Ibidem
3. Le jeune commandant d'un bataillon de volontaires, Marceau, arrêta, par des paroles énergiques, les soldats prêts à suivre La Fayette sur le territoire autrichien.
4. De Dillon (Arthur comte), 1750-1794, nommé général de brigade en 1780.
88 LE QÉKÉRAL FBOMENTIN
gers Beaulieu et Cleirfayt, et il se réserva personnellement celle du Nord.
Dès le 24 août, Servan, alors ministre de la guerrre, invite Dumouriez à remplacer Dilion et lui mande que Tennemi va pénétrer en France, par Longwy et Bitche. Il pense qu'il faut pour Finstant renoncer à conquérir la Belgique. Le 26, Servan presse Dumouriez de se transporter à Vaux, près Sedan, et de s'y faire suivre par tout ce qu'il pourra tirer de Maulde, de Maubeuge et de Pont-sur- Sambre, sans compromettre les frontières de Belgique. Il lui donne pour instructions de s'accrocher aux flancs de l'ennemi et â. ses derrières, s'il ne peut le précéder dans la direction de Paris. Dumouriez marche sur Sedan et recule le camp de Vaux vis-à-vis Stenay (29 août). Il éprouva quelques embarras dans l'exécution de ses mouvements ; les troupes témoignaient assez généralement d'un mauvais esprit; en outre les approvisionnements étaient devenus difficiles.
La situation s'empire. L'ennemi a effectivement pénétré en France avec 50,000 hommes par Longwy, et avec 16,000 autres par les trouées de Bouillon et Pin ; l'intérieur du département de la Marne est menacé. Le 30, on apprend que 50,000 Prussiens et Autrichiens s'avancent sur Verdun et qu'une colonne va faire le siège de Sarrelouis. Dumouriez masse alors ses troupes du 1**^ au 5 septembre à Steniay, aux Islettes, près de Clermont, dans la forêt et les défilés d'Argonne. Il emprunte des secours aux camps du Nord où entraient déjà un nombre assez imposant de volontaires départementaux. Parmi ceux-ci, le !•' de l'Orne, colonel Fromentin, le rejoint appelé par Dilion et quitte le Quesnoy le 2 septembre, tandis que le 2* de l'Orne arrive au camp de Pont-sur-Sambre le 4. Le mouvement ordonné sur la frontière, du 1" août 1792 au 31 janvier inclus, est signé de Ghancel, alors adjudant général, et est daté de Saint-Amand, 31 août 1792, près du camp de Maulde,
que Dumouriez* a confié à son chef d*état-major Moreton. Ce mouvement a pour but d'aider aux desseins de Dumouriez dans le Clermontois, et d'augmenter Tarmée des Ardennes. C'est ainsi que le 5 septembre les bataillons venant de Pont-sur-Sambre sont au débouché du Chéne-Populeux , près de la position du général en chef décrite plus haut. Avant de participer à, la future et prochaine campagne de Belgique, Fromentin suit donc Dumouriez.
Quand à Luckner, généralissime pour la République des légions du Nord, du Centre, et du Rhin, il garde Châlons. Miaczinski, aide de camp de Dumouriez, est envoyé commander à Sedan etàMéziëres. Kellermann, avec 16,000 hommes, est autour de Bar-le-Duc. La Champagne se trouve ainsi complètement garantie.
Par contre, au Nord, Tafifaiblissement réel de Maulde de 20,000 hommes environ, ramena l'ennemi sur ce point. Bruille fut forcé; nos troupes furent obligées de se réfugier dansYalenciennes. Les Autrichiens, sous La Tour, reprirent Saint-Amand (7 septembre) ; Courtrai et Menin avaient déjà été évacués prudemment par nous auparavant, leur occupation n'ayant pas été soutenue.
Cependant une grande action se préparait sur l'Argonne. Le 18 septembre, l'ennemi, qui est à Clermont, enfile la route de Rethel, où est le général Dillon, et de Reims. Kellermann rattrape alors Dumouriez à Valmy où, le 20 septembre, s'engagea une bataille contre les colonnes prussiennes que nous mimes bientôt en déroute, tant par la canonnade qu'à la baïonnette et au cri de : « Vive la Nation » ! La horde d'invasion, composée de 50,000 Prussiens et Hessois, en fut subitement arrêtée et battit en retraite après avoir perdu presque la moitié de son monde. Le 1^' octobre, la Convention séparait par décret l'armée du Nord de celle
i, Dumouriez est né à Cambrai le 26 janvier 1739.
(les Ârdennes. Le 7 dudit mois, en conformité de ce décret, Kellermann ralliait Dillon et les deux corps, formant 36,000 hommes, s'acheminôrent sur Verdun pour en commencer le siège. Quant à Dumouriez qui s'était contenté, après Valmy, de pousser mollement les Prussiens, il rebroussa avec 30,000 hommes, en guise de faire diversion, vers le département du Nord, assez dégarni de troupes, comme nous Tavons dit, et où Lille soutenait un siège barbare contre les Autrichiens.
Le i" novembre 1792, Dumouriez avec une partie de ses forces et d'autres, parmi lesquelles le i*' bataillon de rOrne, revint donc à l'armée du Nord sans cesser pour cela de diriger parallèlement la droite de la légion des Ardennes, et tout en contrôlant la gauche de celle-ci, commandée par Valence. Le ministre Pache le lui avait spécialement prescrit. En quittant Valenciennes^ le 3 novembre, il pointa vers Mons, et inaugura son entrée en Belgique. La conquête de ce pays lui avait toujours paru constituer le plus sûr moyen d'obtenir, personnellement, le prestige nécessaire pour venir à bout des Jacobins qu'il détestait. Sa victoire de Yalmy l'encourageait à chercher de nouveaux succès pour remplir ce but. Il [méditait aussi un soulèvement indigène, destiné à favoriser beaucoup son plan.
L'exécution ne traîna pas. Dumouriez, alors dans la plus belle période de son talent militaire, ajouta bientôt le nom d'une victoire éclatante sur les plis de notre drapeau.
Le 4 novembre 1792, après avoir démasqué 6,000 hommes d'infanterie et 2,000 cavaliers, il faisait assaillir le village de Boussu et taire les batteries qui le défendaient. Fromentin s'y signala avec son bataillon.
Le 6 novembre, dès l'aube, à l'attaque de Jemappes, toujours sous la conduite du général en chef, Fromentin foudroya la gauche de l'ennemi par d'habiles manœuvres et emporta ses retranchements à la baïonnette, tandis que
les hussards de Berchiny, de Chamborant et de Lauzun, électrisés par Beurnonville, escaladaient les premières redoutes, par la gorge.
En rendant compte, le 7 novembre, de cette bataille à la Convention, Dumouriez s'exprimait ainsi :
« Nos troupes se sont battues cinq jours consécutifs « contre Télite- des troupes impériales. Dans la journée du « 6 novembre, Taction a été générale et le combat terrible. « Le canon, Tarme blanche, le choc des masses, Tattaque c( de corps à corps, tout a concouru à rendre la bataille de « Jemmapes la plus terrible qui se soit donnée de mémoire « d*homme. Les ennemis ont eu plus de 4,000 tués ou « blessés, et Tarmée française a fait plus de 1,000 pri- « sonniers. L'armée autrichienne s'est retirée dans le plus « grand désordre à Bruxelles, où nos soldats vont la pour- (t suivre*. » *
Puis il ajoutait, dans une dépêche au ministre de la guerre :
« Cette journée, à jamais mémorable, couvre la Nation « française d'une gloire immortelle. Il n'est pas un bataillon, « ni un escadron, il n'est pas un individu dans l'armée qui « ne se soit battu de très près*. »
Dès lors, l'armée française marcha de victoire en victoire : la conquête de la Belgique fut assurée.
Quelques semaines suffirent au général français pour s'emparer de toutes les places fortes; en vain, devant Bruxelles, les Autrichiens tentèrent de lui disputer les hauteurs d'Anderlecht ; ils furent défaits. Bruxelles ouvrit ses portes (13 novembre).
1. Lettre de Dumouriez, écrite de Mons le 7 novembre 1792 au président de la Convention.
2. Extrait d'une dépêche du 7 novembre 1792, adressée par le général Dumouriez au ministre de la guerre. A. G.