LETTRE D'ACCEPTATION
Le programme de son administration est tracé d'avance dans la lettre oîi il accepte le choix de la Convention de Chicago : cette lettre peut être considérée comme un juste résumé de sa vie politique et des
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principes qui dirigeront sa conduite comme Président.
Il y a dans cette lettre une largeur de vues , une clarté , une précision et une honnêteté de sentiments qui ne laissent aucun doute sur le caractère de sa gestion par rapport à toutes les grandes questions de la politique américaine.
Le lecteur ne peut se former une idée plus juste du président Garfield et de son programme qu'en réunissant par la pensée les points les plus saillants de cette lettre' remarquable.
Le général Garfield disait :
« Sans rappeler les controverses agitées pendant les vingt dernières années et sans aucune intention de rallumer les passions de la guerre récente, voici ce qu'on doit affirmer :
« Tant que les républicains reconnaîtront
pleinement, tant qu'ils défendront courageusement tous les droits réservés aux Etats, ils résisteront à la doctrine pernicieuse de la suprématie de l'État qui depuis longtemps fait dévier la direction du gouvernement national et qui faillit à une certaine époque précipiter l'Union à sa ruine complète. Ajoutons que les États-Unis forment un peuple doué d'une grande puissance de préservation, que sa Constitution et les lois qui en découlent sont la règle suprême du pays ; que le droit qu'a la nation de déterminer les principes qui servent de base à sa législation ne peut être abandonné sans que, par là même, on abdique l'un des pouvoirs fondamentaux du gouvernement ; que les lois nationales relatives à l'élection des représentants du Congrès ne doivent être ni violées ni éludées ; .que chaque électeur doit donner son bulletin librement et sans intimidation, que le recensement doit en
être fait avec une loyauté entière et que l'autorité de son vote ne saurait être annulée par un autre vote illégal et frauduleux.
(( C'est vers ces grandes questions d'ordre social auxquelles tous ont un intérêt commun, que devraient être dirigées de préférence les pensées et l'énergie de la nation. Ces généreux efforts rétabliront une paix profonde chez ceux-là mêmes qui naguères tournaient leurs armes les uns contre les autres ; car la justice et la douceur finissent toujours par triompher de la passion !
(( Mais il est certain que les blessures de la guerre ne peuvent être complètement guéries et que l'esprit de fraternité ne peut pénétrer au cœur du pays, avant que chaque citoyen, riche ou pauvre, blanc ou noir, jouisse d'une vraie sécurité, avant que tous aient la pleine possession des droits civils et politiques, garantis par la
Constitution et les lois. Partout où la jouissance de ces droits est incertaine, vous verrez le mécontentement se répandre, l'immigration cesser, les forces sociales et industrielles persister dans le trouble où les retiennent la migration des laboureurs et l'affaiblissement continu de la prospérité. Le gouvernement national devrait, par tous les moyens que lui fournit son autorité constitutionnelle, mettre fin à ces maux; car tous les peuples, tous les États senties membres d'un seul corps, et un membre ne peut souffrir seul ; son infirmité se fait sentir à tous les autres. Les plus graves calamités qui affligent le Sud en ce moment viennent de ce qu'il y a dans l'opinion et dans l'action politique une telle absence de liberté que la minorité n'a plus aucune force pour restreindre dans ses justes limites la prépondérance exorbitante de la majorité au pouvoir. Or, si ce frein n'existe plusj
raction des partis politiques dégénère infailliblement en corruption, en tyrannie.
« La prospérité qui peut renaître dans le Sud, à cause des .grands avantages que présentent son sol fertile et son climat, ne sera jamais qu'une vaine espérance aussi longtemps que la fraude et le vol pourront librement et sans crainte satisfaire la rapacité de leurs instincts. Immédiatement après la liberté et la justice vient, sous le rapport de l'importance, l'éducation du peuple, sans laquelle ni la justice ni la liberté ne peuvent être maintenues. Les intérêts en sont confiés aux Etats, ainsi qu'à l'action libre des particuliers. Quels que soient les secours que la nation donnera, toujours seront-ils accordés par pure générosité pour aider les État^s à supporter la charge des écoles publiques ; mais il y aurait injustice à l'égard des citoyens et danger pour nos institutions à ce que les revenus de k
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nation ou des Etats fussent consacrés à soutenir les écoles particulières des sectes. La séparation de TÉgiise et de l'Etat en tout ce qui touche aux impôts doit toujours être absolue.
(( Au sujet des finances nationales, mes opinions ont été si fréquemment, si complètement exprimées, qu'il me reste très peu de chose à ajouter. La dette publique est maintenant si bien assurée et le prix de l'intérêt annuel a été si fort diminué par les remboursements, que la stricte économie des dépenses et l'appUcation scrupuleuse de l'excédent des revenus au payement du principal de la dette délivreront peu à peu, mais sûrement, le peuple de ce fardeau, et termineront honorablement le chapitre financier de la guerre . En même temps le gouvernement peut fournira toutes les dépenses ordinaires et s'acquitter de ses obligations sacrées envers les soldats de l'Union,
envers les veuves et les orphelins de ceux qui sont tombés pour sa défense.
(( La reprise des payements en espèces accomplie si courageusement et avec tant de succès par le parti républicain, a éliminé du terrain de la discussion nombre de questions qui depuis longtemps avaient amoindri le crédit du gouvernement et troublé le commerce du pays. Notre papiermonnaie est, en ce moment, aussi national que notre drapeau et la resumption ne Ta pas seulement rendu l'égal des espèces quant à la valeur, mais elle a donné une activité nouvelle à notre monnaie d'or ou d'argent. La circulation du métal monnayé est, en effet, plus facile qu'elle ne le fut jamais et nous n'avons qu'à • maintenir l'égalité de tous nos dollars pour assurer au travail et au capital des conditions telles que personne n'ait à en souffrir. La grande prospérité dont nous jouissons en ce mo-
ment ne devrait pas être compromise par de brusques changements ou par des expériences financières d'un succès douteux. Par rapport à nos lois de douane, il faudrait suivre une politique de nature à ausrmenter les revenus de la trésorerie et qui permette au travail et aux capitaux de nos grandes industries de lutter sur nos propres marchés avec le travail et les capitaux des producteurs étrangers.
(( Nous faisons des lois pour les peuples des États-Unis, non pour le monde entier, et c'est notre gloire que le travailleur américain soit plus intelligent et qu'il reçoive un salaire plus élevé que son concurrent étranger.
« Notre pays ne peut être indépendant, si son peuple, avec les abondantes ressources naturelles dont il dispose, ne possède aussi l'industrie nécessaire en temps de guerre pour se vêtir, s'armer et s'équiper ;
et en temps de paix pour produire tout le matériel indispensable au travail.
(( L'intention manifeste . des fondateurs de l'Union fut non seulement de fournir des armées régulières pour la défense commune, mais aussi d'élever au sein de la population une plus grande armée d'artisans dont rintelligence et l'habileté contribuassent puissamment à la sécurité et à la gloire de la nation. Heureusement pour les intérêts du commerce, nous n'avons plus à vaincre ces oppositions formidables qui entravaient l'amélioration de nos ports et des grands fleuves navigables, pourvu que les dépenses votées à cette fin soient rigoureusement limitées aux travaux d'une importance vraiment nationale. Le Mississipi avec ses grands tributaires est une voie navigable tellement indispensable à des millions de citoyens que la sûreté de son parcours réçlanie une étude exceptionnelle,
Pour assurer aux États-Unis la libre navigation de ce fleuve, le président JefFerson négocia l'achat d'un vaste territoire qui s'étend du golfe du Mexique jusqu'à l'océan Pacifique. Il appartient à la prudence du Congrès de découvrir quelque moyen pour que cette grande rivière cesse d'être un sujet d'épouvante pour ceux qui habitent ses bords : il faut qu'elle transporte avec sécurité d'une extrémité à l'autre de ses eaux les produits industriels de 25,000,000 d'hommes. Les intérêts de l'agriculture, base de toute notre prospérité matérielle et qui emploie les 7/12 de notre population, aussi bien que les intérêts des manufactures et du commerce, demandent que les facilités du transport à bon marché soient augmentées par l'usage des grands cours d'eau qui sillonnent nos provinces. Les intérêts matériels de ce pays, les traditions de ses établissements primitifs et les
sentiments de nos populations ont engagé le gouvernement à offrir une large hospitalité aux émigrants qui cherchent sur nos bords un séjour plus fortuné, prêts à partager les fardeaux aussi bien que les bienfaits de notre société et avec Tintention que leur postérité fasse un jour partie de notre population. Le mouvement récent des Chinois vers nos côtes du Pacifique ne présente pas les quahtés d'une pareille émigration soit dans ses causes, soit dans ses résultats. Il ressemble trop à une importation pour être accueilh sans quelque réserve; il est trop voisin de l'invasion, pour être vu sans méfiance. Nous ne pouvons consentir qu'aucune forme de servitude soit introduite chez nous sous le masque de l'immigration.
(( Reconnaissant l'importance de cette question, le gouvernement, soutenu par le Congrès, a envoyé en Chine une commission
de citoyens distingués pour obtenir une modification du présent traité qui empêchera des maux à peu près inévitables dans la situation présente. On a des motifs d'espérer que ces négociations diplomatiques se termineront heureusement et sans la rupture de communications commerciales qui promettaient un grand accroissement des transactions réciproques et une extension sensible de nos marchés. Dans le cas oîi ces efforts ne réussiraient pas, le devoir du Congrès serait de mitiger les maux existants et d'empêcher leurs progrès par des restrictions qui, sans violence ni injustice, assureraient la paix et la liberté de nos rapports mutuels. « L'élévation des citoyens aux charges diverses du pouvoir exécutif et judiciaire est peut-être un des devoirs les plus difficiles que la Constitution ait imposés au gouvernement. La Convention demande avec justice que le Congrès agisse de concert avec le
pouvoir exécutif pour donner une meilleure organisation au service civil.
(( L'expérience nous a prouvé qu'avec nos changements d'administration si fréquents, aucun système de réforme ne peut être effectif et durable sans l'aide de la législation. Le service militaire et naval est réglé par les lois et la coutume; ce point ne peut guère soulever de plaintes.
« Peut-être ne serait-il pas prudent de faire des lois pour régler pareillement le service civil. Mais san^ éluder l'autorité ni la surveillance nécessaire de l'Exécutif, le Congrès devrait imaginer une méthode qui déterminera la durée des charges publiques et diminuera beaucoup les incertitudes qui rendent ce service si précaire et si ingrat. Sans priver aucun officier de ses droits de citoyen, le gouvernement doit exiger de lui qu'il rempHsse tous ses devoirs officiels avec intelligence, fidélité et dévoue-
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ment. Pour choisir sagement parmi notre immense population ceux qui sont les plus capables de remplir les charges publiques, il faut une connaissance qui dépasse de beaucoup la portée d'un seul homme.
(( Le Président devrait, en conséquence, chercher et recevoir les informations les plus exactes et l'assistance de ceux qui, grâce à une connaissance spéciale des localités oîi ces fonctions devront être remplies, sont aptes à conseiller le meilleur choix. »
Au physique aussi bien qu'au moral, le général Garfield représente la virilité humaine dans sa plus haute expression. Il a plus de six pieds de hauteur, de larges épaules, une tête puissante, des formes athlétiques. Né avec un tempérament robuste, il le fortifia durant son enfance par les durs travaux qu'il supportait dans les champs. Cet avantage d'une santé vigoureuse, il sut
le conserver par une yie sage et parfaitement ordonnée, dont Tunique distraction fut la lecture qu'il prolongeait aux heures oti les autres ne songeaient qu'aux divertissements et aux douceurs du sommeil.
Lire était pour lui une passion qui absorbait presque tous les instants de loisir qu'il pouvait se procurer dans sa vie si laborieuse. Au milieu de ses plus vives préoccupations, il cherchait encore des livres pour reposer et distraire sa pensée. L'auteur se souvient d'avoir trouvé un jour le général Garfield dans sa bibliothèque. La session du Congrès venait de finir, et le président du comité des ajpjpropriations^ devait, ce semble, voir encore les colonnes de chiffres se dresser devant ses yeux. Or, bieii après minuit, Garfield était tout entier à sa joie : il avait découvert, dans je ne sais quelvoluliie grec, un poème sur Périclès et Aspasîe. Systématiquement et pour compléter l'étude com-
mencée, il avait consacré une ou deux semaines à revoir Thistoire des amants célèbres: Pèriclès et Aspasie, Abélard et Héloïse, Dante et Bëatrix, Chopin et M™® Georges Sand, plus une douzaine d'autres couples historiques avaient successivement passé dans le champ de son télescope durant ces quinze jours de délassement; et le profond politique était si plein de son sujet qu'il ne pouvait parler d'autre chose. Ce trait met en relief la méthode qu'il suit dans ses lectures. C'est un système chez lui d'épuiser une matière et de classer dans sa prodigieuse mémoire, soit comme ornement, soit pour son usage, les conclusions qu'un livre lui a fournies. Un roman de mérite ne paraît guère sans qu'il ne s'empresse de le lire. Ceux qu'il affectionne le plus sont Pickwick et Pendennis, auxquels il revient comme à un rafraîchissement, de même qu'on s'en va,rétéj respirer l'air bienfaisant
des montagnes. Quoiqu'il sache par cœur, pour ainsi dire, les premiers chapitres de Pickwick, il* n'est pas allé au delà. L'auteur étant mort, et jamais oeuvre si gracieuse ne pouvant, d'après lui, 'voir le jour, il aime mieux en réserver pour les temps à venir une partie qu'il lui sera loisible de savourer dans toute sa fraîcheur. Entre ses goûts littéraires prédomine un amour passionné des poésies classiques. Tout le temps qu'il servit dans l'armée, il porta sur lui un Horace , et dans sa correspondance récemment pubhée on trouve de longues lettres écrites, sur le théâtre même de la guerre, à un camarade d'école avec lequel il discute certains passages de son poète favori.
Il apprit l'allemand, parce qu'il l'aimait, et aussi afin de pouvoir jouir des beautés de sa littérature. Sa parfaite connaissance de la langue française lui fut extrêmement utile au Congrès. Il put ainsi étudier à fond l'his-
toire politique et financière de la France pendant les deux derniers siècles; il put donner pour base à ses discours et aux mesures qu'il proposait les enseignements et les conseils des grands maîtres qu'a eus ce peuple en matière de finances , le merveilleux mécanisme de la Banque de France et de la répartition des impôts ; enfin tout ce qu'il a fallu créer dans ce pays à la suite des révolutions qu'il a dû traverser.
Il se livre aussi à de patientes études sur la langue anglaise et trouve le plus grand plaisir dans ses recherches étymologiques; Il poursuit un mot composé jusqu'à sa racine première, cherchant toutes les dérivations avec une ardeur pareille à celle du chasseur à la piste du gibier. Sa nature est confiante et sympathique. S'il présente en politique un point faible, c'est qu'il voit sa propre sincérité dans les autres hommes, et qu'il les juge meilleurs et plus vrais qu'ils
ne le sont trop souvent. Son ardent amour des belles-lettres ne dégénère ni en pédantismeni en bibliomanie. Bien au contraire, la sociabilité, la courtoisie sont ses qualités dominantes; il a réussi à se faire de chauds' amis qui, dans l'intimité, rappellent par son petit nom.
Il possède deux habitations, F une bâtie de briques et très confortable qu'il fit construire, il y a quelques années, à Washington; l'autre, charmante yilla d'architecture gothique, décore sa propriété à quelques milles à l'est de Gleveland. Il s'y rend avec sa famille en mai ou juin, après la clôture de la session du Congrès, et là, aime à se délasser en se livrant à son goût pour l'agriculture. Ce goût ne consiste pas à bêcher délicatement un carré de lis ou de roses ; non, le général Garfield n'a jamais craint de labourer la terre avec ses fermiers. Ceux de ses amis politiques ou de ses collègues
au Congrès qui pendant les mois d'été vont à Woodlawn pour l'entretenir sur les affaires de rÉtat, ont à subir la visite de sa ferme, et n'arrivent pas à la fln du jour sans être exactement renseignés sur son bétail et sur ses récoltes. Il n'est pas homme de société dans le sens qu'on attache à ce mot, et néanmoins sa conversation est pleine de charme quand il se trouve dans la compagnie de femmes spirituelles et distinguées. Président de l'association littéraire de Washington, il reçoit chez lui fréquemment les hommes les plus érudits, les plus éclairés de la capitale, résidants ou étrangers. Il fait volontiers sa partie de whist ou de billard, plaisante gaiement, conte une anecdote et quand il se sent débarrassé du joug des travaux sérieux, on le voit s'abandonner au plaisir des récréations avec tout l'entrain de la jeunesse.
L'instinct d'amasser n'existe pas dans
cette âme généreuse ; les deux maisons dont nous avons parlé, représentent toutes les économies d'une vie si féconde. Gomme avocat, il aurait pu se faire en quelques années une grande fortune.. Et s'il n'eût pas été doué de l'intégrité à toute épreuve qui le caractérise, que d'occasions n'avait-il pas de s'enrichir quand on lui confia le contrôle des deniers publics et que tant de sommes immenses lui passèrent dans les mains ! *
Il a préféré demeurer ce qu'il est, riche de tous les dons naturels, et comparativement pauvre d'argent. Son hospitalité est proverbiale. Jamais il n'est plus heureux qu'au jour oii de nombreux amis se pressent autour de sa table et de son foyer. Au reste, bien malavisé qui refuserait ses déjeuners de famille, car on peut être sûr qu'avant la fin du repas, l'amphitryon aura donné l'analyse du meilleur ouvrage récemment
paru; il aura signalé tout ce qui, depuis peu, a produit quelque sensation en politique, en .littérature, dans le monde des arts.
Garfield n'a pas seulement le talent de bien parler, il a encore cette faculté plus rare d'aiguillonner l'intelligence chez les autres, de les aider à dire ce qu'ils savent, mieux peut-être qu'ils ne l'avaient jamais dit jusque-là. Le bonheur de ses dernières années n'a pu lui faire oublier ceux en qui, autrefois, il avait pu voir de véritables amis. Un de ses anciens condisciples, un vétéran du 42^ régiment, un vieillard, son voisin au temps jadis, qui le connaissait alors que l'enfant de la veuve Garfield allait à l'école ou travaillait dans les fermes voisines, recevra indubitablement de lui un salut aussi cordial que n'importe quel ministre du cabinet de Washington.
Garfield n'est le partisan opiniâtre d'au-
cune secte politique. Les hautes et délicates fonctions qu'il a remplies lui ont permis d'acquérir sur toutes les questions pendantes des idées trop larges pour qu'il consente aujourd'hui à s'assujettir aux vues particulières d'un chef de parti. Il est de ces républicains sincères qui respectent dans le peuple un souverain grand, puissant, vigilant, sur lequel tous ceux chez qui le patriotisme, le zèle, la générosité pour le bien commun, ne reculent devant aucun sacrifice, peuvent, en définitive, se reposer avec une entière sécurité. Sa religion s'est toujours traduite par cette pratique journalière qui imprime à l'existence humaine un caractère marqué de force et de pureté morales. Il est chrétien sans ostentation, adorateur sans hypocrisie. Sa vie domestique a constamment joui de la sereine clarté d'un ciel sans nuages. A l'âge de seize ans, élève au séminaire de Geauga il remarqua une jeune fillç
intelligente, douce, studieuse ; elle se nommait Lucrèce Rudolph. Leur attachement mutuel se resserra quelques années après par des fiançailles, et le mariage fut célébré à Hiram peu après que le jeune homme eut pris ses degrés au collège Williams. Quatre fils et une fille ont été la couronne de cette heureuse union qui n'eut jamais de jour plus nébuleux que celui où les deux aînés dirent adieu au toit paternel pour aller s'asseoir sur les bancs du collège. La vieille mère du président Garfield vit encore, vénérable matrone, toujours alerte, toujours gaie. Elle partage maintenant la demeure de son fils ; il lui est donné de goûter l'abondance des fruits qu'elle a fait mûrir par ses prières aux jours de son veuvage. Ni elle ni aucun autre membre de la famille ne se sont enorgueillis des événements qui, l'année dernière, ont fait d'un fils, d'un époux, d'un père, le premier des citoyens
de la grande République américaine qu'on ait Vu tout à la fois représentant, sénateur et Président élu des États-Unis.
C'est ainsi que, béni dans sa famille, honoré de ses compatriotes, initié par l'expérience aux affaires d'Etat comme jamais Président ne le fut avant de monter aux fonctions souveraines, le général Garfield s'est avancé peu à peu de son humble ferme de Mentor au siège principal du gouvernement de Washington. Son inauguration a eu heu le 4 mars de cette année. Son administration commence à une époque où le pays est prospère, confiant dans l'avenir et en paix avec l'univers. Le nouveau Président démontre par son élévation et par toute sa carrière la valeur inappréciable de cette liberté, précieux héritage de l'enfance et de l'âge viril sous (( le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. » Tous les actes de sa vie antérieure nous
donnent l'assurance qu'il fera honneur au choix populaire, et qu'en se retirant, il laissera derrière lui le souvenir d'une administration digne des plus beaux temps de la République.