‹ Le général Fabvier, sa vie militaire et politique (volume 2)Chapitre 13 sur 57 · C6 LE GÉNÉRAL FABVIER · texte numérisé non relu

C6 LE GÉNÉRAL FABVIER

sens, transporter rapidement par mer ün £ros corps d'armée dans le sud du Sleswiz, pour x prendre à revers les forces principales des insurgés, qui occupaient le nord de ce duché et qui, attaquées d'autre part en tête par les troupes du Jutland, seraient infailiblement exterminées.

«.. Je proposait (1) de porter avec les nombreux movens de transport disponibles 12.000 0ù 15,000 hommes d'infanterie dans le Swan-Sen, en s'assurant d'abord de Maesholm, des villes de Kappel et d'Arnis qu'on aurait armées sur-le-champ, et marchant rapidement sur la position de Cossel, <'assurant à la droite de Missunde et Ta gauche sur Eckernfohrde. Pendant ce temps. une escadre légère serait venue débarquer un millier d'hommes au sud d'Enckernfobhrde, st les reconnaissances, avant ramené quelques paysans de la côte, avaient dit que, comme ll était probable, cette ville, alors sans £arnison, pouvait être enlevée d'un coup de main et ses batteries prises à revers. La position de Cossel promptementmiseen défense, avant pour avant-postes Holm et Hochendorf, Ta réduction d'Eckernfohrde aurait été facile: des barques canonnieres, entrées dans le Windelbv-Noer, auratent aidé à a défense de cette presqu'île de Cossel, qu'une journée de travail aurait rendue inexpugnable, Arrivée à, Farmée ne courait aucun danger, bordée d'un côté par Ha baie d'Eckernfohrde, de l'autre par le Schlien. dans lequel Les chaloupes canonnières pouvaient arriver Jasque devant Sleswiz. Elle aurait su en tout cas sa retraite assurée sur Maesholm en réunissant tous ses transports dans les baies d'Ofpenis, avant toujours pour dernières ressources entrée dans les îles de Maesholm par les têtes de pont de Kappel et d'Arnis, car Farmée était certaine de ne pas trouver sur chacune des deux rives du Sehlien une armée d'une force égale à Ja sienne, Si les circonstances avaient été favorables, et les forces ennemies restant à Flens- ,

que tout est prêt. Le plan est irrésistible et, avec nos trente mille hommes, j'aurais accepté la guerre contre les quatre-vingt mille Alle- -mands annoncés... » Lettre au géncral Rulhicre, ministre de la guerre de France, 22 mars 4849. (Papiers de Fabvier.)

(1) Lettre au général Rulhière, citée ci-dessus.

hors, l'armée pouvail marcher rapidement sur Sleswisr, s'en emparer et s'y retrancher. En mème temps, li cavalerie danoise du Jutland. avant tourné Lous les avant-postes de l'ennemi. s'approchaït des plateaux d'Appen-Rade, se fenant «uccessgivement en communication avec fibe, Lvsum-Kloster et Tonder: <e mettait en contact avec Fepnemi. pressait ou retardait sa retraite, Pendantce temps débouebhiait la colonne restée à Sonderborg, qui suivait et pressait l'armée ennemie qui, dans sa retraite nécessaire, devait passerentre Sleswis et la mvière de Treen ou sur fa rive droite de celle-ci. Dans les deux cas, sa destruction totale, ou tout au moins la délivrance complete du duché, était certaine. L'armée, dés lors réunie, pouvait border FEveders et, es armées allemandes arrivant en nombre trop supériéur, larmée danoise pouvait se retirer, partie à Nleswis et Cossei, desormais en bon état de défense, et l'autre se repliul à pas lents vers le Jutland en jetant à Sonderborg une parte de son infanterte,

« La uerre pouvait ensuite se continuer avec des chances favorables: Toutes ces opérations étaieut Fatlaire de quatre à cinq jours. Le moindre résultat en était la dissolution de l'armée assiégée, ef peut-être les résolutions de FAllemagne en auraient été ébranlées.

L'intervention de la diplomatie ne perait pas la réalisation d'un plan sur lequel Fabvier fondat tant d'espérances En elle, de nouvelles propositions, tendant à la pPaux. avant élé faites au Danemark, il S'ensuivit une prolongation de huit jours de l'armistice, Le 22 mars, Fabvier en infermait le général Rullière, ministre de la guerre de France, non Sans exprimer quelques regrets d'être obligé de s'arrèter en te chemin, Du reste, il croyait à ce moment que cette prolonsation serait effectivement suivie de a paix. Aussi parut-il pendant quelques jours ne plus songer qu'à donner des avis au gouvernement danois en vue de la réorganisation de ces forces militaires, ce qui devait être œuvre de longue haleine.

< x ; ARE ‘ons le brouillon Un long mémoire (1), dont nous retrouvons |

(4) Duté du 24 mars.

dans ses papiers, donne une idée assez exacte des vues de Fabvier à cet égard. On v lit d'abord des considérations £énérales sur la monarchie danoise el sur les nécessités du sa défense, « H faut, ajoute-til, pour qu'une armée soit puissante, non qu'elle soit nombreuse, mais qu'elle soit instruite, confiante en elle-même par sa cohésion, par ses habitues d'obéissance et d'affection pour ses chefs, dont Ia solicitude s'exerce chaque jour envers le soidat: il faut que non seule. ment elle possède un bon Corps d'officiers, mais aussi des sOus-Officiers capables et exercés …. » Partant de ce principe, Fabvier en pose un autre, c'est Qu'il faut que le soldat serve au moins sept ans, comme en France. Du reste, c'est en grande partie l'orzanisation de l'arimce frinçaise, avée son systéme de recrutement et d'incorporation, son mode de nomination des ofliciers el SOUs-0fNiciers, ses inspections géné rales, la prédominance de l'infanterie sur les autres corps, le remplacement, ete., qu'il offre comme modéle au Danemark I faudra seulement, à son sens, e{ pour les raisons déjà tant de fois exposées par lui-même, yÿ ajouter la création d'un Conseil supérieur de la guerre. La formation et l'instruction des corps d'infanterie, de cavalerie, d'artillerie, du génie sont enfin de <a part l'objet des considérations techniques Les plus minutieuses,

Les espérances de paix que Ï travail ne se réaliserent pi de l'armistice, les Alleman

‘abvier avait en rédiseant ce S. En demandant la prolongation IS n'avaient pas été de bonne fui.

Les huit Jours qu'elle dura furent mis à profit par eux pour faire pénétrer dans le Sleswis, au mépris des clauses de l'armistice, des inasses de lroupes telles que les Danois (qui, fidèles à leurs Ch£asements, n'avaient pas bougé) ne pou- Vaient plus même les arrèter et que le plan présenté peu auparavant par Fabvier devenait inexéeutable, Le 3 avril. ils prirent l'offensive avec une telle supériorité buümérique que l'armée du roi Frédéric, tout en disputant honorablement le terrain, dut se relirer vers le Dord. Au lieu de pouvoir attaquer, les Danois durent ‘Ob£er Simplement à se défendre dans

le : VO aise . . FE Jutland et à se faire, en vue de ] avenir, une forle position

militaire sur le flanc oriental du Sleswig, Celle position, Fab. vier Pavait déjà indiquée avec une grande sûreté, C'était celle de Duppel Quant à da défense dans le Jutland, elle devait, à on sens, prendre pour base principale la place de Fridericia. Ces deux idées furent nettement inaiquées par fur dans un nouveau mémoire qu'il rédisea le avril, avant de quitter le Danemark cout n'ébut pas convenable qu'il rest maintenant que Farmistice avait fait place à la guerre).

.. Hi faut, hHsons-nous dans ce travail t{, achever «<oicneusement les travaux de Doppel. Quand l'armée sera menicée dans sa fausse position actuelle, elle ÿ laissera deux brisales pour Ki défendre, dont lune pouvant lozer à Sonderhorg ét tautre résier à Düppel en s éclairant au dehors, et envover Je reste de Piofanterie à l'armée du Jutland: celle-ci, bien commandée, S'éclurant jusqu'à la mer du Nord, isquiétant sans cesse l'ennemi. profitant des occasions favorables, e relirant devant les forces supérieures, cherchant à couper les corps iolés pour obtenir des avantazes sucressifs qui auront un bon effet el en tuûme teups asuerriront l'armée. Ki l'armée ennenue marche contre elle,elle se retirera pas à pas, J'iera dans Frideriera cinq à six mille hommes d'infanterie, une ballerie elcinqg à six cents chevaux, devant lesquels l'en- Beni devra laisser un corps d'observation contre lequel la gar- Bison devra toujours asir, puis l'armée continuera sa retraite si l'ennenn la poursuit, et imarchera sur lui s'il se retire.

« Les forces de l'ennemi uinsi écartées permettront de nouvelles allaques soit sur Kappel, soit sur File d'Als, soit Sur Friderieia. Fest difficile qu'une telle guerre ne cause pas de grands dommages à Fennemi, à moins qu'il ne soit décidé à auginenter le nombre de ses troupes : d'ici RÀ, peut-être, les circonstances politiques Lui en ôleront la pensée el la retraite de l'ennemi ne tardera pas à se prononcer.

«En atlendant, point d'engagement général qui compro- Melle l'unique armée du Danemark. Point de combat sans

but ; commandement unique et absolu.

(4) lalitulé : Plan de campagne dans le Sleswiy. (Papiers de Fabvier.)

470 LE GENERAL FABYIER

« À voir les masses énormes de troupes allemandes qui sont envoyées avec tant d'empressement dans le Sleswiz, on comprend que FAssemolée de Francfort veut S'appuver de l'orgueil germanique et qu'elle espère lerminer rapidement cette afaire avaot Forage qui, de toutes parts, £rossiQ contre elle (fi. C'est une avalanche qui aura sans doute peu. de durée. HE faut la lasser passer eUne pas compromettre Ta précieuse armée danoise qui, se contentant de combats lécers propres à l'aguerrir, pourra dans peu, je Fespere, contribuer à la délivrance de provinces Si injustementenvahies. s

Vu la situation, ce nouveau plan était le meilleur que pussent suivre les Danois. Hs Fapprouverento us Papplhquerent. autant que les crrconstances le leur permirent, et. finalement, Sen trouvèrent bien. Quant au général ne Carda pas à quitter Copenhasue, comblé de remerciements par le roi qui le nomma grand-croix du Danebrog, et par ses ministres (27. Dès le $8 avril, reutré à Paris, 11 répondit en ces termes aux journaux qui attribuatent son retour à une divergence de vues entre lai et le gouvernement danois :

« Le roi de Danemark avant fait demander au général Fabvier de venir visiter son armée et de lui donner son avis sur la campagne qui allait s'ouvrir, se rappelant a constante amitié du Danciwark pour la France, il accepta avec empressement une mission dont la durée ne devait être que de six semaines €l Jui permettait de revenir avant les élections.

e Le roi se plut à combler d'honneurs et de confiance un représentant de la France et de son armée ; la nation entière Pinita. Le général reconnut bientôt que l'armée danoise était digne de son honorable patrie.

« L'armistice expirait le 26 mars. Le 20, un plan d'opérations fut adopté à l'unanimité du Conseil, Le succes en était certain; huit jours suffisaient pour délivrer la province envahie.

« Une prolongation de huit jours de l'armistice changea

; ({) Allusion aux mesures prisés {ant par la Prusse (dont le roi venait Le “ral la Couronne impériale offerte par le Parlement) que par l'Auriche pour obliger celle Assemblée à se disperser.

(2) Papiers de Fabvivr.

out, Au mépris des cabinets médiateurs, quarante mille Allemands, suivis bientot de vingt nulle autres, furent jetés dans les duchés par FAssemblée de Francfort

« Alors fallut reconnaitre que le Danemark seul ne pouvait lutter contre toute Allemagne, el le général Fabvier trouva le roi ct les ministres facilement d'accord sur la nécessité de Lenir en réserve la précieuse armée danoise jusqu'au Jour prochain sans douter où FEurope ouvrira les veux sur un alteotat qui est la violation de tous les traités anciens, de celui mème de Sf5, Lune imenare, qu'on ne dissimulé pas, contre la France, la Sorsse, Va Hollande, Fa Russie, etc.

€ Alors l'armée danoise reparaitra au preuuer ranz dans fa lutte. Aujourd'hui, apres quelques combats honorables, elle est, malgré elle, condamnée & Pinaction. Le général Fabvier, avec Fagrément et les regrets du rotet de ses ministres, du iuinistre de la guerre surtout, son ami, reotre en France, sa presence en Danemark étant désormais peu utile el le terme de son absence étant arrivé (4).

Au moment où 1 revenait de Copenhague, FAssemblée constituante Lereinait ses travaux et les électeurs allaient procéder au choix des députés à EAssembiée législative. Fabvier reotrait en France avec Fintention de se porter candidat dans son pays natal (li Meurthe), où cette fois ses chances de succés étaient fort sérieuses. En ec départe- .ineat, comme en un grand nombre d'autres, les journées de Juin avaient produit dans opinion publique un mouvement lrés accentué de recul; Felan démocratique de f8i8 avait fait place à un sentiment de réserve métiante à l'égard de la République ; Les partis conservateurs étaient maintenant maitres du terrain, Du reste, Fabvier, toujours sincère et loyal, n'était nullement disposé à ruser avec le suffrage universel et à se présenter pour ce qu'il n'était pas. Une lettre qu'il écrivait à cette époque (21 avril) à son vieil ami Poirel (2), en Pinvitant à la moutrer, faisait connaître avec la plus

(4) Ministère de la guerre. (Archives administratives, 1146.)

(2) L'orisigal de cette lettre 80 trouve parmi Îles manuscrits de la bibliothèque municipale de Nancy.

honorable franchise qu'il était et entendait rester conserva. teur. D y rappelait fiérement que, € malgré tant d'années d'ingratitude d'un gouvernement aveugle savait loujours ‘ voulu le soutenir contre ses propres fautes... Je le déclare, écrivait-il ensuite, tout pair, député, général qui s'est dit républicain de Ja veille, engagé qu'il était par ses serments, celui-là a manqué à l'honneur... à I rappelait un peu plus loin le rôle de la Chambre des pairs, qui seule avait € fait quelque chose de bien dans les dernières sessions, puni les prévaricateurs (fi, rejeté deux mauvaises lois, ete. Pour moi, ajoutait-1l, qu'on lise mes discours à cette tribune, soit sur l'armée, soit sur l'Altérie, soit sur Abd-el-Kader: enfin dans cet horrible aveu de catholicisme qui à fait jeter les hauts cris au Patriote (21, on verra si je n'ai pas toujours voulu soutenir le gouvernement en l'arrétant dans ses écarte. ce qu'on ne sait pas assez dans le publie, Aujourd'hui que tout est en ruines, il faut tout relever, et les hommes les prius aveugles doivent sentir le danger et chercher des suides honnètes et sincères, des hommes qui pésent düns la balance et qui metlent au service de la patrie au bord de lFabime tout ce qu'ils ont acquis d'expérience et de puissance sur les esprits et sur les cœurs... »

L'opinion publique se montra.dans la Meurthe. très favorable à lacandidature de Fabvier. qui fut adoptée par divers comités et fizura simultanément sur plusieurs listes (3), Vainement le Patriote de la Meurthe, pour diminuer ses chances de succès, le représenta-t-il comme un viellard affaibli par l'âge et peu capable de rendre les services qu'én attendait de lui. Le séné. ral indigné chargea son neveu Charles (4) de répondre à cette attaque (4 mai), et il parut effectivement dans le Journal de la Meurthe du 12 mai une note inspirée par lui, où étaient éner-

(4) Allusion au procès Teste et De<pans-Culitres.

(2) Allusion au discours Qu'il avait prononce, en janvier 1848, à la Chambre des pairs et que nous avons cit: pius haut

(3) Notamment Sur la liste présentee par le comité l'Écho des cam-

Pagnes, sur la liste de la Commission napoléonienne du dépurtement de la Meurthe, etc. -

(4) Papiers de Fabvier.

manon ne. éme -

giquement rappelées non seulementses campagnes d'autrefois, mais fa mission si active et si honorable qu'il venait de remphir en Danemark (4).

Lo tin de compte, le jour desélections venu (finai 849), Fabviertriompha sans peine eUpassa avec F6 suffrages, le einquieme sur les neuf nouveaux représentants de Li Meurthe (2), qui tous appartenaient comme lui soit au parti purement conservateur, soit à la portion plus modérée du parti républicain.

A FAssemblée législative, où il siéga patureHeinent à droite, se préoccupa tout d'abord d'une question qui, va son récent voyaxe à Copenhague, ar tenait parucuhérement au cœur, ous voulons parler de Patfaire danoise, Hu suyet de laquelle il prononca Son premier discours. Nous trouvons dans ses papiers une longue lettre, en date du 349 ma, par laquelle "e cenéral danois Hansen ur rendait compte (sans doute par ordre du rot) des derniers incidents 6e £uerre dontle Jatland et le Sleswiz venaient ètre Le théâtre, ainstque des nézocia- Gons engazées, etlur demandait instamment de üe pas abandonner une cause qu'il avait déjà si bien servie, À la suite des deux violents eombats de Koldinzz (20-23 avril), FRE danoise avait dû se relirer; les Allemands, dès le 7 mai, ébuent entrés dans Le Jutlandi ls avaient investi Fridericia, ou de grands movens de défense avaient été réunis. pendant que 15.000 à 16,000 hommes et une arüullerie formidable se concentraient dans File d'AIS pour pouvoir découcher dans le Sleswis et prendre les envahisseurs à revers dès que les circonstances le permettraient. D'autre part, sous les auspices de la Russie et de l'Angleterre, des pourparlers avaient lieu à Londres en vue de la conclusion d'un armistice et, simultaiément, un représentant du roi Frédéric essayuil à Berlin de traiter directement de la paix. Hansen ajoutail qu'ilne crovail ni à la sincérité de la Prusse. ni à la bonne volonté de l’Anglelerre et que la Russie, intéressée à soutenir la Prusse et l'Au-

(1) Papiers de Fabvier.

(2) Ces neuf représentants étaient Gérard, le général Fabvier, Michaud ainé, Viard.

MM. de Vatry, d'Adelsward, Monet, Salmon, de Foblaut et

47 LE GENERAL FARBVIEIN

lriche contre la Révolution, ne sembluit pas très disposée à défendre Le Danemark contre les prétentions allemandes.» Le seul espoir qui nous reste, aJoututil, est que la France FAtse enlin ses Yeux sur le danger que court Pétal politique de l'Eu. rope par Fesprit d'envahissement des Allemands, Silta France ne s'en mèle pas, nous subirons la loi du plus fort et serons forcés d'entrer danse igue allemande. {fl serait de lintérètde la France de déclarer que les États composés de provinces alle. mandesel non allemandes Autriche, Prusse, a Hollande Le Danemark, ne sauraient faire partie de la five allemande et devraient par conséquent en sortir en entier, Sinon, la line alle mande se COpPOSCrA de toute l'Allemagne et de tous les Etats

qui ont quelque connexité avec FAllemazne., Une telle associe

hons d'habitants, sous la direction d'u: pouvoir central, à Berlin où à Francfort, dictera la loi à toute lEcrope (4).

Fabvier n'éluit pas homme à rester sourd à un pareil appel. Fort peu de temps après, le 26 juin, aous le VOYONS tonter à la tribune et interpeller le ministre des à faires étrangères sur les a faires danoises. Il expose d'abord Fa question, telle qu'elle est posée depuis IS4S, et rappelle Ta fidélité du Damenark envers la France en £8U3 et ISLS et ce qu'elle Jui a coûté (21. établit que, contrairement aux prétentions allemandes, la plus grande partie des habitants du Sleswir sont bien des Danois. Le roi Frédéric et ses su,cts sont les meilleurs amis de la France. Hs ne comptent que sur elle. Le fousueux général conseille sans ambages d'estrer militairement en Allemagne, au Dom des (raités méconnus. La auerre vaul mieux qu'une paix honteuse, Du reste, Hous-inèmes, Ne SOHINES-DOUS pas menacés ? « IE ÿ va de l'honneur de la France et de son intérél, ajoulail Fabvier (qui, en cela, ne voyail, hélas! que trop juste), car l'Allemagne ne nous cache pus qu ‘aussiltol que son appetit sera éceillé par la conquele du Sleswig, E Alsace et la Lorraine sont aussi dans sa pensre (3). »

(1) Papiers de Fabvier.

(2) C'est-à-dire la Norvèse, (3) Moniteur, 4839, p. 2168. ;

Cet avertissement prophétique ne fut pas écouté par lAssemblée législative, qui passä Simplement à l'ordre du jour ur Dinterpellation de Fabvier, Pour Le moment, Le Danemark ce tira seal d'embarras, par la vaillance avec laquelle il défendit Fridericia et la grande victoire qu'il remporta le Gquillet devant cette ville sur les Allemands, qui durent se retirer et accepter un nouvel armistiee à longue échéance, Maisiine devait pas toujours en être ainsi, la France aujourd'huine le sait que trop.

Hanté plus que jamais de cette idée que la France pouvait d'un moment à Fautre (va Fétat alors si troublé de l'Europe) être amense à tirer l'épée, Fabvier pe renonçait pas à l'espoir de fure rapporter le décreCUqur Pavaitmis à la retraite. Aussi soutiotil de 19 quiet IS i9) la pétition du général de Castel. Jane (1) qui, atteint comme fui par ledit décret, demandait à reprendre sa place dans Fétat-major général de Farmée, ce quil ne pouvait évidemment obtenir sans que beaucoup d'autres Foblinssent aussi, I fonna, suivant sa coutume, cootre la fiéere d'avancement des jeunes ofliciers. I affirma surtout sa propre validité, sa persidtante énergie. €. Vous nous dites que Fâge nous a glacés. L'üge? Mais notre désir à lous est d'accord avec nos forces. Viennent les dangers de la patrie el je détie aucun de vous de mettre Île pied jus avant que moi dans ces dangers, dans le combat! Vous qui nriolerloinpez, Savez-vous qui je suis? Parce que je n'ai pas fait ma biographie, parce que je ne Fai pas répandue dans l'armée, croyez-Vous que je n'ai pas combattu pour mon pays? Moi qui vous parle dans ce moiment, j'ai le corps convert de onze blessures, dont deux reçues à lu défense de Paris (ER »

Si noblint pas “ain de cause, il pat, du moins, se consoler daus-uñe certaine mesure en prenant part, avec sa vivacité ordinaire, chaque fois qu'il en trouva l'occasion, aux discus-

(1) Esprit-Victor-Élisabeth-Boniface, comte de Castellane, né le 21 mars 1588, colonel sous l'Emure, nommé lieutenant-géneral le 9 janvier 1S33, pair de Fraoce le 3 octobre 1837. Rappelé à l'activité en 1849, 1 devint plus tard maréchal de France (2 decembre 1852) et mourut le 16 sep-

lembre 1862

(2) Moniteur, 1849, p. 2401.

476 LE GÉNÉRAL FARVIER

sions parlementaires relatives à l'armée, On voit par le Moniteur Qu'il Viniervint fréquemment et qu'avec son expérience technique iv apporta généralement -— chose rare chez les militaires de profession — des préoccapations d'ordre CIVII el politique qui, à nos yeux, lui font le plus grand honneur. Fabvier avait toujours été d'avis que le soldat ne deviut être ni au-dessus nien dehors de la nation, qu'il $e confondait avec elle et qu'il fallait soixneusement éviter tout ce qui pouvait Le lui rendre suspect ou le mettre avec elle moralement en confit. Cestainsi que, le 28 janvier 1850, comme on diseutait à PAS ceimblé À l: i proposition d' accorder des rec ompe nses à |: a varde nationale mobile de Paris pour la vaillance avec laquelle elle avail combattu l'insurrection de Juin, il S'éleva contre cette proposition, «.…. Les récompenses, dit-il, pour du sang versé par des mains françaises sont tristes à recevoir S. 5 2

Ure autre lois (le 16 février 18501 il s'agissait de la création de grands commandements militaires que cerlains membres de la £auche, comme Pascal Duprat, repoussaient parce qu'ils Y voyaient des facilités offertes à l'ambition du président Louis Bonaparte, depuis lonstemps suspect aux plus clairvoyants. Fabvier, dans sa droiture native et peu soupeonneuse, ne croyait nullement à la probabilité d'un coup d État. €... Je connais, disait-il à ce Propos (non sans quelque naïvetéi, le serment du Président de la Ré publique: ilengase son honneur, cela me suftit, Et d'aitleurs. Je suis et chacun sait que le parjure ne peut pas être un degré au trône.» Pour lui, S'il combattait aussi lrssiution des erandJs commandements, c'était shnplement p arce Qu'il Y voyait une mesure de détiance à l'égard du peuple ec que cette mesure pouvait produire un fächeux effet à l'étranger, À ses yeux, le peuple français était « le plus noble, le plus loyal, le plus facile à gouverner... Si vous DE Savez pas le gouverner, ajoutaitil, laissez-le..…. Quand ce peuple à été Valüqueur, en juillet, en février, maitre de Paris: quand il à été en juin maitre du faubour:, où a-t-il porté le

meurtre et le pillage ?... J'ai le droit de parler de ce peuple et

(4) Moniteur, 1850, p. 323.

DERNIERS ACTES, DERNIERS DISCOURS 71 j'ai le droit d'être écoulé Je eus une preuve vivante de ses darts ai commandé er pendant six mots et demi apres

juillet, et pendant ee temps j'ai recu sur ma poitrine des émeutes et des tempêtes ausst fortes qu'on en pouvait braver; j'ai quis ini poitrige partout, mon épée nulle part, et pen dant six mois que jar commandé, pas une goutte de sang n'a coulé... Suvez-VoOUus queiles mesures ju prises? Je les ui trouvées dans mon cœurs j'ai parlé d'honneur et de patrie (f). »

Fabvier n'etait pas, on le voit, de ces conservateurs qui méprisent les masses populuires e© ne les trouvent bonnes qu'à fournir à l'État des soldats où de l'argent. Un discours Les émmn, presque éloquent, qu'ul prononça Les BE mai SS50, lors du grand débat d'ou résultats Acheusement pour la République: li mullation du sutffrase universel prouve qu'il était alors trés sincérement rallhié au principe essentiel de Ta démocratie et que la cle multitude dont Thiers venait de parler avec taët de dédarn métal pas à son sens moins digne que Ta hourzeoisie d'exercer des droits poliiques. Comment ce conservateur endurei ne vovaital pas que, st lui et ses amis ne divisement pas le suffrage universel dans li voir du prozrès républicmn, 1 se jetterait infulhiblement dans les bras du César de rencontre dont la Montagne dénoncçait dès lors — mais en vain — fes secretes visées? Je ne puis me Fexpliquer. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne voulait pas que le peuple perdit son droit de suffrage. Peut-être, comme plus tard cerlatins housmes de Vordre moral, se fat accommodé d'une république démocratique, à condition qu'elle rest solidement entourée d'institutions monarchiques. Quoi qu'il en soit, nul ne défendit avec plus de chaleur que lui l'intégrité du suffrage universel.

«.… Nous ne pouvons pas, dit-il, toucher à ceux qui nous ont nommés, qui ont nommé notre l'résident. Nous ne pouvons pas nous créer des collègues sous des conditions diffé-

. . 3 : A s rentes de celles par lesquelles uousexistons nous-meCmes... On

(1) Moniteur, 1850, P. 511-538.

Cet LE GÉNÉRAL FABVIER

a dit qu'on redoutait Ta multitude! La multitude! M, Thiers a appliqué à la multitaide, comme il l'appelle, Fépithète de rite. Une fois j'ai vu la multitude accueillir es ennemis (1): ce n'était pas la multitude dont l'honorable M. Thiers parlait. c'était la maeltitude en habits et en jabots... Tandis que la multitude dont je parle applaudissiUa l'entrée des étrangers, favorisait l'invasion des étrangers et refusait des armes, la rite multitude de Chalon-sur-Saône défendait Ta ville contre les étrangers. C'était dans ce temps aussi que Ta ile multitude détendait la ville de Bordeaux contre les étrangers... Ces trois millions de citoyens que vous appelez Ja mullitude sont Les plus vertueux, les plus soiides patriotes; ils peuvent être en- Lruinés, égarés, comme les multitudes de tous les temps. Mars les crimes qu'ils peuvent commettre, il faut les imputer à ceux qui auraient dû les échurer et les mieux gouverner... Fa eutendu des personnes dire : « Celte loi est mauvarseetie la « voterai. » Si je commettais une pareille bassesse, je n'oserats pra rentrer parmi mies CONCIHOTENS 2 EP

Fabvier n'était encore une fois que trop bon prophète, sans savoir au juste quelles pourraient être les conséquences de Ta loi nouvelle, Épris par-dessus tout de justice et de lovauté, il répugnait violemment à tout ce qui lui paraissait imique, bas ou peu délicat. Le 8 juin 1850, par exemple, ne craiznait pas de scandaliser ses amis de la droite en prenant la défense du républicain Guinard, dont les sentiments généreux Hi élaient connus et qu'il s'agissait d'envoyer aux iles Marquises en dounant à la loi de déportation un effet rétroacuf. I rappelait hautement que cet homme de cœur avait sauvé Polignae eu 1830, le général Petit en S{S, au péril de sa vie. «Je n'enverrai pas Guinard aux iles Marquises, déclaraital, je n'y enverrai ni lui ni ses compagnons. Je ne le puis pas, vous ne le pouvez pas vous-mèêmes, Messieurs... J'espère que de nouveaux troubles ne nous agiteront pas. Mais S'ilen était ainsi, à ces hommes, que vousauriez présentés comime des martyrs, vous auriez suscité des vengeurs plus redoutables qu'eux...

(1) Le 31 mars 1814, à Paris.

(2) Moniteur, 1859, p. 1590.

l'our tant de trésors qu'elle verse sur nous, la religion a une condition unique. unique comme la prière dans laquelle elle nous est enseignée 1 « Pardonnez-nous nos offenses, comme € fous pardonnons à ceux qui nous ont offensés (4)...

La générosité chevaleresque de Fabvier éclate également dans un discours qu'il prononça le 25 novembre {850 à propos d'Abd-el-kKader, On sutque. ce chef avant été capturé à la fin de ANI7, l'engasement avait été pris par le gonvernement francais de le transporter en pays musulman, à Alexandrie où Saint-Jean-d'Acre, et de Fr laisser en hberté. Cet engage ment, pour des raisons admissibles sans doute, mais eontes- Gibles aussi, n'avait pas été tenu. L'émir avait été conduit en France: ioterné d'abord au château de Paul Fétait actuellement au chätean d'Amboise Fabvier plaida sa cause avec son eotran et sa vivacité ordinaires. HE fui avait semblé quelle serait facile à gagner d'un mot. Mais comme on Favait Piissé parier assez lonsuement, sans faire nine de Fapprouver !e Ce nest pas, ajouta-tat, sans quelque rougeur au front que je continue, Vos peres m'auraient interrompu déja. Jamais Ta noblesse française n'aurait souffert un doute à cet égard; Junais la grande République n'aurait permis qu'on ur post une pareille question... Je voudrais savoir si cette Assemblée dira pour ta France: L'honneur nestrien, les traités sontnuls, es manque de foi est accepté comme règle de conduite...» Coinme, à un certain moment, le bruit des conversations cou- Vrait sa parole : « Je vais, si vous voulez, S'écria-til, vous parler un peu des lavoirs et des bains publics! ça vous intéressera davantage, » Puis revenant à sa thèse : € Le peuple arabe, déclara-tait avec force. fatil le plus belliqueux de tous le peuples; Abd-el-Kader fatil le ples habile etle plus peride des chefs, l'honneur de la France n'en est pas moins en- £asé? Qu'atlendez-vous donc, messieurs, Si n'ya pas de daner? Ets'il y a du danger à remplir son devoir, le caractère français dit : Raison de plus (2)... »

Fabvier ne fut pas heureux à ce moment dans ses efforts

(1) Moniteur, 1850, p. 1992. (2) Jbid., p. 3361,

mais je n'ai rien demandé

pour faire rendre à Fémir sa Hberté. ne le fut pas non plus deux meis plus tard (30 janvier R5T), quand il vint soutenir devant FAssemblée législative sa proposition d'instituer entin ce Conseil supérieur de la querre don avait déjà tant de fois et si vainement démontré la nécessité En 1849 déjà il avait cru devoir publier sur celte importante question une brochure que nous avons eu occasion de citer et il avait fuit ressortir à la tribune, dans les termes les plus pressant, combien la France étail intéressée à ce que linnovation réclamée par lui pe fat pas plus longtemps retardée (D), Dans le nouveau dis cours, très étudié —— mais un peu touffu et chaotique — qu'il fil entendre à Assemblée sur cette question, 1 remontra longuement une fois de plus combien, à côté de ministres qui p'étaient jamais assurés du lendemain, la présence d'un Conseil supérieur de la guerre permanent eteapable d'imprimer aux affaires militaires une direction générale et méthodique était indispensable: combien était ancienne à cet égard la préoccupation des hommes sérieux et Soucieux de notre avenir militaire {1 faisait observer que l'autorité du ministre ne serait nullement amoindrie par cette institution. Poursuivant son argumentation, Porateur représentait tont se qui résullait de funeste et d'alarmant du défaut de coordination des divers services du ministère Ginfanterie, cavalerie, arüllerie, génie examinat lun après Pautre tous ces services, en faisait remarquer les défectuosités et les abus. Passant à l'examen

des défenses générales de ja France, 1 en signalait Finsufli-

(4) Séance du 16 novembre 1K49 : « .. Parcourez l'Europe, avaital dit, nulle part vous ne trouverez de places en aussi mauvais état qu'en France... Je ne veux rien sotendre. ni prérosalives ni fictions, quand il s'agit de mon pays. Je vous dis que mon pays n'est pas bien garde... Quant à la stratézsie active, c'est à peu pres fa méme chose... Vous aurez la paix, mais il y aurait telle condition à luquelle je ne me ranxes rais pas, ni moi ni personne, je crois Ainsi, si vous voulez avoir la paix, il faut préparer la guerre. I faut que vos armes soient prètes, il faut que vos chefs soient instruits, il faut que les genéraux travatlenit, il faut que les troupes travaillent. J

es at été frappé au cœur, quand j'ai été rejeté du service de ma

patrie dans la retraite Je pourrais x rentrer CC quand je dis adieu à l'armée du haut de

ésuer un bon exemple, celui de ne jamais rien

celle Cribune, je veux lui 1 demander, » (Moniteur, 1549, p. 3677.)

sance avec une prophétique clairvoyance, e... Des frontières, S'écriaitil, vous n'en avez plus. L'ennemi, en <e retirant en 1815, vous a emporté les clefs de la France, Le but de ces traités n'était pas autre, Comptant SU Une paix perpétuelle, on n'a rien fait jusqu'ici. quelques travaux çà et là, qui ne sont ni coordonnés ni calculés. L'Europe est armée, tout s'agite autour de nous, souvent avec le ton de Etmenace ; tenez-vous done prêts... Vous avez des places fortes pour à peu près 400,000 mille hommes de garnison, faut savoir celles d'entre elles que vous conserverez pour points d'appui. pour points de dépôts, pour bases d'opéralions, pour pivots d'opérations. Rien de tout cela n'est prévu et au jour de la guerte Vous verrez les généraux en chef abandonner les places pour renforcer leurs armées où leur donner des garnisons Lrop failles, et tout cela sombrer, comme c'est toujours arrivé, aux mains de l'ennemt... » Fabhvier réjétuit après cela ce qu'il avait représenté à la Chambre des pairs, sur Finsuffisanre de nos forulications soit du côté de ja Manche, soit du côté des Alpes, Eatin, comme S'il eût pressenti spécialem nt les douleurs que nous réservait l'Année terrible 2e Voulez-vous parler, ajou- Laital, des provinces de FEst et de deux belles et vattlantes sœurs, Metz el Strasbourg, qui sont maintenant aux avantpostes, qui renferment des amas énormes de fusils, de canons, des fonderies, des dépôts de munitions de toute espece? Eh bien! tout cela est à ladiscretion de l'ennemi le lendemain de Einvasion. Cependant, messieurs, ces deux provinces st patriotes el si belliqueuses de F'Alsace et de la Lorrame méritent qu'on s'en occupe, LL faut donc que vous y pensiez. Aussi rien n'est encore prèt de ce côté (1)... »

Ces paroles, répélons-le, étaient prononcées en janvier F85T. Dix-neut ans plus tard, à la veille de l'invasion. notre fronlière de P'Est était toujours dans le mème état, on n'y avait pas encore pense !

Le discours que nous venons de citer peut ètre considéré comme le testament politique et militaire de Fabvier. A partir

(1) Moniteur, 1851, p. 315 317.

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