‹ Le général Fromentin et l'armée du NordChapitre 4 sur 73 · Voyez son acte de baptême. (Pièces justiûcatives, n · texte numérisé non relu

Voyez son acte de baptême. (Pièces justiûcatives, n

30 LE GENERAL FBOMENTIN

1725, était négociant de fil et toiles. Il descendait en ligne directe d'une famille dont on trouve six représentants du nom, fabricants de dentelle, entre 1615 et 1774 '.

Anne-Charlotte Leconte, sa mère, fille d'un maître de poste et petite-fille d'un marchand de point d'Alençon, était née dans cette ville, le 8 juin 1730. Dix-neuf enfants étaient issus de ce mariage, célébré à la paroisse Notre-Dame d'Alençon, le 16 janvier 1748*.

Lors de la naissance du cinquième, Jacques-Pierre Fromentin, le père habitait le Marché aux chevaux, la mère possédait en propre la terre et ferme de Montrayé, située communes de. Pacé„ Cuissay, Saint-Denis, qui appartenait encore à la famille Fromentin en 1859^. C'est à cette campagne, voisine de la cité, que le jeune Fromentin et ses frères et sœurs passaient leurs vacances.

Les premiers maîtres de Jacques Fromentin sont demeurés inconnus. C'est un point peu regrettable dans sa biographie, car, suivant les traditions, le futur général républicain fit des études médiocres. L'adolescence passée, le moment vint pour Fromentin de choisir une carrière. Il tergiversa un instant; toutefois ses vues se tournèrent bientôt vers l'état militaire, qu'il n'était pas rare de voir embrasser alors par un ou plusieurs rejetons des familles nombreuses.

1. (Voyez pièce justifie, n* II.) Extraits des archives notariales.

2. En présence des père et mère de l'époux Pierre Fromentin et Madeleine Bougis; des père et mère de réponse Leconte Charles et Catherine Barrier, et de Jacques Fromentin frère de Tépoux, de Pierre Nory, Jacques Launay, Jean-Baptiste Belin, sieur des Parquets, beaufrère de l'époux, Philippe Bonvoust, Jean Le Noir sieur du Fresne, oncle de l'épouse, Jacques Richer, César Bouillon, procureur, M. Philippe-Joseph Le Camus, directeur du dixième denier de cette généralité et autres parents et amis.

(Extrait des actes de catholicité,)

3. J.-P. Fromentin père s'établit plus tard, rue du Collège et place de Lancret; il mourut à Alençon, le 15 novembre 1796; sa femme, A.-C. Leconte, décéda dans la même ville, le 10 novembre 1772.

ET L'ABMÉS DU KOBD 31

De souche tout à fait bourgeoise, le jeune homme ne put prétendre à entrer dans une école militaire ; il ne réunissait pas non plus les autres conditions exigées S aussi dut-il se résoudre à débuter par Femploi le plus humble, celui de volontaire.

C'était du reste alors le sort de plus d'un futur officier supérieur sorti du peuple ' ou même des rangs du Tiers. Le 5 avril 1778, Jacques Fromentin s'engage donc comme simple soldat dans le régiment de l'Ile-de-France.

Le 5 mai suivant, il s'embarqua à Lorient et rejoignit, le 29 janvier 1779, le 2® bataillon de son régiment aux Iles de France. Bientôt, celui-ci ayant été compris dans le corps envoyé par le gouvernement aux grandes Indes, Fromentin partit le cœur joyeux pour cette campagne où il ne devait pas tarder à se distinguer.

La mission des troupes françaises était d'agir de concert

1. Pour y être admis il fallait être orphelin ou descendant d'officier, enfant de famille, ayant peu de fortune, mais comptant quatre générations de noblesse. En 1776, les élèves de Tancienne école militaire, fondée par Louis XV, furent disséminés dans douze collèges de pro^ Tince d'où se tirèrent par voie de concours, à partir de 1777, les Cadets réinstallés dans les bâtiments de TÉcoIe militaire (au Champ de Mars).

2. Par exemple, pour n'en citer que quelques-uns, Ney, fils de tonnelier, s'engageait volontaire en 1787.

René Moreaux, un des futurs commandants en chef de l'armée de la Moselle en 1794, s'engageait à seize ans en 1776.

Lefebvre, né en 1756, futur maréchal et duc de Dantzick, était fils de meunier ; il s'engagea aux gardes françaises en 1773.

Marceau (1769-1796) s'engagea à quinze ans.

Pichegru (1761-1804), le futur conquérant de la Hollande s'engagea dans Tartillerie.

Masséna (1758-1817), futur maréchal et prince d'Essliog, était parti comme mousse ; entré ensuite dans le régiment royal italien, il se vit arrêté dans les grades inférieurs par le défaut de naissance. Il était fils d'un marchand de vin. La Révolution abaissa pour lui les barrières.

Soult (1769-1852), fils de cultivateurs, entra à seize ans comme soldat dans le régiment royal Infanterie. Il devint maréchal, duc et pair.

Mortier, futur duc de Trévise, était parti comme volontaire en 1791*

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avec Tarmée du nabab Tippoo-Saeb, fils de Haider-Ali, sultan de Mysore, contre les Anglais, qui venaient d*assaillir nos possessions et de s'emparer de Pondichéry.

Le 6 décembre i78i, Fromentin s'embarqua avec la division du bailli de Sufifren, chargée de défendre les côtes de rinde, de réprimer les brigandages sur les rivages de Coromandel, du Bengale et de reprendre Pondichéry, Karikal, Mahé, Mazulipatam et Chandernagor.

La situation était pénible : il ne restait plus, en ce moment, aux Français un seul asile, un seul poste pour établir un hôpital avec sécurité.

Du 13 au 17 février 1782, Fromentin assista, avec la flotte placée sous les ordres de Sufl*ren, aux cinq attaques données devant Madras contre les frégates anglaises, commandées par le vice-amiral Hugues. L'escadre française demeura maîtresse de la mer.

Le même mois ou au commencement d'avril 1782, il participa à la bataille engagée entre les deux pavillons, à hauteur de Provedicii, île de Ceylan, où Hugues se tira difficilement d'affaire.

Du 10 avril au 17 juin, il fut aux sièges de Gondelour, de Harmacoul, et le 6 juillet aux combats de Negapatam et Trinquemale qui suspendirent momentanément les hostilités.

Le 10 août, il fit le coup de feu à Langivarou.

Dans les journées et nuits des 25, 26 et 31 août 1782, il maintint vaillamment avec son compagnon d'armes Maisonneuve *, à la tète d'un détachement, l'honneur français, en assistant au débarquement effectué près de Trinquemale, ainsi qu'au duel opiniâtre qui s'ensuivit entre les escadres.

Ces luttes amenèrent la capitulation et la prise du fort d'Osteinbourg.

1. Maisonneuve (Neu-Haus) est né à Landau (Bas-Rhin), le 29 septembre 1757.

ET L'ABMEE DU NOED 33

Le 3 septembre 1782, sur le vaisseau amiral le Héros y il se battit à la mémorable rencontre où ce navire soutint seul un assaut de huit heures contre douze bâtiments anglais.

Ce ne fut qu'après la reddition de Chandernagor et de Nagard, que Fromentin put savourer quelque repos à Achem, île de Sumatra, dans les eaux de laquelle Suffren vint mouiller et se retira pour passer un moment de mauvaise saison.

L*escadre ajant appareillé le 2 décembre 1782 pour se rapprocher des côtes de FHindoustan, une nouvelle campagne commença; Fromentin y fut mêlé activement; il se signala surtout le 20 avril 1783 au siège et à la prise de Tallichery, et le 23 juin à la bataille en vue de Gondelour; mais, quelque temps après, une corvette parlementaire étant venue annoncer la cessation des hostilités, par suite de Tarmistice conclu à Paris le 20 janvier 1783, la flotte laissa ces parages et abandonna à ses propres forces le brave et fidèle Tippoo Saeb, tué glorieusement en défendant son trône, le 4 mai 1799.

Fromentin fut alors envoyé en garnison avec son régiment à Pondichéry, que la paix signée à Versailles le 3 septembre 1783 restituait à la France.

Ayant reçu là son congé d'ancienneté le 27 septembre 1787, il songea aussitôt à regagner la terre natale, qu'il n'avait pas revue depuis neuf ans.

Le 10 avril 1788, il rentrait à Alençon, où il allait goûter enfin bien des douceurs, au sein de sa famille. L'année suivante, en 1789, il fut témoin des premiers

tressaillements du peuple pour la liberté. Son esprit sympathisa de suite avec la Révolution. Les événements allaient bientôt du reste lui fournir l'occasion de prouver son civisme. Aussi à peine remis de sa longue campagne de l'Indoustan, reprit-il du service dans la garde nationale. Le zèle et l'ardeur qu'il déploya, et par-dessus tout ses

antécédents, le firent nommer, par la jeunesse de TOrne, le 20 septembre 1791, lieutenant-colonel du 1*" bataillon du département. Sa préoccupation immédiate fut d'établir la discipline parmi les troupes *.

Quand la guerre fut déclarée par Louis XVI à l'Empereur, le 20 avril 1792, Fromentin était encore à Alençon. Dès qu'il eut connaissance des dangers de la patrie, il se mit à la disposition du ministre. Envoyé avec son bataillon dans le Nord de la France et à Tarmée des Ardennes, il s'y fit remarquer par son audace aux avant-postes et sa rigueur dans l'exécution des ordres. Pendant deux années qu'il mena le bataillon de l'Orne à l'ennemi, il apporta à ses supérieurs une collaboration très efficace. Mais avant de nous y attacher, il importe de jeter un coup d'oeil d'ensemble sur la marche des faits principaux survenus à la frontière du Nord.

Lors de l'entrée en campagne, au début même des hostilités, le roi confia le commandement en chef de notre armée du Nord, à un vétéran des guerres de Louis XV, un des héros de l'expédition d'Amérique, au comte de Rochambeau. Celui-ci, âgé de soixante-six ans, était presque réduit à l'impotence par les maladies. Un agent du duc d'Orléans, le noble Biron, lui était adjoint comme lieutenant. Animées par le réveil d'autant plus énergique des idées de liberté et d'égalité, qu'il avait été plus long à se produire, — retenu jusque-là par toutes les entraves du pouvoir absolu, — les troupes s'accommodaient mal d'avoir pour chefs des hommes de l'ancien état de choses. Aussi à mesure que les principes nouveaux s'accentuaient, leur confiance en de tels hommes allait diminuant. L'apparition

1. Plusieurs jeunes gens d'Alençon suivirent son exemple. 11 nous suffit de rappeler les noms d'Ernouf et de Bonnet. Ernouf, né à Alençon en 1740, était, lors de la formation du 1« bataillon de TOrne en 1791, parti comme quartier-mattre et fut attaché comme chef de rétat-major à l'armée de Sambre-et-Meuse, en l'an H, III, IV; il devint général de division.

de Tétranger sur nos frontières, leurs déclarations réactionnaires tendant à consolider la royauté en France avec ses privilèges, avaient accru chez nous les colères plébéiennes. A tort ou à raison, les aristocrates étaient soupçonnés de pactiser avec Tennemi et dans chacun d'eux, le soldat, le citoyen, voyaient instinctivement un traître, surtout si celui-ci débutait mal. La campagne de 1792 s'ouvrit sous ces funestes auspices.

En essayant un soulèvement des Belges à Tournai, le maréchal de camp comte Théobald de Dillon*, subordonné de Rochambeau, éprouva un revers devant cette ville, le 29 avril, où il se heurta maladroitement aux Autrichiens. Manquant du coup d'œil et sang-froid nécessaires, il décida hâtivement la retraite, dès qu'il vit ses premières lignes rompues. Cette volte-face devant l'ennemi amena une débandade affreuse parmi ses troupes. Celles-ci portèrent la panique jusqu'à Lille, où des soldats exaltés et imputant à trahison l'incapacité de Dillon, le massacrèrent (30 avril).

Rochambeau devant une impuissance morale dont il avait le sentiment, se démit (3 mai). Cependant Tattention du ministre Servan avait été appelée pour remplacer Rochambeau sur un ancien soldat de Frédéric II de Prusse, depuis de longues années au service de France et rallié à la Révolution : le vieux maréchal Luckner qui venait d'enlever Saint-Amand. Le 19 mai 1792, sa nomination au commandement en chef de l'armée du Nord fut officielle. Luckner établit son quartier-général à Yalenciennes où était déjà O'Moran. Le premier était bavarois d'origine, le second, irlandais.

Le système de défense du pays, alors adopté par les conseils de guerre combinés, s'appuya sur la formation de divers camps retranchés le long de la frontière, de Lille à Avesnes. Un savant ingénieur militaire, nommé Gobert,

1. Théobald (Dillon de) naquit à Dublin le 22 juillet 1745, et fut promu maréchal de camp le 23 août 1791.

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qui devint un peu plus tard général et eut toujours une conduite patriotique, fortifia par des épaulements Orchies, puis sur la Scarpe, Mortagne et Château-l'Abbaye au nord de Saint-Amand.

Telle fut Torigine des fameuses redoutes de Maulde.

Valenciennes, place de guerre importante, était située entre le camp de Maulde et celui de Famars, à deux lieues de ce dernier endroit, déjà illustré par la position des troupes de Louis XI Y, lors du siège de 1677. Il y avait encore pour répondre de la sûreté de nos lignes, un camp établi à Pont-sur-Sambre et un autre à Maubeuge. Fromentin, avec son bataillon, appartenait à ce dernier. Un état de troupes énumérant leurs efifectifs^ dressé à la date du 14 août 1792, vu et signé par le ministre de la guerre, par le colonel-adjudant général de Tarmée du Nord au quartier-général de Valenciennes, Chancel', nous apprend en effet que le 1"' bataillon de TOrne figurait devant Maubeuge, et qu'il comprenait 471 hommes. A ce camp, étaient réunis aussi le 1"' bataillon de la Charente, le 2* du Nord et le 2* de la Meurthe; le 2* bataillon de rOrne était à Pont-sur-Sambre et comprenait 477 hommes. Le camp de Maubeuge comptait 5,747 hommes.

Il avait pour but de couvrir Landrecies, le Quesnoy, Avesnes et tout ensemble d'agir sur la Sambre ; de masquer la trouée de la forêt de Mormal et du Gâteau ou celle de Ghimay en prévenant Tennemi, si possible, sur Tun de ces deux passages. Il constituait un emplacement propre à la défensive, car Tattaque dans ces régions était rendue très aventureuse à cause des mauvais chemins pour aller en Belgique, des forêts et des obstacles formés par les

1. Archives de la guerre. Correspondance, 14 août 1792, état manuscrit.

2. De Chance! (Jean-Victor), né le 1»^ mars 1753 à Angoulême, entré au service en 1769, général de division le 11 septembre 1793, mort sur réchafaud le 5 février 1794.

ciladelles de Mons, de Charleroi et de Namur. Le camp de Maulde, au contraire, sis en plaine, se prêtait mieux au point de départ d'une action sérieuse. Il couvrait Valenciennes, Douai, Lille, et Orchies. De Dunkerque à Orchies et Saint-Amand, Tarmée impériale du duc de Saxe-Teschen, composée de différents corps, nous serrait de près.

La campagne se soutint dans le Nord ; Tennemi subit un échec à Mons et Valence prit Courtrai. Menin, attaqué par Luckner, était tombé entre nos mains quelques jours avant. A cette date (6 juillet 1792)*, Tennemi était signalé comme se remuant sur le Rhin et la Moselle. Notre frontière était protégée à TEst par Tarmée des Ardennes, dite du Centre et près de Valenciennes par celle du Nord, sous Dumouriez depuis le 10 juin. Les camps dont nous venons de parler assuraient ses positions.

Ces deux armées étaient à leur tour dépendantes au au nom du roi, de La Fayette, dont Tautorité s'exerçait de Dunkerque à Montmédy. Celui-ci même se plaignit d'avoir la responsabilité d'une ligne si étendue et éleva des objections, trouvant suffisant de surveiller les corps détachés de Maubeuge à Dunkerque (août 1792)'.

Après le 19 août, date à laquelle La Fayette déserta l'armée des Ardennes qu'il dirigeait en personne alors, et émigra avec son état-major ', le commandant du camp de Maulde, Dumouriez, fut appelé à le remplacer et à défendre la frontière de Dunkerque à Montmédy. Le 22, Dumouriez expédia Arthur Dillon^ frère du malheureux Théobald, à l'armée des Ardennes, pour tenir tête aux généraux étran-

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