MAGNIFIQUE DON FAIT PAR LE CONGRÈS
tude et du profond respect que la Chambre conserve pour les éminents services qu’il a rendus pendant la Révolution et du plaisir qu’elle éprouve à le revoir, après une aussi longue absence, sur le théâtre de ses exploits. A cet effet, le général La Fayette sera invité par une commission à se rendre dans le sein de la Chambre, vendredi prochain, à une heure. 11 sera introduit par la commission, reçu par les membres debout et découverts, et harangué par l’orateur.
En effet, le io décembre, La Fayette fut solennellement reçu au Capitole par le Congrès et harangué par Henry Clay. D’une voix sonore, le héros de la fête répondit, en anglais :
L’approbation du peuple américain et de ses représentants pour ma conduite dans les vicissitudes de la révolution européenne est la plus grande que je pusse recevoir. Certes, je puis me tenir ferme et la tête levée, lorsqu’en leur nom, et par vous, Monsieur le président, il est solennellement déclaré que, dans chaque occasionne suis resté fidèle à ces principes américains de liberté, d'égalité et de véritable ordre social, auxquels je me suis dévoué dès ma jeunesse et qui, jusqu’à mon dernier moment, seront pour moi un devoir sacré.
Après cette brillante réception, La Fayette se rendit, le 16 décembre, sur l’invitation de la législature de l’Etat de Maryland, à Annapolis, et il ne rentra que le 21 à Washington, en passant par Frederikstown. C’est alors qu’on lui notifia la décision du Congrès qui lui faisait don de 200,000 dollars et d’un terrain de 24,000 acres. La Fayette, ému de tant de générosité, ne crut pas devoir refuser ce témoignage de la reconnaissance publique. Il passa dans la capitale la fin de 1824. Le Congrès commença la nouvelle année 1825, en offrant à La Fayette une fête et un banquet. Le président Monroë, qui ne paraissait jamais dans les cérémonies de ce genre, y assista. On y porta au général le toast suivant :
Au grand apôtre de la liberté, que n’abattirent point les persécutions de la tyrannie, que l’amour des richesses n’influença pas, que ne purent séduire les applaudissements populaires. 11 fut toujours le même, dans les fers d’Olmütz, dans ses divers travaux, au faîte de la puissance et de la gloire.
La Fayette répondit par ces mots :
A l'union perpétuelle entre les Etats-Unis. Elle nous a déjà sauvés dans des temps d’orage; un jour, elle sauvera le monde !
Le général était encore à Washington quand eut lieu l’élection du président en remplacement de Monroë. Après un premier scrutin, où aucun des quatre candidats, John- Quincy Adams, Andrew Jackson, Crawford et Henry Clay, n’eut la majorité, la Chambre dut choisir elle-même entre les trois premiers. Le 9 février 1825, John-Quincy Adams réunit les suffrages, et La Fayette se réjouit de l’élévation de cet ami dévoué. Le 23 février, les voyageurs se mirent de nouveau en route pour gagner Boston, où ils avaient promis de se trouver le 17 juin, jour anniversaire de Bunker’s-FIill. Georges La Fayette avait dressé, avec le général Bernard, l’itinéraire de ce voyage de douze cents lieues. Le 25 février, ils arrivèrent à Norfolk, le 26, à Halifax, le 28, à Raleigh, où ils admirèrent dans la salle du Capitole une statue en marbre de Washington par Canova. Le 4 mars, ils s’arrêtèrent à Fayetteville ; dans cette cité qui portait son nom, il fut reçu avec un enthousiasme que ne put calmer une pluie torrentielle ; on lui disait : « Vous êtes ici dans votre ville, dans votre maison, au milieu de vos enfants. Disposez de tout : tout est à vous. » Il fallut s’arracher à ces témoignages de tendresse, car le temps pressait. A Cambden, le 10 mars, il assista à la pose de la première pierre du monument de son compagnon d’ar-
NAUFRAGE SUR l'OHIO
mes de la première heure, le général baron de Kalb. Le 11, à Colombia, siège du gouvernement de la Caroline du Sud, il fut accueilli avec enthousiasme. Le 15, arrivé à Charlestown, il eut le plaisir de rencontrer Francis Lluger, un des auteurs de sa tentative d’évasion et alors colonel de milices. Le 17, il s’embarqua sur un bateau à vapeur et, le 19, il s’arrêta à Savannah. Le 21 mars, il posa la première pierre du monument en l'honneur des généraux Greene et Pulawski, et il reçut la visite <l’Achille Murat, accouru exprès de la Floride, et avec lequel il s’entretint de son infortuné père.
Le voyage se poursuivit par Augusta, le 25 mars, Milledgeville, le 28, Maçon et Indian-Agency, le 29. On était dans la région des Indiens, et on eut des entrevues avec eux. Le 31 mars, la tribu du chef Mac-Kintosh lui donna une fête. Le 3 avril, La Fayette visita Montgomery, le 7, Mobile, et il arriva à la Nouvelle-Orléans, où des fêtes magnifiques, un dîner maçonnique et l’empressement extraordinaire des dames de la ville, le retinrent jusqu’au 15 avril. Il continua ensuite sa navigation sur le Mississipi, et s’arrêta à Natchez, le 18 avril. De son bateau il écrivit, le 22 avril, à Dupont de l'Eure, et remercia Béranger de l’envoi de la chanson qu'il avait consacrée à son voyage, sous le titre de La Fayette en Amérique. Le 29 avril, La Fayette parvint à Saint-Louis, où le vénérable fondateur de cette cité, Auguste Choteau, l’attendait. Le 4 mai, c’est le général Andrew Jackson qui le reçut à Nasville et lui offrit un dîner, le lendemain. On s’embarqua sur le vapeur V Artesian, et on naviguait tranquillement sur l’Ohio quand, dans la nuit du 8 au 9 mai, le bateau coula. La Fayette, son fils et tous les passagers furent recueillis dans des chaloupes; le général se montra, comme toujours, intrépide devant le danger. Un nouveau
navire, le Patagwz, recueillit les naufragés et les conduisit à Louisville, puis à Frankfort, Versailles et Lexington. Ils quittèrent cette dernière ville, le 18, et ils arrivèrent, le 19 mai, à Cincinnati. Là, le général Harrison prononça une éloquente harangue :
Heureux mortel! l’influence de votre exemple s’étendra au delà de la tombe. Votre renommée, associée à celle de Washington, apprendra aux Césars futurs que le sentier du devoir est le seul chemin de la vraie gloire et que le caractère d’un guerrier ne peut être honorable s’il diffère du caractère de citoyen! Gloire au compagnon de Washington! à l’ami de Franklin, d’Adams et de Jefferson! au dévoué champion de la liberté! Gloire à La Fayette!
Cette patriote cité fit à La Faj^ette un inoubliable accueil. Les francs-maçons célébrèrent les vertus de leur illustre frère; les banquets, les bals, les feux d’artifice ne se terminèrent que le 22 mai, jour où les voyageurs montèrent à bord de Y Herald pour entrer en Pensylvanie. Tour à tour ils visitèrent AVashington, Brownsville, Uniontown, où Gallatin emmena le général dans sa résidence de New-Geneva, le 27 mai, Elisabethtown et Pittsburg, où il s’arrêta, le 29, et eut le plaisir de retrouver l’ancien soldat Wilson, qui, le premier, l’avait secouru après sa blessure à la bataille de Brandywine. Le 30 mai, ils partirent pour Erié, Buffalo, Manchester; ils admirèrent les chutes du Niagara, visitèrent Syracuse et Utica, et entrèrent enfin le 12 juin dans Albany.
La Fayette touchait au terme de ce long vo}’age, qui durait depuis quatre mois. Le 15 juin, à midi, il arriva à Boston. On ne s’attendait pas à le voir tenir si scrupuleusement sa promesse, et on admirait ce vieillard, qui avait affronté tant de fatigues et parcouru plus de cinq cents milles, pour venir célébrer un glorieux anniversaire. La