CHAPITRE VIII
Lettre des administrateurs da district d'AvesDes à la Convention (1er mai) gur la prise de Lacdrecics. — Injustes imputations contre le général Fromentin. — Mouvements et dispositions de nos corps de troupes devant Maubeuge sous la direction de Desjardin. — Sur les ordres de Carnot, le général en chef Pichegru renforcé, simule une tentative de blocus de Tarmée ennemie et occupe toutes ses routes de communication, sauf celle du Quesnoy. — Cobourg décide alors de ne pas s^aventurer plus loin à Tinté rieur de la France, avant d'avoir battu Tarmée du Nord et fait rétrograder ses troupes partie sur la Lys, partie sur la Sambre. — Le plan des Français étant d'emporter Charleroi, les Impériaux disputent avec succès le passage de la Sambre aux troupes républicaines entre Erquelines et Thuin (10 mai 1794). — Notre premier passage de cette rivière le 12 mai. — Combat de Mont-Sainte-Geneviève ; retraite des Autrichiens. — Fromentin 8*empare du camp de Merbes à la baïonnette. — Bataille devant Charleroi à Péchant et & Grand-Reng (13 mai). — Fromentin, blessé et mis hors de combat, quitte le commandement de sa division. — Belle résistance du 22* régiment d'infanterie. — Nous plions devant le Grand-Reng. — Reprise des tentatives sur Charleroi. — Acharnement des deux armées à se disputer le passage de la Sambre. — Succès et insuccès trois fois encore contrebalancés, de part et d'autre.
La prise de Landrecies sema Talarme aux alentours, comme si Tennemi avait déjà forcé les postes de Maroilles, de Fayt, de Berlaimont.
Les habitants d'Avesnes, spécialement, se montrèrent consternés. Dans cet état des esprits, les administrateurs
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du district se rassemblèrent et écrivirent immédiatement, le i*' mai 1794, au Comité de salut public, la lettre suivante :
c< Citoyens Représentants,
c< Les rapports ont tellement varié sur la situation de » Landrecies, pendant toute la journée, que ce n'est que sur « la demande que nous venons de faire au général de divi- « sion Fromentin, que nous savons positivement, en ce « moment, que cette place est au pouvoir des Autrichiens « depuis hier à cinq heures du soir. Il nous dit que des « déserteurs français qui faisaient partie de la garnison « assurent qu'elle est toute brûlée et qu'il ne lui est plus « possible d'opposer la moindre résistance,
« L'armée a livré trois combats où le courage du soldat « s'est montré digne du nom républicain ; mais nous ne « saurions nous empêcher de gémir sur l'inutilité de ses « efforts qui vraisemblablement prend sa source dans « l'ineptie des généraux. Nous nous permettons de vous « faire connaître que jamais nos troupes ne se sont battues à « armes égales^ et quand l'ennemi faisait usage des pièces de <( 7, de 13 et de 17, on lui opposait du canon de 4 et de 8 et « toujours en nombre inférieur; vous jugerez d'après ceci si « l'avantage pouvaitrester de notre côté. Nos braves frères « ont vu de mauvais œil cette conduite inexplicable des « généraux et nous vous dirons franchement que le mécon- (( tentement s'est fait entendre dans l'armée. Cependant, « Tesprit du soldat est bon et il désire toujours de com- « battre et de vaincre nos atroces ennemis. Le général Fro- « mentin nous mande que ses troupes se portent sur Cam- « brai et Réunion; nous ignorons les mesures qu'il a prises « pour arrêter la marche de l'ennemi, mais nous ne croyons « pas au talent de ce général et nous vous invitons à l'aider « de vos lumières, car nous n'avons aucune raison d'être
« tranquillisés tant qu'il sera abandonné à ses propres « moyens.
« Les destinées de la France qui vous occupent continuel- « lement, fixeront vos regards sur cette importante frontière « que semble convoiter particulièrement rAutrichien ; nous « vous donnons Tassurance que nous défendrons le poste « où nous sommes placés jusqu'à extinction ; mais il faut « que les attaques soient dirigées par des hommes plus « intelligents, sans quoi nous pourrions courir les risques « de ne pas être secourus.
« Salut et fraternité.
« Ont signé : Bonnaire, Gosseun, Carton, etc., etc. * »
Nous avons transcrit ce document in extenso, car il fut une des causes principales de la destitution momentanée qui frappa plus tard le général Fromentin, et fit mettre à la suite les généraux Gharbonié, Desjardin, Ferrand et Favereau.
Les administrateurs du district d'Avesnes, ignorant le métier des armes, avaient eu peur à Tannonce de la chute de Landrecies. Le général Fromentin, à leurs yeux, aurait dû délivrer Landrecies; or, comme il avait son quartier général à Avesnes et que cette ville était sous sa dépendance, ils se voyaient déjà bombardés et non défendus. Inconscients peut-être au fond, ils ont lancé leur accusation, sans juger des conséquences qu'elle amènerait dans un temps où les généraux n'avaient qu'à choisir entre deux issues : le char de triomphe ou l'échafaud.
Ils n'ont pas assez envisagé : que grâce à des positions respectables, à des reconnaissances soutenues et à des luttes continuelles sur Solre-le-Château, les Fayt, Maroilles,
i. Lettre des administrateurs du district d'Avesoes au Comité de Salut public, 1«' mai 1794 (Cartons de la Guerre, corresp. de mai, armée du Nord et des Ardennes).
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Catillon, Guise et Landrecies, Tarmée française avait pu arrêter Tennemi et Téloigner déjà d^Avesnes, objet d'une même sollicitude de la part de Fromentin, que Landrecies.
Ils n'ont pas saisi que la situation du général était des plus délicates; qu'avec sa faible division répartie sur une longue ligne de défense, presque sans artillerie, il ne pouvait se mesurer à 60,000 fantassins, y compris une cavalerie formidable, une forte artillerie, sans compromettre son armée, le salut de la République, Haubeuge et même Avesnes^
Le 1*' mai 1794 (12 floréal an II), lendemain de la chute de Landrecies, alors que l'ennemi se disposait à conduire ses prisonniers à Breda et à Maëstricht, le général Fromentin opéra maintes reconnaissances dans les environs de la malheureuse ville; il occupa les hauteurs du Favril (où Soland avait, sans perdre de temps, démoli par prudence les redoutes autrichiennes'), et le village de Prisches évacué *.
D'après les piquets qui gisaient par terre et sur une vaste étendue, Fromentin put évaluer le chififre des assiégeants k 60,000 h. dont 6,000 de cavalerie, et s'aperçut que les Autrichiens avaient établi un poste assez fourni entre la Folie et le Favril, au lieu dit le Moulin, dans le but bien évident de préserver les relations dudit avec Landrecies.
II communiqua ses observations au général Favereau et lui apprit que, d'après le rapport des prisonniers, l'intention de l'empereur d'Autriche paraissait être de diriger ses pas vers Tournai, de bloquer cette ville, de garantir
1. Voyez pièces XXXIY déjà citée, Soland à Fromentin, 25 avril i794 et XL déjà citée. Lettre du général Fromentin au général Favereau, 11 floréal an II.
2. Voyez pièce XLII. Lettre du général Fromentin au général Ferrand, 1» mai 1794.
3. Voyez pièce XLIII. Lettre du général Favereau au général Fromentin, 12 floréal an II.
Mons, et, si c'était possible, de cerner Tarmée du général en chef Pichegru, qu'il fallait prévenir.
Le 2 mai, Fromentin commanda aux généraux Montaigu et Soland de mobiliser leurs bataillons ^ Le même jour, Favereau annonçait à Ferrand ^ que, d'accord avec le général en chef Desjardin, les dispositions suivantes avaient été convenues aux environs de Maubeuge, pour le cas où l'ennemi ferait mine de tourner l'armée française.
Sur la droite, un corps de troupes volantes de trois bataillons d'infanterie, une demi - compagnie d'artillerie légère, deux pièces de 8, un obusier et 450 hommes de cavalerie, destiné à disputer le passage de la Sambre et à se rendre où besoin l'exigerait, tenait Montigny, Saint-Christophe, Bousigny, etc., avec retraite assurée sur Ferrièrela-Petite.
Gomme réserve, trois bataillons étaient cantonnés depuis Requignies jusqu'à Bois-sur^Sambre.
Un autre détachement formé de quatre bataillons, y compris un de grenadiers, une demi-compagnie d'artillerie légère, trois pièces de 12 et de 8 et 450 hommes de cavalerie, gardait Tirmont, Beaumont, Solre-Saint-Gery, avec retraite prévue sur Solre-Libre (Solre-le-Château), pour garantir les Haies d'Avesnes.
En cas de recul, les trois bataillons susénoncés, protégeant la Sambre depuis Requignies jusqu'à Bois-sur- Sambre, devaient surgir pour appuyer le camp à gauche de Gerfontaine.
Sur la gauche, un corps de troupes occupait Hautmont, avec retraite calculée sur le camp de Falise.
L'armée française tenait également Saint-Remy-Mal-Bàti et environs, avec retraite possible sur le bois de Beaufort et, de là, sur le camp de Falise.
1. Voyez pièce XLIV. Lettre du général Fromentin au général Favereau, 13 floréal an II.