‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 10 sur 284 · BATAILLE DE BRANDYWINE · texte numérisé non relu

BATAILLE DE BRANDYWINE

clarant qu’il le trouvait bien jeune et bien inexpérimenté pour conduire une division. Le lendemain 20, La Fayette arriva au camp de Neshaminy et, le 21, il assista à un conseil de guerre, prenant ainsi possession de son rang de major général (1).

Des officiers qui avaient fait la traversée de la Victoire La Fayette garda pour aides de camp Gimat et La Colombe. Les autres furent congédiés, le 8 septembre 1777, par le Congrès, qui désavoua les engagements pris par Silas Deane, rendit hommage au dévouement des gentilshommes français et prit à sa charge les frais de rapatriement (2). Attaché à Washington, notre héros suivit les mouvements de l’armée qui se porta au-devant de Cornwallis. A vingt-six milles de Philadelphie, le général en chef américain livra aux Anglais, le 1 1 septembre 1777, la bataille de Brandywine (3). Le combat tourna à l’avantage des Anglais; La Fayette, qui voyait le feu pour la première fois, se conduisit avec bravoure et habileté et eut une jambe traversée par une balle, tandis qu'il ralliait les troupes (4). Il put remontera cheval, grâce à son aide de camp Gimat, et fut transporté à Philadelphie, d’où il écrivit, le 12 septembre, à sa femme, pour la tranquilliser sur sa blessure. Il fut ensuite porté à Bristol, puis à Bethléem chez les frères Moraves. Le 1e1' octobre, il expliqua à sa femme le peu de conséquence que présentaient pour l’avenir la perte de la bataille et

(1) Cf. Tower, I, 218 à 220.

(2) Ces officiers quittèrent Philadelphie le 15 septembre 1777. Seul le baron de Kalb reçut, au moment de s’embarquer, la commission de major général que lui avait promis Silas Deane, et resta en Amérique. (Cf. Tower, I, 187 et 188.)

(3) Cf. le récit et le plan de la bataille de Brandywine dans Tower, I, 248.

(4) Washington écrivit, de Chester, le 11 septembre 1776, au Congrès pour annoncer le mauvais résultat de la bataille de Brandywine et il mentionna la blessure de La Fayette. Cette lettre fut publiée par la Ga\cttc d' Amsterdam du 11 novembre 1777.

l'occupation de Philadelphie par les Anglais. Puis après un mouvement de sensibilité (1), il exprima son affection et sa reconnaissance pour Washington.

Cet homme respectable, dont j’admirais les talents, les vertus, que je vénère à mesure que je le connais davantage, a bien voulu être mon ami intime. Son tendre intérêt pour moi a eu bientôt gagné mon cœur. Je suis établi chez lui, nous vivons comme deux frères bien unis, dans une intimité et une confiance réciproques. Cette amitié me rend le plus heureux possible dans ce pays-ci. Quand il m’a envoyé son premier chirurgien, il lui a dit de me soigner comme si j’étais son fils, parce qu’il m’aimait de même.

Après une inaction forcée de trois semaines (2), La Fayette rejoignit, à peine guéri, le quartier général de Whitemarsh, d’où il écrivit au comte de Vergennes, le 24 octobre 1777, que nuire à l’Angleterre était, à son avis, servir sa patrie (3). Dans une lettre datée de la veille 23, il exposait son projet de faire une expédition contre quelques îles anglaises, et sollicitait l’appui du comte de Broglie. « Je vais, écrivait-il, m’amuser à guerroyer tout

(1) On lit dans cette lettre du ior octobre 1777 : « Pensez, mon cher cœur, que je n’ai encore reçu de vos nouvelles qu’une fois par le comte Pulaski. J’ai un guignon affreux et j’en suis cruellement malheureux. Jugez quelle horreur d'être loin de tout ce que j’aime dans une incertitude si désespérante. Il n’y a pas moyen de la supporter, et encore, je le sens, je ne mérite pas d’être plaint : pourquoi ai-je été enragé à venir ici? J’en suis bien puni. Je suis trop sensible, mon cœur, pour faire de ces tours de force. »

(2) Pendant ce temps il écrivit de Bethléem, le 14 octobre 1777, au général Gates pour le féliciter de la prise du fort de Montgomery. (Cf. Tower, 1 , 259.)

(3) Le même jour, 24 octobre 1777, la Galette d'Amsterdam publiait sous la rubrique de Lorient, 12 octobre, la nouvelle suivante, dont la fantaisie montre combien les journaux étaient alors mal informés : « 11 vient d’arriver ici un navire américain qui a apporté la nouvelle que le marquis de La Fayette, à la tète d’un corps de 2,500 hommes, dont le Congrès, lui a confié le commandement, avait attaqué à la fin du mois d'août dernier un corps de troupes anglaises, composé de 2,000 hommes, dont il avait fait 600 prisonniers et mis le reste en déroute, après un combat opiniâtre et très sanglant. »

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cet hiver. Il n’y a pas moyen de quitter l’Amérique en si beau chemin et dans une crise intéressante (i). »

Le 29 octobre, il confia une lettre pour sa femme au colonel de Valfort, qui rentrait en France pour raison de santé. Le 6 novembre il mandait à son cher cœur que sa blessure était presque entièrement guérie et qu’il ne boitait plus que légèrement.

N’allez pas vous aviser d’être à présent inquiète sur moi ; tout est fini pour les grands coups; il y aurait tout au plus de petites affaires en miniature qui ne me regardent pas : ainsi je suis aussi en sûreté dans le camp qu’au milieu de Paris.

Une de ces petites affaires en miniature ne tarda pas à se présenter. La Fayette, qui était attaché au corps du général Greene, fut chargé, le 24 novembre 1777, de reconnaître les positions de l’ennemi. Il vint donc à Haddonfield, et le 25 au soir, avec 300 hommes, il fit une reconnaissance. Il rencontra, à deux milles et demi de Gloucester, un poste de 350 Hessois et le culbuta avec une furia toute française (2). Le 26 il rendit compte à Washington de ce coup de main et se loua du courage de sa troupe. « Je n’ai jamais vu, dit-il, d’hommes aussi joyeux, aussi animés, aussi désireux de joindre l’ennemi, quelles que fussent ses forces, que l’étaient nos soldats pendant ce petit combat. » La Fayette ayant fait ses preuves, le Congrès exprima, le ior décembre 1777, le désir de le voir à la tête d’une division et le marquis prit le commandement des Virginiens. Sa division était faible d’effectif et ses hommes étaient presque nus (3). Il dut s’occuper de les habiller.

(1) Orig. aut., Archives nationales, Musée.

(2) Cf. le récit et le plan du combat de Gloucester dans Tower, I, 248.

(3) Dans sa lettre du 16 décembre 1777 au duc d’Ayen, La Fayette dit à

Bientôt il fallut prendre ses quartiers d’hiver; l’armée américaine passa le Schuylkill et alla se retrancher dans la forte position de Valley-Forge, à vingt-deux milles de Philadelphie. Une lettre écrite par La Fayette à son beau-père le duc d’Ayen, le 16 décembre 1777, peint bien la situation où se trouvait le marquis. Après avoir narré les événements accomplis depuis le commencement de la campagne, et fait l’éloge de Washington (1), il parle de Fintervention française en ces termes :

L’Amérique attend avec impatience que nous nous déclarions pour elle, et un jour, j’espère, la France se décidera à humilier la fière Angleterre... Avec le secours de la France, nous gagnerons avec dépens la cause que je chéris, parce qu’elle est; juste, parce qu’elle honore l’humanité, parce qu’elle intéresse ma patrie, et parce que mes amis américains et moi y sommes engagés fort avant... Plus je vois les Anglais de près, plus je m’aperçois qu’il faut leur parler haut.

Puis il explique ses fonctions de major général :

Le major général remplace le lieutenant général et le maréchal de camp dans leurs fonctions les plus intéressantes, et j’aurais de quoi employer bien du mérite et de l’expérience,

ce propos : « Depuis mon retour du Jersey, il (Washington) m'a dit de choisir de plusieurs brigades la division qui me conviendrait le mieux. J’en ai pris une toute composée de Virginiens. Elle est faible à présent, même en proportion de la faiblesse de l'armée; elle est presque nue, mais on me fait espérer et du drap dont je ferai des habits, et des recrues dont il faudrait faire des soldats à peu près dans le même temps; mais, par malheur, l’un est plus difficile que l’autre, même pour des gens plus habiles que moi. »

(1) « Notre général, écrivait La Fayette, est un homme vraiment fait pour cette révolution, qui ne pouvait s’accomplir sans lui. Je le vois de plus près qu’aucun homme au monde, et je le vois digne de l’adoration de son pays... J’admire tous les jours davantage la beauté de son caractère et de son âme. Quelques étrangers, piqués de ne pas être placés, quoique cela ne dépende en aucune façon de lui, quelques-uns dont il n’a pas voulu servir les projets ambitieux, quelques jaloux cabaleurs voudraient ternir sa réputation; mais son nom sera révéré dans tous les siècles par tous les amateurs de la liberté et de 1 humanité... »

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