‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 118 sur 284 · LETTRE AU MARÉCHAL LUCKNER · texte numérisé non relu

LETTRE AU MARÉCHAL LUCKNER

taire et lui demander s’il pourrait, sans inconvénient, quitter son armée pendant quelques jours et se rendre à Paris. Il le chargea d’une lettre, où il faisait au maréchal sa profession de foi :

Depuis que je respire, c’est pour la cause de la liberté. Je la défendrai jusqu’à mon dernier soupir contre toute espèce de tyrannie, et je ne puis me soumettre en silence à celle que des factions exercent sur l’Assemblée nationale et le roi, en faisant sortir l’une de la Constitution que nous avons tous jurée et en mettant l’autre en danger de sa destruction politique et physique. C’est celle des dix-neuf vingtièmes du royaume; mais on a peur, et moi, qui ne connais pas ce mallà, je dirai la vérité (1 ).

Luckner reçut Bureaux de Pusy avec bienveillance et estime, écouta ses explications et le congédia en lui remettant une lettre pour La Fayette, dans laquelle il déclarait ne pouvoir se porter en avant et laissait à son collègue la responsabilité du voyage qu’il voulait faire à Paris (2).

Le 25 juin 1792, La Fayette, rentré dans Maubeuge, demanda au ministre de renforcer ses régiments et il ne put s’empêcher de faire une sortie politique :

J’avoue, mon cher Lajard, que je ne sais comment arranger une combinaison de guerre tant que nos affaires intérieures seront dans cette situation anarchique, criminelle et inconsti-

(x) Copie, Arch. nat., C 558.

(2) Voici le plus curieux passage de cette lettre, datée du quartier général de Menin, 2; juin 1772 (Copie, Arch. nat., C 558) : « A l’égard de l’avis que vous nie demandez sur la question de savoir si j'improuverais que vous vous absentassiez pour quelques jours de votre armée, je ne puis, sur cet article, que vous renvoyer à vous-même et vous laisser juge des inconvénients ou des avantages que vous trouveriez à une démarche sur laquelle je ne puis avoir aucune opinion. Ce que j'ai à vous demander, c'est le concert de vos opérations avec les miennes, et je suis bien persuadé que vous prendrez, dans toute hypothèse, des mesures telles que le service et le bien de la chose publique n’en soutl'riront pas. »

tutionnelle, qui décuple les moyens de nos ennemis et nous

ôte tous ceux que nous devions avoif .

Un premier point essentiel est de garantir complètement toutes les places. Il y a eu beaucoup de négligence à cet égard, et j’ai été obligé de faire pour Longwy et Montmédy d’assez mauvais marchés, qui n’auraient pas eu lieu si l’on avait pris un système général.

La place de Verdun que l’on s’obstine à regarder comme de troisième ligne, et qui devient, par le fait, le point le plus important de mon commandement, doit attirer toute votre attention, et je crois que nulle dépense ne doit être épargnée

pour la fortifier et l’approvisionner .

Il faudrait trouver un moyen de renforcer nos régiments de ligne, car nos escadrons et nos bataillons de dépôts se

réduisent à rien .

Nous avons, dans les canonniers, un déficit vraiment effrayant; c’est cependant notre seul point de supériorité sur les Prussiens. Joignez aussi l’artillerie à cheval, c’est une arme excellente, l^e roi de Prusse amène, dit-on, six cents canonniers à cheval; du moins M. Dumouriez me l’a mandé sur une lettre de M. Kellermann. Je voudrais que toutes nos pièces de huit et tous nos obusiers fussent servis par des

canonniers montés . *

En vérité, mon cher Lajard, tout en dictant cette lettre, je me demande à quoi nous serviront ces dispositions si indispensables et si urgentes pour peu qu’on tarde encore à ramener par une crise salutaire l’ordre au dedans et à faire respecter la Constitution dont un des pouvoirs vient d’être si atrocement avili et sera peut-être ouvertement attaqué. L’indignation de l’armée à cet égard est un sentiment qui l’honore et que je partage plus que personne (1).

Soudain, l’obsession devint trop forte, les préoccupations politiques l’emportèrent sur les devoirs militaires. La Fayette, dont rien ne pouvait modérer l’audacieuse ardeur, crut que sa présence à Paris remettrait tout en ordre et qu’il sauverait à la fois la chose publique et le

(1) Orig., Arch. hist. de la guerre, armée du Centre.

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