sujet de cette mesure si sage, que M. ïhicrs, dénaturant les faits, a écrit que Dupont avait renvoyé dans leurs foyers une partie des invalides, en leur allouant une pension annuelle de 25o francs, très insuffisante pour leurs besoins « pendant qu'on prodiguait les secours, les grades même, à des hommes qui avaient porté les armes contre la France. » A écrire ainsi l'histoire, à prétendre que le général Dupont expulsait de leur asile des soldats mutilés, on arriverait vite à affirmer que saint Vincent de Paul recueillait les petits enfants uniquement pour se donner le plaisir de les martyriser.
Afin de ramener le plus rapidement possible l'effectif des invalides au chiffre de 4 200, permettant la suppression des succursales d'Avignon et d'Arras, le général Dupont songea à rendre à leurs souverains respectifs les militaires mutilés qui, en vertu du traité de paix du 3o mai, avaient cessé d'être Français. L'Ordonnance du 12 septembre spécifia qu'à leur sortie de France il leur serait alloué une gratification variant de 100 à i5o francs, pour se rendre des frontières dans leurs foyers. Au commencement de novembre, le chef du bureau des invalides (5'' division) écrivait au sujet de ces invalides devenus étrangers : « Son excellence (Dupont) a jugé qu'il ne convenait pas de les forcer à quitter l'hôtel sans
MîWSTfinE DE l8l'| 5Q7
que leur sort eût été assuré à l'avance, et, par conséquent, ce n'est que dans quelques mois qu'on pourra les faire partir. On n'en a mis en route qu'une dizaine qui ont volontairement réclamé des feuilles de route. Ces détails convaincront, j'ose l'espérer, Son Excellence, qu'on n'a rien négligé pour hâter la suppression des succursales ; mais que comme elle ne peut s'opérer que lorsque l'effectif sera réduit à k 200 hommes, et qu'il est encore de 5 600 hommes, il ne peut être pris de mesures à cet égard, que lorsque l'on aura assuré le sort de l'excédent au complet, qui est encore en ce moment de 1 l\oo hommes. Signé: Goulhot. »
Telle est la vérité, appuyée sur des documents irréfutables. Qu'on la compare aux odieux racontars des écrivains de tout un siècle, et l'on verra le cas qu'il faut faire de la justice des hommes et des histoires les plus réputées.
Nous allons maintenant examiner la réorganisation des Écoles militaires, au sujet de laquelle M. Thiers, continuant à fausser complètement l'histoire, a écrit ce qui suit : « Enfin, une mauvaise pensée du ministre de la guerre à l'égard des écoles militaires compléta cet ensemble de mesures malencontreuses. Voulant réduire à une seule les trois écoles militaires de Saint-Cyr, de Saint-Germain et de La Flèche, pour leur donner, disaitil, plus d'unité et pour faire jouir la noblesse du royaume des avantages qui lui étaient accordés par Fédit de janvier 1 76 1 , le ministre avait fait décider par ordonnance royale, la réunion des trois écoles en une, qui devait être celle de Saint-Cyr. Le texte de l'ordonnance semblait annoncer l'intention d'écarter des écoles militaires la bourgeoisie, pour y introduire exclusivement la noblesse, qui dès lors serait seule en possession de la carrière des armes, comme c'était l'usage autrefois. » — Voici la vérité.
La pensée qui dirigea le général Dupont dans la réorganisation des Ecoles militaires fut que la France, entrant selon toute vraisemblance dans une longue période de paix et possédant une réserve de plus de 20000 officiers de tous grades, sans emplois, et qu'il importait de replacer au plus vite, il suffisait d'un seul établissement formant des officiers d'infanterie et de cavalerie; et il en fut ainsi, en effet, jusqu'en 1870. A la chute de Napoléon, l'Ecole spéciale militaire d'infanterie était à Saint-Cyr, et celle de cavalerie, créée en 1809, était au château de Saint-Germain, où elle laissait beaucoup à désirer, à cause de la disposition défectueuse des locaux et du manque d'espace pour les exercices ; à La Flèche se trouvait un Prytanée militaire formant des élèves pour Saint-Cyr ; le général Dupont songea à conserver l'établissement de La Flèche, comme école préparatoire à l'École Royale militaire, et à placer celle dernière à Paris, dans les vastes et magnifiques bâtiments construits sous Louis XV, par Gabriel, ayant comme terrain de manœuvres le superbe emplacement du Champ-de-Mars. Il fit donc rendre, le 3o juillet, une Ordonnance ainsi conçue :
Ayant reconnu qu'une seule Ecole militaire pourrait suffire aux besoins du service, Désirant en outre récompenser les services des officiers généraux et supérieurs de nos armées, et faire jouir la noblesse de notre Royaume des avantages qui lui ont été accordés par l'Edit de
noire aïeul, du mois de janvier [701, relatif à la fondation de l'Ecole Royale militaire,
Art. Ier. — Les trois écoles militaires de Saint-C)r, de Saint-Germain et Prytanée militaire de La Flèche sont supprimées.
5f)8 LE GÉNÉRAL DUPONT
Art. 2. — L'École Royale militaire, créée par édit du mois de janvier 1761, sera rétablie avec les modifications que les circonstances exigent
Art. 3. — Cette Ecole sera établie le plus tôt qu'il sera possible, à Paris, dans les bâtiments de l'ancienne Ecole militaire. En attendant, elle sera placée dans le local qu'occupe l'École de Saint-Gyr.
Art. 4- — Tous les élèves qui font partie de l'École de Saint-Cyr et de celle de Saint-Germain seront maintenus dans la nouvelle Ecole et y jouiront des mêmes avantages.
Art. 5. — L'École Royale et militaire de La Flèche sera également rétablie sur l'ancien pied, sauf les changements nécessaires. Elle servira d'École préparatoire à l'École Royale et Militaire de Paris.
C'est dans la seconde phrase du préambule de cette Ordonnance, que M. Thiers, poussé par on ne sait quelle étroitesse d'esprit, a vu une mauvaise pensée du ministre de la guerre et son intention de réserver les écoles militaires exclusivement à la noblesse. Le général Dupont était assurément fort incapable d'un pareille sottise, et il suffit, pour démontrer l'inanité de l'accusation portée par M. Thiers, d'examiner et l'Édit de 1761 et les mesures ordonnées par le ministre de la guerre avant la séance de la Chambre des Députés, du 4 octobre 18 i/i, où la question des écoles militaires fut portée à la tribune.
L'Edit du mois de janvier 1751 portant création d'une Ecole Royale militaire avait été rendu, non pas pour faire de la carrière des armes le privilège exclusif de la noblesse, mais dans le but très louable de venir en aide à la noblesse pauvre du royaume, en lui facilitant l'éducation de ses enfants, et cette création répondait à la même pensée généreuse qui avait institué l'hôtel des Invalides pour les soldats et officiers mutilés, et la Maison de Saint-Cyr pour les jeunes filles pauvres de la noblesse. Si, dans l'Édit de création de l'École Royale militaire, il n'est fait mention que de la noblesse, cela tient uniquement à ce qu'à cette époque, la noblesse s'adonnant à peu près exclusivement à la carrière des armes, presque tous les officiers étaient nobles ; un grand nombre étaient sans fortune ou se ruinaient à la guerre. Le Roi obéissait donc à un sentiment élevé en créant un établissement pour y faire l'éducation de 5oo gentilshommes nés sans biens et destinés à porter l'épée. Cette pensée est noblement exprimée dans le préambule de l'Édit, ainsi conçu :
Mais nous n'avons pu envisager sans attendrissement, que plusieurs d'entre eux, après
avoir consommé leurs biens à la défense de l'État, se trouvassent réduits à laisser sans éducation des enfants qui auraient pu servir un jour d'appui à leur famille, et qu'ils éprouvassent le sort de périr ou de vieillir dans nos armées, avec la douleur de prévoir l'avilissement de leur nom
dans une postérité hors d'état d'en soutenir le lustre Nous avons résolu de fonder une École
militaire, et d'y faire élever sous nos yeux cinq cents jeunes Gentilshommes nés sans biens, dans le choix desquels nous préférerons ceux qui, en perdant leur père à la guerre, sont devenus les
enfants de l'État en sorte que l'ancien préjugé qui a fait croire que la valeur seule fait
l'homme de guerre, cède insensiblement au goût des études militaires, que nous aurons introduit
L'article XIII de l'Édit confirme encore nettement le but de l'institution :
Comme nous nous sommes particulièrement proposé dans cet établissement d'en faire un secours pour la Noblesse de notre royaume, qui est hors d'état de procurer une éducation convenable à ses enfants, nous voulons et entendons qu'il n'y ait que cette espèce de Noblesse qui y ait part.
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L'Édit de 1751 ne créait donc un privilège que pour la pauvreté, et en s'y reportant, Louis XVIII ne pouvait avoir en vue qu'un but de charité, nullement exclusif, lui permettant de témoigner sa reconnaissance à sa noblesse devenue pauvre pour lui avoir montré un dévouement sans bornes; rien n'autorise à penser que son intention ait pu être de réserver l'École militaire à cette seule noblesse, comme l'avance M. Thiers, et ce qui le démontre péremptoirement, c'est que sa première pensée, dans la phrase incriminée, est de « récompenser les services des officiers généraux et supérieurs » des armées françaises, alors presque tous roturiers, et que, dans l'article [\ de la même Ordonnance, il est spécifié que « tous les élèves qui font partie de l'Ecole de Saint-Cyr et de celle de Saint-Germain seront maintenus dans la nouvelle Ecole et y jouiront des mêmes avantages ». Enfin, dans l'Ordonnance du 23 septembre, rendue également sur le Rapport du général Dupont, il est dit qu'il pourra être admis 600 élèves à l'Ecole de La Flèche et /ioo à l'Ecole de Saint- Cyr, qui seront élevés aux frais de l'État, et la rédaction de l'article 7 suffit à prouver que le général Dupont n'avait jamais eu l'intention d'aristocratiser les Ecoles militaires; cet article s'exprime ainsi :
Art. 7. — Pour être susceptible d'obtenir une place d'élève (à La Flèche), il faudra : que le
candidat ail plus de huit ans et moins de dix Qu'il n'ait aucune infirmité, qu'il sache lire et
écrire, que les parents justifient qu'ils sont tous hors d'état de pourvoir aux frais d'éducation de leurs enfants.
Notre intention est que, parmi les candidats qui rempliront toutes les conditions requises, on choisisse de préférence ceux qui seront orphelins de père et de mère ; ceux dont le père aura été tué sur le champ de bataille ou sera mort de ses blessures ; et successivement ceux à qui la position de leurs familles rendra des secours plus nécessaires pour faire leur éducation.
Comme on le voit, il n'est pas fait mention de noblesse, et les élèves choisis de préférence sont les orphelins et ceux dont le père aura donné sa vie à la patrie. M. Thiers et les historiens qui ont répété ses inexcusables accusations contre le général Dupont, ne se sont-ils donc pas même donné la peine de lire un seul des documents sur la matière, ou bien ont-ils pensé que tous les moyens sont permis pour vilipender un homme de bien parce que Napoléon l'aura choisi comme victime?
Comme nous l'avons dit, la question des écoles militaires fut portée à la tribune de la Chambre des Députés, le [\ octobre 181 4. M. Lajard, membre de la Commission des pétitions, plus consciencieux que M. Thiers, fait remarquer que dans le préambule de l'Ordonnance du 26 juillet, le Roi s'est d'abord préoccupé de récompenser les services des généraux et officiers supérieurs des armées, et que ces armées qui pendant vingt ans ont fait trembler l'Europe étaient composées de Français de toutes les classes. Quant à la seconde partie de ce préambule, relative aux avantages que le Roi se propose d'accorder à la noblesse, il est certain, dit l'orateur, que Sa Majesté n'a pas pu avoir l'intention de n'admettre que des enfants de familles nobles, puisque la Charte déclare que les Français sont admissibles aux emplois civils et militaires.
La même question revint à la Chambre le 19 octobre. M. Dampmartin, rapporteur de la Commission, observe que le ministre chargé de l'exécution de l'Ordonnance du 26 juillet, trouve, dans les sentimenlsqui l'animent, près d'une juste haine des abus du pouvoir arbitraire, le respect pour les principes constitutionnels et monarchiques. Il ajoute que
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l'Ordonnance du 23 septembre dissipe toutes les craintes et ne peut que pénétrer de reconnaissance; avec la sollicitude d'un père, le Roi rend susceptibles du bienfait de l'éducation militaire les enfants de tous ses sujets; la dignité du souverain lui inspire une attention particulière pour les fils de ceux qui ont rendu des services à l'Etat. L'orateur ajoute que la réponse faite par le ministre de la guerre aux demandes de plus de 3oo pères de famille ne renferme aucune condition gui porte la moindre atteinte aux droits communs à tous les Français. — Sur la proposition de M. Dampmartin, la Chambre, adoptant ses conclusions, passe à l'ordre du jour et ordonne l'impression du Rapport.
Enfin, dans une Ordonnance du 18 novembre 181/i, relative aux élèves devant payer pension, le général Dupont précise encore le rôle des écoles militaires, en insérant dans le préambule cette phrase : « ... Voulant maintenir l'esprit dans lequel les écoles militaires ont été instituées et dont le but est de venir au secours des familles pauvres pour l'éducation de leurs enfants... » Et il propose au Roi d'accorder des places d'élèves à vingt enfants dont les parents sont dans l'impossibilité de les faire élever. « Tous sont fils de militaires, et ont des droits aux bienfaits de Votre Majesté. »
Estimant le général Dupont à sa valeur, pour le labeur écrasant auquel il se consacrait et pour la rectitude de tous ses actes, la Chambre, qui savait à quoi s'en tenir au sujet des événements de Baylen, lui avait donné sa confiance. Elle le fit bien voir dans la circonstance suivante.
Le ministère de l'administration de la guerre ayant été supprimé par le gouvernement de la Restauration, le général Dupont avait dû faire rentrer le service administratif de l'armée dans ses attributions. Jusqu'alors le service des vivres avait été assuré tantôt par des munitionnaires, tantôt par le système de la régie entre les mains des commissaires des guerres, pratiqué depuis 1807. Le système des traités avec des fournisseurs offrait l'avantage de préciser les dépenses à l'avance et de les simplifier. Pour s'éclairer, le général Dupont fit établir une comparaison entre les résultats du service de la régie et de celui des munitionnaires depuis le commencement de la guerre : le second système ayant été reconnu plus économique, le ministre se détermina à l'adopter. Toutefois, au lieu de traiter directement avec les fournisseurs, sous sa seule responsabilité, comme le faisaient ses prédécesseurs, le général Dupont trouva préférable de soumettre les conventions au Roi et de consacrer le traité par une décision royale. C'est ainsi que Louis XVIII choisit, comme munitionnaire, M. Doumerc, petit-fils d'un ancien fournisseur des vivres, sous la monarchie.
« J'avais une juste confiance dans le nouveau munitionnaire, — écrit le général Dupont, — mais pour le fortifier dans ses principes, je lui dis, en lui remettant le service : « Voilà le traité approuvé par le Roi. Il en doit être plus fidèlement observé. J'espère qu'il accomplira son cours, mais si j'apprends que la moindre faveur, le plus mince présent a eu lieu, le marché sera rompu aussitôt. » Après avoir pris cette précaution, je la rendis publique (1) ».
(1) Epoque de la Restauration , par h général Dupont (Arch. Dupont).
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Mais, comme le remarque fort bien le général Dupont, « quelque vigilante et sévère que soit l'administration, elle est un champ ouvert aux ennemis du pouvoir, et c'est là qu'ils viennent essayer leurs forces. La discussion publique des affaires dans le régime représentatif, tient toujours la lice prête a recevoir les dénonciations de la cupidité trompée ou les attaques de la politique déçue ». On fit donc parvenir à la Chambre une pétition dénonçant le marché des vivres, qui fonctionnait régulièrement depuis plusieurs mois. La Chambre nomma des commissaires pour faire une enquête, et le général Dupont s'empressa de leur ouvrir ses cartons et de leur communiquer toutes les pièces relatives au service incriminé.
Dans la séance de la Chambre des Députés, du i3 octobre, M. Lefevre-Gineau, rapporteur de la commission, après avoir longuement exposé les détails du marché, conclut ainsi : « Par toutes ces considérations, votre commission, à l'unanimité, pense que la conduite de M. le Ministre de la guerre est irréprochable, et vous propose de passer à l'ordre du jour sur les pétitions. » Différents orateurs se succèdent à la tribune : aucun n'attaque le général Dupont. M. Lemotheux-Daudier dit que le Ministre est « animé des intentions les plus pures », et « qu'il convient de repousser des plaintes qui ne sont suggérées que par une basse cupidité ». — M. Charles Duluc parle de « l'impartialité parfaite » du Ministre. — M. Blanquart de Bailleul assure qu'il a « la conviction la plus intime de la fausseté des imputations faites au Ministre ». — M. Sartelon dit: « la discussion est allée assez loin pour qu'il ne reste aucun doute sur les principes justes et raisonnables du Ministre. » — M. Bouvier dit: « Le Ministre a pris tous les moyens d'opérer avec sagesse dans la conclusion du marché. » — M. Gourlay jeune dit: « Si depuis six semaines que la commission est investie de cette affaire, elle avait remarqué dans la conduite du Ministre la moindre culpabilité, elle n'aurait point hésité à vous le déclarer pour le poursuivre au tribunal de l'opinion publique ; tout dépose en faveur de sa bonne gestion ; hâtez-vous donc de passer à l'ordre du jour. »
La conclusion du rapporteur de la commission fut mise aux voix et adoptée à l'unanimité moins trois voix. Le Roi fit le plus gracieux accueil au ministre de la guerre. « Je vois avec plaisir, lui dit-il, qu'il ait manqué quelques voix à l'unanimité, pour montrer que l'attaque a été sérieuse et la victoire décisive. »
Ce fut le triomphe de l'honnêteté sur la « basse cupidité », et il serait difficile de l'imaginer plus éclatant, plus complet. Pourtant, il n'a pas été jugé suffisant par des écrivains dont le parti pris et la passion se refusent à toute étude impartiale des faits. On a prétendu qu'un ministre de la guerre ne doit pas être soupçonné, surtout quand pèse sur lui le souvenir d'une capitulation en rase campagne, qu'il aurait conclue, — ose-t-on écrire, — pour sauver le produit de ses vols. Il est facile de répondre à cela : i° que rien ne saurait empêcher un honnête homme d'être, à un moment donné, outragé et mensongèrement accusé par des gens méprisables, comme l'événement de Baylen en donne le triste exemple ; 2° que le général Dupont n'a pas capitulé en rase campagne, puisqu'il se trouvait dans des gorges montagneuses sans issue, et que sa capitulation est une convention très honorable, qui ramenait toutes ses troupes en France, et qui se justifie beaucoup mieux que les capitulations de Serurier, de Desaix, de Belliard, de Rosily et de Junot don! Napoléon ne souffla mot; 3° que si le souvenir de celte capitulation pesait, en 1 8 r ri . sur
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le général Dupont, cela tenait uniquement à ce que l'Empereur, par un acte qu'on ne saurait trop flétrir, voulant écraser Dupont quand même, Pavait mis dans l'impossibilité de se défendre et lui avait refusé des juges ; 4° que pour ce qui concerne le prétendu butin enfermé dans les bagages du général Dupont, il y a un demi-siècle que M. Thiers a fait justice de ce stupide et odieux racontar, emprunté uniquement, sans l'ombre d'une preuve, par Napoléon, à un ennemi féroce et sans foi, qui, contrairement à la parole donnée, viola la capitulation et envoya mourir douze mille soldats français sur les pontons de Cadix et sur le rocher de Cabrera ; nous avons montré ce qu'il convient de penser de la Note jointe par l'Empereur à l'Extrait de la Gazette de Madrid du 9 octobre 1808 ; elle n'est certes pas de nature à inspirer le respect, et nous dirons encore avec Berryer : « La gloire ne couvre pas cela. »
Au moment où les prisonniers de guerre commencèrent à rentrer en France, le général Dupont avait donné l'ordre de faire, dans les places de Strasbourg, de Landau et de Metz, des approvisionnements considérables d'effets d'habillement et de petit équipement, dont la plupart de ces soldats avaient grand besoin. Des plaintes s'etant élevées sur ce que des prisonniers traversaient la France, avec des vêtements en lambeaux, le ministre de la guerre prescrivit une enquête. Une Note lui fut remise à ce sujet, le 19 novembre, par le chef du bureau de l'habillement (4e division) ; elle établit, d'une façon détaillée, que toutes les mesures nécessaires ont été prises, et elle ajoute : « Il est donc à présumer que les hommes qui paraissent n'avoir point reçu d'effets et qui auraient donné lieu aux plaintes portées à Son Excellence, seraient du nombre de ceux qui, marchant isolément et s'écartant souvent de la route qui leur a été indiquée, n'auraient pu, par cette raison, participer aux distributions faites à ceux qui sont convenablement escortés. On vient seulement d'être informé que les places de Metz, Landau et Strasbourg ne sont pas les seules qui doivent recevoir de ces prisonniers, et qu'il en rentrera par celle de Lille. L'Ordonnateur de la 16e division en est prévenu; il peut déjà disposer d'une certaine quantité d'effets pour ce service. On le met en mesure en ce moment d'augmenter son approvisionnement. — Signe': Bouillon. »
Dans cet immense travail de réorganisation de l'armée, l'activité inlassable du général Dupont s'étendait à tous les services, à tous les intérêts. Nous ne pouvons, faute d'espace, qu'en indiquer les lignes essentielles.
Le 12 septembre, paraît une Ordonnance portant organisation des bataillons du Train des Equipages de Transports militaires.
Le 27 août, Ordonnance relative à la fixation de la solde de retraite pour tous les grades.
Le 3 septembre, Instruction sur les enrôlements volontaires, déjà régularisés par la loi du 19 fructidor an VI. Ils se contractent pour quatre ans, par les soins des maires.
Le 28 octobre, les Compagnies de Pionniers français organisées en vertu du décret du 12 mars 1806, sont dissoutes.
En novembre, un Rapport du général Dupont au Roi constate que les places fortes et
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ports du Royaume sont pourvus de tout ce qui est nécessaire pour faire une bonne défense. L'approvisionnement des poudres a seul besoin d'être complété.
Autre Rapport du général Dupont au Roi, sur la situation des Equipages de campagne et leur mise en état d'agir s'il était nécessaire. Il y a i 20/i bouches à feu qui sont réparties, savoir: 3oo à la frontière du Nord (de Dunkerque à Mézières) ; 3oo à celle de l'Est (de Mézières à Huningue) ; 2o4 à celle de Suisse et des Alpes (de Resançon à Antibes) ; 198 à celle des Pyrénées; !\i sur les côtes de la Méditerranée; 162 sur les côtes de l'Océan et de la Manche. « Les bouches à feu, affûts, caissons, chariots à munitions, forges de campagne, chariots d'équipages, harnais, munitions, projectiles, troupes d'artillerie, soldats du train d'artillerie et des équipages, existent en nombre plus que suffisant et il ne faudrait que deux mois au plus pour faire le retrait des chevaux placés et acheter les 10 000 nécessaires au complet des équipages.
Nous avons dit que les grades et les décorations accordés à la Maison militaire étaient loin d'aller, comme on pourrait le croire, uniquement à des officiers de l'armée de Gondé. L'Ordonnance du 10 novembre 181/; en est une preuve frappante. Elle accorde une croix d'officier et /j5 croix de chevalier de la Légion d'honneur à la compagnie de Wagram, sur la proposition du maréchal Rerlhier. Les seize premiers récompensés étaient Gardes du Corps sous Louis XVI. Les autres étaient pour la plupart de braves soldats des armées impériales qui avaient fait preuve de bravoure sur les champs de bataille ; ainsi :
De Clermonl-Gallerande : Vélite aux chevau-légers lanciers ; une blessure ; a eu un cheval tué sous lui ;
D'Haremberg : Officier d'ordonnance volontaire capitaine nommé par le prince d'Eckmùhl. A contribué à la prise d'Aarbourg et a montré dans cette circonstance beaucoup de courage et d'intrépidité ;
Terrier de la Jolive : Hussard, brigadier-fourrier, Garde du Corps. 3 blessures;
De Cesbron : Garde d'honneur. Une blessure ; son cheval tué sous lui à Hanau ;
Boesnier de Clervaux : Volontaire, sous-lieutenant. A été fait sous-lieutenant sur le champ de bataille ;
De Saint-Victor : Garde d'honneur. Cinq blessures ;
De Roquefeuil : Soldat, brigadier, maréchal des logis chef. 4 blessures ; un cheval tué sous lui;
Aucapitaine : Vélite lancier. 3 blessures ;
Taché : Dragon, brigadier-fourrier. l\ blessures ;
Jaquels de Bray : Garde d'honneur. 3 blessures :
Colin : Soldat et brigadier. 12 ans de service, 7 campagnes. S'est trouvé aux batailles d'Austerlitz, Eylau, Friedland, Wagram, Dresde, Leipzig et Hanau, etc., etc.