ARRIVÉE A BOSTON
peuple. » C’était son cœur qui parlait quand il répondait au maire :
C’est l’orgueil de mon cœur d’avoir été un des premiers fils adoptifs de l’Amérique. Je suis fier d’ajouter qu’il y a quarante ans j’ai été particulièrement honoré du droit de cité de cette ville.
Pendant quatre jours, ce ne furent que fêtes, réceptions. banquets, bals, où les marques les plus touchantes de vénération et d’affection furent données à La Fayette. ldhôtc de la nation, tel il fut pendant tout son séjour aux Etats-Unis. Le 20 août, au bruit de l’artillerie du fort La Fayette, les voyageurs quittèrent New-York, escortés par une foule de citoyens jusqu’à New-Rochelle. Us traversèrent Fairfield, New-EIaven et New-London, dans le Connecticut, Providence, dans le Rhode-Island. Partout, les vivats l’accueillaient ; partout, on passait sous des arcs de triomphe où les noms de Washington et de La Fayette étaient inscrits. A New-London, le général, « pour ne blesser en rien les habitudes de cet excellent peuple », voulut assister au service divin, mais les congrégationalistes et les épiscopaux se disputèrent à qui offrirait son temple. La Fayette, voulant contenter tout le monde, alla dans les deux temples et entendit deux sermons, dans lesquels les pasteurs rivalisèrent de flatteries et d’éloges.
Le 24 août, La Fayette entra dans Boston, où il fut reçu par le gouverneur Eustis. Le 25, il visita l’Université de Cambridge, au milieu d’une foule où les dames se montraient empressées à le voir. Edward Everett prononça un discours sur les circonstances favorables au progrès de la littérature en Amérique (1), et il termina
(1) Cf. Orations and Speechcs on varions Occasions by Edward Everett; Boston, Little et Brown, 1850, 2 vol. in-8. (Bibl. nat., z 48610.) Le discours
en souhaitant la bienvenue au général, qui ne retrouvait plus ses compagnons de lutte, ni le premier des héros et des hommes, l’ami de sa jeunesse, le sauveur de la patrie, qui repose au sein de la terre qu’il a affranchie :
Mais les enfants reconnaissants de l’Amérique vous souhaitent la bienvenue en son nom. Bienvenu, trois fois bienvenu soyez-vous sur nos rivages! et en quelque endroit que vous dirigiez vos pas, d’un bout à l’autre des limites du continent, l’oreille qui vous entend vous bénira, l’œil qui vous voit vous rendra témoignage, et chaque langue s’écriera avec joie : Vive, vive La Fayette!
Le 27 août, La Fayette visita le champ de bataille de Bunker’s-Hill et prononça une patriotique allocution :
C’est avec un profond respect que je foule cette terre sainte, où le sang des patriotes américains, le sang de Warren et de ses compagnons, glorieusement versé, a ranimé l’énergie de trois millions d’hommes, assuré le bonheur de dix millions qui vivent maintenant, et de tant d’autres millions à naître. Ce sang a appelé les deux continents américains à l’indépendance républicaine, a éveillé chez les nations de l’Europe le besoin de leurs droits et en a, je l’espère, assuré l’exercice pour l’avenir. Tels ont été les résultats de cette résistance à l’oppression, que quelques prétendus sages de cette époque ont appelée imprudente, quoiqu’elle fût un devoir, une vertu, et qu’elle ait été le signal de l’émancipation du genre humain!
Ainsi l’ami et l’élève de Washington rendait un solennel hommage aux premiers héros qui avaient versé leur sang pour 1 indépendance américaine.
Le 28 août, La Fayette alla rendre visite au successeur de Washington, John Adams, retenu à Quincy par son grand âge et par ses infirmités, et auquel était réservée la joie suprême de voir son fils élevé à la présidence des
sur The Circumstances favorable to the progress of littérature in America se trouve à la page 9 du tome 1er.