LETTRE AU DIRECTOIRE
solation de causer avec mes amis sur les chances de fermer patriotiquement le cercle révolutionnaire, et que je leur dise ce que je me dis tous les jours à moi-même, qu’il n’y a qu’un moyen honnête quelconque d’y contribuer, depuis le plus hardi jusqu’au moins signifiant, auquel je ne sois prêt à me livrer, dussé-je n’avoir qu’une infiniment petite part au succès et pourvu qu’elle me parût y être nécessaire, dussé-je enfin mourir une heure après avoir rendu à ma patrie un genre de service auquel je me croirais particulièrement appelé.
Au mois d’août 1798, Mm0 de La Fayette se trouva assez rétablie pour aller en France essayer de sauver quelques débris de la fortune de sa famille. Elle partit avec ses deux filles et son gendre, et le général resta seul avec son fils. C’est çe qu’il annonça, le 20 août, à Washington, dans une lettre où il déplorait les différents survenus entre la République française et celle des États- Unis. Le 27 novembre, il se décida à écrire au Directoire pour lui demander de laisser rentrer dans leur patrie le petit nombre d’officiers, « qui, dans une occasion dont la responsabilité appartient à moi seul, ne pouvant pas prévoir où les conduisait l’obligation d’accompagner leur général, tombèrent avec lui dans les mains des ennemis ». Il envoya cette lettre à sa femme ; celle-ci, accompagnée de son fils et de ses deux filles, alla remettre la missive à La Revellière-Lépeaux . Le directeur la reçut avec émotion , mais, tout en lui exprimant le regret de ne pouvoir, dans les circonstances présentes, accéder à la demande du général, il lui promit de lui faire donner toutes les facilités « pour aller à Hambourg avec ses enfants, pour y résider autant qu’elle le jugerait à propos, et pouvoir en revenir et y retourner à son gré, tant que cela lui conviendrait (1) ». Madame de La Fayette profita de ces
(1) Cf. Mémoires de La Revelliirc-Lépeaux , t. Ipr, p. 429. — On y lit
bonnes dispositions pour venir rejoindre son mari.
La Fayette alla s’établir en Hollande, à Vianen, près d’Utrecht, et c’est dans cette dernière ville qu’il revit, non sans émotion, des troupes françaises. Il y reçut une réponse de Washington, en date du 25 décembre 1798, et dans laquelle l’illustre président, retiré à Mount Vernon. exprimait ces fortes et généreuses pensées :
Je n’exprimerai aucune opinion sur la politique de l’Europe, n’ayant pas à démêler qui a tort ou raison. Je souhaite du bien à tous les peuples, à tous les hommes, et ma politique est très simple : je crois que chaque nation a le droit d’établir la forme de gouvernement dont elle attend le plus de bonheur, pourvu qu’elle n’enfreigne aucun droit et ne soit pas dangereuse pour les autres pays. Je pense qu’aucun gouvernement n’a le droit d’intervenir dans les affaires intérieures d’un peuple étranger, si ce n’est pour sa propre sécurité.
La Fayette était heureux d’être sur un territoire républicain, dans un pays où il rencontrait d’anciens patriotes de 1 787 et, notamment, le vénérable général Van Ryssel . Sa présence, disait-on, offusquait; le général Brune ; mais La Fayette continuait à correspondre avec sa tante, la comtesse de Tessé (1), décrire à Washington, les 19 avril et 9 mai 1799, et s’indignait de l’exécrable assassinat des plénipotentiaires français à Rastadt (2).
(p. 428) : « Après que le général La Fayette et ses deux amis furent sortis des prisons de l’Autriche et qu’ils se furent retirés à Hambourg, M®c de La Fayette, cette femme devenue immortelle par le plus généreux dévouement et le plus bel exemple de la piété conjugale, me fit l’honneur de venir chez moi avec ses trois enfants, Georges La Fayette et deux jeunes demoiselles. Je n’ai jamais éprouvé d’émotion plus profonde que celle que me causa la vue d’une si intéressante famille. Au souvenir de ses infortunes un sentiment d'admiration venait se joindre, et mon cabinet se convertit à mes yeux en un temple, où je voyais la plus haute vertu environnée des objets les plus touchants et les plus dignes de partager avec elle l’amour et le respect des gens de bien. »
(1) Cf. dans les Mémoires les lettres des 18 février et 17 mars 1799.
(2) Cf. lettres à Masclet et à Washington, des 8 et 9 mai 1799.