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Le général Joubert, d'après sa correspondence; étude historique

La première édition de cet ouvrage a paru en 1860, sous ce titre : Le général Joiibert, Etude sur sa vie, fragments de sa correspondance inédite, Bourg-en-Bresse.

Cette publication, depuis longtemps épuisée, fut bien accueillie dans le monde littéraire et politique. Sainte-Beuve lui consacra, dans le Moniteur universel, trois de ses brillantes Causeries du Lundi. Henri Martin, Edgar Quinet, George Sand, etc., écrivirent à l'éditeur que les lettres de Joubert les avaient beaucoup intéressés.

Si cette biographie de Joubert est moins incomplète que celles qui Tont précédée, nous le devons à la bienveillante communication, qui nous fut faite, en 1860, par M. Charles Joubert, de Pont-de-Vaux , des papiers laissés par son oncle, le général Joubert, à sa famille. Dans une lettre qu'il écrit à son père, de la Haye, en 1 797, il lui recommande de conserver ses lettres : « Cela servira, dit-il, pour mes mémoires. » Parmi ces papiers, se trouvaient plusieurs lettres de personnages illustres que nous avons aussi publiées.

Ces documents nouveaux confirment, complètent tous les renseignements connus, rectifient quelques inexactitudes des historiens et semblent prouver qu'on a diminué plutôt qu'exagéré l'importance du rôle que Joubert a joué, soit

comme général, soit comme homme politique. Tous les contemporains assurent qu'il inspira toujours, à tous ceux qui le connurent, une vive sympathie par son caractère franc, loyal et bienveillant, ainsi qu'une profonde estime pour son austère probité et son désintéressement antique.

En lisant les lettres de Joubert, on comprend pourquoi il était si généralement aimé. On le voit, dans sa correspondance, simple lieutenant, conserver, au moment de la plus grande exaltation révolutionnaire dans les armées, les sentiments du plus pur patriotisme, exempts de toute exagération et exprimés avec les formes de langage d'un fils de famille bien élevé. Il y a chez lui absence complète de cette emphase diffuse qui rend si fatigante la lecture de tous les discours et correspondances de cette époque. Quelques-unes de ces lettres, écrites sur le dos d'une proclamation, sur l'affût d'un canon, le soir d'une bataille, au moment où les derniers coups de fusil se faisaient entendre à l'horizon, sentent la poudre pour ainsi dire, et sont l'expression vraie, naturelle, de cet enthousiasme qui produisit alors tant d'actes héroïques. Devenu général à 26 ans, Joubert reste simple, modeste, et l'élévation de ses idées, la noblesse de ses sentiments sont à la hauteur de sa nouvelle position.

Les lettres de Joubert n'acquièrent quelque importance historique qu'à dater du jour où il devient général de brigade. Nous avons cependant donné des fragments des lettres qu'il écrivit étant dans les grades inférieurs. Ces fragments nous ont paru renfermer des détails intéressants sur les débuts des armées de la Révolution, sur les souffrances, les combats obscurs, qui formèrent ces phalanges invincibles qui devaient conquérir l'Europe. Nous avons beaucoup retranché dans ces premières lettres. Le style au début est incorrect, mais se perfectionne h mesure que l'écrivain est appelé à des positions

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plus élevées. Quelques-unes de ses dernières lettres sont remarquables par la vivacité du récit et le nerf de l'expression.

Nous avons fait précéder ou suivre chaque lettre par un récit succinct des circonstances dans lesquelles cette lettre fut écrite. Ce mode de publication, dont Carlyle a donné un modèle accompli dans sa Vie de Cromivell, augmente beaucoup l'intérêt de la lecture.

Et que Ton veuille bien croire que nous rapportons entièrement aux lettres de Joubert, et non à notre prose, les éloges prodigués à notre publication. Nous ne voulons pas être comparé à Tâne de la fable qui considérait comme adressés à sa personne les hommages rendus aux reliques qu'il portait sur son dos.

En 1860, au moment où nous publiâmes les lettres de Joubert, tous les esprits en France étaient reportés, par les victoires de notre armée d'Italie en 1859, vers les immortelles campagnes de 1796 et 1797. Nous envoyâmes à George Sand un exemplaire des Lettres de Joubert, en appelant son attention sur l'analogie qui existait entre plusieurs de ces lettres et les documents qu'elle avait publiés sur son père, le colonel Dupin, dans VHistoire de ma vie. George Sand nous répondit ainsi qu'il suit :

< C'est bien tard, Monsieur, trois mois après votre aimable lettre et votre précieux envoi ! Ce n'est pourtant pas ma faute. Je voulais lire ce livre, et pendant tout le premier mois, je n'ai pas eu un jour, une heure dont je puisse disposer. Ensuite j'ai fait une grave maladie, et c'est depuis deux ou trois jours seulement qu'on me permet de lire et d'écrire un peu. Pardonnez

donc à une personne qui revient de loin, et qui ressuscite en lisant cette magnifique épopée de la vie et de la mort d'un héros. Oui, c'est une bonne action de votre part, que de nous l'avoir montré tel qu'il était, et vous avez rempli ce devoir en homme de cœur.

< Je vous remercie d'avoir pensé à moi, et je regrette de ce qu'en venant voir le respectable et aimable M. Leboys des Guays, vous n'ayez pas cédé à la bonne inspiration de frapper à ma porte. Vous reviendrez peut-être dans le Berry, et vous serez moins discret, j'espère, ce sera vous assurer une double gratitude de ma part.

< Agréez, Monsieur, tous mes compliments et sentiments distingués.

« George SAND> »

Nohant, 9 décembre 1860.

Sainte-Beuve, dans le vol. XV des Causeries du Lundi (collection de ses articles du Moniteur universel et autres journaux), s'est servi des lettres de Joubert pour tracer, de sa main de maître, un portrait très étudié du général bressan.

« La carrière du général Joubert, si elle a été courte, a été pure et glorieuse. Si cependant sa physionomie, son caractère étaient restés un peu indécis...., les lettres que M. Chevrier vient de publier achèveront de le dessiner heureusement....; il est permis maintenant de parler de

Joubert comme de l'un des hommes que Ton connaît le mieux.

« Il nous représente bien en effet, avec toutes leurs qualités et dans leur bel enthousiasme, ces jeunes hommes, enfants de la Révolution, sortis de la classe moyenne éclairée, ces volontaires de 92, patriotes, républicains francs et sincères, mais instruits, bien élevés ; non moins opposés à tout regret et retour royaliste qu'à tout excès terroriste et au genre sans-culotte ; ces Girondins aux armées, et qui n'eurent point à y commettre de fautes. Joubert nous représente à merveille, surtout quand on le suit dans sa correspondance, l'esprit et l'âme de ces générations non moins civiques que guerrières, et il vécut assez peu pour n'avoir jamais à se démentir.

« Les lettres de Joubert (avant l'arrivée de Bonaparte)

présentent avec une grande vérité l'état de cette armée d'Italie si aguerrie, si éprouvée, et qui, avant ses jours d'éclat et de triomphe, eut à supporter tant de privations, tant de souffrances obscures et de misères, l'école après tout du bon soldat. »

Après avoir publié les lettres de Joubert, nous en avions envoyé un exemplaire à Sainte-Beuve qui nous écrivit la lettre suivante :

« Monsieur,

< Je suis bien sensible à votre attention et reconnaissant de votre envoi. Je n'ai pu encore que parcourir le volume où vous avez recueilli les précieux restes d'une jeune mémoire ; il me paraît très intéressant et tel en effet que je les aime, montrant l'homme h nû et

dans la vérité. Le général Joubert est de la race de ceux qui n'ont été que montrés au monde ; le tu Marcellus eris était sa devise ; le destin s'y est opposé. On ne revient pas contre les destins, mais les amis se souviennent et restent fidèles, les historiens nomment un nom, et quelquefois les poètes chantent. Ici, le biographe a fait tout ce qu'il a dû et pu.

€ SAINTE-BEUVE. > 10 septembre 1860.

En avril 1861, Sainte-Beuve publia dans le Moniteur trois causeries sur les Lettres de Joubert, Au sujet de ces articles, nous eûmes occasion de rendre à l'illustre critique un petit service, qui amena entre nous un échange de lettres dont nous publions ce qui peut en être publié :

27 mai 1861.

€ J'ai reçu, depuis que je vous ai écrit, des articles tout flatteurs pour moi (publiés dans le Courrier de rAin) de M. Jarrin, et je l'avais déjà remercié par un petit mot jeté à la poste, quand j'ai reçu de lui une lettre charmante, pleine d'esprit et de raison. Si je n'ai pas touché les deux points de la vie du général Joubert qu'il me signale, c'est tout bonnement que je les savais mal, et qu'il est bien difficile peut-être aujourd'hui de les éclaircir. Ce soin toutefois. Monsieur, vous incombe, et je suis sûr qu'il y a en Hollande des histoires bien faites de cette période révolutionnaire. Vous verriez

alors à bien établir et à fixer la part du général Joubert dans le premier et le plus obscur, selon moi, de ces 1 8 fructidor au petit pied de la grande banlieue républicaine.

< Remerciez bien pour moi M. Jarrin, et recevez aussi, Monsieur, l'expression d'une vive gratitude, et de tous mes sentiments d'estime et de distinction, permettez-moi d'ajouter, et de dévouement.

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