‹ Le général Fromentin et l'armée du NordChapitre 19 sur 73 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Enthousiasme du pays pour seconder les efforts des Représentants. — Nouveau plan du Ck>niité de Salut public. — Carnot et Duquesnoy & Tannée du Nord. — Jourdan prend la responsabilité de Texécution du plan et masse ses troupes sur la Sambre Yis-à.-vis Maubeuge. — Fromentin à droite avec sa division s'avance vers la Haie d'Avesnes (13 octobre). — Positions occupées par le prince de Cobourg, généralissime autrichien. — Journée et victoire de Wattignies (16 octobre). — Description des mouvements de la division Fromentin formant Taile gauche. — Gratien destitué sur le champ de bataille. — Entrée des Français à Maubeuge le 17 octobre. — Les généraux Ferrand et Chancel. — Arrivée de la nouvelle de Wattignies & la Convention. — Physionomie de la séance.

Nous touchons maintenant à la phase la plus décisive de la campagne, à celle qui donne au rôle de Farmée du Nord une portée indicible. Si elle parvient dans une bataille rangée à grandes masses, qui est décidée, à battre les Impériaux, le pays assure son affranchissement politique. Si elle échoue, c'est en môme temps que l'invasion au cœur de la France, la chute retentissante du régime républicain. Cet instant solennel est copipris de tous, petits et grands, députés et volontaires. Le pays entier, hormis ses émigrés et leurs affidés cachés à Tintérieur, s'est levé. Gomme en 1792, le patriotisme enfante des miracles : les jouvenceaux s'arrachent des bras paternels et courent aux

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autels de la pairie pour s'enrôler, des vieillards les suivent et offrent leurs bras encore valides, les citoyennes apportent leurs bijoux ; jour et nuit Ton forge des piques dans les faubourgs de Paris, la Marseillaise réveille nos campagnes, et comme dit Barère, la République devient un vaste camp.

A Tarmée , sauf peut-être quelques chefs aux sentiments douteux, Tardeur est générale. Les bataillons, où se comptent encore des héros de la guerre de Sept ans, des vétérans qui ont promené le drapeau fleurdelysé, de Fontenoy aux quatre coins du monde, à Hinorque, à Gibraltar, à Madras et à York-Town, accueillent avec fraternité — devise à Tordre du jour — les recrues sorties des couches misérables des manants et des vilains d'hier. L'élan est si irrésistible qu'il n'est pas jusqu'aux cavaliers du Royal-Allemand et des hussards de Saxe qui ne demandent à réintégrer le rang. Avec de pareilles légions, la victoire n'est plus qu'une affaire d'heures.

Quelles étaient à ce moment même nos forces disponibles? — 107,421 hommes présents à l'appel dans les différents camps échelonnés, vis-à-vis le cordon étendu de l'ennemi, de Fumes au camp de Cisoing^ Quels sont les chefs qui ont résolu et vont livrer ce duel à la coalition de la vieille Europe? — De Dunkerque à Carignan, ceux-ci, qu'unit les uns aux autres une entente parfaite basée sur le secret entendement de la liberté, ont nom : Yandamme, Hoche *, Macdonald, Ferrand/, Ihler, Beauregard, Jourdan,

i. Rapport de Jourdan, daté de Graverelle, 25 septembre 1793, adressé au ministre de la guerre. Corresp. manuscrite, t. XI. Arch. de la Guerre.

2. Hoche sera nommé à l'armée de la Moselle vers le 23 octobre.

3. Le divisionnaire Ferrand (Marie-Louis), qu*il ne faut pas confondre avec son homonyme et collègue Jean-Henri Ferrand, dont nous avons parlé lors du siège de Valencienues, était né à Besançon le 12 octobre 1753. Il commandait la ville et le camp de Maubeuge depuis le 17 septembre. Voir Tordre du jour du générai Gudin à ses troupes daté de ce jour (Arch. de la Guerre). Le général Ghancel, le prédéces-

Courtois ^ Fromentin, Duquesnoy, Elle'. Bélair ramasse plus bas de cette première ligne une armée intermédiaire de réserve sur T Aisne, sous la dépendance de celle du Nord et Cambrai, Péronne, La Fère, Laon se remplissent de gardes nationaux de la nouvelle levée, qui y ont leurs points de ralliement. Sans perdre un instant, les commissaires des guerres activent l'organisation des places et des corps; dans les districts, des sociétés populaires se fondent pour veiller sur Fesprit révolutionnaire, les Représentants en mission sont partout, imposant les plans du Comité, nommant, contrôlant, destituant, pressant les vivres, les convois, les recrues.

Les fruits d'un si bel effort sont faciles à prévoir. Un mois plus tard, la Flandre et TArtois, destinés déjà par les Impériaux à arrondir leurs provinces Belgiques, seront dégagés. Le drapeau tricolore flottera aux beffrois des cités conquises aux Pays-Bas autrichiens, en attendant qu'il émerge aux flèches des cathédrales du Rhin. — La République donnera à la France ses limites naturelles.

Poursuivons donc le récit des exploits guerriers et voyons comment nos ancêtres acculèrent la victoire jusque-là infidèle. Le plan auquel, après un long examen, s'arrêta le Comité de Salut public consistait à recouvrer Valenciennes, le Quesnoy et Condé et à faire lever surtout le blocus de Maubeuge que Téparpillement des troupes de Ferrand, le long de la Sambre, avait rendu possible : malheur d'autant plus grand qu'on avait apporté du retard dans les approvisionnements! Aussi, quinze jours après l'investissement

seur de ce dernier, était arriyé dans cette ville le 12 septembre an II. Il remplaçait Gudin, devenu infirme pour cause de blessures, ce qui n^empôcha pas les représentants délégués Drouet et Bar d'exiger sa Restitution. Yoy. Arch. de la Guerre, carton de septembre. Corresp. pièce cote 282. Lettre de Gudin à Bouchotte.

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