LIBERTÉ
Le gènéi'al de division Maisonneuve au général de division Fromentin,
Mon brave camarade, je te fais part que le général de division Golaud est arrivé ici et qu'il me remplacera dans le commandement de la division de Maubeuge; je vais retourner à mon quartier général de Cerfontaine sous peu, où tu me trouveras lorsque cela te fera plaisir. Je suis flatté de te dire qu'hier matin j'ai pris à l'ennemi au village de Bersillies 35 voitures de fourrage et deux cloches, ils m'ont tué un dragon du 5* régiment, il étoit en tirailleur, mais il a été imprudent; après avoir été tué par un tirollier les féroces ennemis l'ont découpé en morceau, ainsi il ne faut plus les flatter comme nous faisons. Dans l'instant je suis instruit que l'ennemi a pillé à Gousolre, et qu'il a reçu du renfort du côté de Beaumont, et il renforce les postes et les cantonnements ; il lui est arrivé hier quatorze pièces de canon dont quelques-unes de 13, j'ai pris mes précautions pour me garder, je tiens, mon camarade, de vouloir prévenir Duhesme qu'il veille de son côté, car je crains que l'ennemi cherche à nous inquiéter pour emporter notre embrigadement.
Je désirerais bien, mon camarade, que nous puissions ensemble voir les grandes Indes, toi à l'île de France et moi à Pondichery, faisons tout notre possible pour l'obtenir; en attendant ce voyage,
je t'embrasse de tout cœar, et suis ton ami, donne moi en peu de temps de tes nouvelles, pourquoi on a tiré hier de ton côté.
Ton frère et camarade, Maisonneuve.
(Archives de la famille Fromentin.)
Au quartier général de Maubeuge, le 20 nivôse, Tan 2« de la République une et indivisible (9 janvier 1794).