Jd. à Givet
de cette place, la garnison, composée de 20,000 hommes, déjà à bout de vivres, était réduite & manger de la viande de cheval. Si nous considérons, de ce côté important, notre effectif réel d'opération, il ne comprenait guère plus de 35,000 hommes. Mais on travaillait partout à. le renforcer. Sur ses derrières, Landrecies était prête, et un corps imposant de réserve affluait à Péronne. Toutefois notre infériorité numérique flagrante ouvrait des chances sérieuses à Tennemi. C'est alors que Carnot et son collègue Duquesnoy furent envoyés à nouveau sur la frontière du Nord, qu'ils avaient quittée après le triomphe d'Hondschoote.
Ceux-ci s'étant mis d'accord avec Jourdan dans les premiers jours d'octobre, le général en chef rassembla ses troupes, formées, outre des cadres de l'ancienne armée, d'une bonne partie de la levée du 23 mars 1793, et leur fixa rendez-vous à Guise où se trouvait Fromentin avec lesflanqueurs*.
Puis, l'âme bien pénétrée du plan, des conséquences graves d'un désastre, résolu de vaincre à tout prix, Jourdan formule ses dernières dispositions. Le 1'^ octobre, il mande à Bélair, à Péronne et à Davaine, à Cassel, qu'une grande affaire se prépare. Il avertit également Ferrand à Maubeuge par des émissaires, car sa coopération doit, dans l'action imminente, servir d'appoint indispensable. Ceux-ci parvinrent-ils jusqu'au général gouverneur de la place? Il est permis de se le demander devant l'inaction future où se cantonnera Ferrand. En tous cas, ceci est hors de de doute : des émissaires lui furent alors adressés.
Quant à la légion parallèle des Ardennes, Jourdan la dissimule sur sa droite pour s'en servir au moment venu, s'il est nécessaire. Il lui empruntera des secours en artil-
1. Voyez lettre de Jourdan au ministre de la guerre, datée du quartier général de Réunion-sur-Oise, 11 septembre 1793 (20 vendémiaire an II). Cart. de la Gorresp., octobre 1793. Armée du Nord. Arch. G.
lerie par exemple, mais sa mission parait être davantage d'aider Tarmée du Nord, par des manœuvres combinées dont le but plus direct se rattache à une opération ultérieure autour de Namur.
Le il octobre 1793, les troupes françaises se portèrent sur Avesnes et campèrent à une distance de trois à quatre lieues dans la vallée de la grande Helpe ; elles comptaient six divisions, commandées par les généraux Balland^ Beaure*^ gard, Cordellier, Duquesnoy, Fromentin et Lemaire, patriotes accomplis.
La division Fromentin , à Tavant-garde , fut d'abord inquiétée sur le flanc gauche par quelques détachements autrichiens l'ayant devancée; mais en se complétant de Cordellier, elle parvint à frayer une roule et à toucher Dompierre, où elle bivouaqua à proximité du bois de Sassagne. Il était dévolu à Fromentin de s'emparer de la Haie, de s'y retrancher et de n'évacuer les postes de Nouvion que lorsqu'ils seraient relevés par la division Duquesnoy.
Le 13 octobre, Balland et Lemaire arrivaient et s'installaient à la gauche et à la droite d'Avesnes; l'avant-garde commandée par le général Fromentin poussait ses sentinelles à l'extrémité de la Haie d'Avesnes; Duquesnoy abordait la droite du chemin de Maubeuge parallèlement à l'avant-garde ; la division des Ardennes se tenait à Lessies, le reste de l'armée devait suivre le mouvement*.
Cette prise de possession força le général autrichien Bellegarde à se déployer dans le vallon de Monceau.
A l'approche du général Jourdan, le prince de Cobourg, généralissime de la coalition dans le Nord, renforça son
1. Balland ou Baland (Antoloe), né à Pont-Beauvoisin (Isère), le 27 août 1751, mort le 3 novembre 1823, colonel à la bataille de Jemappes, fit la campagne de Sambre-et-Meuse et celle dltalie, en 1796. Il se retira à Guise. Voyez P. J., n* LXIV.
2. Jourdan au ministre de la guerre, 13 octobre 1793. A. 6. Correspondance. Armée du Nord et des Ardennes.
g8 LE GÉNÉRAL FROMENTIN
armée de 35,000 hommes qu'il envoya en observation et à qui il fit occuper, outre Wattignies, les villages de Levai, Monceau, Saint-Rémy, SaîntrAubin, Dourlers et Floursies, situés sur la petite rivière de Tarcy, affluent de la Sambre et les coteaux boisés parsemés de vergers et ravins, visibles le long de cette rivière.
Là, coupant les routes et obstruant toutes les issues par des abattis d'arbres et autres objets, les Autrichiens s'étaient retranchés, à la faveur de chemins couverts, derrière les habitations et les pâturages enclos de haies vives, après avoir hissé sur les hauteurs, et à l'entrée des principales avenues, de nombreuses pièces d'artillerie; ainsi abrités, ils attendaient l'armée française de pied ferme.
Jourdan, qui avait établi son quartier général à Avesnes où se trouvaient les représentants Carnot, Bar ^ Duquesnoy, confirme ses instructions par estafette à chacun des lieutenants, avant l'attaque.
Confiant dans ses moyens, le général en chef, de cette ville, écrivait au ministre de la guerre :
« Suivant tous les rapports, les forces ennemies se mon- « tent à 64,000 hommes d'infanterie et 25,000 hommes de « cavalerie. Je compte sur le courage et l'énergie des répu- « blicains que je commande, un en doit valoir deux; je vais « tâcher de profiter des dispositions du terrain pour tomber « à rimproviste, et avec l'audace la plus décidée, sur cette « horde qui n'est encouragée que par le peu de résistance « qu'on a opposé jusqu'à présent à leurs efforts et à la « perfidie des chefs. Je pars faire une reconnaissance gêné- « raie, je n'ai que le temps de vous dire que ma Patrie sera « tnomphante ou je périrai en la défendant ' ».
Vers minuit, pour se rendre compte des opérations pro-
1. Bar (Jean-Étienne), député de la Moselle, ancien greffier de la muDicipalité de Thionyille.