RETOUR DE GEORGES LA FAYETTE
soldat aux gardes, dit-il, que je m’étais plu à faire le sergent-major de ma première compagnie de grenadiers, et ensuite officier de confiance dans le régiment de La Colombe, venait de gagner une bataille contre le duc de Brunswick ».
Tout en occupant ainsi ses loisirs, La Fayette avait le plaisir de recevoir la visite de son amie la comtesse de Simiane, qui s’était échappée de France à l’aide d’un faux passeport et qui s’installa chez la comtesse de Tessé. Il applaudissait aux succès des Français et écrivait, le 7 janvier 1798, à son ancien collègue Emmery :
La gloire militaire de notre patrie et sa politique extérieure vont merveilleusement. Cette barrière du Rhin me charme; les établissements et les espérances de liberté batave, italienne et grecque, me paraissent fort désirables. Il m’est prouvé que c’est aux Jacobins seuls qu’il faut attribuer non seulement la destruction de la liberté chez nous, mais le retard de son extension ailleurs. Je pense absolument, avec Bonaparte, que, pour que toute l’Europe devienne libre, il suffit que la France se gouverne elle-même par de bonnes lois.
Au mois de février 1798, Georges La Fayette, qui, au premier bruit de la libération de son père, s’était embarqué à New-York pour la France (1), arriva au château de Lemkhulen. Ce fut pour le général une grande joie, accrue encore par la lecture d’une lettre de Washington, en date du 8 octobre 1797. Son ami lui écrivait :
A aucune époque, soyez-en assuré, vous n’avez eu une plus haute part dans l’affection de ce pays. Je n’emploierai pas votre temps à vous parler de ce qui me regarde personnellement, si ce n’est pour vous dire que je suis encore une fois rentré dans mes foyers, où je resterai en formant des
(1) Georges La Fayette avait quitté New-York, avec son tuteur Frestel, le 26 octobre 1797.
vœux pour la prospérité des Etats-Unis, après avoir travaillé bien des années à l’établissement de leur indépendance, de leur constitution et de leurs lois. Ces vœux auront constamment ici pour objet le bonheur de tous les hommes, jusqu’à ce que le peu de jours de mon passage sur la terre soit écoulé.
Georges La Fayette avait, en passant par Paris, rendu visite au général Bonaparte et, en l’absence de celui-ci, il avait été gracieusement accueilli par sa femme. La Fayette remercia Bonaparte (i) et confia sa lettre, datée du 6 mars 1798, à Louis Romeuf, qui venait de faire un séjour à Lemkhulen et retournait à l’armée.
Un heureux événement de famille apporta quelque distraction aux exilés. Charles de La Tour-Maubourg, frère du captif d’Olmütz, demanda en mariage la fille aînée de La Fayette, Anastasie. L’union projetée de deux jeunes gens ruinés par la Révolution fit jeter les hauts cris aux amis du père, et la comtesse de Tessé déclarait qu’on n’avait jamais vu chose pareille depuis Adam et Eve. La tempête s’apaisa et le mariage fut célébré à Wittmold le 9 mai 1798.
La Fayette suivait avec intérêt les événements politiques et il s’en entretenait avec son ami Louis Romeuf. Le 23 mai 1798, il exprimait le désir de servir encore sa patrie :
En un mot, si, dans le mouvement intérieur de la France et dans le mouvement général de l’Europe, je dois, moi, me confiner dans un coin d’Etat despotique, ou me transporter dans un autre hémisphère, il faut du moins que j’aie la con-
(1) Cette lettre est insérée dans le récit de La Fayette intitulé : Mes rapports avec le premier Consul. Le général raconte que, dans une conversation confidentielle, Bonaparte aurait dit : « La Fayette a le talent de se faire des amis... Si la fortune m'abandonnait, il ne me resterait que ma femme, parce qu’on a toujours la personne avec qui on couche, et peutêtre mon frère Joseph. »