‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 132 sur 284 · MESURES PRISES CONTRE LA FAYETTE · texte numérisé non relu

MESURES PRISES CONTRE LA FAYETTE

patriotisme, n’a jamais cherché qu’à détruire la liberté de son pays (1) ». Le 20 août, Dumouriez écrivait de Valenciennes au ministre Servan : « Il faut terminer l’aventure du crime de Sedan et de la rébellion du petit Sylla (2) ». Le 21 août, Merlin de Thionville proposa de raser la maison de La Fayette et d’élever à sa place une colonne destinée à transmettre à la postérité la mémoire des crimes du général (3). Le 22, la Commune de Paris ordonna que le bourreau Sanson briserait, en place de Grève, le coin, fait par le graveur Duvivier, de la médaille en l’honneur de La Fayette (4). Le même jour, on lisait à la tribune de l’Assemblée législative une lettre des commissaires Baudin, Isnard et Quinette, où se trouvait ce passage :

L’émigration de La Fayette et de son état-major est un coup de parti qui décide entièrement le succès de la nouvelle révolution. Tous les citoyens honnêtes vont être désabusés en voyant que celui qui se disait le chef des honnêtes gens n’était qu’un vil conspirateur. Le lâche n’a pas même eu le courage de mourir. On dit qu’il dirige sa route vers l’Angleterre, passant par la Hollande ($).

Le 25 août, on brisa en place de Grève le coin de la médaille du général, et l’Assemblée décréta la saisie et la vente des biens que La Fayette et autres émigrés possédaient dans les colonies (6). Le 1 1 septembre, Mme de

(1) Cf. Tourncux, Proces-verbaux de la Commune de Paris, p, 57.

(2) Orig., Arch. hist. de la guerre, armée du Nord.

(3) Cf. Moniteur, t. XIII, p. 499.

(4) Cf. Tourneux, Proces-verbaux de la Commune de Paris, p. p, et catalogue de la collection d’autographes de Lucas de Montigny, n° 1637. — C’est sur la proposition du graveur Benjamin Duvivier lui-même que la Commune prit cette décision.

(5) Orig., Arch. nat., C 338, n° 31.

(6) Cf. Moniteur, t. XIII, p. 333. — M. Henry Mosnier a publié la liste des biens confisqués sur le général La Fayette dans le district de Brioude

Ho

La Fayette fut arrêtée à Chavaniac, sur un ordre délivré le 2, conduite au Puy (1), puis à Paris, où on l’enferma à la Petite-Force.

La Fayette ne resta que deux jours à Arlon et il en profita pour écrire, le 3 septembre 1792,3 la princesse d’FTénin :

Les amis de la liberté sont proscrits des deux côtés; je ne suis donc à ma place que dans une prison et j’aime mieux souffrir au nom du despotisme que j’ai combattu qu’au nom du peuple dont la cause est chère à mon cœur et dont le nom est aujourd’hui profané par des brigands.

Le 4 septembre, il arriva à Luxembourg et passa ainsi de la domination autrichienne à celle des Prussiens (2). Il avait écrit, le 30 août, au duc de Saxe-Teschen, pour demander des explications sur son arrestation. Ce prince lui répondit, de Mons, le 8 septembre 1792 :

J’ai reçu la lettre que vous m’avez écrite, le 30 du mois d’août. On ne vous a point arrêté comme prisonnier, ni comme constituant, ni comme émigré, mais, comme c’est vous qui avez été le fauteur de la Révolution qui a bouleversé la France, comme c’est vous qui avez donné des fers à votre

et vendus nationalement en 1793 et 1794. La valeur en était de 647,760 francs (Cf. Le château de Chavaniac-Lafayctte , p. 58.)

(1) Du Puy, Mme de La Fayette écrivit, le 12 septembre 1792, à Brissot une lettre, où elle faisait appel à son honneur pour lui obtenir l’autorisation d’aller rejoindre son mari à Paris. (Cf. Mémoires.)

(2) Le comte d’Espinchal raconte ( Revue rétrospective , 1894, p. 311) que La Fayette trouva à Luxembourg le chevalier de Rochefort d’Ailly, gentilhomme auvergnat, au service de l’Autriche, et qu’il le questionna sur les gentilshommes d’Auvergne, qui se trouvaient devant Thionville à l’armée des princes, et que le chevalier avait vus lors de leur passage à Luxembourg. En effet parmi eux se trouvaient des proches parents de La Fayette, tels que La Queuille, Bouillé, d’Espinchal, Montboissier-Canillac, etc. Le comte d’Espinchal ajoute : « 11 s’étendit en éloges sur cette brave noblesse dont il enviait la conduite. » Cela est bien invraisemblable, si on en juge par la déclaration du 19 août, où La Fayette répudiait si énergiquement toute assimilation avec les émigrés.

Page 1