TE LE GÉNÉRAL FARVIER
du jour où il le prononça, il ne se fit plus entendre que par de très brèves observations à Assemblée législative (4), En juin et quillet LS5É, quand se post la question de Ta revision de la Constitution, ilse montra favorable à cette mesure, mais demanda < le retour claire neUaux principes du suffrage uni. verset», par lequel voulait que fAtélue, Sly avait heu, la future Assemblée constituante (2): Enfin, le 7 novembre, au moment où le conflit entre la représentation nalionale elle Président de la République acriviot à Fétat atsu, nous Île voyons déposer une proposition relative à la garde de PAssemblée (3). En quoi consistat-elle ? C'est ce que nous IHnOrons. Dix jours plus tard, d'ailleurs, sans doute encore par excès de confiance dans lu lovaute le Louis Bonaparte, Fabvier votait contre la proposition des questeurs, qui eût peutetre rendu impossible le coup d'État (4).
Comment Fabvier, qui aumait le Président et qui s'était porté garant de son honneur, aceueilhital le crime du 2 décembre? Nous Fignorons. Nous savons seulement quil ne fut pas des 220 représentants qui se réanirent dans l'apresmidi du 2 décembre à Le mairie du X° arrondissement et qui furent incareérés par les auteurs du coup d Etat. Peut-être n'avait-il pas ete averti à temps. Par contre, ne fut pas non plus de la commission consultative que outs Bonaparte désigna parmi les membres de FAssembleeel qui Faida à élaborer la Constitution dictatoriale du 44 janvier. La seule taveur qu'il reçut du nouveau gouvernement — et nous aimons à penser qu'il ne Favait pas sollicitée — fut sa réintégration dans le cadre de L'état ma or général de Farimée, où 1 fat replacé par décret du 1 janvier FR52, en même temps que d'autres généraux alleints comme dur par les décrets d'avril 1818. Ce ne devait ètre pour lui qu'une salistachon d'amour-
(1) Notamment le 16 avr li 4N51, à propos de la défense du Havro (Moniteur. 4854, p. 1109-1110), le 48 et le 25 juin au sujet de Lyon et de l'état de rièie (ibid, p 1522. 15N3). le 26 novembre à propos de Noukahiva, Leu de déporta ion (ibid . p 2962). etc,
(2)S ances du 2 juin 1451 (Moniteur, 1551
-(4) Moniteur, 1851, p. 2164,
(8) lbud., 1851, p. 2,76.
, pe 1550-1957.)
propre assez platonique; car, vu son âge (70 ans), il n'était pas probable qu'il dût être rappelé à l'activité et, de fait. il pv fut jamais rappeler,
Sans faire d'avances politiques au prince-président, Fabvier lui témoigna sans doute sa gratitude pour cel acte de réparation. I la lai lémoigna encore un peu plis tard, et avec plus de désintéressement, quand Louis Bonaparte eut eru devoir remettre en liberté le prisonnier d'Amboise, Abdel Kader. Nous voyons même, par upe lettre qu'iladressaitteS novembre 1852 à son neveu Charles, qu il se rendit à SainClou ou le féliciter, Mais ilne put obtenir audience, et, lui avant écrit pour Le louer d'avoir. de <a main génereuse, effacé enfin un tache omprumce à honneur de la France ne recut, ajoute-t-it, qu ‘ uutmot de réponse assez embarrascée (1) 7
La se bornérent, croyons-nous, les rapports du vieux £énéralavec le gouvernement issu du coup d État. Quand Louis Bonaparte se fut fait proclamer etipereur, Fabvier ne lui demanda rien et se tint à Fécart, respectueux et digne, fille à «es souvenirs et à ses amiliés d'autrefois. EM avait en 1S16 Vendu la terre de Razay. Mais ilavait en fS50 tait l'acquisition d'un autre domaine, appelé Beauchône, à proximité du premier, IS retira définitivement pour S'y ivrer encore aux MaVaux agricoles qui avaient pour lui tant d'attrait (2). men sorUt plus guère que pour fure quelques séjours de courte durée à Paris, où 1 atimait à revoir de vieux compa- £uous d'armes, ainsi que d'anciens collègues de la Chambre des pairs ou de l'Assemblée légidative (3), eten Lorraine, où se fit un devoir d'assister en 1855, aves quatorze autres divisionnaires, à l'inauguration de la statue du général Drouot, Le fulen revenant de cette fête qu'il ob malade done chône pour ne plus se relever, Pour essayer de Le sauver, son fils et sa femme le ramenérent bientôt à Paris, où 11 fallut le
4) Lettre communiquée (en copie) par M Édouard Fabvier. petithéveu du géneéral.
(2) Renscrsnement fourni par M. Eugène |
(3) Entre autres Berryer, qui, dans la séance du 16 quille rappele en termes émus et éloquents la purt qu'il avail prise à la guerre de l'Indépendance hellenique (Moniteur, 1894).
abvier, lits du général.
t IN5l, avait
transporter couché et où tous les secours de la science furent impuissants à prolonxer sa vie. US Y éteignitle L4 septembre 1855, à l'age de coixante-treize ans.
Sa mort, qui eût Puit Lantole bruit stelle se PAL produite vingt-cinq ans plus LÔL. passa presque Inaperçue au milieu du retentissement de la guerre d'Orient, qui arrivait alors £lorieusement à son terme par la prise de Sébastopol. Ses funérailles eurent lieu an Pere-Lachaise devant une assistance relativement restreinte, Quelques discours émus furent prononeés sur sa tombe; unentee autres par Victor de Tra y. qui avait été l'un de ses camarades à l'École polytechnique, Etce fut tout. À l'étranger, dans les pays auxquels il Sétuit le plus particaihièrement dévoué, sa mémoire fal célébrée avec plus d'éclat que dans sa propre patrie. La Grèce surlout, que, durant la guerre de Crimée, le 26 svernement feançais venait de traiter aves une certaine défaveur Cf). mit un cmpressement significatif à rappeler. par Les honneurs qu'elle Fur rendit, les servires qu'elle devail à ce Français d'autretois, Le rot des Hellènes, ses ministres, les Chain res et un grand nombre de personnazes de marque. contemporains de ta guerre de lndépendance, adresserent à sa veuve, dans les termes les plus émusetles plus fatteurs, expression de leurs resrets, Les autorités d'Athènes lui rendirent un hommaze plus solennel encore. À la suite d'un décret porté en son honneur, elles céléurèrent pour sa gloire, à FAcropole même, c'est-à-dire en un lieu où tout rappetait encore ses exploits, une fête fanebre au cours de laquelle son éloze tut prononcé en leur nom par le savant Rangabé. k
En France, une brochure intéressante el vive ayant pour Utre: Le géneral Faceer en Grece, dut publiée quelque temps äprès (1858) par M. Mézieres. alors processeur à la Faculté des lettres de Naney. Mais à dater de cette époque le silence se fit aulour d'un nom qui avait pourtant été, un quart de siècle
(0 Les Grecs, excités par la Raissie auraient voulu profiter de la crise orienlale pur alladqer la Turquie Mais 'Augleterre et fa France les en
a sient empèchés en envoyant au l'iree deux escadres el mème des troupes de débarquem:nt.
auparavant, un des plus justement populaires de l'Europe. Pabvier devint ainsi peu à peu, dans son propre pays, et même en Lorraine, une sorte de persontiage légendaire, dont la vie glorieuse était non pas méconnue, mais presque entièrement inconnue de la plus grande parte du publie, A l'heure actuelle mime, n'est pas suffisamment sorti de Foubli et il attend encore dans sa ville natale un monument digne de lui (#).
L'auteur de ce livre ne regrette pas les longues années qu'il a passées à recueillir les éléments de son histoire et à retracer aussi exactement que Ses movens d'information le lui ont permis une vie trop ignorée et qui méritait de ne pas l'être. Ce n'est pas seulement pour la venger d'un injuste oubli qu'il a pris la plume, [n'est pas de ceux qui croient que l'histoire Soit faite uniquement pour exposer les faits et pour imettre hommes elchoses à leur place légitime. H pense qu'elle a aussi pour mission de donner à ceux qui la Hsent un enseizneinent moral faute duquel, à son sens, elle ne vaudrait pas la peine dûtre écrite, Ce n'est pis tout de raconter et de raconter tidolement, 1 faut aussi que du récit se désase naturellement une leçon qui, par Fadmaration du bien ou par l'horreur du mal, nous forülie, nous virilise et nous rende meilleurs.
Nous ne pensons pas avoir fait œuvre inutile en retraçant en détail la vie, mal connue de nos contemporains, du général Fabvier, Ce n'est point un panégyrique de ce personnage Que nous avons voulu écrire. Nous n'avons dissimulé au lecleur nises impertections ni ses erreurs, ni ses défauts, ni ses fautes, Ine trouvera pas mauvaisque nous n'ayons pas dissimulé davantage ses nobles qualités et ses belles actions. Si Fabvier n'a pas commandé de grandes armées et S'il n'a pas toujours été heureux dans ses entreprises militaires, on ne saurait méconnaîitre en Jui le talent d'organisateur, le don du Commandement, endurance extracrdinaire, lintrépidité com- Mmunicalive qui lui valurent la confiance illimitée de ses sol-
(4) Le pro et de lui élever une statue à Pont-3-Mousson, sérieusement agile en 1899, n'a pu, par suile de regrettables dissenutiments locaux, tre réulisé,
dats et l'admiration de ses contemporains, Qu'il ait été homme d'action beaucoup plus que de plume où de parole, cela n'est pas surprenant chez un setdat quine rechercha jamais la gloire de l'écrivain non plus que de Forateur, et Fon ne saurait pourtant oublier avec quelle énergie, quelle netteté, soit dans ses discours, soit dans ses écrits, 1 sut souvent exprimer sa pensée. S'il n'a pas eu toutes les qualités de Fhomme d État : s'il lui est arrivé de mal juxer les événements et les hommes, de se tromper sur le choix des moyens, de faire du tort à <a cause par ses emportements, son iutransiseance el la ténacité de ses illusions, il a eu au plus haut degré les vertus les plus souhaitables à un homme publie : le courage civique et la fidélité à son parti. Mais ce qui düit principalement carder son nom de l'oubli, c'est amour passionné qu'ileut pour sa patrie et la liberté; ce sont les beaux exemples qu'il a donnés en servant l'une et Fautre avec un désintéressement el un dévouement absolus, exemples que nous nous honorerons toujours d'avoir remis en lumière, Bon Français S'il en fut, il a jugé que son devoir envers son pays ne le dispensail pas de s'intéresser à ceux qu'il voyait, au loin, occupés à secouer où à repousser d'injustes dominations ; iles à atmés,ila lutté pour eux de toute son âme. a élargi la patrie et servi Fhumanité, sans confondre jamais Fune avec Fautre. Soldat vaillant et fougueux, pénétré plus que pas un de ses obligations militaires, il n'a jamais admis que l'armée pôt devenir au profitde nn porte quél homme ou de n'importe quelle cause un instrument d'oppression ; il Fa voulue toujours étroitement attachée au peuple d'où elle sort, {toujours préoceupée du bien publie dont elle est la garantie suprème, Parlementaire, n'a pas cru que la raison d'État ou l'intérèt d'un parti puissent jamais autloriser ni bassesse, ni trahison, ni licheté, ni manquement à la parole donnée. D'autres ont pu être plus que lui léloquence, le génie politique, la victoire. Fabvier fut plus que personne le courage, la générosité, l'honneur, Voilà pourquoi nous ne croyons pas avoir out à fait perdu notre {emps en écrivant son histoire.