‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 9 sur 284 · ENTREVUE AVEC WASHINGTON · texte numérisé non relu

ENTREVUE AVEC WASHINGTON

comptait d’aventuriers s’était abattu sur la terre américaine, offrant avec insolence et au plus haut prix des services dont on n’avait que faire. Le Congrès était décidé à repousser cette invasion ; aussi ses membres, voyant augmenter encore cette nuée de corbeaux par l’arrivée de prétendus officiers français, ne songèrent qu’à éconduire les nouveaux venus. Quand le lendemain, 28 juillet, La Fayette vint chercher la réponse, on lui demanda s’il avait été autorisé à venir en Amérique par Silas Deane et par Franklin. Il s’aperçut alors qu’on n’avait même pas ouvert ses lettres et il écrivit aussitôt et fit remettre au Congrès le billet suivant : « D’après mes sacrifices, j’ai le droit d’exiger deux grâces : l’une est de servir à mes dépens, l’autre est de commencer à servir comme volontaire. » Le président du Congrès, touché de ce dévouement et de cette modestie, lut les lettresQd’introduction et, voyant qu’il avait affaire à un gentilhomme français aussi distingué par son nom que par sa fortune, il lui fit accorder, le 31 juillet, dans les termes les plus flatteurs, la commission de major général dans l’armée des États- Unis.

Sur ces entrefaites, l’armée américaine vint camper à cinq milles au nord de Philadelphie, sur une éminence entre Germantown et la rivière Schuylkill. Washington entra dans la ville et, le ier août 1777, dans un dîner, il vit pour la première fois La Fayette. Il l’accueillit paternellement et se montra satisfait de l’attitude modeste et respectueuse du jeune gentilhomme. Deux jours après il l’emmena inspecter les fortifications sur la rivière Delaware (1). La Fajmtte montra beaucoup de tact et d’esprit.

« Nous devons être embarrassés, lui disait Washing-

(1) Cf. Tower, I, 216.

ton, de nous montrer à un officier qui quitte les troupes françaises. — C’est pour apprendre et non pour enseigner que je suis ici », répondit le marquis.

C’est ainsi que commença entre Washington et La Fayette une affection réciproque, qui ne fut brisée que par la mort.

Pendant que La Fayette courait les grands chemins, il lui était né, le 1" juillet 1777, une seconde fille, qui reçut les prénoms d’Anastasie-Louise-Pauline (1). La mère ne fut informée que le 1e1' août de l’arrivée de son mari en Amérique (2). La Correspondance de Métra (3), le Courrier de l’Europe (4) et la Galette d' Amsterdam (5) avaient donné à cet égard les indications les plus erronées. Le marquis était, disaient ces informateurs, arrivé à Boston le 30 mai, époque à laquelle il était encore loin des côtes américaines.

Le 13 août 1777, La Fayette remercia officiellement le président du Congrès, Hancock, de ses lettres de commission de major général, et demanda à servir près de Washington jusqu’au jour où on le jugerait propre à commander une division de l’armée (6). Washington, de son côté, se préoccupait de savoir quel emploi le marquis remplirait auprès de lui, et il demanda, le 19 août, à Benjamin Harrison, les instructions du Congrès, tout en dé-

(1) C'est la future comtesse Charles de la Tour-Maubourg.

(2) On lit à ce sujet dans la Vie de la duchesse d’Ayen, p. 59 : « Les premières nouvelles de M. de La Fayette arrivèrent le premier d’août, un mois après mes couches. La consolation qu’elles me donnèrent fut vivement partagée. «

(j) 26 mai 1777, p. 382.

(4) T. Il, n° du 18 juillet 1777, p. 106.

(5) 1e1' août 1777, nouvelles de Paris du 25 juillet. « Ce n’est que depuis peu que la famille du marquis de La Fayette est informée qu’il est arrivé à Boston le 50 mai dernier, qu’il a levé un régiment à ses propres frais et qu’il est traité, ainsi que les autres Argonautes, ses compagnons, de la façon la plus distinguée. »

(6) Cf. le texte de cette lettre aux Pièces justificatives , n° X.

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