‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 135 sur 284 · IL EST TRANSFÉRÉ A NEISSE · texte numérisé non relu

IL EST TRANSFÉRÉ A NEISSE

Entouré, comme je le suis, de fossés, de remparts, de gardes, de doubles grilles et de palissades; renfermé sous un quadruple rang de portes, de barres, de grillages, dans un étroit et humide souterrain, et condamné à toutes les tortures morales et physiques qu’une tyrannie vindicative peut amonceler sur moi, j’ai pourtant la satisfaction de tromper aujourd’hui la bande couronnée et ses vils agents, en vous adressant l'hommage de ma sympathie... Grâce à votre bienfaisante intervention, mon cher Monsieur, les geôliers couronnés ont, après un silence de huit mois, consenti à me laisser apprendre que ma femme et mes enfants vivaient; veuillez leur faire savoir que ma santé est passablement bonne. Faites parvenir à mon général révéré et paternel ami mes tendres respects ; rappelez-moi au souvenir de mes amis en Amérique. J’ai laissé au compte des Etats-Unis les deux milles florins qui ont été déposés à la banque, d’une manière si secourable pour moi. Je tire sur elle à mesure que j’ai besoin d’argent; de manière que, si je mourais, ou si, par quelque heureux hasard, auquel je pense toujours, je sortais d’ici avant que cette somme fût dépensée, Sa Majesté prussienne fût responsable de ce qui resterait.

Le 16 juillet 1793, La Fayette, qui lisait en cachette les Mémoires du baron de Trenck et les méditait, s’entretint avec la princesse d’Hénin et donna son opinion sur Dumouriez, dont il avait, disait-il, pénétré les traîtres desseins. Le 2 octobre, il écrivit à sa femme ; le 24, il fit discrètement allusion, dans une lettre à la princesse, à ses espérances d’évasion (1). mais tous ses projets échouèrent, car La Fayette fut brusquement séparé de ses compagnons d'infortune Alexandre Lameth, Bureaux de Pusy et César de La Tour-Maubourg, et transféré au fond de la Silésie, à Neisse, où il arriva le 16 janvier 1794 (2).

(1) Cf. aux Pièces justificatives, n° XXVIII, le texte de cette lettre inédite de La Fayette à la princesse d'Hénin, qui fait partie de nia collection révolutionnaire et n'a pas été insérée dans les Mémoires.

( 2 ) Avant de quitter Magdebourg, il écrivit, le J janvier 1794, à la princesse d’Hénin, à La Colombe et au roi de Pologne. (Cf. Mémoires de La Fayette.)

La Fayette correspondre Neisse, avec la princesse d'Hénin et La Tour- Maubourg (27 janvier et 6 mars 1794)- — Il est rendu aux Autrichiens et conduit à Olmütz, avec La Tour-Maubourg et Bureaux de Pusy(i7mai). — Il est privé de toute correspondance. — Tentative du Dr Bollmann et du fils du major Huger pour le faire évader (8 novembre 1794). — Il fuit, mais est rattrapé et reconduit dans son cachot. — Mémoire de Lally-Tol'endal au roi de Prusse. — Articles de Joseph Masclet. — Mise en liberté de M»c de La Fayette (22 janvier 1795). — Elle se rend à Altona et gagne Vienne, à l'aide d’un passeport américain. — Le fils de La Fayette se rend en Amérique et est très bien accueilli par Washington. — Mm» de La Fayette obtient une audience de l’empereur d’Allemagne et lui arrache l’autorisation d’aller, avec ses filles, partager la captivité de son mari (24 octobre 1795)- — Elle rejoint son mari à Olmütz et est soumise à un traitement rigoureux. — Mauvais état de la santé de La Fayette. — Elle conte à Mm» de Tessé les agissements de ses geôliers. — Vaines protestations auprès de l’empereur et des ministres. — On lui refuse d’aller consulter un médecin à Vienne. — Démarches faites par Washington. — Lettre de lui à l’empereur d’Allemagne (15 mai

1796) , et au duc de Liancourt (25 juillet). — Correspondance entre Mmo de Staël et Gouverneur Morris. — Démarche de celui-ci auprès du baron de Thugut (18 décembre 1796b — Intervention du général Fitz-Patrick, de Fox, Sheridan et Wilberforce à la Chambre des Communes d’Angleterre (16 décembre 1796). — Négociations commencées par le Directoire. — Mme de Staël implore Barras. — Barras charge Bonaparte de cette difficile mission. — Lettres de Carnot à Clarke et à Moreau (5 mai et 15 juin 1797). — Enquête du marquis de Chasteler auprès des prisonniers d’Olmütz (25 juillet 1797). — Engagement pris par eux de quitter les Etats autrichiens. — Refus de l’empereur de les mettre en liberté. — Lettre de Carnot à Bonaparte (i»r août

1797) . — Mission de Louis Romeuf. — Le baron de Thugut consent à remettre les captifs entre les mains du consul américain à Hambourg. — La Fayette et ses compagnons quittent Olmütz, le 19 septembre 1797, et se rendent à Hambourg, en passant par Dresde et Leipzig. — Ils arrivent à Hambourg le 4 octobre 1797, chez le consul américain Parish, et Gouverneur Morris accomplit la formalité de la mise en liberté. — L’empereur déclare qu’il a libéré La Fayette par égard pour les Etats-Unis.

A peine installé dans sa nouvelle prison de Neisse, La Fayette s'empressa de tranquilliser la princesse d’FIénin sur son sort, par une lettre, datée du 27 janvier 1794. Il recevait de temps à autre des nouvelles de son amie, et cet échange d’idées le réconfortait. La Tour-

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