Frère du conventionnel
du ^énie, a rendu les plus grands services. Il m'est de la plus grande importance de conserver ce brave homme à Tarmée du Nord, qui manque absolument d'ingénieurs. J'espère que vous voudrez bien donner des ordres pour qu'il y soit employé*. »
En son rapport adressé le 18 octobre 1793 à ses collègues du Bureau central des représentants du peuple, Duquesnoy, celui qui plus tard, condamné pour avoir défendu la République aux abois, se perça le cœur d'un coup de poignard, estime approximativement les pertes des Français, dans les deux journées, à 1,600 blessés et 800 tués. Quant à l'ennemi, dit-il, il a perdu, sans compter ses blessés, 6,000 hommes, et a laissé au moins sur le champ de bataille la quantité de deux voitures de fusils ^.
Ébranlé par ces assauts continués avec tant de persévérance, le prince de Cobourg, qui avait juré de se faire sans culotte si les Français venaient le déloger de Wattignies, oublia sa parole, évacua toutes les positions, sans même attendre l'arrivée du duc d'York, accourant à grands pas sur la Sambre avec un corps nombreux, pour le secourir.
Le général en chef Jourdan avait rendu compte de la journée du 16 octobre 1793 dans une première lettre du même jour, ainsi conçue :
« Le général en chef de Varmée du Nord au citoyen minisire
« de la guerre,
« Quartier général d'Avesnes, 17 octobre, l'an 2"*'. « J'ai reçu hier, sur le champ de bataille, votre dépêche,
1. Jourdan au ministre. Avesoes, 17 octobre 1793. Arch. de la Guerre. Corresp.
2. Pièces justificatives. Lettre du représentant du peuple Duquesnoy & ses collègues d*Arras (18 octobre 1793).
« citoyen ministre. La division de droite, aux ordres du ce général Duquesnoy, a forcé le camp et le poste de Watti- « gnies que sa position rendait imprenable ; mais rien n'a « résisté à la baïonnette des Républicains. La division de « gauche, aux ordres de Fromentin, a forcé le val de « Saint- Vast, Saint-Rémy et Saint-Aubin. J'apprends à <i rinstant que Tennemi a évacué, dans la nuit, le camp « qu'il avait sur les hauteurs de Dourlers, sans doute parce c( qu'il craint d'y être enveloppé. Je monte à cheval et j'es- « père vous en rendre bon compte. Le combat d'hier a com- « mencé à huit heures du matin et a cessé à la nuit. L'en- « nemi a perdu beaucoup de monde. Les Républicains se « sont battus avec un courage dont il n'y a pas d'exemple. <c Les Représentants du peuple, Carnot et Duquesnoy, ont (c marché à la tête des troupes qui ont chargé; ils ont des- « titué, sur le champ de bataille, le général de brigade « Gratien, qui ayant reçu l'ordre de se porter en avant, « avait battu en retraite. Cet acte de justice a fait un bon « effet, cette brigade a été de suite reprendre son poste. a Je n'ai pas le temps de vous donner de plus amples « détails, il est plus essentiel dans ce moment de se battre « que d'écrire.
« Signé : Jourdan. »
Cette dépêche fut lue à la Convention, dans la séance du 27* jour du 1" mois de Tan IL L'assemblée l'applaudit et ordonna son insertion au Bulletin. Il s'ouvrit une légère discussion sur la lâcheté de Gratien, dont on se montra indigné. Duhem* demanda qu'il fût jugé militairement sur le champ de bataille et que la même mesure fût adoptée pour tous les généraux lâches. Sa proposition combattue
i. Duhem (Pierre-Joseph), médecin Juge de paix à Lille. Représentant du Nord. Avait fait partie de la Législative.
par Albitte', comme pouvant favoriser les passions particulières, fut renvoyée au Comité de Salut public qui dut faire un rapport le lendemain.
Le matin du 17 octobre 1793, les vainqueurs de Wattignies, longeant la Sambre, entraient à Maubeuge au milieu des transports d'une joie frénétique.
La fumée de la poudre, la poussière des bivouacs, le désordre de leurs vêtements, joints à Tassurance altière que procure la victoire donnaient à tous les militaires, chefs et soldats, un air martial et terrible qui contras* tait singulièrement avec le dépit des troupes du camp ; celles-ci, honteuses de leur inaction, ne savaient comment répondre aux reproches amers dont on les gratifia.
« Le général en chef, accompagné des commissaires de « la Convention, témoigne son mécontentement au général « Ferrand sur ce qu'il n'avait rien entrepris, lui faisant « observer que, s'il eût porté brusquement 10,000 hommes <' sur Ferrières, au moment où l'aile gauche de l'ennemi « était culbutée, la victoire était complète. Ferrand donna « pour excuse qu'au sein du conseil de guerre le général « Chancel avait combattu tout projet de diversion ; suivant « lui, l'armée du Nord n'étant pas en état de livrer bataille « au prince de Cobourg, il était présumable que l'ennemi « tirait seul le canon qu'on entendait, afin de persuader à « la garnison qu'on marchait à son secours, de l'attirer, u par cette ruse, dans une embuscade. Il ajouta que cette « opinion avait paru vraisemblable aux membres du conseil. « On aurait pu lui répondre qu'en sa qualité de comman- « dant en chef il était libre de rejeter l'avis de Chancel. « Néanmoins, les commissaires rendirent ce dernier respon- « sable de la faute commise, et le traduisirent au tribunal « révolutionnaire, qui le condamna à mort*. »
1. Albitte (Antoine-Louis), homme de loi à Dieppe, député de la Seine-Inférieure, avait siégé à la Législative.