‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 125 sur 284 · LA FAYETTE ET DUMOURIEZ · texte numérisé non relu

LA FAYETTE ET DUMOURIEZ

auriez prise d’envoyer Duraouriez dans l’année que je commande. Je l’ai accusé hautement de folie ou de trahison envers la chose publique et moi ; je n’examine pas si j’ai eu raison ou tort ; mais, je l’aurais demandé à ses protecteurs eux-mêmes avant que M. Brissot, leur chef, l’eût déclaré le plus vil des intrigants , se peut-il qu’un général d’armée, qui a exprimé sur un lieutenant général une pareille opinion, soit censé pouvoir lui remettre la destinée d’une partie des hommes et des places qui lui sont confiés (1)?

Le 5 août, La Fayette adressa une circulaire aux administrateurs des départements que son armée occupait pour leur déclarer que la patrie était en danger et requérir le rassemblement de la moitié des compagnies de grenadiers et de chasseurs des gardes nationales (2). Le 7, le ministre de la guerre, d’Abancourt, le remercia de sa lettre du 4 août, la première qu’il eût reçue sur l’état des opérations militaires, et lui confirma que- son commandement s’étendait de Montmédy à Dunkerque. Il ajoutait que le roi laissait Dumouriez dans le département du Nord, mais aux ordres immédiats du général Arthur Dillon. « Quelques désagréments, disait-il, que vous trouviez dans cette condescendance, elle en a peutêtre épargné de plus grandes (3). » Mais La Fayette ne se résignait pas ; le 8 août, il écrivit de Mouzon au ministre pour protester de nouveau contre le maintien de Dumouriez dans son armée et pour dégager sa responsabilité des événements qui pourraient avoir lieu dans la partie de la frontière qui s’étend de Dunkerque à Maubeuge (4).

Les ennemis du général ne perdaient pas leur temps et

(1) Orig., Arch. hist. de la guerre, armée du Nord.

(2) Impr., Arch. hist. de la guerre, armée du Nord. (}) Orig., Arch. nat., DXVa.

(4) Orig., Arch. hist. de la guerre, armée du Nord.

sapaient une popularité, devenue si chancelante que Gouverneur Morris pouvait écrire à Jefferson, le Ier août 1792 :

Vraiment, je crois que si M. de La Fayette arrivait en ce moment à Paris sans son armée, il serait écharpé... Qu’est-ce donc, je vous prie, que la popularité ( 1 ) ?

Dès le 20 juillet, Robespierre avait réclamé à la tribune des Jacobins un décret d’accusation contre La Fajmtte :

Si La Fayette est impuni, nous n’avons pas de Constitution, car il n’y a pas de Constitution là où il existe un homme audessus des lois... Oui, il faut décréter La Fayette ou décréter la contre-révolution (2).

Le 4 août 1792, Jean de Bry, au nom de la commission des Douze, requit la mise en accusation de La Fayette, mais, après un débat des plus animés, l’Assemblée nationale repoussa cette proposition, par 406 voix contre 224. Toutefois ce résultat ne fut une victoire, ni pour l’Assemblée, ni pour le général. La foule hua et maltraita les députés de la majorité et le club des Jacobins dénonça La Fayette à l’indignation publique.

En vérité, La Fajmtte se trouvait dans la situation la plus critique. Il ne savait à quel parti s’arrêter. Les délimitations de son commandement lui causaient des ennuis avec le maréchal Luckner. Il s'inquiétait de voir les Suisses garder exclusivement les places importantes de Flandre. La politique continuait à le tourmenter. Il parlait de Louis XVI en ces termes impératifs dans une lettre adressée, le 3 août 1792, à son aide de camp La Colombe :

Ce que vous me mandez, mon cher La Colombe, pour les dispositions du roi me fait plaisir; mais je vous déclare qu’en

(1) Cf. Memorial de Gouverneur Morris , t. II, p. 158.

(2) Cf. Aulard, La Société des Jacobins , t. IV, p. 126.

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