CHAPITRE VI
Duquesooy enToie i Arras, pour y être guillotinés, Gratien et Ferrand (18 octobre). — Élan donné aux autres corps de Tarmée du Nord répandus le long de la frontière par le grand succès de Jourdan à Wattignies. — Reprise de Marchiennes, d'Ypres, d'Orchies, d'HasnoD, de Menio, de Fumes. — Fuite des Anglais devant Vandamme en marche sur Nieuport (23 octobre). — Annonce de ces nouvelles à la tribune de la Convention par Barère. — Fromentin envoyé avec sa division & Solre-le-ChÂteau et aux environs pour observer l'ennemi. — Il lie ses mouvements & ceux de Maisonneuve et de Golaud (décembre 93 à mars 94). -— Engagements de Fromentin et de l'ennemi à Ors et au Pommereuil. ~ Affaire du Gâteau (29 mars). — Panique occasionnée par l'apparition d'un corps de réserve de l'armée impériale. — Fromentin harangue les troupes en débandade et cherche vainement à rétablir le combat. — Brillante charge d'un escadron du 4* hussards, commandée par le capitaine Boyé.
A cette époque de nos annales, si frappante par la vigueur des caractères, à cette heure où les destinées de la patrie dépendaient du moindre incident, il ne fut pas d'usage, même devant un succès très considérable, de fermer les yeux sur une compromission quelconque des chefs militaires. L*orgueil de la victoire ne faisait pas oublier les fautes professionnelles, voire la bonne foi trompée. Les révolutionnaires n'y allaient jamais de main morte; qu'on en juge plutôt par le document inédit suivant, si pittoresque et si topique dans sa teneur, si rigide
dans ses conclusions. Il nous apprendra, — détail ignoré jusqu'ici — où passèrent alors (momentanément pour le moins), Gratien, Ferrand et autres incriminés.
« Avesnes, le 18 octobre 1793.
« Le Citoyen Duquesnoy, représentant du peuple, à ses collègues du bureau central des Représentants du peuple, à Arras^.
« Citoyens collègues, je vous envoie quatre Jean foutres « à raccourcir. Le premier est le général Gratien'; il a force mellement désobéi à Tordre de son général de division « qui lui avait ordonné d'attaquer et de charger Fennemi « dans le village de Wattignies. S'il eût exécuté cet ordre, « la bataille était gagnée trois heures plus tôt, et nous « aurions eu le temps de profiter complètement de notre « victoire et des 12 à 15,000 hommes qui étaient sur les « hauteurs de Wattignies. Ils auraient été tous enveloppés, « et il ne s'en serait pas sauvé un, mais ce traître ou lâche, « loin d'exécuter Tordre qu'il avait reçu, ordonna la retraite, « nous fit-il perdre bien du monde et faillit nous faire « perdre la bataille.
« Le second est le commandant du 25^ régiment de cava- « lerie qui aussi a refusé d'obéir aux ordres du général « Fromentin qui lui avait commandé de charger Tennemi « avec son régiment; au lieu d'obéir il fit demi-tour à droite
1. Od sait que Duquesnoy était député du Pas-de-Calais. Dans cette ville, qui donna Robespierre à la Révolution, siégeait alors,
comme proconsul, avec mission d'organiser la Terreur, un autre arrageois d'assez cruelle mémoire, Joseph Lebon (1765-1795).
2. Gratien pourtant, parvint à sauver sa tète ; nous le retrouvons générai de division en 1809 au service du roi de Hollande, Louis Bonaparte.
Voyez : Du Casse, Les Rois frères de Napoléon /«'^ page 59, appendice.
<c et est foutu le camp, ce qui dérangea beaucoup nos « affaires, et nous fit perdre plusieurs braves républicains.
« Le troisième est le commandant temporaire de cette « ville, plein de respect pour Cobourg et ses aïeux. La « preuve en existe : les égards qu'il eut pour le prince de (c Hâ, lieutenant-colonel du régiment de Cobourg, qu'il fit c( transporter avec beaucoup de soins dans une maison « bourgeoise, pour le faire panser, tandis que nos frères a sont couchés dans une église comme dans une grange. Je « les ai visités tous ce matin; ils se sont plaints de ce « défaut. Gomment se peut-il qu'on ait plus d'égards pour <i certains de nos ennemis que pour nous?
« Le quatrième est un Irlandais, nommé Mandeville, que « j'ai entendu nommer ce matin M' le Marquis. Comme je « n'aime pas les marquis, je vous l'envoie.
« Nous avons eu dans nos deux journées de combat, près « de 1,600 blessés et 800 tués.
(c L'ennemi a perdu, sans compter ses blessés, 6000 hommes, <( au moins. On est encore occupé en ce moment à les faire « enterrer. Ils nous ont aussi laissé deux voitures de fusils « au moins, qu'on a ramassés sur le champ de bataille. »
« Salut et fraternité.
« Signé : Duquesnoy. »
La fortune lui souriant, Jourdan imprima un mouvement en avant à toute sa ligne de front.
Hansonnet S sous Davaine qui opère sur la Lys et étend son commandement d'Arleuxà la mer, emporte Marchiennes en dix heures de combat. Souham entreprend le siège d'Ypres dont il vient à bout. L'immense effet moral de l'annonce de Wattignies et de ces derniers succès ranime les
1. Né & Liège. J'ai vu, à la bibliothèque de TUniversité de Liège, un portrait-buste de ce général, en costume, peint à l'époque. — On Tattribua & Defrance. — Ce portrait rend avec un sentiment très expressif, la tête fine et énergique de Ransonnet.
104 LE GÉNÉRAL FBOMENTIN
volontés. On apprend presque aussitôt qu*Orchies et Hasnon tombent au pouvoir des Français. C'est bientôt le tour de Menin. Dans la Flandre maritime, Yandamme, enfant du pays, pressé de posséder Ostende, s'ouvre à la baïonnette et pille Furnes le 20 octobre 1793, prétextant des réquisitions ^ Mis en goût par un riche butin, Yandamme ambitionne Nieuport. A son approche (2 brumaire an II — 23 octobre, vieux style), les Anglais, terrifiés, s'enfuient à la débandade vers Bruges et Ostende, sans oublier leurs magasins qu'ils embarquent avec précipitation pour Londres '.
Ces nouvelles réconfortantes, auxquelles on n'était plus habitué, arrivèrent à la Convention dans la séance du 4* jour du 2* mois de l'an II que présidait Moyse Bayle'. Le représentant Laurent, au nom de ses collègues délégués à l'armée, y mandait entre autres faits : « Le général Ransonnet a pris « hier Marchiennes à la baïonnette; il s'est emparé des « canons et munitions. S'il avait eu le talent d'arrêter le « soleil, il aurait poursuivi l'ennemi jusque dans Saint- (( Amand.... La perte de l'ennemi a été considérable, la « nôtre très faible ; soldats et officiers ont tous donné la <( preuve d'un grand courage. »
1. Yandamme (Dominique- Joseph), né en 1771 & Cassel (Nord), mort exilé en 1830.
Brave général, célèbre pour les exactions qu'il commit sous TEmpire, à l'étranger. Masséna eut le même travers. Napoléon ne tarissait pas en reproches contre leurs déprédations. Voir sa correspondance {passim.). — A propos du pillage de Fumes, consultez dans les cartons de la guerre, en date du 22 octobre 1793, le volumineux rapport original où Yandamme consigne tous les objets envoyés par lui à Dunkerque, métaux d'églises, argenterie, bétes de sommes, grains, etc, etc. — La ville fut dépouillée de tout. Voir aussi la protestation des magistrats de Furnes. (Même fonds.)
2. Arch. de la Guerre. Corresp. (Armée du Nord du 15 au 30 octobre 1793).
3. Procureur général syndic des Bouches-du-Rhône et député de ce département.
Peu de temps après, Barère parait à la tribune, il dit : « Encore une bonne journée pour la République, voici des <i nouvelles preuves que lorsque les soldats républicains « sont bien commandés et ont à leur tète des généraux « patriotes et fidèles, ils sont partout victorieux. » Il donne alors lecture d'une lettre des Représentants, datée du quartier général de la Croix-Blanche en date du premier du
second mois. « Nous sommes devant et derrière Menin ;
« nos succès sont au comble, des esclaves de Pitt, c*est-à-
u dire les Anglais, au nombre de 500, se sont déclarés pri- « sonniers de guerre. Nous leur avons pris sous Menin,
u iO pièces de canon bientôt la liberté sera proclamée
<( partout.... A demain dans la Belgique, joie aux sans- « culottes. »
A cette dépêche était annexée la copie du décret rendu par la junte impériale, sur la réquisition du chapitre de Tournai portant que la dîme étant une propriété, il est ordonné de la servir exactement — « celui qui s'y refuserait ou appor- « terait le moindre trouble à la perception sera puni suivant « la rigueur des lois ».
Le même membre donne après, lecture d'une autre lettre du général de brigade Yandamme, datée du quartier général de Furnes, le premier du deuxième mois, annonçant la prise de cette ville, son entrée à Nieuport et l'attaque imminente d'Ostende.... « il annonce qu'il fait ses provisions pour « Varmée vivre cet hiver ^ et qu'il sabre les émigrés chaque « fois qu'il en tombe entre ses mains. »
La Convention a décrété au milieu des plus vifs applaudissements que ces pièces, y compris le décret de la junte impériale, seront insérées au Bulletin et que copie en sera envoyée aux autres armées de la République et à toutes les municipalités ^
i. Auditeur national^ n* 398. — Année 1793.
Sur la Sambre, nos colonnes qui, déjà avec Ransonnei foulent le sol belge, se prêtent un mutuel appui. La division Duquesnoy se porte sur Beaumont, y cherche des fourrages et, entre autres actes, y lève 40,000 florins de taxe. Quant à la division Fromentin, elle défîle le 24 octobre 1793 à travers Maubeuge aux sons d'une musique guerrière et quitte cette ville pour aller camper à Solre-le-Château ^ Les troupes étaient alertes et décidées. Des rapports d'espions signalant Tennemi en forces, au delà de Berlaimont, et son intention d'évacuer la rive gauche de la Sambre et même la forêt de Mormal, Cordellier avec sa division fut adjoint à Fromentin pour l'aider à contenir les coalisés*. Ceux-ci, en effet, accéléraient la retraite de leurs gros équipages et de leur artillerie, de ce côté.
Sur ces entrefaites, l'avis de l'enlèvement d'Ypres et de Menin parvint à nos colonnes en marche et à Maubeuge. Le bruit même se répand de l'occupation du camp de Maulde. Chacun célèbre ces événements avec joie et s'exalte à l'idée de la fuite générale des Autrichiens'. Nos généraux en profitent pour leur mettre l'épée dans les reins. De Solre-le-Chàteau, Fromentin se rend à Landrecies; le 27 octobre, il lui est prescrit du quartier général* de lever son camp le 28, à six heures du matin, de grouper sa division entièrement et de courir sus à l'ennemi, sans se compromettre toutefois. Il correspondra avec le général commandant à Maubeuge, qui pourra même lui donner des missions, suivant les circonstances, lui faire ses rapports
i. Arch. de la Guerre. Corresp., voir lettre de Celliez, Varin et Berton, agents du conseil exécutif près Tarmée du Nord au ministre de la guerre, datée du quartier général, 24 octobre 1793.
2. Jourdan aux représentants composant le Comité de salut public. Maubeuge, 23 octobre 1793 (2 brumaire an II). Arch. de la Guerre.
3. Rapport de Celliez, Varin et Berton. — Document déjà cité.
4. Voyez lettre du général en chef au général Fromentin, 27 octobre an II de la République une et indivisible, aux Pièces justiûcatiyes, n<» VII.
et lier ses mouyements avec lui. Jourdan, de son côté, avance surBeaumont*.
Fromentin se mit aussitôt en campagne, mais les pluies d'automne avaient rendu les chemins si impraticables qu'il ne put inquiéter Tennemi, d'autant qu'encore frappé de sa défaite, celui-ci très méfiant s'éloignait au fur et à mesure qu'on l'approchait. L'opération projetée par le général en chef avorta pour ces motifs.
Après plusieurs escarmouches, Fromentin, détaché à l'armée des Ardennes, prit un moment son quartier d^hiver en avant de Philippevillepour observer Charleroi, puis il fut renvoyé vers Avesnes.
Le 9 décembre 1793, quelques troupes autrichiennes visitèrent Solre-le-Chàteau et y commirent des excès; le l^** janvier 1794, un corps plus considérable de la même nation revint à ce bourg; mais cette fois, les généraux Fromentin et Duhesme, qui étaient cantonnés dans les environs, furent prévenus à temps; ils accoururent en toute hâte à Solre-le-Ghàteau avec leur cavalerie, firent détaler les Autrichiens et les poursuivirent jusque sous les murs de Beaumont.
Dans les premiers jours de pluviôse an II (janvier 1794), le général Fromentin dut transférer son quartier général à Avesnes, où il demeura quelque temps, ayant alors, outre son infanterie, des dragons, des hussards et des chasseurs, en tout 14,000 hommes environ. Presque chaque jour, il échangeait des courriers avec Maisonneuve, Colaud, Duhesme, placés sous sa dépendance, et avec les Représentants du peuple, BoUet' et Villers, résidant à Douai.
Les 3 et 4 janvier 1794, Fromentin s'étant aperçu que
i. Voyez lettre du général en chef k Fromentin, etc. PiAce Justificative, n» vil.
2. BoHet (Philippe-Albert), député du Pas-de-Calais à la Convention et aux Cinq-Cents.
108 LE GÉNÉRAL FBOXENTIN
de faux assignats circulaient dans Tarmée, chercha k découvrir les coupables tant à Avesnes qu'à Maubeuge'.
Le 7 janvier, le général de division Maisonneuve notifiait à Fromentin qu'il était remplacé dans son commandement de la division de Maubeuge, par son collègue Colaud et qu'il allait caser son quartier général à Cerfontaine.
Il l'informe, en outre, qu'il a saisi le 6 janvier au village de Bersillies 35 voitures de fourrages et 2 cloches, et qu'un dragon a été tué et haché par l'ennemi.
« Je suis instruit à l'instant, dit-il, que l'ennemi a pillé « Cousolre, a reçu du renfort du côté de Beaumont, a ren- « forcé les portes et cantonnements et qu'il lui est arrivé « 14 pièces de canon dont quelques-unes de 13, j'ai pris mes « précautions pour me garder. Je tiens, mon camarade, à « vouloir prévenir Duhesme qu'il veille de son côté, car je m crains que l'ennemi cherche à nous inquiéter pour « emporter notre embrigadement. »
Maisonneuve ajoute une réflexion qui peint bien l'état d'esprit de ces braves militaires, presque désespérés d'être condamnés à l'impuissance, succombant sous la fatigue et par moments réduits à regretter le temps où ils rompaient leurs premières lances dans l'Hindoustan.
« Je désirerais bien, mon camarade, que nous puissions « ensemble voir les grandes Indes, toi à l'Ile-de-France et « moi à Pondichéry. Faisons tout notre possible pour l'ob- « tenir ^. »
Le 9 janvier (20 nivôse an II de la République), Maisonneuve prévenait son ami Fromentin, que le général en
1. Voyez : Pièce justificative, n* VIH. Lettre du géuéral Vezu au général Fromentin, 4 janvier 1794.
2. Pièce justificative, n» IX. Lettre du générai Maisonneuve au général Fromentin, 18 nivôse an II (7 janvier 1794).
chef Jourdan, lui avait encore confié le commandement de la division du général Yezu appelé à Paris ^
Le il janvier, on entend un grand bruit dans la forêt du Tilleul, près Maubeuge; on écoute, on surveille, on croit que c'est Tennemi qui se met en branle *.
Le 27 janvier (8 pluviôse an II), Maisonneuve informe le général Fromentin que 365 hommes dont 160 cavaliers montés, â8 dragons, 110 chasseurs, 75 hussards lui sont demandés par les citoyens BoUet et Yidalin*, représentants du peuple, à l'armée du Nord^.
La situation était alors très tendue. Les vivres faisaient défaut, les soldats étaient dénués de tout. Deux lettres que nous reportons aux pièces justificatives, écrites par le général Colaud ^, en donnent bien l'impression.
Le même jour, 30 janvier 1794, le général Maisonneuve avertit les généraux Colaud, Duhesme et Fromentin que deux colonnes d'infanterie et troupes à cheval filent sur Beaumont et qu'il faut s'en préoccuper; à cette époque Colaud était à Maubeuge, Duhesme à Beugnies et Fromentin à Avesnes '.
En février 1794, le général Fromentin réclame avec instance des fusils, ces armes manquant à bien des soldats.
Le 3 mars 1794, le divisionnaire Colaud accorde une demi-satisfaction à son collègue Fromentin ; il lui annonce
i . Pièce justificative, n» X. Lettre du général MaisoDoeuve au géuérai Fromentin, 20 nivôse an II (9 janvier 1194).
2. Pièce justificative, n<» XI. Lettre du même général du 22 nivôse an II (11 janvier 1794).
3. Vidalin (Étiçnne), président du tribunal de commerce de Moulins, député de TAllier.
4. Pièce justificative, n» XII. Lettre du général Maisonneuve au général Fromentin du 8 pluviôse an II (27 janvier 1794).
5. Pièce justificative, no" XIII et XIV. Lettres du général Colaud au général Fromentin du 10 pluviôse an II (29 janvier 1794) et du 11 pluviôse an II (30 janvier 1794).
6. Pièce justificative, n» XIV (ibidem), Colaud à Fromentin (11 pluviôse an II (30 janvier 1794).
110 LE 6ENEBAL FROMENTIN
500 fusils et ajoute que, remplaçant les trois bataillons de la garnison de Landrecies, il va expédier sur cet endroit, de Guise, le 7" bataillon des fédérés, et de Dourlers le 6' bataillon du Nord'. Durant toute la première quinzaine de mars, Fromentin continuera d*occuper Avesnes. Il gardera les voies publiques entre cette ville et Maubeuge.
Le 5 mars 1794, Fromentin, d'accord avec Golaud, qui à cette époque remplace un instant Pichegru au commandement général de Tarmée du Nord, et se rend à Guise pour surveiller l'arrivée du matériel, détache un de ses bataillons à Landrecies et prend le 47' d'infanterie de la garnison dudit; la position reste pénible, les routes peu sûres, on est privé même du nécessaire, d'armes et d'habillements, par exemple. Fromentin ne cessera de s'en plaindre.
Le 8 mars, l'ennemi se campe sur divers points, le général Fromentin perd dans un fourrage trente-deux chevaux et seize voitures. Les paysans de plusieurs villages, craignant l'invasion, s'étaient ameutés et avaient dépouillé le convoi. Le général Golaud déclare dans son billet du 9 mars, à Pichegru, que les intérêts de la République sont compromis, que sur trois divisionnaires désignés au poste de Maubeuge, il n'y en a aucun; redoutant d'assumer personnellement une grande responsabilité, il souhaite le présence du général en chef*.
Le même jour, 9 mars, les états d'armement de toutes les divisions sont adressés à Pichegru. Le il, celui-ci envoie 15,000 hommes de l'armée du Nord à celle des Ardennes : on sait que les deux armées s'empruntaient des secours suivant les cas. Le général Golaud, supposant à l'ennemi, qui s'établit en avant de Maubeuge, l'intention de forcer
1. Pièce justificative, n» XV. Golaud au général Fromentin (3 mars 1794).
2. Pièce justificative, n** XVI. Golaud au général Pichegru (9 mars 179i).
ET L'AEMEE DU NOBD 111
Maroilles, et d'intercepter la communication avec Avesnes, s'en explique avec Fromentin*. ^
Le 12 mars 1794, le général Desjardin, commandant à Maubeuge, se prépare à résister et fait baraquer les troupes dans le bois, entre Solre-sur-Sambre et Tabbaye de laTure, position essentielle à conserver.
Fromentin, voulant déjouer les projets de Tennemi, résolut d'entraver sa marche. A cet effet, le 13 mars, ayant aperçu un convoi d'armes, venant de Guise pour être distribué à sa division par l'entremise du général Desjardin, dont il avait l'agrément, il l'arrêta, puis attendit l'arrivée d'un autre annoncé. Ce dernier ne tarda guère davantage, car les 16 et 17 mars, il lui arrivait de Guise et de Maubeuge, non seulement de nouveaux fusils, mais des souliers, des habillements et des denrées ^.
Sitôt sa division équipée, Fromentin poussa maintes reconnaissances et livra des combats dans les environs d'Ors et de Pommereuil, pays pourtant difficile d'accès et coupé de haies et de petits bois, où sa tactique, qui consistait en attaques sans nombre, embarrassa l'ennemi.
Le 29 mars 1794, sur l'avis de ce général, une action fut engagée, non loin du Gâteau, entre les troupes républicaines et les armées autrichiennes.
Après plusieurs coups de canon tirés avec justesse en plein camp ennemi, .par nos artilleurs, le 1" bataillon de Saint-Denis eut ordre de charger; impatient de se montrer, avide de succès, il fonça avec furie, franchit tous les obstacles, abattit les retranchements et, malgré le feu de six pièces tournées contre lui, força le pont de Catillon, où les milices françaises passèrent à l'instant.
1. Pièce justificative, n» XVIL Colaud au général Fromentin (9 mars 1794).
2. Pièce justificative, n^ XVIIL Lettre du général Colaud au général Desjardin (14 mars 1794).
112 LE aÉNÉBAL FROMENTIN
Suivant ses instructions, le général de brigade Soland^ port^ses tirailleurs en plusieurs colonnes, hors Catillon et essaya de déloger les Autrichiens. Ceux-ci s'étaient abrités dans un chemin creux avec épaulements où ils paraissaient entièrement couverts, masqués par un taillis prolongé de Pommereuil à Ors, villages proches du Gâteau.
Le combat fut très chaud. Du côté des Français, le i" bataillon de Saint-Denis s'aventura à droite le long de la Sambre et le 2* de la Meurthe, par la gauche des retranchements, en entretenant un feu nourri et en escaladant ceux-ci à la baïonnette. En moins d'une demi-heure le ravin, les épaulements, le taillis et trois redoutes étaient enlevés *.
Puis, comme l'ennemi tenait à Ors, le général Fromentin Qt avancer l'artillerie de position et ordonna aux soldats de surprendre ce village par derrière, pendant que la demi-brigade, sous la conduite du chef de la 34* division, combattrait de front. Cette mesure habile éteignit le canon des Autrichiens et les rejeta dans le bois Lévèque ; la 34^ division de gendarmerie, les bataillons susnommés, et les 19* et 47* régiments d'infanterie, les traquèrent alors jusqu'aux avant-postes de Landrecies. Ni la traversée du bois, ni les retranchements et abattis multipliés qui y existaient, ne purent ralentir cette chasse à l'homme.
Un tel succès, aussi rapidement décidé, encouragea le général de brigade Soland à se poster avec la cavalerie et l'artillerie de position, en avant de la dernière redoute conquise, où il attendit, pour lâcher ses hussards et un escadron du 3* régiment de dragons, l'arrivée de la colonne de gauche déployée sur le Cateau. Tout paraissait sourire aux armes françaises, déjà même deux pièces de canon étaient placées en batterie et allaient tonner, quand,
i. Soland, né le 21 juillet 1747 & Mézieux (Ain).
2. Pièce justificative, n^ XX. Bulletin autrichien du 29 mars 1794. et no XIX, rapport de la journée du 9 germinal an II (29 mars 1794), par le général de brigade Soland.
soudain, on se trouve nez à nez non seulement avec les troupes de Pommereuil, venant de la redoute, et amenées par le colonel Michalowitz, mais encore avec un corps de réserve de Tarmée impériale et deux détachements de uhlans, dirigés par le général autrichien Kray et le lieutenant-colonel comte Palfy. Cette apparition mit en panique notre artillerie de position, qui, au lieu de résister, comme elle le devait, lâcha pied, renversa une pièce de 12 dans un ravin et courut en désordre jusqu'à Guise, entraînant une bonne partie des recrues incorporées au 10* bataillon de Paris et parmi les dragons et hussards.
Le général Fromentin, voyant cette débandade, s'élança, avec le général Soland, à travers les rangs, harangua son monde qui reculait, mais en faisant face en tête. Il disposa leurs lignes restantes par échelons pour ne pas les laisser exposées en masses compactes, et d'ailleurs sans profit, au feu plongeant des ennemis.
Cette demi-retraite s'effectua jusqu'à la redoute avec d'autant plus d'ordre que les combats précédents s'étaient livrés suivant la tactique. En effet, le général n'avait jamais perdu de vue ses communications.
En outre, les officiers, sous -officiers, et les anciens d'Hondschoote et de Wattignies avaient fait tout le possible pour arrêter les fuyards; ils insistaient même pour qu'on leur permît d'aller en avant réparer une déroute aussi déshonorante.
Au milieu de cette échauffourée^ se distingua le capitaine Charles Boyé ^, commandant le 1" escadron du 4® hussards; il eut pour mission de s'emparer d'une redoute ennemie située dans un enclos près le bois Lévêque entre Ors-sur-Sambre et la route qui conduit de Landrecies
1. Et non à la bataiUc de Wattignies, comme il avait été dit inexactement dans la première notice parue.
2. Boyé (Charles-Joseph) est né & Ehreinbreisten (ÉIcctorat de Trêves), le 11 février 1762.
LE GÉNÉRAL FROSIBNTI?! 8
au Gâteau. A rinstant où, malgré lefs balles, il emportail cette redoute, il fut pris de flanc par le régiment de Royal- Allemand tout entier dissimulé jusque-là par la tranchée. Ayant son seul escadron, Boyé fut ramené durant quelques toises et exécuta une course à la diable à travers les sentiers étroits, qu'il avait suivis, sous bois, pour arriver à la redoute.
Dans une passe aussi grave, le jeune capitaine français n'eut d'autre moyen de salut que de trouer l'infanterie ennemie, postée à sa gauche, près le chemin de Landrecies au Gâteau. A son cri de ralliement et en moins d'une minute, ses 80 cavaliers lancés au grand trot, font demitour par conversion, se pelotonnent serré et, sublimes d'audace, se ruent sur la ligne d'acier des Autrichiens. Boyé, les excitant de la voix et du geste, renverse de sa main plusieurs grenadiers aux premiers rangs. Chacun jouant du sabre comme dix, l'héroïque escadron bien que décimé, se fraya un passage k travers la masse en désarroi de l'infanterie et aux applaudissements de notre armée. 48 hommes revinrent de ce brillant assaut et rejoignirent le régiment; 30 étaient tombés raide morts, Boyé avait eu un cheval tué sur lui*.
Peu de jours après, Boyé fut élevé au grade de général de brigade.
Bien que les Autrichiens se fussent attribué la victoire du Gâteau, nos troupes n'en bivouaquèrent pas moins contre la Groise et Gatillon, gardant militairement les positions si vivement disputées '.
Le 30 mars, à l'aube, Fromentin lança le 4° régiment de hussards, de Gatillon, en reconnaissance, et lui enjoignit