‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 134 sur 284 · DÉMARCHES DE WASHINGTON · texte numérisé non relu

DÉMARCHES DE WASHINGTON

Washington, très affecté de la triste situation de son ami, mais forcé par sa situation de chef de gouvernement à une grande prudence, répondit, le 31 janvier 1793, à Mmo de La Fayette. Il lui faisait savoir qu’il déposait chez M. Nicholas Van Staphorst, d’Amsterdam, deux mille trois cent dix florins, dont elle pouvait disposer. « Cette somme, disait-il, est le moins dont je sois redevable pour les services que m’a rendus le marquis de La Fayette et dont je n'ai jamais reçu le compte (1). » Cette lettre n’était pas encore parvenue à M“' de La Fayette, quand celle-ci, étonnée de ne pas recevoir de réponse, écrivit de nouveau, le 13 mars 1793, à Washington pour se plaindre de son silence :

S'il m’est réservé de revoir mon époux et d’être réunie à lui, ce doit être grâce à votre bonté et à celle des Etats-Unis. Je ne puis rien faire pour lui; je ne peux ni recevoir une ligne de lui, ni lui écrire. Tel est le traitement que j’éprouve, mais je ne ferai aucune démarche qui soit indigne de celui que j’aime, ou de la cause à laquelle il n’a jamais cessé d’être fidèle.

En même temps Washington écrivait, de Philadelphie, le 16 mars 1793, à la marquise, pour lui exprimer sa douleur et l’assurer de son inaltérable affection à l’égard de son mari (2).

Dans son cachot de Magdebourg, La Fayette réussissait parfois à tromper la surveillance de ses gardiens. C’est ainsi qu’un jour il reçut un numéro du journal la Minerve, rédigé à Hambourg, par le publiciste d’Archenholtz, et où on parlait de lui avec sympathie. Touché de

(1) Cf. Jared Sparks, t. X, p. 514.

(2) Le 15 mars 1795, Jefferson écrivait, de Philadelphie, à Gouverneur Morris que le Président avait vu avec satisfaction que les ministres des Etats-Unis en Europe se préoccupaient de la triste situation de La Fayette. (Cf. The Writings of Jefferson, t. III, p. 524.)

ce procédé, le prisonnier écrivit, le 27 mars 1793, à celui-ci pour lui raconter sa triste aventure et lui confier ses espérances :

Est-il possible, au reste, d’échapper à tant de barrières, de gardes et de chaînes? Pourquoi non? Déjà un cure-dents, de la suie, un morceau de papier ont trompé mes geôliers. Déjà, au péril de la vie, on vous portera cette lettre.

Ces projets d’évasion, quelque chimériques qu’ils parussent, soutenaient le captif. Grâce à un dévouement, il put écrire, le 22 juin, à la princesse d’Hénin :

Alexandre Lameth a été si mal qu’il a fallu l’enterrer tout à fait ou lui donner un peu d’air. Le général, après avoir bien injurié le médecin, s’en est cependant remis au choix du roi, qui cette fois n’a pas voulu la mort. Il en est résulté que chacun de nous, à différentes époques de la journée, est conduit par un officier de garde dans un petit jardin qui occupe un coin du bastion et s’y promène pendant une heure avec lui. Jamais sultane favorite ne fut plus sévèrement dérobée à l’approche des curieux. Mais enfin, après plus de cinq mois, j’ai éprouvé, non sans saisissement, le contact de l’air extérieur, j’ai revu le soleil et je m’en trouve bien.

Cette heure de promenade et la réception de lettres de sa femme et de la princesse, une visite du duc de Brunswick, « frère du grand manifesteur », tout cela ragaillardit La Fayette, dont la robuste constitution et l’inaltérable sérénité d’esprit défiaient toutes les rigueurs de la coalition. Aussi, le 4 juillet 1793, en dépit de ses gardiens, il célébra le dix-septième anniversaire de la déclaration de l’indépendance des Etats-Unis en envoyant l’hommage de sa sympathie à Pinkney, ministre des Etats-Unis à Londres, dont la bienfaisante intervention avait obtenu des geôliers couronnés de lui laisser apprendre que sa femme et ses enfants vivaient.

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