LA FAYETTE A B'JNKER’S-HILL
réception n’en fut que plus enthousiaste, le 16, au Capitole. Le lendemain 17, à sept heures du matin, la grande loge de Massachusetts et deux mille francs-maçons présentèrent leurs hommages à leur illustre hôte ; puis le cortège se forma et se mit en route : La Fayette était dans une superbe calèche traînée par six chevaux blancs. A midi et demi, on arriva à Bunker’s-Hill, et La Fayette posa solennellement la première pierre du nouveau monument commémoratif de la bataille et de la mort de Warren. Daniel Webster justifia sa réputation d’orateur en évoquant les héros disparus de la grande lutte, et il mêla à l’éloge des morts celui du survivant. La Fayette. Il s’écria :
Heureux, heureux homme! Quelles actions de grâces ne devez-vous pas à la Providence, qui vous a tracé le cercle d’une si belle vie! Vous appartenez à deux hémisphères, à deux générations. Le ciel voulut que vous transmissiez de nouveau à l’ancien monde une étincelle électrique de liberté, et tous ceux que le devoir et le patriotisme appellent ici ont appris dès longtemps de leurs pères à chérir votre nom et vos vertus.
Heureux en effet, ce vieillard de soixante-sept ans, qui assistait à son apothéose! Il se rappelait, devant cette foule vibrante d’émotion patriotique, le jour à jamais immortel où il avait prété, au Champ de Mars, sur l’autel de la Patrie, le serment de vivre et de mourir pour la liberté. Un banquet de quatre mille convives termina cette admirable fête. La Fayette y porta le toast suivant :
Bunker’s-Hill et la sainte résistance à l’oppression, qui a déjà affranchi l'hémisphère américain. Le toast anniversaire au jubilé du prochain demi-siècle sera : à l'Europe affranchie (i)l
(1) Le 17 juin 1825, La Fayette écrivait, de Boston, à l'occasion de cette fête : « Rien ne peut rendre l'effet de cette prière républicaine prononcée
Il rentra à Boston, où les ovations continuèrent; le 20 juin, il assista à un dîner offert par la Société des artisans. Il alla rendre une dernière visite à son vénérable ami John Adams, et, le 22, quitta Boston de grand matin. A Concorde, capitale de l’état du New-Hampshire, il fut reçu au Capitole par le général Pierce, et il prit part à un banquet civique, où on but à la « sainte alliance de La Fayette et de la liberté ». Après s’être arrêté à Dover et à Hennebanck le général parvint, le 25 juin, à Portland : la loge maçonnique lui fit fête et le président de l’Académie lui conféra le titre de docteur en droit. Le 28, à Burlington, il s’embarqua sur le Phénix; il visita Whitehall, le 30 juin, et fut de retour à New-York le 3 juillet.
Le 4 juillet 1825, La Fayette s’associa à la célébration de l’anniversaire de la déclaration d’indépendance des États-Unis. Il posa la première pierre d’une bibliothèque à Brook-Line, puis, revenant dans la ville, il assista au service divin, au sermon, à la lecture de la déclaration et à un banquet. Il se reposa quelques jours, et se dirigea ensuite, le 14 juillet, vers la Pensylvanie. Il traversa le New-Jersey, revit Joseph Bonaparte et Achille Murat, et arriva à Philadelphie. Le 20 juillet, il visita le camp de Germantown; le 21, il alla assister à une pêche dans le
devant une immense multitude par un vieux chapelain qui combattait à Bunker’s-Hill, des survivants de cette journée découvrant leurs cheveux blancs lorsque le président de l’association, l’orateur du jour, s’est adressé à eux. Et moi aussi je me suis levé à la tète de tous les autres soldats révolutionnaires, pour recevoir notre compliment! Nous vous enverrons l’admirable discours de M. Webster; nous nous sommes assis à une table de quatre mille couverts, où j’ai annoncé qu’après avoir célébré, à cette première cinquantaine, l’affranchissement de l’hémisphère américain, le toast de la cinquantaine prochaine serait : à /’ Europe affranchie ! Tout s’est passé à merveille, et j’ai recueilli des témoignages d’affection populaire si touchants, de telles preuves du sentiment de mes vieux soldats et officiers, qu’il ne m’appartient pas de les dépeindre, mais seulement d’en jouir. » (Cf. Mémoires de La Fayette.)