‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 140 sur 284 · LETTRES DE WASHINGTON · texte numérisé non relu

LETTRES DE WASHINGTON

Washington fit plus; il écrivit, le 15 mai 1796, une lettre confidentielle à l’empereur d’Allemagne, où il lui exposait que les Américains et lui-même gardaient une profonde reconnaissance des services rendus par La Fayette et s’intéressaient à son sort; que sa longue captivité et ses malheurs le recommandaient à la pitié de tous, et il ajoutait :

Souffrez donc, Sire, qu’en cette occasion je sois l’interprète du vœu général, et laissez-moi vous supplier de lui accorder la permission de venir dans ce pays, sous quelque condition ou restriction qu’il plaise à Votre Majesté d’imposer (1).

Le duc de Liancourt ayant écrit, le 25 juillet 1796, à Washington en faveur de La Fayette, le président des États-Unis lui exposa en termes précis, le 8 août, quelle était sa situation dans cette affaire délicate :

Par rapport à M. de La Fayette, je puis vous assurer, sans vous ennuyer des détails, que tout ce que mon amitié sincère a pu me porter à entreprendre, et tout ce que mon devoir m’a permis de faire, a été essayé par moi pour sa délivrance... Personne autant que moi ne compatit aux douleurs et à la pénible situation de cette noble famille ; mais il est malheureusement trop certain que M. le marquis de La Fayette, bien qu’il soit par le fait enfant adoptif de notre pays, ne peut être réclamé comme citoyen par notre gouvernement, ni par notre peuple, malgré l’attachement réel et bien mérité que lui ont acquis ses services. Nous ne pouvons qu’exprimer des vœux bien sincères pour sa délivrance. Tenter davantage ne le servirait pas et pourrait plonger les Etats-Unis dans de graves embarras (2).

Mme de Staël s’employait activement à la délivrance

(1) Cf. le texte complet de cette remarquable lettre aux Pièces justificatives, n° XXIX.

(2) Cf. Washington , correspondance et écrits, mis en ordre par Guizot, t. IV, p. 50.

de La Fa}rette. Elle écrivait, de Coppet, le 21 septembre 1796, à Gouverneur Morris, qui était alors à Vienne :

Ouvrez la prison de M. de La Fayette. Vous avez déjà sauvé la vie de sa femme, sauvez toute la famille. Payez la dette de votre pays. Quel plus grand service peut-on rendre à sa patrie que d’acquitter les dettes de sa reconnaissance? Y a-t-il une calamité plus rigoureuse que celle qui a frappé La Fayette? Jamais plus éclatante injustice a-t-elle attiré l’attention de l’Europe (1)?

Gouverneur Morris ayant répondu que la question était difficile, Mme de Staël lui répliqua, le 2 novembre 1796 :

Il paraît certain que l’empereur a reçu Mme de La Fayette avec bonté, qu’il lui a permis de lui écrire, et qu’il n’avait jamais reçu ses lettres... Il me semble que si vous parliez, pendant une heure seulement, à ceux de qui dépend son sort, tout serait décidé (2).

D’ailleurs, Gouverneur Morris, qui avait reçu une lettre de la marquise de Montagu, en date de Ploën, 27 novembre 1796, le priant d’intervenir auprès du gouvernement autrichien, rendit visite, le 18 décembre, au baron de Thugut et lui parla de La Fayette. Le ministre autrichien nia qu’on exerçât aucuns mauvais traitements envers le captif et déclara que sa femme pourrait quitter la prison quand elle le voudrait. Il ajouta que La Fayette serait probablement délivré à la paix. Gouverneur Morris exhorta, le 19 décembre, Mm0 de La Fayette à la patience et fit passer à Thugut, le 31, une lettre de celle-ci (3J.

En Angleterre, les amis de La Fayette protestaient, à

(1) Cf. Mémorial de Gouverneur Morris, t. Ier, p. 417.

(2) Ibidem , t. Ier, p. 419.

(5) Ibidem , t. Ier, p. 420 à 424.

Page 1