MADAME DE STAËL ET BARRAS
la Chambre des Communes, contre sa détention. Le 16 décembre 1796, le général Fitz-Patrick souleva un débat à ce sujet et termina son discours en ces termes :
Je fais la motion qu’il soit présenté au roi une humble adresse disant qu’il paraît à cette Chambre que la détention du général La Fayette et celle de MM. La Tour-Maubourg et Bureaux de Pusy dans la prison de l’empereur d’Allemagne, allié de Sa Majesté, sont extrêmement injurieuses et préjudiciables à Sa Majesté Impériale et à la cause commune des alliés.
En vain F'ox, Sheridan et Wilberforce appuyèrent cette motion en termes éloquents ; la Chambre la repoussa, sur les observations de Pitt, qui invoqua la neutralité de la Grande-Bretagne.
En France, le Directoire exécutif avait commencé des négociations par l’intermédiaire du général Clarke. Mmo de Staël avait plaidé avec chaleur la cause de La Fayette auprès du général Pichegru, qui l’écouta avec froideur, et de Barras, qui ne fut pas insensible à ses objurgations. A ce dernier elle dit. si nous en croyons Barras lui-même :
Vous, cher Barras, qui n’êtes point glacé, vous qui avez une âme de Provence, comme je les aime, je m’adresse à vous comme citoyen, comme républicain, comme membre du Directoire... Barras, il faut que nous rendions La Fayette à la France, à la République. Je garantis qu’il en sera le meilleur citoyen, après vous, s’entend.
Barras promit à Mmc de Staël de prendre en main les intérêts de son protégé. Il en parla à ses collègues Reubell et La Revelliere-Lépeaux, et tous trois exprimèrent le regret de n’avoir pas songé à La Fayette, lors de l’échange conclu avec l’Autriche pour la fille de Louis XVI.
Barras proposa de charger Bonaparte de cette négociation, et il en écrivit au général, qui accepta la mission (i). Carnot, de son côté, mandait à Clarke, le 16 floréal an V (5 mai 1797) :
Obtenez provisoirement, si vous le pouvez, la liberté de La Fayette, Bureaux-Pusy et La Tour-Maubourg. L’honneur national est intéressé à ce qu’ils sortent des cachots, où ils ne sont retenus que parce qu’ils ont commencé la Révolution (2).
Le 25 prairial (13 juin 1797), il écrivait au général Moreau que le Directoire exécutif avait chargé Bonaparte « de réclamer auprès de l’empereur, avec lequel nous sommes en négociations de paix, la mise en liberté des prisonniers d’Olmültz ». Le gouvernement autrichien, qui avait signé avec la République française les préliminaires de paix à Leoben, le 15 avril 1797, prêta enfin l’oreille aux réclamations qui lui parvenaient de toutes parts et qu’appuyaient les généraux avec lesquels il négociait. Le baron de Thugut se décida à faire une enquête sur la situation des prisonniers et, le 20 juillet, en chargea le marquis de Chasteler. Celui-ci partit de Vienne, le 23, arriva à Olmütz le 24 et se présenta, le 25, à La Fayette, qui le reçut aimablement dans son cachot. Il lui demanda s’il avait à se plaindre de mauvais traitements, et le captif dit qu’il n’aurait pas souffert des traitements personnels, mais que pour tout le reste il était on ne peut plus mal. Il dénonça la barbarie qu’on avait eue de le laisser deux ans sans nouvelles de sa femme et de ses enfants. Le marquis de Chasteler lui dit ensuite que l’empereur le mettrait en liberté « bien que la paix avec la France ne soit pas encore définitivement
(1) Cf. Mémoires de Barras, t. III, pp. 5o et 51.
(2) Cf. Mémoires sur Carnot par son fils, éd.de i8ç>j, t. II, p.