LA RECHERCHE DE L'ALLIANCE ANGLAISE
Le formidable soulèvement des campagnes fanatisées de rOuest, au mois de mars 1793, avait été préparé de longue main par un clergé réfractaire à la Constitution civile, attaché à ses biens temporels non moins qu'à la domination politique de la religion catholique, exclusive de toute autre, en même temps que par une noblesse, qui regrettait Tabandon de ses privilèges et avait, dans la chute de la monarchie, perdu les faveurs royales dont elle vivait.
L'insurrection catholique et royaliste avait trouvé Toccasion: d'éclater, en Vendée et en Bretagne, dans l'appel de 300,000 hommes, fait par la Convention nationale pour sauver la patrie en danger. Gom-
Lt: GENERAL HOCHE A QUIBERON
mcncée par le refus du service militaire, elle dût vouloir, dès Torigine, lier son action à celle de la Coalition européenne attaquant la France sur toutes ses frontières.
Le 24 et le 29 mars, l'héroïque défense de la petite ville des Sables Pavait empêchée de se saisir d'un port sur l'Océan, pour y recevoir les renforts des émigrés et les secours des puissances maritimes. Le siège de Nantes, le 29 juin, et les trois attaques contre Luçon, le 28 juin, le 30 juillet et le 14 août, n'avaient pas d'autre objectif que l'ouverture, par la mer, de communications permanentes avec l'Étranger.
Quand Noirmoutier se trouva.au pouvoir des révoltés, au mois d'avril 1793, un émissaire des chefs catholiques-royalistes de l'Anjou, du Haut-Poitou et du Centre vendéen avait été chargé d'aller demander à l'Angleterre et à l'Espagne « des munitions de guerre et des forces imposantes de troupes de ligne pour parvenir aux fins qu'ils se proposaient, le rétablissement de la foi chrétienne et de la monarchie française. » Mais l'île avait été reprise par l'armée républicaine avant que l'émissaire n'eût pu s'embarquer ; il avait été fait prisonnier et fusillé. Depuis lors, la côte fut si bien gardée par Nantes et par la Vendée patriote, que la Vendée contrerévolutionnaire demeura plusieurs mois, et au plus fort de son prodigieux développement, sans communications possibles avec le dehors.
Vers la fin d*août seulemeat^et par terre, pénétra dans « le pays conquis » le chevalier de Tinténiac, porteur de lettres du cabinet de Londres pour « le général Gaston », le perruquier de Saint-Christophedu-Ligneron, tué au combat de Saint-Gcrvais, quatre mois auparavant. Il était chargé de s'informer de « la cause » que soutenaient les Vendéens.
Les vrais chefs, que l'Europe ignorait, les d'Elbée, Bonchamps, Lescure, La Rochejaquelein, Talmond, le faux évêque d'Agra, reçurent l'émissaire en Conseil supérieur, à Châtillon. Ils lui remirent une réponse délibérée, où ils exagéraient quelque peu les forces dont ils disposaient, « afin de ne pas laisser croire aux Anglais que leurs sacrifices seraient mal placés ». Ils s'excusaient de ne pouvoir s'emparer, pour le livrer, d'un des grands ports, Rochefort, La* Rochelle ou Lorient, indiqués dans la lettre ministérielle. Mais ils promettaient d'amener 50,000 hommes aux Sables ou à Paimbœuf. Ils exprimaient le désir que « le débarquement fût commandé par un prince de la maison de Bourbon et composé ft émigrés en grande partie. »
A Tinténiac était remise une lettre particulière pour le comte d'Artois, que l'on savait revenu de Russie et à qui l'on affirmait que sa présence ou celle d'un prince de la famille de Bourbon, « avec 10,000 émigrés, fussent-ils sans armes et sans argent, suffirait pour obtenir un succès complet. »
Dans leur adresse au ministre d'État de Sa Majesté
Britannique, du 18 août 1193, « les commandants et officiers du Conseil des armées catholiques royales du Poitou » écrivaient :
«... Recevez, Monsieur, ainsi que Sa Majesté et tous les ministres de son Conseil, nos remerciements au nom de l'humanité et des fidèles Français de nos contrées. Notre cause est celle de Dieu, des Rois et de tous les amis des hommes de tous les pays de Tunivers. il était digne des généreux Anglais de nom seconder, Cest à euoo qm nous devrons la paix, le bonheur et notre vraie liberté,,. »
Tinténiac eut beaucoup de peine à regagner Jersey, puis Londres et enfin Hamm, où se trouvaient les Princes français, les deux frères de Louis XVI, Monsieur et le comte d'Artois, qui ne le virent que le 1 octobre.
Pendant ce temps-là s'était produite la terrible attaque de l'armée de Mayence, expédiée en Vendée. Battue à Cholet, les 16 et 17 de ce mois, « la grande armée catholique royale » s'était engagée dans la folle campagne d'outre-Loire.
Elle était arrivée à Fougères, le 5 novembre, lorsque lui parvint une lettre autographe du roi d'Angleterre, Georges III, contresignée par les ministres Pitt et Dundas, et qui « offrait un généreux et immédiat concours aux armées royales, dont tous les rois de l'Europe devaient encourager les efforts monarchiques. » Lord Dundas, dans une dépêche
détaillée, indiquait la nécessité de se procurer un port, qui pourrait recevoir l'expédition préparée : Saint-Malo ou Granville.
On se dirigea sur Granville, qui fut sommée de S3 rendre le 14 novembre. On y croyait entrer par trahison, presque sans coup férir. On s'y heurta contre la défense la plus patriotique. Au bout de deux jours, les Vendéens mitraillés, désespérés de n'avoir point aperçu les vaisseaux anglais, reculaient en désordre, se révoltaient contre leurs chefs et les forçaient à les ramener au pays.
Si La Rochejaquelein avait été suivi, s'avançant vers un autre port de la côte normande, plus facile à surprendre, l'expédition, que commandait lord Moira, éloignée de Granville par les vents contraires et par la tempête, aurait pu opérer la descente projetée.
Des préparatifs considérables avaient été faits; l'escadre de Sa Majesté Britannique était accompagnée de batteries flottantes et de 50 bateaux de transport, sur lesquels étaient réunis!, 000 hommes de troupes anglaises et un corps d'émigrés français de Londres, que devaient joindre ceux de Jersey et Guernesey.
L'expédition demeura, durant plusieurs semaines, en vue des côtes, attendant le signal de la descente. Elle ne se retira que lorsque l'on sut que « la grande armée catholique royale », repoussée d'Angers, écrasée au Mans, avait été anéantie à Savenay.
Les dépêches expédiées sur le continent par divers agents furent saisies au passage, avant d'avoir pu être communiquées à n'importe quel chef vendéen. Une seule, destinée au généralissime Henri de la Rochejaquelein, parvint à Joseph de Puisaye, caché au fond des bois d'Ille-et-Vilaine.
Digitised by VjOOQ IC