SERMENT PRÊTÉ PAR LES OFFICIERS
de tous les volontaires français. Le même jour, le marquis exprima son contentement de ce traité à Francy, agent de Beaumarchais; le 14 mai, il écrivit au même personnage : « Si mes compatriotes font la guerre dans quelque coin du monde, je volerai sous leurs drapeaux, et aussitôt que la flotte et un paquebot français seront arrivés, si je ne reçois pas d’ordre précis du roi, je partirai sur-le-champ pour les îles (1). »
Un serment contenant la reconnaissance de la souveraineté des États-Unis et la renonciation à toute obéissance envers le roi d’Angleterre George III fut alors exigé par le Congrès de tous les officiers et des fonctionnaires civils. La Fayette le fit prêter aux officiers de la brigade du général Woodford, mais plusieurs de ceux-ci présentèrent des observations. Le 15 mai, le marquis en prévint Washington, qui répondit, le 17, que, le serment devant être « un acte libre du cœur fondé sur une pleine conviction de l’engagement qu’il contient », il ne veut exercer aucune contrainte, mais que la formule du serment ne renferme aucune indignité et « est parfaitement en harmonie avec la profession, les actions et les engagements implicites de tout officier ».
Le 8 mai, les généraux américains Gates, Greene, Stirling, de Kalb, avaient tenu à Valley-Forge, avec La Fayette, un conseil de guerre, où on décida qu’il n’y avait rien à entreprendre pour le moment (2). Le 1 8, La Fayette reçut de Washington l’ordre de marcher immédiatement vers les lignes de l’ennemi pour « protéger le camp et le pays entre la Delaware et le Schuylki.il, couper la communication avec Philadelphie, gêner les incursions des partis ennemis, connaître leurs mouvements et leurs pro-
(1) Cf. E. Lintilhac, Beaumarchais et ses œuvres; 1887, in-8.
(2) Cf. Tower, I, J24.
jets (1) ». Il partit avec deux mille quatre cents hommes d’élite et fit une pointe jusqu’à Barren-Hill. Les Ang-lais, commandés par les généraux Howe, Clinton et Grant, parvinrent, par une marche nocturne, à le tourner, de sorte que, le 28 mai 1778, au matin, il se vit sept mille hommes derrière lui et le reste devant (2). La Fayette se tira avec habileté de ce mauvais pas; il échappa, par une retraite de quarante milles, aux ennemis, qui se flattaient déjà de sa capture, et ne perdit que quelques hommes (3).
Rentré à Valley-Forge, il y apprit la mort de sa fille Henriette et, le 16 juin, exhala sa douleur dans une lettre à sa femme :
Si la malheureuse nouvelle que j’ai apprise m’était arrivée tout de suite, je serais parti sur-le-champ pour vous joindre; mais celle du traité du Ier mai m’a arrêté. La campagne qui s’ouvrait ne me permettait pas de partir. Au reste, mon cœur a toujours été bien convaincu qu’en servant la cause de l’humanité et celle de l’Amérique, je combattais pour les intérêts de la France.
Le 25 juin, Washington confia une nouvelle expédition à La Fayette. Il lui enjoignit de faire tous ses efforts pour atteindre le flanc gauche et l’arrière-garde de l’ennemi et de lui causer le plus de mal possible, sans perdre ses communications avec l’armée (4). Le 28, le marquis prit une part active à l’heureux combat de Montmouth, où Washington battit Clinton. Il marcha à l’avant-garde
(1) Cf. Tower, I, 326.
(2) Ce sont les propres expressions de La Fayette, dans la lettre écrite à sa femme le 16 juin 1778.
(3) Cf. dans Tower, I, 328, le plan de la relraite de Barren-Hill.
(4) Cf. Tower, I, 352. — La Fayette écrivit à Washington de Cranberry, le 23 juin, et d’icetown, le 26.