RUE DU BOULOI
BR@FFp
La première fois qu'il fut question d'élever une statue à Lazare Hoc^ie, en sa ville natale de Versailles, Vitlemain, le célèbre ministre de l'instruction publique sous Louis-Philippe, chargé de rédiger l'inscrij;)lion à graver sur le socle, ne manqua pas de compter Quiberon parmi les éminents services rendus à la patrie par le libérateur de l'Alsace. Mais jamais les patriotes, monarchistes constitutionnels d'autrefois, ni républicains d'aujourd'hui, n'avaient songea faire des batailles de juillet 1195, où il ne coula que du sang français, en présence et avec le concours de la flotte anglaise, des victoires nationales à glorifier solennellement.
Ce sont les coreligionnaires des vaincus qui, aussitôt la Restauration catholique et royale obtenue grâce à l'Étranger, ont osé la réhabilitation de leur
juste défaite. La souscription pour ériger une chapelle au « champ des martyrs d*Auray » et annexer un . « monument expiatoire » au couvent de la Chartreuse fut ouverte en vertu d'un arrêté ministériel du maréchal Soult, duc de Dalmatie, daté du n novembre 1814. La .première pierre en fut posée le 20 septembre 1823 ; mais l'inauguration ne put se faire que le 15 octobre 1829, sous Charles X, le ci-devant comte d'Artois, dont l'absence fut une des causes du désastre. Cette fête funèbre, terminée par des couplets : Dieu et le Roi! fut l'un des actes les plus impopulaires de la réaction congréganiste, qui provoqua la révolution de juillet 1830.
Cependant, en 1895, le centenaire de Quiberori a été célébré, et une souscription publique ouverte par le curé de la presqu'île dans le but d'ériger une église votive, dominant « l'inexpiable plage », comme dit Michelet, le grand patriote. A l'appui de cette initiative, un professeur du séminaire de Sainte-Anne, avec la collaboration de deux autres abbés, a publié une nouvelle apologie de Quiberon, la bataille, le martyre, qui se propage en des conférences, où l'on proclame, en même temps que la sainteté du but, jusqu'à « la légalité » de l'acte des émigrés, « venant reconquérir leur patrie sur
la Convention, qui n'était autre chose qu'une Commune qui avait réussi! »
Nous sommes de ceux qui n*ont oublié ni la bataille de Patay ni la défense de Paris. Nul cœur de Français ne s'est senti plus profondément ému que le nôtre, lorsque les frères ennemis ont mêlé leur sang, pour sauver au moins, dans le désastre impérial, l'honneur de la patrie.
C'est pourquoi rien ne nous a plus affligé que de voir la réconciliation idéale brisée, le jour où un paiti religieux et politique, celui que Gambetta appelait « l'éternel ennemi », a fait dresser audessus de notre capitale une basilique, pour témoigner que la France se repent d'avoir commis la Révolution de 1189 et se voue au Sacré-Cœur de Jésus, à l'idolâtrie des Vendéens et des Chouans!
Fùt-elle dédiée. à notre Jeanne d'Arc, béatifiée par les successeurs de ceux qui l'ont condamnée comme hérétique et fait brûler par les Anglais en ville française de Rouen ; eùt-elle, suivant l'ironique annonce des promoteurs de la pieuse souscription, deux autels, l'un où l'on honorerait « les martyrs », l'autre où l'on implorerait la clémence divine pour les soldats de la République; l'église deQuiberon ne pourra représenter qu'une apothéose
de la Contre-révolution en ce qu'elle tenta de plus antinational.
Les patriotes du Morbihan devaient être et ont été les premiers à s'indigner d'une si audacieuse folie. La municipalité de Qûiberon, par un vote unanime, du 22 juin 1896, a émis le vœu de voir ériger sur son territoire un monument à Lazare Hoche, le sauveur de la République et de la Patrie le 21 juillet 1195. Centre ardent de la démocratie dans la Basse-Bretagne, la ville de Lorient a décidé, elle aussi, d'élever une statue au libérateur de l'Alsace, au vainqueur des Émigrés et des Anglais, au Pacificateur de la Vendée et de la Chouannerie, qui fût devenu le Pacificateur de la France entière sous la République définitive, si la mort, peut-être hâtée par le poison, n'avait anéanti, dans sa vingt-neuvième année, le plus beau des fils de la Révolution, le plus grand des généraux qui brisèrent la Coalition européenne, le plus dévoué et le plus incorruptible des citoyens.
La ville de Paris, dont le conseil municipal a toujours le cœur et la main ouverts pour les œuvres de défense de la tradition révolutionnaire, n'a pas manqué de prêter son concours à Lorient et à Qûiberon. Les autres cités républicaines et patriotes
suivent soo exemple, dans l'Ouest, dans la France entière^ B^fort et Châteaudun ont mis leurs noms héroïques aux premiers rangs de la liste. Bientôt, sans doute, qq^ souscription populaire écrasera, sous la masse de ses adhérents, le suprême assaut de la réaction catholiqiie^royaliste.
Tout ce que TesjMrH jésuitique est susceptible d'inventer de mensonges et d'inspirer de confusions a été accumulé pour ressusciter la légende des émigrés martyrs, cent fois détruite par tous les historiens qui comptent, Mieheiet, Quinet, Louis Blanc, Mignet, Thiers et cent autres. Pour la retuer, il a fallu recourir aux sources authentiques, et, sur les moindres détails de l'événement contesté, produire des témoignages incontestables.
C'est ce que nous avons fait au tome P' des Pacifications de l'Ouest * .
On nous a demandé de dégager nous-méme de ce travail de bibliothèque un récit à la portée de tous les lecteurs. Rien ne nous a paru plus utile, puisque d'autres ne popularisaient pas assez vite nos recherches.