Journal du général Favereau (Arch» de la Guerre
Le 28 avril 1794, Fromentin avisait le général Favereau que Tarmée autrichienne, sur les hauteurs du Favril, continuait à bombarder Landrecies. La place fumait et semblait être dépourvue de munitions.
Je fais partir aussitôt, écrivit-il à son compagnon, parmi les trois bataillons et les deux piquets venus comme renforts, le 6* de la Loire et le 68" régiment d'infanterie, sur Maroilles, le 2* de la Nièvre et les deux escouades de cavalerie sur Petit et Grand-Fayt, le tout sous les ordres des généraux Soland et Montaigu, pour surveiller Landrecies*.
De son côté, le général Favereau ayant depuis le 30 avril, comme Ton sait, la responsabilité du camp retranché de Maubeuge, après avoir averti Ferrand qu'il avait fourni à Fromentin le peu de bras dont il pouvait disposer, lui mandait que les forces de l'ennemi, en face de Maubeuge, montaient à près de 10,000 hommes '.
Le 30 avril 1794, vers six heures du matin, Fromentin, conformément aux dispositions édictées la veille, essaya encore de se jeter au travers des Impériaux; mais après avoir étudié la carte et s'être rendu compte de la triple force des armées hoUando-autrichiennes, il perdit l'es: pérance de secourir Landrecies.
Le même jour, de deux heures à six heures de relevée, il parcourut une partie des territoires du Favril et de Maroilles; après s'être arrêté sur tous les sommets qui lui permettaient de dominer la cité assiégée et ses faubourgs, il constata que, quoique le feu eût cessé, Landrecies ^ continuait de brûler, que l'ennemi concentré se dissimulait, que rien n'émergeait, sauf les vedettes.
ii Pièce justificative, n<> XXXVIII. Fromentin à Favereau, 9 floréal an IL
2. Pièce justificative, n^ XXXIX. Favereau à Ferrand, 9 floréal an II.
3. Pièce justificative, n® XL. Fromentin à Favereau, 11 floréal an II.
182 LE GÉNÉRAL FBOMENTIK
Toutefois au milieu de ce silence mortuaire, quelque chose d^anormal se passait : Landrecies à bout de forces, ayant ses batteries démontées, expirait. Et pourtant aucun signe ne rindiquait au dehors.
Le 30 avril 1794, en efiet, le général Rouland signait la capitulation. La place fut remise au prince d'Orange, commandant le corps austro-hollandais, la garnison fut déclarée prisonnière de guerre ^
Ce même jour encore (il floréal an II), à cinq heures. du soir, Tennemi entra dans Landrecies. Le 1**^ mai, Tempereur d'Autriche, le prince d'Orange et autres chefs de Tarmée alliée vinrent visiter la ville qui ne formait plus qu'un monceau de décombres. Dix maisons à peine restaient debout, le tiers de la population avait péri.
Voici en quels termes le général Ferrand,de son camp de Réunion-sur-Oise (Guise), annonçait le 1*' mars 1794, aux membres du Comité de Salut public, la reddition de cette place :
« Landrecies n'est plus en notre pouvoir, ses batteries c( démontées ne lui ont pas permis une longue résistance ; <c telle est la lettre que je reçois dans ce moment, du général « Fromentin, et dont je vous envoie copie; après Tattaque « du 7, j'en avais tenté une seconde le 10, nos efforts ont (( été vains ; la faiblesse et le délabrement de la division de <( Cambrai, qui avait perdu presque toute son artillerie, ne « lui a pas permis d'appuyer ma gauche. Les divisions « de droite de l'armée se sont battues avec vigueur; « «300 hommes et plusieurs chevaux ont été taillés en pièces « par les escadrons des 22* de cavalerie et du 12* dra- « gons.
1. Voy. Arch. de la corresp. Armée du Nord (carton du 15 au 31 avril 1794), relation du général Roulaud sur le siège et la prise de Landrecies.
« Quant aux détails concernant la prise de cette place, je (c n'en ai encore aucun, dès qu'ils me seront parvenus, je « m'empresserai de vous les adresser.
« Salut et fraternité.
« iSt^n^ ; Ferrand. * »
1. Lettre da général Ferrand au Comité de salut publie, !•' mai 1794. Arch. de la Guerre (corresp., armée du Nord).