‹ Le général Fromentin et l'armée du NordChapitre 43 sur 73 · Gembloux est & trois lieues nord-ouest de Namur · texte numérisé non relu

Gembloux est & trois lieues nord-ouest de Namur

3. Lettre de Jourdan au Comité de salut public, datée de Marchieunes-au-Pont, le 5 juillet 1794 (Arch. de la Guerre).

161 LE GÉNÉRAL FBOHENTIN

Ces dispositions arrêtées, Jourdan, de Charleroi, suit la chaussée qui monte vers Bruxelles par Gosselies, Frasne, les Quatre-Bras, Genappe, Mont-Saint-Jean, Waterloo, la forêt de Soignies. Des Quatre-Bras, point d'intersection de deux larges routes, il poussera ses coureurs sur Nivelles, Braine-FAUeud à gauche et à droite sur Marbaix, Sombref et Wawre. Dans ces pays, où lors de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, sous Louis XIY, nos fiers aïeux ont déjà moissonné des lauriers, le sang français devait encore couler vingt et un ans plus tard. Malgré des prodiges de valeur immortels, les soldats de la Grande Armée ne purent capter en 1815 le même succès qu'en 1794.

La Belgique échappera à la main de Napoléon au moment où son génie, ardent à réparer les graves revers de 1814, tentait de ressaisir une terre dont il devait la possession à la Révolution et que son règne avait si bien francisée. Car c'est dans ces mêmes plaines fertiles de Sambre et Dyle trois fois foulées par nos bataillons, où s'illustraient déjà, en 1794, Jourdan, Kléber, Ney, Montaigu, Mayer, Hatry *, Duhesme, Lefebvre, que l'Empereur offrit sa suprême bataille.

La région autour de Charleroi, vers Bruxelles notamment, est donc le théâtre de marches et de combats heureux pour nous en 1794. Au cours de l'un d'eux, le prince de Philipstad est tué près de Wav^re, lieu fatidique. Le rapport du général de division Dubois, que nous publions sous le n^ 54 à la fin de cet ouvrage, montrera au lecteur combien les champs de Waterloo avaient déjà été témoins de faits d'armes entre Français et Impériaux. La campagne d'été vit non seulement les succès de Jourdan, mais encore ceux de Pichegru dans la Flandre orientale ; Beaulieu vaincu dût repasser la Meuse. Le 13 juillet 1794,

1 . Hatry (Jacques-Maurice), né & Strasbourg en 1740, mort en 1802, commanda en chef Tarmée de Mayence en 1797.

on apprenait à Paris que Mons et Bruxelles avaient ouvert leui'S portes, que Namur était sur le point de tomber en notre pouvoir. Pichegru, aidé de Souham, de Yandamme et de René Moreaux (ce dernier commandant Tarmée de la Moselle et liant ses opérations avec celles de Tarmée du Nord), Pichegru commençait une descente chez les Belges qui devait le mener droit à Amsterdam. Il prenait successivement Ypres, Nieuport, Ostende, Bruges, Gand, Audenarde, renversant sur son passage les aigles noires des armoiries autrichiennes, qu'il s'empressait de remplacer par les faisceaux de licteurs ou autres emblèmes républicains. Sur ses derrières, Tennemi terrorisé évacuait Orchies, le Cateau, Tournai.

Ainsi donc, tandis que Jourdan longeait avec les colonnes de Sambre-et-Meuse les rives de la Meuse, mettant Tépée dans les reins aux Autrichiens, Pichegru poussait parallèlement sur Anvers, chassant les Anglais vers la Hollande. Le 17 juillet, Malines succombait; le 18, Namur capitulait. Le 25, Jourdan, maître de Liège, menaçait Maëstricht, puis après avoir défait les Autrichiens sur TOurthe, il les battit encore sur la Roër et les. rejeta derrière le Rhin (5 octobre), où les Prussiens qui opéraient dans le Palatinat, découverts par cette retraite, durent le suivre. Le 5 avril 1795, la Prusse, eflErayée des progrès auxquels elle ne pouvait plus s'opposer, et voulant la paix à tout prix, nous cédait, par le traité de Bàle, ses provinces de la rive gauche du Rhin.

Une dernière ombre avait terni ce tableau si brillant de la situation, pendant le second semestre de Tannée 1794. Plusieurs boulevards de la France, étaient encore soumis à l'étranger, dans nos provinces flamandes. Le généralissime . avait été obligé de laisser autour d'eux des détachements relativement nombreux, et cette pénible exigence contrastait fort avec les triomphes de plus en plus éclatants qui . marquaient notre irruption en Belgique.

1G6 LE GÉNÉRAL FBOMEKTIN

Deux des places en question ne nous appartenaient plus depuis juillet 1793; c'étaient Yalenciennes et Gondé, dont les sièges ont été racontés; deux autres villes étaient tombées aux mains de Tennemi cette année même, comme nous Tavons dit : Le Quesnoy et Landrecies. De ces quatre forteresses, les deux premières étaient couvertes par la forêt de Saint-Amand et la Scarpe ; les deux autres, par la forêt de Mormal et la Sambre.

Il fut alors résolu dans les conseils du gouvernement qu'on reprendrait une à une ces citadelles du Nord, et qu'on commencerait par Landrecies, située le plus avant à rintérieur. Déjà après la bataille de Fleurus (26 juin), les généraux avaient Tordre de couper sur-le-champ les communications des places envahies et de les bloquer, en attendant mieux. Des retards occasionnés par nos mouvements permirent alors aux occupants d'approvisionner leurs casemates en ravageant les environs. Landrecies, depuis le 30 avril 1794, était détenu par les Autrichiens. Le 1*' juillet 1794 (13 messidor an II), le général de division Jacob s'assure la forêt de Mormal et vient y mettre le blocus. Il espère bientôt s'en rendre maître.

La Convention, entraînée aux mesures extrêmes par les résultats de ses armées, trouva un nouveau moyen d'intimider les derniers ennemis restés sur le sol français. Le 4 juillet (16 messidor), elle lança un décret fameux destiné à hâter la chute des places fortes. Il y était dit qu'une sommation, accompagnée de l'envoi du décret, serait faite à chacune des villes assiégées et que sî, sous vingtquatre heures, la garnison n'y obtempérait point, les maisons seraient bombardées et les habitants passés au fil de l'épée.

A cette fière et terrible attitude de l'Assemblée souveraine, Cobourg ne put opposer que des instructions assez timides, où se lit, à travers les lignes, l'expression d'une faible con-

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fiance dans Fissue des sièges engagés ou prêts à Tètre. Il écrivait, en effet, cette note, le 7 juillet 1794, adressée aux commandants autrichiens.

« ARMÉE DE SAMBRG-ET-HEUSE

« Lettre du prince de Cobourg, 7 juillet 1794.

« Les circonstances sont telles, que présentement je ne « saurais venir si tôt au secours des forteresses de Condé, « de Yalenciennes, le Quesnoy et Landrecies. Gomme cepen- « dant il y a encore espérance de pouvoir les débloquer dans « quelques semaines, je prescris à messieurs les comman- « dants pour règle :

« 1® En cas qu'on ne dût pas les attaquer, ils doivent a vivre aussi longtemps que possible de leur approvisionne- (( ment et de ce qu'ils peuvent obtenir du plat pays, et « attendre leur sort ultérieur.

(( 2® £n cas qu'ils dussent être bloqués et réellement « attaqués, je leur permets de capituler à condition d'avoir la « sortie libre.

« 3^ En cas que l'ennemi ne voulût pas leur permettre la <c sortie libre, ils ont à se défendre à toute extrémité.

« Cet ordre est envoyé à Condé d'où l'homme de con- « fiance doit revenir, et un commandement enverra cet « ordre à l'autre.

« Quartier général de Corbaise, le 7 juillet 1794.

« Prince Cobourg, feld-maréchal*. »

Nous n'avions pas de notre côté perdu de temps. Un corps de 15 à 20,000 hommes tirés des garnisons, de Réunion-sur-Oise et de Cambrai, composé de quelques

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