ÉMOTION SOULEVÉE PAR LA LETTRE DU IÔ JUIN 3O
la Constitution , publiait contre La Fayette un virulent article sous ce titre : « Robespierre, citoyen français, à La Fayette, général d’armée (i). » Il concluait en ces termes :
Il n’est pour l’Assemblée nationale que deux alternatives : il faut, ou qu’elle déploie contre La Fayette une énergie digne de cet attentat, ou qu’elle descende au dernier degré de la faiblesse et de l’avilissement.
A la tribune des Jacobins, le soir du 1 8 juin, ce fut un débordement de colère contre La Fayette. Robespierre, le premier, s’écria :
Frappez La Fayette et la nation est sauvée. Quand le décret sera porté, la nation entière l’exécutera... Je finis par une réflexion. Le salut de la France est attaché au sort de La Fayette; si on lui donne le temps d’achever ses complots, c’est fait de la liberté, mais, s’il est renversé sur-le-champ, la cause du peuple triomphe, et la liberté avec lui (2).
Danton appuya en ces termes la proposition de Robespierre :
Il n’est pas douteux que La Fayette ne soit le chef de cette noblesse coalisée avec tous les tyrans de l’Europe, et, s’il est vrai que la liberté soit descendue du ciel, elle viendra nous aider à exterminer tous ses ennemis.
Fabre d’Eglantine et Chabot parlèrent dans le même sens, et Camille Desmoulins dit :
Vous savez bien que voilà deux ans que je me tue à crier aux départements : M. La Fayette est un grand coquin!
(1) Cet article a été reproduit dans Y Histoire parlementaire de la Révolu lion , t. XV, p. 78 à 98.
(2) Cf. Aulard, La Socittè des Jacobins, t. IV, p. n, et Ernest Hamel, Histoire de Robespierre, t. II, p. 187 et 188.
Aujourd’hui, quand j’ai vu sa lettre, j’ai dit d’abord : c’est un grand imbécile... Mais non, certes, ce n’en est pas un, car il a un conseil composé des meilleures têtes, des Du Port, etc. (1).
Le résultat de ces discours fut la rédaction d’une lettre de la Société des amis de la Constitution adressée, le 21 juin 1792, aux sociétés affiliées pour leur dénoncer La Fayette, qui « de son camp, étend un bras protecteur sur le monarque, sur l’Assemblée nationale, et menace tous les courageux citoyens de l’Empire (2). »
Malgré les reproches de ses adversaires et même de ses partisans, La Fayette continua imperturbablement à mêler l’armée à la politique. Le nouveau ministre de la guerre, Lajard, était de ses amis. Le général lui écrivit, du camp de Bavay, le 22 juin, et, après lui avoir parlé des affaires militaires, il ajouta :
Tous ces objets, mon cher Lajard, quoique bien intéressants, le sont moins encore que notre situation politique ; c’est sur elle que doivent se porter tous les efforts de tous les bons citoyens. Il n’y en a pas un que je ne tente plutôt que de voir la liberté, la justice et la patrie sacrifiées à des factieux. Mon combat avec eux est à mort, et je veux le terminer bientôt, car dussé-je les attaquer tout seul, je le ferai, sans compter ni leur force, ni leur nombre (3).
Le même jour, 22 juin, La Fayette reçut la nouvelle de l’affaire du 20 juin et il' fut outré de l’attaque des Tuileries par le peuple et de la position critique du roi. Il envoya aussitôt Bureaux de Pusy au maréchal Luckner pour conférer avec lui sur la situation politique et mili-
(1) Cf. Aulard, La Société des Jacobins , t. IV, p. 12 à 15.
(2) Cf. Aulard, La Société des Jacobins, t. IV, p. ?2. — Le 25 juin 1792, Sillery réfuta les calomnies dirigées par La Fayette contre les Jacobins. (Cf. Bibl. nat., Lb40i72, et Aulard, p. 49.)
(?) Orig., Arch. hist. de la guerre, armée du Centre.